auteur Khaled BOULAZIZ

Le Monde au chevet de l’armée d’Israël ou comment on fabrique l’innocence

Khaled BOULAZIZ
Il est toujours rassurant de constater que, même au cœur des tragédies contemporaines les plus obscènes, nous pouvons compter sur certaines figures de l’expertise mémorielle pour nous rappeler les règles du bon goût juridique. Dans un article publié dans Le Monde, Vincent Duclert, historien patenté des génocides terminés, nous enseigne avec la hauteur qui sied aux grands esprits qu’il ne faut surtout pas s’empresser de qualifier ce qui se passe à Gaza de génocide. Et il a raison, bien sûr. Car l’histoire – la vraie, la sérieuse, la décantée – ne peut s’encombrer de chair fraîche. Elle réclame du marbre. Des faits refroidis. Du recul. Beaucoup de recul. De préférence une génération ou deux. Gaza ? Trop vivant, trop saignant, trop pixellisé. Attendons que les charniers soient secs, que les enfants démembrés deviennent invisibles, et que les ruines soient rebâties, alors, peut-être, pourra-t-on envisager une hypothèse génocidaire, si toutefois le climat politique international le (…)