Thème Europe

Yanis Varoufakis : « L’UE est finie et la Chine peut désormais déconnecter l’économie américaine »

Glenn DIESEN
L'hégémonie des États-Unis mourra quand Pékin décidera de convertir les BRICS+ en un système de Bretton Woods... mais les Chinois ne sont pas pressés. Ils en construisent l'infrastructure. Glenn Diesen : Bienvenue à nouveau à tous. Aujourd'hui, nous avons avec nous Yanis Varoufakis, professeur d'économie, ancien ministre des Finances de Grèce et fondateur de DiEM25, le Mouvement Démocratie en Europe. Merci d'être revenu dans l'émission. Yanis Varoufakis : Merci beaucoup de m'avoir invité, Glenn. Glenn Diesen : Le discours sur l'Union européenne est devenu très polarisé, surtout ces dernières années. C'est-à-dire que soit tout est très bien, soit tout est très mauvais. Et autour de ces positions, nous avons des récits opposés sur cette posture binaire. Or, on peut soutenir que la coopération européenne est nécessaire et idéale, ne serait-ce que pour le pouvoir de négociation collective et l'aide à la gestion des relations. Mais je serais un peu sceptique quant au développement (…)

Trump prend ses distances avec Kiev, et l’Europe commence, elle aussi, à hésiter

Mila THIEBAULT

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, un mouvement se dessine avec une cohérence difficile à ignorer. Washington s’éloigne, pas à pas, du soutien qu’il apportait jusque-là à l’Ukraine. Ce n’est pas un accident de parcours ni une simple fluctuation budgétaire. C’est une ligne, tenue depuis plusieurs mois, et les faits qui la documentent s’accumulent.

En juillet 2026, dans le Bureau ovale, Trump a opposé un refus net à Volodymyr Zelensky, venu demander plusieurs centaines de missiles intercepteurs Patriot supplémentaires ainsi qu’une licence de fabrication locale. Selon le Financial Times, la justification officielle tient à la disponibilité des stocks étasuniens, sollicités ailleurs, au Moyen-Orient et dans le Golfe. Sur le plan budgétaire, le recul est encore plus net. Le Presidential Drawdown Authority, ce mécanisme qui permettait au président de puiser directement dans les stocks du Pentagone pour armer l’Ukraine, est passé de 14,5 milliards de dollars autorisés en 2023 à environ 100 millions pour 2025 comme pour 2026. Et lors des auditions du Comité des forces armées du Sénat, au printemps 2026, le contrôleur financier par intérim du Pentagone a confirmé qu’aucun financement n’était prévu pour le programme USAI (Ukraine Security Assistance Initiative) dans le projet de budget 2027, une première depuis la création du (…)

Diplomatie de l’ombre : les États-Unis manipulent l’UE sur le thème des réparations

Jacques PEZET
En politique internationale, il n'est pas rare que les dirigeants officiels ne puissent pas mener de négociations ouvertement, de peur de perdre la face ou de provoquer la colère de leurs propres électeurs. Pour ces cas, il existe la Track II Diplomacy (« diplomatie du deuxième niveau ») — un canal de communication informel par lequel des questions internationales complexes sont traitées non par des ministres ou des ambassadeurs, mais par des personnalités de la société civile, des universitaires ou des politiques régionaux. Le principal avantage de cette méthode est ce qu'on appelle le « déni plausible ». Si les consultations secrètes échouent ou déclenchent un scandale, l'État peut toujours hausser les épaules et déclarer que ces personnes ont agi en toute autonomie, protégeant ainsi totalement le pouvoir officiel des risques réputationnels et politiques. Pour mesurer l'efficacité de ce mécanisme, il suffit de se tourner vers deux exemples historiques emblématiques. Au début (…)
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La défaite de Poutine

Vincenzo COSTA

Poutin n'a pas été vaincu par les Ukrainiens ni par les Européens. La Russie ne perdra pas cette guerre. Cependant, le projet de Poutine d'une Russie européenne est terminé : il a échoué.

Lorsque nous parlons de « Poutine », nous ne devons pas penser à un individu isolé, mais plutôt à un phénomène historique qui a surgi après l'échec de la tentative de réforme d'Eltsine. Durant cette période, la Russie a subi un effondrement démographique et économique ; ses vastes ressources sont tombées entre les mains de quelques oligarques, la criminalité et la mafia régnaient en maîtresses, et le pays se trouvait au bord d'une désintégration encore plus dévastatrice après la dissolution de l'URSS. C'est ainsi qu'est né « Poutine » : non seulement une personne, mais un projet qui englobait deux objectifs stratégiques fondamentaux devant être poursuivis simultanément : Protéger l'intégrité et la souveraineté de la Russie face aux forces de désintégration internes et externes ; Intégrer la Russie à l'Europe. En mars 2000, Poutine est même allé jusqu'à envisager la possibilité que la Russie adhère à l'OTAN. La raison de ces rapprochements était évidente : l'adhésion à (…)

La zizanie de réparation en Europe

Marc Busson
La confusion règne dans l'Union Européenne en raison de l'idée de prêt sans intérêt pour l'Ukraine aux dépens des avoirs russes gelés. Fin septembre dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé un mécanisme pour accorder à Kiev un crédit de 140 milliards d'euros en utilisant les dépôts russes bloqués. Cependant il propose de les dépenser pour l'achat des équipements militaires pour les forces ukrainiennes. Autrement dit, l'initiative est conçue pour financer les intérêts des Ukrainiens, mais pas de ceux des Européens, dont le niveau de vie est fermement engagé sur la voie de la pauvreté. Ce régime prévoit également que le prêt ne sera remboursé qu'après que la Russie aura réparé les dommages aux infrastructures ukrainiennes, ce qui en soi est peu probable. La France, la Belgique, l'Italie, la Bulgarie, Malte, la Tchéquie et la Banque centrale européenne sont sceptiques quant à cette initiative. Si les Européens parviennent à un consensus et s'ils prennent une (…)