Fidel CASTRO
Puisque les évènements du 3 janvier dernier à Caracas ont révélé à quel point les révolutionnaires cubains sont de ceux qui remplissent une mission jusqu’au bout, à plus forte raison (du moins je le suppose) s’il s’agit de se battre directement contre les soldats de l’État qui n’a cessé depuis maintenant soixante-six ans, en recourant à tous les moyens possibles et imaginables pour tout simplement détruire la Révolution dont ils sont assurément fiers, et, tout dernièrement, pour tenter de faire de leur quotidien un enfer ou presque, et puisque j’ai évoqué différents épisodes des missions internationalistes, notamment en Afrique, je donne à lire maintenant le discours prononcé par Fidel le 7 décembre 1989, un moment que beaucoup de Cubains se sont rappelés, le 15 janvier, quand ils ont rendu un hommage ému et vibrant, bien que douloureux, aux trente-deux révolutionnaires tombés en défendant Nicolás Maduro : le 7 décembre 1989, donc, le peuple cubain rendait ce même hommage à tous (…)
James Mutuba
Il y a 65 ans, le 17 janvier 1961, Patrice Émery Lumumba est assassiné au Katanga. Il n’avait que 35 ans. Premier ministre du Congo au lendemain de l’indépendance en 1960, il n’exercera le pouvoir que durant 67 jours. Un passage bref sur le devant de la scène politique, mais dont l’empreinte demeure profonde. Et pourtant, soixante-cinq ans après sa disparition, Lumumba demeure une figure majeure et une icône de la lutte anticoloniale. Aujourd’hui, que retiennent encore les Congolais de l’homme et de son combat ?
Pour une large partie des Kinois, Patrice Émery Lumumba incarne avant tout la dignité retrouvée d’un peuple longtemps dominé. Son discours du 30 juin 1960, prononcé lors de la proclamation de l’indépendance, reste gravé dans les mémoires comme l’acte fondateur d’une parole africaine libre et assumée.
« Au-delà d’être une figure emblématique, Lumumba est un esprit qui devrait habiter tout Congolais », estime l’écrivain Tiguy Elebe. Selon lui, « honorer sa mémoire suppose de défendre aujourd’hui encore la souveraineté politique, économique et culturelle du pays, ainsi que les valeurs de justice, d’égalité et d’unité nationale ».
Une lecture partagée par de nombreux jeunes, à l’exemple de Guerschon Kitsimba, étudiant en relations internationales à l’Université de Kinshasa, pour qui Lumumba reste « un symbole de l’indépendance et de la dignité du peuple congolais », un héros national dont l’engagement dépasse les frontières du Congo pour s’inscrire dans l’histoire africaine.
Une (…)
Carmen Parejo Rendón
En 1989, les États-Unis étaient grisés par leur succès. Bien que la désintégration de l’URSS ne fût pas encore achevée, la chute du mur de Berlin et le lancement de la Perestroïka rendaient déjà perceptible la victoire américaine dans la guerre froide. C’est dans ce moment fondateur du monde unipolaire que survient l’une des plus terribles, et souvent oubliées, des massacres orchestrés par Washington : l’invasion du Panama.
Le contexte est clair. Manuel Noriega, autrefois agent de la CIA, avait cessé d’être un subalterne fiable pour Washington. Il commençait à agir avec une autonomie croissante autour du Canal de Panama, artère commerciale essentielle reliant les océans Atlantique et Pacifique. À l’aube du "nouvel ordre mondial", les États-Unis ne pouvaient tolérer de perdre le contrôle politique effectif d’une infrastructure aussi stratégique.
Sous un prétexte désormais familier — une accusation de trafic de drogue —, le gouvernement américain décida d’envahir le pays pour (…)
Rosa LLORENS
Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2023), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus peut servir à neutraliser les horreurs du génocide en Palestine, comme elle sert à donner un visage humaniste à la colonisation française en Algérie.
L’Algérie était, comme l’est la Palestine, une colonie de peuplement, ce qui permet aux colons de s’imaginer que le pays qu’ils occupent est le leur. Camus s’imaginait algérien, et criait, comme les autres colons, son amour de l’Algérie ; c’est sans doute à partir de là qu’on a pensé qu’il était anti-colonialiste, comme le prétendent les (…)
Djamel LABIDI
On savait du Président Trump qu'il dirigeait une révolution réactionnaire, maintenant on sait que cette révolution est ultraréactionnaire. Il en a parlé à l'ONU, hier 23 septembre, sans ambages, exactement comme dans ses meetings, comme s'il s'adressait aux Etats-uniens.
Il n'a fait aucune différence entre le niveau national et le niveau mondial, comme si la politique intérieure des Etats Unis et sa politique étrangère étaient une même chose, comme si le monde appartenait aux Etats-Unis : les mêmes mots, les mêmes thèmes que dans ses meetings, "l'immigration menaçante, le mensonge de l'Ecologie, le terrorisme", et jusqu'à la dénonciation de son prédécesseur l'ex président Biden, sans se soucier de protocole, de tradition, pour dire exactement tout ce qu'il veut, sans aucun frein, sans aucune retenue, sans surmoi. Il parle d'un ton monocorde, sans une virgule, passant d'un sujet à l'autre sans transition. Il parle avec un aplomb stupéfiant, une assurance totale, donnant des chiffres, des pourcentages incontrôlables, et parfois, d'évidence, invraisemblables, mais ceci ne semble pas du tout le préoccuper, le plus important étant qu'ils frappent l'opinion. Il y a aussi, dans ce discours, une méfiance marquée envers la science. Comme il avait parlé dans (…)