Frédéric Lordon
Imaginez. Le lendemain, aucune institution ne s’effondre. Les boulangeries ouvrent et les trains circulent. Les éditorialistes, en revanche, entrent dans un état de nervosité remarquable. Il n’est plus question du programme approuvé dans les urnes mais de la réaction des marchés, des taux d’intérêt, de la note de la dette française et de la « confiance des investisseurs ». Comme souvent, le suffrage universel est prié de produire ses effets avec modération. Dans son nouveau texte, Frédéric Lordon pousse la logique jusqu’au bout et pose la question : si une politique de rupture provoque effectivement l’épreuve de force avec le capital, alors la question devient moins « que faire ? » que : avec quels moyens matériels gouverner contre lui ?
l a été élu – Mélenchon. Et il a « son » gouvernement. Tout commence. Tout, quoi ?
La réaction, en premier. Le tableau de ses mouvements est connu, il a déjà été dressé : médias en folie, marchés obligataires dégondés, taux d’intérêt ascensionnels, Banque centrale et Commission européennes prêtes à bondir, sabotage patronal. Entre réactions systémiques et intentions particulières de nuire, tout conspire à la mise en échec.
Bien sûr, dans les degrés de liberté de la politique économique, il y a de quoi manœuvrer : 1) convaincre une fraction du patronat d’au moins attendre et voir — et mesurer qu’elle peut trouver son compte, par exemple dans le compromis de la planification écologique ; 2) convaincre la Commission que la taxation des riches et du capital a au moins le mérite de rétablir la situation des finances publiques — et puis lui faire avaler qu’il y aura de-ci, de-là quelques « désobéissances » (aides d’État, marché de l’énergie, etc.) ; 3) à ce propos, parler à nouveau (…)
Gilles QUESTIAUX
Voter pour quelqu'un ou pour quelqu'un d'autre est d'une importance très relative dans notre système verrouillé à l'extrême par les puissances d'argent et par les réseaux d'influence internationaux. Mais l'un dans l'autre ce doit quand même en avoir un peu puisque tout le monde finit par le faire, ou à défaut explique longuement pourquoi il ne le fait pas.
J'ai voté pour Mélenchon aux trois dernières élections présidentielles et je suis bien parti pour le faire à nouveau en 2027. Mais cela n'a rien d'évident car je ne suis pas en accord avec grand chose dans le discours de LFI (à part son antisionisme intransigeant). Toujours aurait-il mieux valu quand même qu'il fût élu alors président en lieu et place de Hollande ou de Macron.
Disons que mon principal voire mon seul argument pour voter pour lui et qui emporte pour l'instant ma décision, c'est qu'il est tellement honni par les médias mainstream qu'il ne doit pas être complètement mauvais. Manifestement l'oligarchie corrompue (…)
Daniel MERMET
Le racisme rend sourd. Quand vous dites la « ville des rois », le raciste comprend la « ville des Noirs ». Et le lynchage démarre. Le déchaînement raciste gagne la fachosphère jusqu’aux médias mainstream qui courent derrière le buzz.
Le 15 mars, au premier tour des élections municipales, le candidat de La France insoumise est élu au premier tour à Saint-Denis (93). Explosion de joie mais pas partout. Sur les plateaux télé, les mines sont un peu chiffonnées et le camp des perdants bouillonne de rage. La diabolisation acharnée de Mélenchon ne ferait pas peur à ces imbéciles ?
https://www.youtube.com/shorts/JFQIDIxihtA?feature=share
Il faut préciser que le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est d’origine malienne. Il a grandi en HLM, dans la banlieue parisienne. Études à Paris-VIII, basketteur, engagé dans l’associatif, cadre à la RATP, père de quatre enfants. Et à 52 ans, le voilà maire de cette de cette ville avec ses 150 nationalités. De quoi avoir depuis longtemps appris à riposter à la ségrégation ordinaire, raciale et sociale. « Nous sommes tout ce que l’extrême droite en fin de compte déteste », dit-il.
À peine élu, le nouveau maire est en direct sur LCI. Dans le brouhaha qui l’entoure, il (…)
Napakatbra
Quentin Deranque, souvent présenté dans les médias mainstream comme « étudiant en philosophie », ou « militant identitaire »… Mediapart dresse un constat tout autre après avoir exhumé trois comptes anonymes sur X créés par ses soins.
« Quentin est un nouveau converti au catholicisme engagé pour le bien commun [...] avec une noblesse d’âme impressionnante », décrivait son ami Baptiste Claudin le 16 février sur CNews, entre autres louanges. Puis la minute de silence à l’Assemblée nationale...
L’enquête de Mediapart dresse un portrait brutalement à rebours des hommages publics rendus à Quentin Deranque après sa mort. Présenté comme un jeune catholique discret, cultivé, engagé « pour le bien commun », il apparaît ici comme un militant d’extrême droite immergé depuis des années dans la galaxie néofasciste lyonnaise.
Âme pieuse côté pile, posts ignobles côté face. X reconnaîtra les siens.
Mediapart a retrouvé des milliers de messages publiés sous pseudonyme sur X, où il ne cache ni son racisme, ni son antisémitisme, ni sa fascination pour le fascisme et le nazisme. Ses trois comptes X : @PatricienD, @Gavariou et @ultragavariou.
Quelques citations de ses posts les plus romantiques :
« Moi, je soutiens Adolf, (…)
Conseil francilien du mouvement de la paix
C’est avec stupéfaction et indignation que nous apprenons il y a une semaine que deux croix gammées ont été taguées dans des halls d’immeuble de la cité de la Muette à Drancy, à l’emplacement où se situait l’ancien camp d’internement de Drancy, dans lequel 63000 Juifs (mais aussi nombre de Résistants) ont été parqués et déportés vers Auschwitz. Les auteurs de cette ignominie doivent être identifiés et jugés.
Toutefois, les responsabilités politiques indirectes doivent ici être pointées du doigt, même si elles seront malheureusement plus difficiles à faire sanctionner. Car entre un caricaturiste parmi les plus connus du pays, Plantu, reprenant à son compte, il y a trois semaines, les codes de l’imagerie antisémite, la minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire d’un militant néonazi, l’autorisation accordée à Lyon (« capitale de la Résistance ») à une marche néonazie le jour de la commémoration de l’exécution du groupe Manouchian, et enfin d’une ministre en (…)