Xiao PIGNOUF
Fin juin 2024, près de 11 millions de Français ont choisi de voter pour le Rassemblement National qui concrétise ainsi encore un peu plus sa lente et inexorable ascension vers le pouvoir et fait présager une victoire de plus en plus à portée de main tendue en 2027. L'objectif de cette réflexion est d'essayer de comprendre, en s'appuyant sur des phénomènes concrets, historiques, géographiques, socio-économiques et politico-médiatiques, comment on en est arrivés là, de proposer aussi une alternative à certains narratifs tendant à faire de la gauche la seule présence sur le banc des accusés.
Eh bien, justement : la gauche a-t-elle joué un rôle dans la montée en puissance de l'extrême-droite ?
De Mitterrand à Hollande, du tournant de la rigueur à la Loi Travail, la gauche ou ce qu'on a longtemps cru être la gauche, n'a jamais cessé de céder du terrain au libéralisme, au nom de la sacrosainte Union Européenne, du libre-échange, de la concurrence libre et non faussée, détruisant brique par brique les services publics qui faisaient la fierté du pays mais jugés peu rentables financièrement, et par ricochet son tissu social. Si les années 80, période dorée du socialisme français, ont inauguré cet abandon progressif des classes populaires symbolisé par un parti communiste et des syndicats réduits au rôle de tapins protégeant leur bout de trottoir, c'est le hollandisme des « Sans-dents », stade larvaire du macronisme des « Riens », qui a soldé le lien entre peuple et gauche et qui a organisé sa propre mise en bière avec la Loi Travail, opportunément baptisée « El Khomri », (…)
Xiao PIGNOUF
C'est peut-être une blessure d'orgueil que son annuel bain de gueux lui avait laissée la veille. Puisqu'il ne pouvait plus s'attarder à un endroit sans se faire insulter par des passants en colère, le service de sécurité présidentiel l'avait charrié d'un recoin à l'autre du Salon comme un vulgaire sac de topinambours pour lui éviter les jets d'oeufs frais au gré des invectives paysannes... Ou bien encore galvanisé par ses remontrances de manager de fast-food à un quarteron de bouseux qui s'est docilement laissé houspiller par ce quarantenaire aux allures de minet, pourtant copie conforme du conseiller bancaire auquel ils avaient si souvent rêvé de mettre un coup de douze, il a dû ouvrir les yeux ce matin-là avec l'envie d'en découdre. Quoiqu'il en soit, comme on avait dressé quelques étendards et tables en U dans les salons dorés de son palais, il a fait convoquer la piétaille médiatique pour l'occasion car il avait un truc important à déclarer.
Ce truc, c'était la guerre.
Pas contre un petit état africain ou quelques djihadistes en sandalettes dans des 4x4. Non, non. La guerre contre la Russie, pas moins. Et soudainement nous incombe la tâche de comprendre pourquoi diantre croit-il avoir l'envergure pour une tâche sur laquelle les plus grandes armées de l'histoire se sont cassées les dents. Pas étonnant du coup qu'il ait pris tout le monde de court. C'est vrai que ces derniers temps, depuis que les Américains se retirent en catimini de leur implication en Ukraine - leurs objectifs remplis, c'est-à-dire la rupture des relations russo-européennes et le suicide économique de l'UE ; de l'Allemagne surtout - on s'est cru l'audace d'espérer, très brièvement, et Poutine aussi vraisemblablement, que l'Ouest allait enfin se résigner à écouter la Russie et obliger l'Ukraine à ouvrir la porte des négociations, en dépit des manoeuvres inutiles du VRP de Kiev. C'était sans compter quelques jusqu'au-boutistes dont nous avons (…)
Xiao PIGNOUF
Suite et fin de cette longue recension du livre de Frédéric Lemaître, « Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping ». Ce journaliste, ancien correspondant du Monde à Pékin y couche les observations qu'il a faites sur la société chinoise, sur la politique et surtout sur sa gouvernance. Ce livre, probable passeport pour une promotion future, aura certainement un impact très limité et on peut se demander pourquoi les Éditions Tallandier, maison généralement tournée vers des publications historiques sérieuses et factuelles, ont cru bon d'éditer une somme aussi condensée de malinformation. Souvent mensonger, toujours biaisé, le portrait qu'il fait de ce pays aurait pu s'intituler Rien ne va chez les Cocos !
Ces cinq années m'ont convaincu que notre vision de ce pays était souvent biaisée. Par conviction, par ignorance ou en réaction à la propagande communiste, le « China bashing » s'est peu à peu imposé dans nombre de médias occidentaux.
