auteur André LACROIX

Pour ouvrir à la problématique ukrainienne, les clés « Colin Lebedev » sont insuffisantes

André LACROIX

Dans son excellente série « Les clés », sur les ondes de la RTBF, Arnaud Ruyssen a diffusé trois émissions, les 16, 17 et 18 février 2026, destinées à « nous plonger dans l’histoire des relations entre la Russie et l’Ukraine afin de remonter aux sources du conflit actuel » (1). Allaient-elles être de la même qualité que les trois émissions des Clés consacrées au conflit palestinien, diffusées les 6, 7 et 8 octobre 2025 et rediffusées les 22, 23 et 24 décembre 2025, qui avaient donné lieu à un exposé magistral de l’historien français Vincent Lemire, professeur en histoire contemporaine à l'université Gustave-Eiffel ?

Dans un premier temps, j’ai cru que l’experte invitée, Anna Colin Lebedev, sociologue et politologue française d’origine russe, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris-Nanterre, allait soutenir la comparaison et nous donner les bonnes clés pour comprendre les origines du conflit ukrainien. Mais j’ai commencé à me poser des questions en constatant que le seul historien qu’elle ait cité se trouve être le sulfureux Timothy Snaider, pour qui la politique de Poutine s’assimile aux pratiques d’extermination de masse menées par ... Hitler. Malgré ce patronage douteux, Anne Colin Lebedev a le mérite de rappeler, dans ce premier volet du 16 février, que l’ambivalence des relations entre la Russie et l’Ukraine ne date pas d’hier : si d’une part l’indépendance de l’Ukraine déclarée en 1918 a été sans lendemain du fait de son incorporation dans l’Union soviétique, le nouveau pouvoir a paradoxalement contribué à renforcer le sentiment national ukrainien en y (…)

La désinformation sur le Tibet en a pris un coup le 5 février 2026

André LACROIX

Les pressions visant à déprogrammer à Bruxelles la projection du film "Tibet, un autre regard" de Jean-Michel Carré ont été vaines : le Centre cultuel Jacques Franck a tenu bon : le public est venu nombreux, le 5 février au soir, pour voir le film et assister au débat qui a suivi et qui fera date.

Des pressions sans doute animées par des ressentiments personnels Les organisateurs de cette projection, à savoir les films d’Attac-Bruxelles, avaient prévu que ce film censuré par Arte soit présenté par moi. Mais ça n’a pas plu aux adeptes inconditionnels du dalaï-lama qui ont fait pression sur le Centre pour qu’il déprogramme la séance. Ces censeurs ont un nom : Vincent Metten, représentant à Bruxelles de l’ICT (International Campaign for Tibet) et Carlo Luyckx, Président de l’UBB (Union bouddhique belge). Tous deux devaient être animés d’un sourd ressentiment à mon égard : Vincent Metten n’a sûrement pas apprécié que je dénonce les contre-vérités qu’il répand à la pelle dans la presse et que je le traite de « His Master’s Voice » de l’Oncle Sam (1) ; Carlo Luyckx n’a sûrement pas apprécié mes analyses démontrant son erreur fondamentale de demander la reconnaissance officielle du bouddhisme comme « philosophie non confessionnelle » (2). C’est ainsi qu’avec une conception (…)

L’air raréfié du Tibet cause-t-il la schizophrénie ?

André LACROIX

Les 20 et 21 janvier, dans la salle de spectacle Wolubilis à Bruxelles, la journaliste Élodie Emry est venue présenter sans entraves son stand-up « Ceci n’est pas une religion » : elle y raconte, non sans humour, sa surprenante enquête qui a révélé des affaires d’abus sexuels commis par des ténors du bouddhisme tibétain, notamment contre de jeunes femmes, à travers le monde occidental. Le 5 février, à Bruxelles toujours, au Centre culturel Jacques Franck, le réalisateur chevronné Jean-Michel Carré viendra présenter son film censuré par Arte « Tibet, un autre regard ». Mais les pressions ont été telles, émanant des adeptes inconditionnels du dalaï-lama, que les organisateurs ont craint un moment de devoir déprogrammer la projection…

Comment expliquer ce traitement différencié alors même que les propos d’Élodie s’en prenaient frontalement au dalaï-lama pour avoir fermé les yeux pendant des années sur une série de comportements déviants commis par des lamas bien en cour et que le documentaire de Jean-Michel n’est autre qu’une présentation historique de la question tibétaine replacée dans son contexte géopolitique ? Tout se passe comme si on pouvait dénoncer les comportements libidineux commis sous les robes safran de bonzes abuseurs, mais pas les liens entre les mouvements « Free Tibet » et la CIA. Le jugement moral : oui ; l’analyse politique : non... Élodie Emry n’était, en effet, pas la première à enquêter sur les abus sexuels de lamas. Son film Bouddhisme, la loi du silence, réalisé avec Wandrille Lanos et projeté sur Arte en 2022, avait été précédé par la parution chez Max Milo, en 2016, de l’enquête de Marion Dapsance Les Dévots du bouddhisme. Ce livre-témoignage accablant pour le célèbre lama Sogyal (…)

Triple ou quadruple capitulation européenne ? Lettre ouverte à Paul Magnette, Président du PS (Belgique)

André LACROIX
Monsieur le Président, Cher Paul Magnette, J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre newsletter intitulée « L’été 2025 aura été, pour l’Europe, celui d’une triple capitulation. » Votre constat est sans appel. Vous y dénoncez clairement : la capitulation militaire européenne devant la sommation faite par les États-Unis aux pays de l’OTAN de consacrer 5% de leur PIB à l’armement, la capitulation commerciale d’Ursula von der Leyen devant Trump lui imposant des droits de douane de 15%, l’achat d’énergie fossile pour 750 milliards d’euros et l’investissement de 600 milliards dans les secteurs stratégiques étasuniens, la capitulation morale face au génocide en cours à Gaza. Grande absente de votre analyse : la capitulation de la réflexion géopolitique. Pas un mot chez vous sur le conflit ukrainien. Tout ce que vous déplorez, c’est que la hausse brutale des dépenses militaires se soit décidée « sans aucune réflexion stratégique sur la manière dont de nouveaux investissements peuvent (…)

Zelensky vu par Arte : suite

André LACROIX

L’article que j’ai écrit avec Vladimir Caller, publié par Le Grand Soir du 27 mai 2025, a suscité de nombreux commentaires en sens divers, dont celui, particulièrement sévère émanant de Monsieur G. Vous le trouverez ci-dessous ainsi que les réflexions qu’il m’a inspirées.

1) CRITIQUES DE MONSIEUR G Pour ce qui est du texte de André Lacroix et Vladimir Celler : Arte est une chaîne sérieuse qui présente des points de vue nuancé, ce n’est pas LCI la chaîne internationale de TF1 qui est délibérément pro ukrainienne !! Si on lit leur texte on sent tout de suite l’apriori de ces deux auteurs, dès les premières lignes : 1. pays victime des « crimes massifs de la Russie » : pourquoi utiliser les « » : comment encore mettre en doute qu’il y a des crimes massifs : Boutcha, Marioupol, etc. Ces auteurs nient l’évidence 2. reportage hagiographique : pour ce que j’en ai vu (je n’ai pas tout regardé), c’est un reportage documenté, précis, qui n’a rien de religieux 3. refus du port du foulard rouge : cela n’a rien d’extraordinaire : il est clair que dans la période soviétique et surtout à la fin de celle-ci (zelensky est né en 1978 : il avait 12 ans au moment de la chute du mur : à cette époque on n’était plus dans l’endoctrinement) 4. tous ces essais (…)