Thème Histoire

Mémoire indélébile

Emilia Reed (Granma)
Chaque fois qu'une maison s'effondre à Gaza, ce ne sont pas seulement des murs et des vies qui tombent. Une photo gardée dans une boîte, une lettre écrite par un grand-père, le programme d'un mariage, la carte d'une école, une preuve qu'une famille a vécu là peuvent également disparaître. Le magazine Wired a raconté ce 6 juillet comment le Musée palestinien, à Birzeit, tente de répondre à cette perte par une idée simple et puissante : créer une archive numérique qui ne puisse être pillée ni effacée. Une archive numérique est une collection organisée de documents convertis en données : images, textes, audios ou vidéos consultables sur un ordinateur. Les Archives numériques du Musée palestinien ont débuté en 2018 par des visites auprès de familles de Cisjordanie pour demander l'autorisation, scanner des photographies, des lettres et des papiers privés. Aujourd'hui, elles rassemblent plus de 500 000 documents, allant des cartes et journaux intimes aux films et pièces d'identité. Ce (…)

L’« indépendance » des États-Unis célèbre 250 ans de chauvinisme et de génocide.

Joseph Massad

La vérité est que l'indépendance des États-Unis – réécrite comme une histoire de liberté – a été, et reste, la meilleure chose qui soit jamais arrivée, non pas à son peuple, mais aux suprémacistes blancs qui l'habitent.

Le patriotisme américain reste l'idéologie dominante aux États-Unis, tant à droite qu'à gauche et au centre. Le 250e anniversaire de l'indépendance, que le pays célébrera le 4 juillet 2026, est une occasion de plus d'exprimer l'ultranationalisme américain et de réécrire l'histoire sordide d'oppression et de génocide du pays comme une histoire de « liberté ». Trump, héros des suprémacistes blancs et des conservateurs, a déclaré qu'« avec une seule feuille de parchemin et 56 signatures, les États-Unis ont lancé le plus grand voyage politique de l'histoire de l'humanité ». Obama, la meilleure chose qui soit jamais arrivée aux libéraux blancs américains, est tout à fait d'accord : « Alors qu'il ne reste que quelques semaines avant le 250e anniversaire des États-Unis, il vaut la peine de se rappeler à quel point toute l'idée d'autonomie gouvernementale était radicale en 1776. » Il ajoute que la Déclaration d'indépendance affirmait « que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils (…)

« Le socialisme à Cuba, c’est nous-mêmes qui l’avons forgé dans une lutte authentique et héroïque »

Fidel CASTRO
Puisque les évènements du 3 janvier dernier à Caracas ont révélé à quel point les révolutionnaires cubains sont de ceux qui remplissent une mission jusqu’au bout, à plus forte raison (du moins je le suppose) s’il s’agit de se battre directement contre les soldats de l’État qui n’a cessé depuis maintenant soixante-six ans, en recourant à tous les moyens possibles et imaginables pour tout simplement détruire la Révolution dont ils sont assurément fiers, et, tout dernièrement, pour tenter de faire de leur quotidien un enfer ou presque, et puisque j’ai évoqué différents épisodes des missions internationalistes, notamment en Afrique, je donne à lire maintenant le discours prononcé par Fidel le 7 décembre 1989, un moment que beaucoup de Cubains se sont rappelés, le 15 janvier, quand ils ont rendu un hommage ému et vibrant, bien que douloureux, aux trente-deux révolutionnaires tombés en défendant Nicolás Maduro : le 7 décembre 1989, donc, le peuple cubain rendait ce même hommage à tous (…)

Patrice Lumumba : 65 ans après, que retiennent encore les Kinois de l’homme et de son combat ?

James Mutuba

Il y a 65 ans, le 17 janvier 1961, Patrice Émery Lumumba est assassiné au Katanga. Il n’avait que 35 ans. Premier ministre du Congo au lendemain de l’indépendance en 1960, il n’exercera le pouvoir que durant 67 jours. Un passage bref sur le devant de la scène politique, mais dont l’empreinte demeure profonde. Et pourtant, soixante-cinq ans après sa disparition, Lumumba demeure une figure majeure et une icône de la lutte anticoloniale. Aujourd’hui, que retiennent encore les Congolais de l’homme et de son combat ?

Pour une large partie des Kinois, Patrice Émery Lumumba incarne avant tout la dignité retrouvée d’un peuple longtemps dominé. Son discours du 30 juin 1960, prononcé lors de la proclamation de l’indépendance, reste gravé dans les mémoires comme l’acte fondateur d’une parole africaine libre et assumée. « Au-delà d’être une figure emblématique, Lumumba est un esprit qui devrait habiter tout Congolais », estime l’écrivain Tiguy Elebe. Selon lui, « honorer sa mémoire suppose de défendre aujourd’hui encore la souveraineté politique, économique et culturelle du pays, ainsi que les valeurs de justice, d’égalité et d’unité nationale ». Une lecture partagée par de nombreux jeunes, à l’exemple de Guerschon Kitsimba, étudiant en relations internationales à l’Université de Kinshasa, pour qui Lumumba reste « un symbole de l’indépendance et de la dignité du peuple congolais », un héros national dont l’engagement dépasse les frontières du Congo pour s’inscrire dans l’histoire africaine. Une (…)

Panama, décembre 1989 : interdit d’oublier

Carmen Parejo Rendón
En 1989, les États-Unis étaient grisés par leur succès. Bien que la désintégration de l’URSS ne fût pas encore achevée, la chute du mur de Berlin et le lancement de la Perestroïka rendaient déjà perceptible la victoire américaine dans la guerre froide. C’est dans ce moment fondateur du monde unipolaire que survient l’une des plus terribles, et souvent oubliées, des massacres orchestrés par Washington : l’invasion du Panama. Le contexte est clair. Manuel Noriega, autrefois agent de la CIA, avait cessé d’être un subalterne fiable pour Washington. Il commençait à agir avec une autonomie croissante autour du Canal de Panama, artère commerciale essentielle reliant les océans Atlantique et Pacifique. À l’aube du "nouvel ordre mondial", les États-Unis ne pouvaient tolérer de perdre le contrôle politique effectif d’une infrastructure aussi stratégique. Sous un prétexte désormais familier — une accusation de trafic de drogue —, le gouvernement américain décida d’envahir le pays pour (…)