Jacques R. PAUWELS
Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre « Big Business avec Hitler », vous évoquez la collaboration de l’élite économique industrielle et financière mondiale avec Hitler. Hitler n’est-il pas un pur produit, un instrument, du système capitaliste ?
Dr. Jacques Pauwels : Le soi-disant « national-socialisme » d’Hitler, en réalité pas du tout une forme de socialisme, était la variante allemande du fascisme, et le fascisme était une manifestation du capitalisme, la manière brutale et cruelle dont le capitalisme s’est manifesté dans l’entre-deux-guerres en réponse à la menace de changement révolutionnaire incarnée par le communisme, et à la crise économique de la Grande Dépression. Dans la mesure où Hitler a personnifié la variante allemande du fascisme, on peut en effet le qualifier d’« instrument » du capitalisme. Cependant, comme je le mentionne dans mon livre, le terme « instrument » est vraiment trop simpliste. Il serait plus exact de définir Hitler comme une sorte d’« agent », un (…)
Jacques R. PAUWELS
Note de l’éditeur : cet article incisif a été écrit le 30 avril 2003, au tout début de la guerre en Irak par l’historien et politologue Jacques Pauwels. L’article relève principalement de la présidence de George W. Bush, mais il pose à point nommé une question pertinente : pourquoi l’administration Trump veut la guerre à tout prix en Corée du Nord, en Iran, en Russie ou en Chine ?
Corée, Vietnam, Cambodge, Irak, Libye, Syrie, Yémen….Pour quelle raison les U.S sont-ils en guerre depuis plus d’un demi-siècle et pourquoi les Américains soutiennent-ils l’agenda militaire U.S ?
Les guerres sont une terrible cause de pertes en vies humaines et en ressources de toutes sortes, c’est pourquoi la plupart y sont opposés. Le président U.S, lui, semble préférer la guerre. Pourquoi ? Beaucoup de commentateurs ont cherché une explication dans des facteurs psychologiques. D’autres ont pensé que George W. Bush considérait de son devoir de terminer le travail de son père resté inachevé au temps de la guerre du Golfe. Certains encore ont cru que Bush Junior s’attendait à une guerre éclair triomphale qui lui aurait assuré un second mandat à la Maison-Blanche.
Je crois que nous devons chercher ailleurs une explication à l’attitude du président américain.
Le fait que Bush aime la guerre a peu à voir avec son psychisme, mais beaucoup avec le système économique américain. Ce (…)
Jacques R. PAUWELS
La Révolution française ne fut pas un simple « évènement » historique, mais un développement long et complexe dans lequel nous pouvons identifier divers stades, en commençant par la « révolte des nobles » à la veille de 1789 et en terminant – mais uniquement sous certains aspects – en 1799, avec le « 18 Brumaire », le coup d’État de Napoléon Bonaparte. Il convient de remarquer que certains de ces stades, y compris les (importantes) phases initiale et finale mentionnés, étaient de nature plutôt contre-révolutionnaire que révolutionnaire.
En ce qui concerne les stades véritablement révolutionnaires, il est possible d’en dégager deux. Le premier stade est « 1789 », la révolution modérée. Celle-ci met un terme à l’Ancien Régime, avec son absolutisme royal et son féodalisme, autrement dit, au monopole de pouvoir du monarque et aux privilèges de la noblesse et de l’Église. Des réalisations importantes de « 1789 » font également partie la Déclaration des droits de l’homme, l’égalité de tous les Français devant la loi, la séparation de l’Église et de l’État, un système parlementaire reposant sur un droit de vote limité et, non des moindres, la création d’un État français « moderne », centralisé et « indivisible ». Ces réalisations qui, mises ensemble, constituent un énorme « pas en avant » dans l’histoire de la France, sont ancrées dans une constitution qui, non sans un certain retard, sera promulguée en 1791.
L’Ancien Régime, la France d’avant 1789, était associé à la monarchie absolue et le système révolutionnaire de (…)
Jacques R. PAUWELS
Ce 8 mai, nous fêtons le 70e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale qui a coûté la vie à plus de 60 millions de personnes. A en croire les films hollywoodiens, tout se serait joué lors de combats héroïques entre soldats américains et allemands ou japonais. Les historiens sont toutefois unanimes : l’Allemagne nazie a été vaincue par l’Armée rouge. Jacques Pauwels, historien et auteur d’un ouvrage sur la question, revient sur cette période et explique quand et comment la guerre a basculé vers la défaite inéluctable de l’Allemagne nazie.
La Seconde Guerre mondiale a débuté, du moins en ce qui concerne l’Europe, par l’irrésistible déferlement de l’armée allemande sur la Pologne en septembre 1939. Quelque six mois plus tard, des victoires encore plus spectaculaires ont suivi, cette fois sur les pays de l’actuel Benelux et sur la France. Durant l’été 1940, l’Allemagne semblait invincible et prédestinée à dominer indéfiniment le continent européen. La Grande-Bretagne refusait certes de jeter le gant, mais elle ne pouvait espérer gagner la guerre à elle seule et craignait qu’Hitler ne dirigeât bientôt son attention vers Gibraltar, l’Égypte et/ou d’autres joyaux de la couronne de l’Empire britannique. Mias, cinq ans plus tard, c’était l’Allemagne qui expérimentait la douleur et l’humiliation d’une défaite totale. Le 30 avril 1945, Hitler se suicidait à Berlin au moment même où l’Armée rouge se frayait au bulldozer un chemin dans la ville, réduite à un gigantesque amas de ruines fumantes. Les 8 et 9 mai, l’Allemagne se (…)
Jacques R. PAUWELS
Dans l’Europe de 1914, le droit de vote universel n’existait pas. Partout, la noblesse et les grands industriels se partageaient le pouvoir. Mais cette élite, restreinte, craignait les masses populaires et le spectre d’une révolution. L’Europe devait sortir « purifiée » de la guerre, et « grandie » par l’extension territoriale.
Et si la Première Guerre mondiale était avant tout la suite meurtrière de la lutte entre ceux d’en haut et ceux d’en bas initiée dès 1789 ?
C’est la thèse magistrale du nouveau livre de Jacques Pauwels qui revisite à sa façon les thèses officielles de l’histoire. L’historien démontre ici que les grandes puissances mondiales voulaient depuis longtemps cette guerre pour s’approprier colonies et autres richesses et écraser les idées révolutionnaires qui gagnaient de plus en plus l’Europe.
Jacques Pauwels est l’auteur du Mythe de la bonne guerre et de Big business avec Hitler.
Traduit du néerlandais par Frank Degrez
9782805920691
851 pages
12,5 x 20 (…)