auteur Sophie CHAPELLE

Ce qu’est vraiment la souveraineté alimentaire, au contraire de ce que prétend le gouvernement

Sophie CHAPELLE
Le gouvernement a annoncé inscrire l’objectif de souveraineté alimentaire dans la loi en réponse à la colère agricole. Mais ce terme, introduit en 1996 par le mouvement paysan Via Campesina, est complètement dévoyé par l’exécutif. « Nous inscrirons très clairement l’objectif de souveraineté alimentaire dans la loi », a déclaré le Premier ministre Gabriel Attal, le 1er février pour répondre aux protestations agricoles. Avant d’ajouter : « Ce n’est pas une souveraineté retranchée sur elle-même, car je n’oublie pas que notre agriculture est un de nos principaux secteurs exportateurs avec les céréales, les vins, les spiritueux, les produits laitiers. » Dans les mots de Gabriel Attal, la souveraineté alimentaire s’apparente à une arme de production et d’exportation. Plus récemment, Marc Fesneau, le ministre de l’Agriculture, a souligné la volonté de la France de « nourrir le continent africain ». Comprendre : la France est la sixième puissance exportatrice de produits (…)

Neige artificielle, tout voiture, abandon du bio... Comment la droite prend sa revanche sur l’écologie

Sophie CHAPELLE

Des canons à neige contre la crise climatique ? Depuis un an, une majorité de régions françaises sont gérées par des élus Les Républicains. Quelles conséquences en matière d’écologie ? Des fédérations de chasse largement subventionnées au détriment des associations de protection de l’environnement, la route privilégiée par rapport au rail, l’agriculture paysanne et biologique sabrée, des millions d’euros pour acheter des canons à neige... Basta ! s’est penché sur les nouvelles orientations budgétaires de ces régions, laboratoires de la droite française.

Lors des élections régionales de 2015, sept régions sont passées à droite [1]. Un an et demi après ce changement, l’heure est au bilan. Sur les enjeux écologiques, quelles sont les nouvelles orientations ? Quelles décisions ont été mises en œuvre ? Du côté de la politique des transports, le revirement semble important. « La voiture en soi n’est pas polluante », assume Gérald Darmanin, vice-président régional Les Républicains en charge des transports dans les Hauts-de-France. Après avoir rouvert aux automobilistes le centre-ville de Tourcoing dont il est maire, il défend sa politique pro-voitures à l’échelle régionale. « J’aime bien la voiture car c’est la liberté, ça permet aux familles nombreuses de faire leurs courses, aux gens de transporter des choses », affirme-t-il, critiquant vertement le plan de circulation de son prédécesseur socialiste. « La première décision du mandat a été de mettre en place une aide au transport pour les gens devant faire plus de trente kilomètres en (…)

Traité transpacifique : 100 000 dollars de récompense pour en révéler le contenu

Sophie CHAPELLE
C’est une chasse au trésor des temps modernes, à l’époque néolibérale. Beaucoup moins romanesque qu’autrefois mais toute autant rémunératrice qu’une quête aux manuscrits anciens : 100 000 dollars (89 700 euros). C’est la récompense qu’offre le site WikiLeaks à qui révèlera le « secret le mieux gardé des États-Unis » : les détails de l’accord de partenariat transpacifique (TPP). Ce projet d’accord commercial international est en train d’être négocié dans la plus grande discrétion entre une douzaine d’États situés sur les deux rives du Pacifique, dont les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon. « Cet accord contient 29 chapitres, dont 26 restent secrets », explique WikiLeaks, qui en a déjà révélé trois. Une opacité similaire entoure les négociations sur l’accord sur le commerce des services (Tisa) et le traité de libre-échange transatlantique (Tafta) cette fois entre l’Europe et les États-Unis. Selon WikiLeaks, le TPP couvre 40 % du PIB (…)

Un dessin d’enfant sur les violences policières interdit par une municipalité

Sophie CHAPELLE

Christian Foilleret, faucheur volontaire d’OGM, attendait impatiemment le concert de soutien qui devait se tenir le 11 avril, sur une ferme de la commune de Saint-Maurice-sur-Dargoire (2250 habitants), dans le Rhône.

L’enjeu, réunir des fonds pour son procès à venir. Lors d’une manifestation le 20 février 2012 visant à demander l’interdiction du maïs Mon810 de Monsanto, Christian a été, selon son témoignage, « projeté au sol par les forces de l’ordre ». Résultat : une vertèbre fracturée et cinq mois d’arrêt de travail. Un premier dépôt de plainte à la gendarmerie est rejeté par le procureur. Plus de trois ans après les faits, un deuxième dépôt de plainte est toujours en cours d’instruction. Le concert vise à concrétiser l’élan de solidarité à son égard pour financer les frais de la procédure. Mais un arrêté municipal en date du 9 avril – deux jours avant le concert – interdit sa tenue. Parmi les griefs : « L’organisateur tient sur ses affiches des propos et des images outrageants à l’égard des forces de l’ordre ». Or, « le respect de la liberté d’expression ne fait pas obstacle à ce que l’autorité investie du pouvoir de police interdise à titre exceptionnel un concert, si cette mesure est la (…)

Naomi Klein : « Si nous conjuguons justice sociale et action pour le climat, les gens se battront pour cet avenir »

Agnès ROUSSEAUX, Sophie CHAPELLE

Face à l’ampleur des inégalités générées par le capitalisme débridé, face à l’urgence écologique que représente le dérèglement climatique, « tout peut changer », assure Naomi Klein dans son nouveau livre. A condition de ne pas « céder au désespoir », car « trop de vies sont en jeu », et de « se battre pour construire un système économique plus juste ». L’essayiste et militante altermondialiste canadienne est connue pour ses ouvrages critiques du capitalisme : No Logo dénonçait la tyrannie des marques, La stratégie du choc décryptait la brutalité des réformes néo-libérales. Elle pointe désormais l’impunité totale dont bénéficient les grandes entreprises pétrolières et gazières qui font peser une menace mortelle sur la planète. Entretien.

Basta ! : Nous savons ce qui va arriver si nous ne faisons rien contre le dérèglement climatique – un désastre écologique et humain – et pourtant rien ne se passe. Comment expliquer ce déni dans lequel nous vivons ? Naomi Klein : Le problème n’est pas que nous ne faisons rien, mais que nous nous engageons activement dans les mauvais choix. Notre système économique repose sur une croissance infinie. Toute expansion est considérée comme positive. Nos émissions de CO2 augmentent beaucoup plus rapidement que dans les années 1990. Dans la dernière décennie, le prix très élevé du pétrole a incité le secteur énergétique à se tourner vers de nouvelles formes d’extraction, plus coûteuses et plus polluantes, comme le pétrole des sables bitumineux et la fracturation hydraulique [gaz de schiste]. Nous avons encouragé les multinationales à produire à moindre coût, avec une main d’œuvre pas cher et des ressources énergétiques à prix bas. On ne peut pas dire que nous ne faisons rien : nous (…)