Thème Economie/Finances

Le long adieu au dollar américain

Vijay PRASHAD

Le dollar peut sembler être une monnaie neutre, mais il est en réalité une forme de pouvoir impérial qui discipline les économies, finance les guerres et oblige le Sud Global à financer sa propre subordination.

Chères amies, chers amis, Salutations depuis les bureaux de l'Institut Tricontinental de Recherche Sociale. Il y a des moments dans l'histoire où un système semble si complet qu'il est difficile d'imaginer sa fin. Lorsque la Grande-Bretagne « dominait les mers », une grande partie du monde considérait que la livre sterling n'était pas simplement une monnaie, mais le langage naturel du commerce lui-même. Depuis le milieu du XXe siècle, les États-Unis parlent du dollar américain de manière très similaire. Écrivant en 1980, au milieu de la crise de l'ordre post-Bretton Woods, l'économiste argentin Raúl Prebisch observait qu'« aux États-Unis régnait l'illusion du dollar tout-puissant ». Cependant, à cette époque, il ne s'agissait pas seulement d'une illusion américaine. Le dollar était déjà devenu la principale monnaie de réserve du monde et la devise dominante du commerce international. Aujourd'hui, cette illusion a commencé, lentement et inégalement, à s'effriter. Notre dernier (…)
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Manuel Marrero Cruz : La planification socialiste n’exclut pas les règles du marché : elle doit les incorporer et les réguler.

Jacques-François BONALDI
Chose promise, chose due. On trouvera ci-dessous l’intervention complète du Premier ministre cubain, Manuel Marrero Cruz, au cours de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, dans l’après-midi du 18 juin 2026. Il y lit et commente la totalité des propositions de modifications que doit approuver cet organe, soit 176 distribuées en 23 axes. Les députés ayant sous les yeux, sur écran géant, le texte en PowerPoint accompagné de sa numérotation, Marrero ne lit pas cette dernière, si bien qu’il est difficile, dans la transcription qu’en donnent les services de la présidence, de distinguer le libellé exact de la proposition du commentaire qu’il en fait. Ce texte complet n’est d’ailleurs pas encore disponible, et doit censément apparaître, après que le Conseil des ministres d’aujourd’hui (jeudi 25) en a discuté, sur le site de la présidence. Le lecteur de LGS passera sur cet inconvénient pour pouvoir accéder à ce document (toujours sans titre) qui « (…)

Le 20ème paquet de sanctions : la réaction des marchés russes

Oleg NESTERENKO

Dans un communiqué de presse du 23 avril 2026, la Commission européenne proclame l’adoption du « 20ème train de sanctions contre la Russie ». Cette nouvelle salve de mesures, visant à isoler davantage le marché russe, précise, pour la vingtième fois en quatre ans, que l’interdiction est étendue, entre autres, à des opérations avec vingt banques russes supplémentaires : «  les nouvelles mesures étendent l'interdiction aux opérateurs de l'UE qui font des affaires avec vingt banques russes supplémentaires […]. Cela porte à 70 le nombre de banques russes exclues de l'accès au marché intérieur de l'UE ».

Le jour même de cette annonce, l'indice boursier russe principal, le MOEX (Bourse de Moscou), a enregistré une hausse, atteignant 2775 points et gagnant 0,48 % par rapport à la session précédente. Deux mois auparavant, le 23 février 2026, le ministère français des Affaires étrangères déclarait que les sanctions adoptées contre la Russie leur nuisaient davantage qu'elles ne portaient atteinte à l'Europe, les qualifiant de « très efficaces ». Une vision à long terme révèle un constat factuel : il est indubitable qu'une telle rhétorique n'a pu émerger que dans l'hypothèse d'une amnésie collective des masses, conditionnée par l'agenda de la propagande médiatique quotidienne. Une telle méthodologie de communication postule un oubli sélectif des déclarations antérieures émanant d'un autre ministère français, celui de l'Économie. En l'occurrence, son ministre M. Bruno Le Maire, lors d'un discours magistral prononcé le 1er mars 2022, avait expressément déclaré : « Les sanctions sont (…)
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Washington accède à la toute-puissance énergétique — et personne n’a l’air de percuter

BettBeat Media, Richard Medhurst

Ce n’est pas à une guerre que vous assistez. Ce que vous voyez, ce sont les États-Unis en train de réduire les nations de la planète à l’asservissement énergétique. Analyse de la thèse du “Petro-Gas Dollar” de Richard Medhurst et de la “perspective” qu’il a négligée.

Peu importe la guerre menée par les États-Unis, c'est toujours la même rengaine. Les mêmes voix ânonnent les mêmes propos : les États-Unis sont en pleine débâcle. La guerre est un échec. L'Amérique n'a jamais gagné de guerre. Toujours la même analyse figée dans les schémas de pensée du XXe siècle, selon laquelle "gagner" suppose un drapeau blanc, une capitulation en règle, une nation vaincue reconstruite à l'image de l'Amérique. Sans surprise, la plupart des commentateurs concernés sont ceux qui évaluent encore la victoire aux critères de 1945. J'ai déjà dit, et je répète que les États-Unis ne perdent pas de guerres. S'ils en perdaient, ils n'en déclencheraient plus. L'Afghanistan, la Syrie, l'Irak ou la Libye, les États défaillants ne sont pas des échecs de l'Empire. Ils sont ses victoires. Et l'Empire a le vent en poupe. Aujourd'hui, c'est l'Iran qui est dans le collimateur. À gauche comme à droite, le refrain est le même : ce sera un désastre, l'Amérique va trop loin et (…)

Les instruments économiques « masqués » de l’asservissement des peuples...

Thomas ERPÉ
A l’inverse de ce que la classe dominante et les groupes de pression qui lui sont attachés n’ont eu de cesse de nous faire croire, la monnaie n’est pas accessoire dans la marche de l’économie, au contraire elle y joue un rôle central puisqu’elle est son « moteur ». Ainsi, c’est la façon dont le système monétaire a été configuré au fil du temps qui détermine les gagnants, l’étroite minorité qui en tire largement profit du fait qu’elle a réussi à se voir attribuer la maîtrise de la création monétaire, et les perdants, le peuple dans son ensemble qui, par ce moyen, est soumis, opprimé et maltraité par les grands, comme le disait Machiavel (1). C’est pourquoi, une refonte du système monétaire actuel est un premier pas nécessaire pour aller vers une économie qui travaille pour tous, et plus seulement pour le petit nombre de rentiers qui accumulent sans fin (2). Collectivement nous devons donc améliorer nos connaissances dans ce domaine, seul moyen d’inverser le rapport de force dans le (…)