auteur Jamilla FARAH

Annulation du colloque sur l’islamophobie. Communiqué de presse du collectif :

Jamilla FARAH
Le collectif d’associations à l’origine du colloque « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? » qui devait se tenir à l’Université de Lyon 2 le 14 octobre dernier déplore la décision d’annulation de ce colloque par la Présidence de l’Université Lumière Lyon 2. Cette rencontre avait été préparée pendant deux ans avec l’ISERL et la Chaire Egalite, inégalités et Discriminations. Les organisateurs universitaires et associatifs pensaient avoir apporté toutes les garanties d’un débat de fond, serein et contradictoire sur des questions importantes pour notre société. Le collectif a été reçu par la présidence de l’Université le 13 octobre. Il a pris acte, avec satisfaction, de l’intérêt de la Présidence de l’Université pour le travail associatif et sa capacité à nourrir la connaissance. Il se réjouit de la volonté de l’Université de poursuivre une réflexion avec des partenaires associatifs, élargie éventuellement à d’autres acteurs institutionnels, d’autres associations et au (…)

Deux marches contre le racisme font boiter la lutte pour l’égalité

Jamilla FARAH

Au départ de la marche à Vénissieux Minguettes, sept marcheurs partent pour Paris : Arbi Rezgui et Amstar des Minguettes, Leila Bendib et Sarah Latoche de lyon centre, Souad Bouallaga de Toulon, Adnane Ghiloufi de Grenoble et Lakhdar Firam. Certains sont venus pour lancer et encourager la marche et doivent rentrer après la première étape de Villefranche S/S qui ne fait pas moins de 50 kilomètres. D'autres comme Souad, mère célibataire, restera à marcher jusqu'à Belleville S/S et devra rentrer inopinément chez elle pour raison de santé concernant son jeune enfant.

Nous les avons questionnés lors de leur hébergement à la Ruche des citoyens ce 17 Octobre au soir pour connaître leurs motivations à lancer cette longue et difficile marche. Bien qu’épuisés, sans préparation physique réelle, ils acceptent de partager leurs motivations qui les a conduits à entreprendre une marche symbolique partant des quartiers populaires à Paris, la capitale. Souad confie que ce qui l’a invitée à faire ce parcours, c’est la dénonciation de la précarité des mères célibataires, divorcées, comme elle, qui élèvent seules leurs enfants. L’absence de proposition de formation ou d’emploi autre que "femme de ménage" ou "auxiliaire de vie" restreint le champ d’ouverture quant à la possibilité de carrière graduelle qui permet la valorisation des compétences et salariale. Sarah, surnommée Tochka, dénonce un état de fait général des instances républicaines qui condamnent les habitants des quartiers populaires par un traitement différencié discriminant dans la continuité du (…)
14 

Much Loved ou la prostitution dans la cité musulmane moderne

Jamilla FARAH

Citer Paul Klee, à cet endroit, est à juste titre car « l’art n’imite pas le visible, il rend visible ». Le film polémique Much Loved rend compte d’une réalité marocaine dont le scénario est construit à partir de témoignages humains réels du monde de la nuit, de la prostitution, des bordels, du sexe, de la violence qui lui est inhérente, de l’argent et des rapports de domination. Et parfois de l’amitié, de la solidarité, du jeu et du plaisir, aspects que nous occulterons afin d’éviter l’écueil d’une réduction sur l’échelle de la gravité de la prostitution. Bien évidemment, cette problématique n’est pas exclusive au Maroc. Les sociétés musulmanes et les sociétés occidentales connaissent autant la prostitution avec pour ces dernières moins de tabous et d’hypocrisies peut-être, tout en précisant qu’il est difficile de choisir entre les deux termes. Cela dit, la censure de ce film au Maroc montre que la question du marché du sexe et du tourisme sexuel en tant que réalités sociales et économiques est sensible.

Le film Much Loved est cru dans sa manière d’aborder ce sujet de la prostitution parce qu’il montre en plans larges les pratiques sexuelles des prostituées qui dominent l’imagerie et peuvent donc heurter, sans compter les durs propos « de rue » et le dégradant traitement infligé aux prostituées. Certains, hommes et femmes en témoigneront dans la salle « Le Comédia » à Lyon lors de l’avant-première le 3 septembre 2015 présentée par Nabil Ayouch, le réalisateur. Pour autant, il place le spectateur face à une dure réalité sociale qui pose moult questions, de tous ordres. Mais nous privilégierons pour ne pas être trop généralistes les angles anthropologiques et politiques. A partir de l’anthropologie, nous verrons comment il est possible d’envisager cette gestion politique des désirs, des passions, des frustrations et des pulsions sexuelles chez l’homme tout particulièrement. Nous arrêterons notre propos à la prostitution hétérosexuelle des femmes issues de milieux défavorisés et qui (…)