Frédéric Lemaître, Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping
Cette citation débordante de mauvaise foi, j'avais l'intention de la mettre en conclusion (après avoir hésité comme exergue). Finalement, elle est à sa place ici et maintenant. Car elle vaut tout de même son pesant d'or quand on sait avec quel zèle son auteur a participé sur le premier quotidien de France au dénigrement permanent de la Chine. Rarissimes sont les articles de Lemaître où il ait fait preuve de la plus petite indulgence et qui aient parlé de la Chine dans des termes objectifs ou même, soyons fous... avantageux. Par conséquent, son livre ne peut qu'être à l'image de ce travail de chroniqueur qu'il a fourni durant ses années en Chine. Non pas qu'il mente en permanence, ce serait (…)
Xiao PIGNOUF
Il m'a été donné à plusieurs reprises de pouvoir observer combien les journalistes français en poste en Chine étaient progressivement devenus les principaux auxiliaires de la désinformation concernant le pays à propos duquel ils étaient supposés informer. Loin d'en attendre des courbettes, on pourrait croire, naïvement bien sûr, que leur déontologie les contraindrait au moins à user d'une denrée de plus en plus rare dans le milieu : l'objectivité. Carriéristes en sinécures, ils donnent bien davantage le sentiment de passer par la Chine pour parfaire leur cv atlantiste et donner des gages de leur subordination. N'ayant pas su marcher dans les pas de Sainte-Ursule, patronne des Expulsés - ce n'est pas faute d'avoir essayé - Frédéric Lemaître fait une dernière tentative livresque avant d'aller ailleurs nuire à la vérité.
T'as d'belles gares, tu sais !
Les trente chapitres de ce livre fort dispensable ne méritent pas tous qu'on s'y arrête. J'en sauterai certains, je réserverai mon avis (absolument personnel) sur d'autres à la conclusion de cette analyse critique dans sa troisième et dernière partie. Et en guise d'introduction pour cette deuxième partie, je veux brièvement survoler trois points sur lesquels Lemaître, grand distributeur des bons et des mauvais points, n'a guère trouvé à redire, ce qui est assez peu fréquent dans son livre pour être noté.
Sur la modernisation de la Chine d'abord, que Lemaître constate à contre-coeur. Ce Grand Bond en avant qui a finalement eu lieu avec un décalage de 40 ans et dont le signe extérieur le plus flagrant est le développement du réseau ferré à grande vitesse et son expansion à travers le pays, désenclavant les régions les plus reculées, comme le Xinjiang et le Tibet à l'extrême-ouest. Lorsqu'on vit en Chine et si on a eu la chance d'y vivre au moment de (…)
Xiao PIGNOUF
Il est notable que ce livre et les impressions qui y sont exposées sont clairement marqués par la pandémie de covid et les restrictions mises en place par le gouvernement chinois dans le cadre de sa politique zéro-covid et qui n'ont pas manqué d'entraver son travail de journaliste. Lemaître est probablement allé en Chine au pire moment de son histoire récente et il convient de ne pas minimiser les complications psychologiques et professionnelles que ce contexte a pu causer. De retour en France, il publie ce livre-bilan : 283 pages, 30 chapitres ceinturés d'une introduction et d'une conclusion. À l'heure où j'écris ces lignes, je ne sais pas si chaque chapitre nécessitera un examen aussi minutieux que ceux que j'ai déjà repérés. On prendra les choses comme elles viennent.
Il y a dores et déjà un préalable qu'il faut établir [NDA : et qui me concerne autant que Frédéric Lemaître] : il est fondamentalement impossible, même dans la durée, d'appréhender pleinement un pays, sa culture et ses mentalités sans en parler la langue avec un minimum d'expertise. Et encore y a-t-il un bémol : vivre en Chine même en ayant conquis le mandarin qui permet de communiquer avec tous les Chinois, cela n'ouvre aucunement les portes des compréhensions secrètes ou des conversations volées, puisque la majorité des Chinois parlent entre eux les dialectes qu'ils partagent et qui sont toujours vivaces. En parlant le mandarin, on peut comprendre les Chinois qui nous parlent mais pas nécessairement les Chinois qui se parlent. En outre, cette lacune linguistique s'aggrave considérablement lorsqu'on s'avère incapable de mettre en perspective l'instant t d'une société, quelle qu'elle soit, avec son histoire. Et l'on peut deviner sans peine combien celle-ci est essentielle à prendre (…)