auteur Gérard LE PUILL

Ce que révèlent sur le climat deux journées ordinaires

Gérard LE PUILL

De la réactivation des incendies au Canada aux inondations dans le Sri Lanka, en passant par la sécheresse en Inde et la mort des coraux en Australie, quelques heures de la vie de la planète nous rappellent qu’il est urgent de freiner le réchauffement climatique. Mais, partout dans le monde, on se garde de passer aux travaux pratiques. Même en France, le président de la République et son gouvernement donnent le sentiment d’avoir déjà oublié les conclusions de la conférence de Paris sur le climat dans la conduite des affaires du pays au quotidien.

On n’en parlait pratiquement plus depuis une dizaine de jours. Mais la forêt continue de brûler dans la province de l’Alberta, au Canada. Le feu a déjà dévasté 285.000 hectares et le changement d’orientation des vents dirige désormais l’incendie vers les installations pétrolières. Les flammes sont à moins de 15 kilomètres des installations de Suncor Energy et de Syncrude Canada tandis que les 4.000 ouvriers en poste sur les deux sites viennent d’être évacués. Lundi soir, les flammes gagnaient de trente à quarante mètres par minute sur le front de l’incendie tandis qu’un temps chaud et sec prévu pour durer encore au moins 48 heures compliquait le travail des pompiers. En Inde, on ne fait pas état d’incendies et le gouvernement central communique le moins possible sur la terrible sécheresse qui frappe de nombreuses régions depuis deux ans. Dans un pays qui avait déjà l’habitude de pomper de manière abusive l’eau des nappes phréatiques pour irriguer les cultures, ont estime que 330 (…)

Quand les traders spéculent sur notre pain quotidien

Gérard LE PUILL

Depuis un an, les prix mondial du blé a évolué en dents de scie dans une fourchette de prix trop bas pour fournir un revenu décent aux céréaliers. Il a suffit que l’offre mondiale soit légèrement supérieure à la demande pour que les traders fassent payer la facture aux producteurs pendant que les décideurs politiques regardent ailleurs.

Selon les chiffres donnés cette semaine dans l’analyse économique de FranceAgrimer, la tonne de blé français rendue au port d’embarquement pour l’exportation valait 230 dollars le 11 février 2015. Elle ne valait plus que 192 dollars le 9 mai de la même année. Mais elle remontait à 227 dollars au début de mois de juillet pour descendre à 175 dollars le 7 septembre. Elle franchira à nouveau le cap des 200 dollars au début de mois d’octobre, puis vers la mi-novembre, pour ensuite baisser régulièrement et tomber à 155 dollars en cette seconde quinzaine de février 2016. Le prix du blé est mondial et spéculatif depuis pas mal d’années. Pour comprendre ce phénomène, il faut disposer des informations suivantes. Le monde du blé se partage entre pays exportateurs nets, pays autosuffisants et pays importateurs nets. Dans l’ordre, l’Union européenne à 28 est devenue le premier producteur mondial de blé tendre avec 158 millions de tonnes, dont 40 millions de tonnes pour la France, premier (…)

Un panneau mémorial pour Ambroise Croizat

Gérard LE PUILL

Le syndicaliste CGT et ministre communiste qui mit en place la Sécurité sociale en 1945 a été honoré hier à la station de métro Porte d’Orléans par un panneau mémorial qui retrace son parcours. Plusieurs personnalités lui ont rendu hommage à cette occasion.

Une moyenne de 23 000 personnes montent dans le métro ou en descendent chaque jour ouvrable à la station Porte d’Orléans dans le quatorzième arrondissement de Paris. A partir de ce 12 mai 2015, année du 75ème anniversaire de la création de la Sécurité sociale, on peut lire sur panneau mémorial, sous le buste d’Ambroise Croizat dévoilé hier au public, un court texte qui débute ainsi : « L’Homme à qui l’on doit le système de protection sociale mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale est né en 1901 dans une famille ouvrière de Savoie... ». Après l’inauguration proprement dite sous sa présidence de Bernard Lamirand , animateur du comité d’honneur national Ambroise Croizat, en présence de Lilian Caillaux- Croizat , fille de l’ancien ministre , de cadres de la RATP et de plusieurs dirigeants de la CGT, d’élus de Paris et d’Olivier Dartigolles qui représentait Pierre Laurent retenu au Sénat , des prises de parole se sont succédées au centre sportif de l’avenue Paul (…)

Jean Ziegler et le Savonarole du lac Léman

Gérard LE PUILL

Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, Jean Ziegler n’a rien perdu de sa capacité d’indignation face à la persistance de la faim dans le monde.

Un phénomène appelé à s’aggraver considérablement dans les prochaines décennies si la liberté de spéculer sur les denrées alimentaires continue d’avoir la priorité sur le droit à l’alimentation pour tous. Cet enjeu sert de trame au dernier livre de Jean Ziegler (1), divisé en six parties. Les deux premières sont un peu trop tournées vers le passé, mais l’auteur tenait à rendre hommage à des hommes et à des femmes admirables rencontrés au cours de ses nombreuses missions de rapporteur spécial. La troisième partie s’attaque aux « croisés du néolibéralisme », à savoir les managers de l’agrobusiness et leurs auxiliaires dans des institutions comme le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. À ce propos, le socialiste suisse habille pour l’hiver le socialiste français qui dirige l’OMC. Pascal Lamy est comparé à Girolamo Savonarola, qui dirigea la dictature théocratique de Florence entre 1494 et 1498 avant de finir pendu, puis brûlé. Dans la quatrième partie, l’auteur montre que les pays (…)