Chelsea MANNING
Premier message de Chelsea Manning après sa sortie de prison. Elle annonce qu'elle ne témoignera pas si elle est de nouveau convoquée devant un grand jury dans l'affaire Julian Assange. Elle est appelée à témoigner jeudi prochain, elle risque donc de retourner en prison, accusée d'outrage au tribunal.
Il y a deux mois, le gouvernement fédéral m'a convoqué devant un grand jury fédéral dans le district est de Virginie.
En règle générale, je m'oppose aux grands jurys. Les procureurs dirigent les grands jurys à huis clos et en secret, sans la présence d'un juge. Par conséquent, j'ai refusé de coopérer ou de répondre à toute question. En raison de mon refus de répondre aux questions, le juge [Claude] Hilton de la Cour de district a ordonné de me maintenir en détention pour outrage au tribunal jusqu'à la fin de la séance du grand jury.
Hier, le grand jury s'est terminé et j'ai quitté le centre de détention d'Alexandrie. J'ai reçu de très nombreuses preuves de solidarité et de soutien amour tout au long de cette épreuve.
J'ai reçu des milliers de lettres, dont des douzaines ou des centaines par jour. Cela signifie beaucoup pour moi et me permet d'aller de l'avant.
Les prisons sont une tache sombre au sein de notre société, avec plus de personnes confinées aux États-Unis que (…)
Chelsea MANNING
A l’heure où l’on essaie de faire taire à tout prix la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, après sa tentative de suicide du 5 juillet 2016 suite à ce que l’ONU a qualifié d’actes de torture, par la menace juridique d’isolement définitif pour le restant de sa peine (30 ans), il importe plus que jamais de faire entendre et de diffuser sa parole. Amnesty International UK lui a consacré un podcast de sa série ’In Their Own Words’ (consacrée aux histoires des militants pour les droits humains dans le monde entier) en février 2016 : l’essentiel de sa transcription, traduite ici, peut y contribuer. Elle y raconte par lettre sa vie en prison, mais parle aussi de son histoire, ce qui a fait d’elle ce qu’elle est devenue et ce qui lui a fait faire ce qu’elle a fait.
J’ai passé mon enfance à Crescent, dans l’Oklahoma. C’est une toute petite ville, remarquable surtout par son nombre incroyable d’églises : je n’oserais même pas avancer un chiffre. Un de ces endroits amicaux où tout le monde se connaît, et où il n’est pas rare qu’on n’ait jamais franchi les frontières de l’Etat.
Je n’avais pas la vie facile. Mon père voyageait beaucoup pour ses affaires, je passais donc la plupart de mon temps avec ma mère et ma sœur. Malheureusement, mes parents buvaient beaucoup, et tous deux pouvaient se montrer violents. Mais ma sœur m’a beaucoup aidée. Elle a été un exemple pour moi dans des temps difficiles.
Ayant peu d’occasions de socialiser, je me suis naturellement intéressée aux ordinateurs, qui me servaient à la fois de parents et de babysitters, et vers 1997 j’ai commencé à explorer l’Internet et à faire mes propres sites web. J’étais surtout motivée par un mélange de curiosité et de solitude.
Je me souviens n’avoir eu personne pour m’aider à y (…)
Chelsea MANNING
FORT LEAVENWORTH, Kansas. — Quand j’ai décidé de divulguer les informations classifiées en 2010, je l’ai fait par amour pour mon pays et dans un sentiment du devoir envers les autres. Je purge actuellement une peine de 35 ans de prison pour ces révélations non autorisées. Je comprends que mes actions ont violé la loi.
Toutefois, les préoccupations qui m’ont motivée n’ont pas été résolues. Tandis que guerre civile éclate en Irak et quand les États-Unis envisagent à nouveau une intervention, cette entreprise inachevée devrait donner une nouvelle urgence à la question de savoir comment l’armée étatsunienne a contrôlé les couvertures médiatiques là-bas et en Afghanistan. Je crois que les limites actuelles sur la liberté de la presse et le secret excessif du gouvernement empêchent les Étasuniens de comprendre pleinement ce qui se déroule dans les guerres que nous finançons.
Si vous avez suivi les informations pendant les élections de mars 2010 en Irak, vous vous souvenez peut-être (…)