auteur Saïd BOUAMAMA

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Radicalisation des États-Unis contre le Venezuela ?

Saïd BOUAMAMA

Tandis que le Venezuela du président Maduro - réélu depuis 2013 - semble sortir de l’ornière sur le plan économique, les agressions étasuniennes au faux-nez démocratique se multiplient contre l’Etat pétrolier. A tel point que les autorités vénézuéliennes ont récemment dénoncé une nouvelle tentative de coup d’Etat invariablement financée et pilotée par les Etats-Unis.

Si la guerre d’Ukraine et le génocide en Palestine sont les deux points brûlants de la situation mondiale, le conflit qui caractérise notre planète est d’ampleur mondiale. La crainte des puissances occidentales de perdre leur hégémonie mondiale et avec elle les surprofits qui l’accompagne, les pousse à multiplier leurs ingérences et agressions sur tous les points stratégiques de la planète. Le Venezuela est depuis longtemps dans le viseur de Washington en raison de sa situation géographique, de ses prises de position tant au niveau de la politique économique interne qu’au niveau international et enfin de ses alliances stratégiques avec les BRICS, la Chine, la Russie, l’Iran, Cuba, etc. Le dernier épisode des agressions contre le Venezuela a été révélé par l’annonce, le 14 septembre, de l’arrestation de sept ressortissants étrangers, quatre étasuniens, deux espagnols et un Tchèque, accusés de préparer un coup d’Etat en faveur de la cheffe de l’opposition Maria Corina Machado et (…)

La signification politique et idéologique du rapport Stora

Saïd BOUAMAMA

La signification politique et idéologique du Rapport de Benjamin Stora. On ne dépasse jamais une page d’histoire sans la lire jusqu’à la dernière ligne

Cet article est le développement de celui écrit pour le site « Rouge Midi » publié le 1er février 2021. En juillet 2020 le président Emmanuel Macron confie à l’historien Benjamin Stora la mission de produire « un rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation, et la guerre d’Algérie » dans l’objectif d’affirmer « une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens » ancrée sur un « travail de mémoire, de vérité et de réconciliation [i] ». La veille de la remise du rapport les services de la présidence précisaient : « Des « actes symboliques » sont prévus mais il n’y aura « ni repentance ni excuses » [ii]. » Le président de la République reprend dans ces précisions le vocabulaire de l’extrême-droite qui dénonce depuis des décennies les exigences de vérités historiques comme constituant une demande de « repentance ». L’exigence légitime de « reconnaissance » de la colonisation comme « crime contre l’humanité » est ainsi transformée en (…)

« Bouteflika symbolise le gel de plusieurs tendances et ça ne permet pas de construire quoi que ce soit. »

Saïd BOUAMAMA
Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre lecture de la situation géopolitique qui prévaut en Syrie en ce moment ? Dr. Saïd Bouamama : La situation en Syrie est d’abord une situation d’échec de l’impérialisme. En réalité, ce qui se passe en Syrie a été une tentative de déstabiliser l’État syrien en appuyant des groupes djihadistes. On pense ce qu’on veut du régime de Bachar el Assad, mais il a rendu un grand service à l’humanité en arrêtant cette déstabilisation et cette tentative de balkaniser la Syrie. Parce qu’en réalité, il s’agit de balkanisation. Si l’on regarde toutes les dernières guerres, ce que j’appelle les nouvelles guerres coloniales, que reste-t-il ? L’Irak est coupé en morceaux, l’Afghanistan est un chaos complet, en Somalie c’est l’hécatombe, et le Soudan est coupé en deux. En réalité, il y a une telle concurrence aujourd’hui entre grandes puissances qu’il y a besoin, pour continuer à faire des profits, de déstabiliser les États qui peuvent être des États de (…)

L’œuvre négative du colonialisme français en Guyane : de la recherche du « roi doré » à la « Montagne d’or »

Saïd BOUAMAMA

Le bagne de Cayenne et le lanceur Ariane sont pour beaucoup de français les seules images de la Guyane. Parfois s’ajoute celle d’un peuple toujours en grèves incompréhensibles quand ce n’est pas celle d’un peuple d’assistés. Derrière ces images médiatiques se cache une réalité coloniale qui emplie la vie quotidienne des guyanais. Faisant partie des « vielles colonies [i] », la Guyane dite « française » est occupée par la France depuis plus de trois siècles. Les colonisateurs espagnols lui donnèrent le nom d’Eldorado en raison de la légende du « roi doré [ii] » décrivant un roi rendant hommage aux dieux en étant enduit d’or de la tête aux pieds. Le résultat en sera un quasi-génocide des six nations autochtones du territoire. Ils sont remplacés par des esclaves comme le démontre le qualificatif « de colonie à esclave » figurant dans les différents projets de colonisation qui se succède à partir de 1626, année où le cardinal de Richelieu installe les premiers établissements français dans ce pays [iii]. Si les raisons de la présence française ont changées au cours des trois siècles d’occupation française, le système social reste jusqu’à aujourd’hui caractérisé par un rapport colonial. L’installation d’un Centre spatial guyanais en 1964 renforce encore cette structure coloniale. 

Du génocide des autochtones à l’engagisme L’arrivée des premiers français se traduit rapidement par une tentative d’asservir les autochtones et devant leur résistance par un massacre de ceux-ci. « Les français dès leur arrivée ont massacré tous les indiens ou ont tenté de les réduire en esclavage [iv] » résume le philosophe Neuville Doriac. En témoigne le massacre qui se déroule en 1857 lors de la conquête de Cayenne. Toutefois ces violences de la conquête furent sans aucune mesure avec celles mises en œuvre dans le reste de l’Amérique Latine pour des raisons que les ethnologues Pierre Grenand, Françoise Grenand et Patrick Menget résument comme suit en déconstruisant les mythes coloniaux produit pour justifier la présence française : Le mythe d’abord : (les contacts entre Blancs et Indiens ont toujours été pacifiques). Rien n’est moins sûr. [...] Comprenant très vite que les intentions réelles des arrivants différaient des leurs, les Amérindiens, par exemple les Galibi, se (…)
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Leçons et conséquences d’un été révélateur : La construction progressive des conditions de pogromes.

Saïd BOUAMAMA

L’été 2016 a été marqué par trois faits de nature différente : un ignoble attentat endeuille le pays le 14 juillet, une loi détruisant le code du travail massivement rejetée par la population et les travailleurs est votée le 21 juillet et un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage pour les femmes portant un « burkini » est pris à Cannes, déclenchant en quelques jours une véritable épidémie d’arrêtés similaires dans d’autres villes. Les réactions sociales et les commentaires politiques et médiatiques qui ont suivis ces trois événements constituent un excellent analyseur de l’état de notre société, des contradictions qui la traversent et des intérêts qui s’y affrontent.

« Radicalisation rapide », stratégie de dissimulation et production d’une psychose collective Dès le 16 juillet le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve évoque la thèse d’une « radicalisation rapide » du chauffeur meurtrier accompagnée d’une série de précisions angoissantes : « Il n’était pas connu des services de renseignement car il ne s’était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l’idéologie islamiste radicale […] Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement. En tous les cas, ce sont les premiers éléments qui apparaissent à travers les témoignages de son entourage […] des individus sensibles au message de Daesh s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés […] La modalité de la commission de son crime odieux est elle-même nouvelle. » (1) La thèse de la « radicalisation rapide » est lourde de (…)