L’évènement « Tel-Aviv sur Seine » d’Anne Hidalgo ou l’exemple des limites de la démocratie représentative

Jamilla FARAH

L’exemple de l’initiative du maire de Paris Anne Hidalgo constitue un exemple type qui illustre les paradoxes et limites de la démocratie représentative telles que nous la connaissons aujourd’hui en France. Anne Hidalgo et NKM, deux candidates à la mairie de Paris, avaient en 2014, avant leur élection, mobilisé moult moyens de communication à plein régime et renfort financier pour convaincre un potentiel électorat en leur faveur et sensiblement dragué le vote juif parisien auprès du le B'naï Brith devenu passage obligé dans la logique de la « lobbycratie », organisation qui soutient la politique et la pérennité de l'État d'Israël et le mouvement sioniste. Le temps du « prosélytisme politique », de la publicité politique de surface est assez court. L’hyperactivité du candidat devient par conséquent nécessaire pour s’imposer sur la scène médiatique, les invectives n’étant d’ailleurs pas rares mais parties prenantes du jeu électoral. En outre, il y a lieu de distinguer ici la définition de ce qu’est la politique de surface de celle de fond. La politique de surface médiatiquement dominante, est en interaction avec l’espace public, peut s’essentialiser opportunément autour d’une actualité de faits divers, surfe sur l’opinion et l’émotion publiques pour capter et optimiser l’attention. Elle est souvent stigmatisante à l’égard d’une catégorie de population déjà ostracisée et peu influente en tant que décideur politique, elle répond notamment à une tendance idéologique de l’instant, contrainte par le temps. La politique de fond elle, à l’inverse, est plus silencieuse, plus libre, agit en "commensal" dans des espaces réservés élitistes où les intérêts de lobbies peuvent être inclus, mène des projets sur le long terme, est plus structurelle, demande des compétences techniciennes, elle est davantage méditative et rationnelle sur les enjeux de demain.

Une fois l’élection d’un candidat confirmée, le processus court de discussion et de publicité n’existe plus et là, il y a lieu de pointer les limites de la démocratie représentative, cette confiance actée pour un mandat pluriannuel qui supposerait la liberté tacite pour chaque élu de choisir et mener les politiques qu’il désire. Dans le cas présent du maire actuel Anne Hidalgo, en ce 13 août 2015, celle-ci a opté pour la promotion de Tel-Aviv, capitale administrative de l’Etat colonial d’Israël artificiellement créé par l’ONU en 1947, présentation qui n’est pas exposée ainsi dans le discours dominant en Occident et en France particulièrement. Ainsi, ce phénomène pose donc la première question problématique du partage équitable et de l’égale disposition de l’information via les médias dominants qui permettraient aux citoyens (1) de juger rationnellement de l’opportunité d’un tel choix politique, c'est-à-dire de l’égalité devant l’information entre les citoyens considérée comme une (…)
40 

"L’esprit du 11 janvier" a jugé Zyed et Bouna coupables !!!

Jamilla FARAH

Nous venons d’apprendre le verdict de relaxe des policiers dans l’affaire des deux adolescents, Zyed et Bouna, innocents, qui par réflexe naïf avaient fui le contrôle de police, rituel dirigé régulièrement et singulièrement contre les jeunes des quartiers populaires dont il est difficile d’en déterminer la pertinence.

Après dix années de patience des familles et d’ « insolence » judiciaire, la procureure adjointe Delphine Dewailly lors de son réquisitoire considère qu’« [Etant donné que Sébastien Gaillemin, gardien de la paix n’avait] pas conscience du danger, il ne peut pas lui être reproché de ne pas avoir agi pour y remédier » (Journal Le Monde). Nous en concluons de manière logique que d’une part, la qualification de gardien de la paix ne nécessite pas la possession d’un certain bagage de raison et alors il en va de la responsabilité de formation par l’État qui aura failli pour la protection civile, et que d’autre part, n’avoir pas conscience du danger alors que la signalétique existante et le caractère fortement énergétique du lieu interdit par la fréquentation publique spécifiant sa dangerosité ne peuvent pas constituer un argument valide parce que ces derniers indicateurs ne pouvaient échapper à la conscience d’aucun adulte sain d’esprit et encore moins à un gardien de la paix. Alors (…)