Thème Roumanie

R.M.N. : Dark Vador en Transylvanie

Rosa LLORENS

Disons tout de suite ce que le sujet du film (une communauté villageoise réagit par la haine et le racisme à l’arrivée de trois travailleurs sri-lankais) ne pouvait que nous faire pressentir : contrairement à l’affirmation unanime des médias, R.M.N. n’est pas un film réaliste mais, au contraire, un voile épais de symboles plaqués sur la réalité, et une supercherie intellectuelle, tendant à nous donner de la Roumanie (pays si lointain et mystérieux) une image conforme au récit UE et mondialisateur.

Toutes les critiques font un sort spécial à l’assemblée villageoise qui, pendant un quart d’heure, discute pour savoir si on doit accepter ou renvoyer les travailleurs immigrés sri-lankais : et, de fait, c’est le seul moment du film où passent des éléments de réalité, en particulier le fait que si l’usine locale de boulangerie ne peut pas recruter parmi les villageois, ce n’est pas que ceux-ci refusent de travailler ; ils émigrent massivement, et là où ils émigrent, ils travaillent d’arrache-pied ; c’est que les salaires proposés en Roumanie sont trop bas pour assurer la subsistance des familles. C’est aussi là qu’est critiquée la politique tatillonne et étouffante de l’UE, qui réglemente jusqu’au calibre des cornichons roumains. Cette bureaucratie UE s’incarne dans un Français à l’accent ridicule en anglais, envoyé par une ONG pour compter les ours : les villageois ne l’envoient pas compter les ours chez lui, parce qu’« en France on a tué tous les ours pour construire des (…)

Lola Lafon. La petite communiste qui ne souriait jamais

Bernard GENSANE

Auteur de plusieurs romans où, entre autres choses, elle dénonçait le capitalisme (Une fièvre impossible à dénoncer, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce), Lola Lafon – qui a grandi en Roumanie – explore, dans cette très belle biographie fictive de Nadia Comaneci, la manipulation d’une sportive par le système communiste, mais également par le monde du marché.

Une petite remarque sur le titre de ce livre, pour ne plus y revenir : Nadia Comaneci, la plus grande gymnaste de tous les temps, souriait, même en plein effort. Pour ceux qui, comme moi, ont eu la joie ineffable de voir en direct cette petite gamine inventer une gymnastique jusqu’alors impensée, tout a commencé par cette image incroyable d’un ordinateur devenu fou parce qu’attribuant à la perfection d’Onesti la note de 1,00 (au lieu de 10,0) une note non encore paramétrée . En effet, si aux Jeux Olympiques de 1976, Nadia avait été jugée selon le barème des autres candidates au titre, elle aurait dû obtenir 12/10, ce qui n’était techniquement pas possible pour la machine et inconcevable pour ses juges. Jamais on n’avait vu associées une telle grâce et une telle puissance chez une enfant de moins de 15 ans. Le sport de haut niveau est une folie obsessionnelle, mais aussi une souffrance. La gymnastique, tout particulièrement. Citons ce moment douloureux, cette petite horreur du (…)

L’île reste une terre de solidarité et de compréhension

G. D. S.

Le discours anti-immigré ne prend pas chez les habitants de l’île italienne, désormais habitués aux drames quotidiens.

Envoyé spécial . Un Syrien entre chez le coiffeur. La tondeuse ne marche plus. Le coiffeur l’envoie chez un confrère. On se parle avec les mains, l’un en arabe, l’autre en italien. À Lampedusa, on ne peut pas toujours se comprendre, mais on regarde au quotidien les migrants « en face », selon l’expression de la maire (voir ci-contre). Le discours anti-immigré ne prend pas. Les migrants sont omniprésents dans les rues. Ils sont pourtant censés rester dans un « centre ouvert » dont ils ne peuvent sortir par la porte principale. Ils sortent par les grillages latéraux, troués. Les militants jouent leur rôle. Ainsi, l’association Askavusa travaille à un musée de l’immigration. « Nous avons collecté huit cents objets, trouvés sur les bateaux », raconte Giacomo Sferlazzo. Des lettres et photos sont en train d’être restaurées par la Bibliothèque de Sicile. Ces derniers jours, l’association organise l’accueil des familles de victimes chez l’habitant. L’association est aussi très (…)

De l’âne Burger à l’Anémie Internationale Equine

Luçon Gérard

Voici donc le troisième épisode de la saga bovino-équine, commencée avec Harinordoquy puis continuée avec Bresciani.

Si nous avons pu identifier les destinataires, il nous restait à bien mesurer la méthode au plan local, et c’est ainsi que deux journalistes de France 2, Tristan et Antoine, tels Don Quichotte et Sancho Pansa décidèrent, un beau jour de février, de venir chasser en Roumanie les moulins à viande.

Pour bien comprendre le problème, ils se sont donc rendus aux fins fonds de la Transylvanie, dans un village improbable nommé NemÅŸa, pour y rencontrer les aborigènes et connaître de leurs us et coutumes. C'est ainsi qu'ils eurent confirmation de la méthode employée pour dépister les chevaux malades. Un beau jour de l'été 2008 des vétérinaires sont venus de la ville. Pour eux c'était Sibiu, mais l'opération était nationale et se déroulait simultanément dans la plupart des départements de Roumanie. Ils sont entrés chez l'un des villageois, appelons-le « Rica », et ont constaté qu'il avait deux chevaux pour une seule charrette, soit un de bonus. Dans un premier temps, ils ont découvert que l'un de ces chevaux, le plus grand et le plus beau, n'avait pas sa puce électronique et que donc on ne pouvait pas vérifier la concordance avec les mentions sur le passeport du dit cheval. Ils décident de saisir l'animal mais voilà que c'est Rica qui rue, tempête, et finit par mettre à la porte (…)

La revue Urzica : humour et lutte de classe durant les premières années du socialisme roumain

Jose Luis FORNEO
Urzica (ortie en français) fut une revue graphique d'humour et de critique politique apparue en Roumanie en 1948 sous la direction d'Aurel Baranga, poète communiste. La revue parue bimensuellement durant la période 1949-1975 avec l'objectif d'illustrer la lutte des classes et mensuellement depuis 1975. Comme la plante du même nom, la revue Urzica avait deux fonctions : la première illustrer au moyen de dessins et d'humour la lutte du peuple roumain pour la construction du socialisme et les constantes agression de la classe capitaliste contre les travailleurs et des pays impérialistes contres les peuples ; la seconde d'alimenter la classe ouvrière avec l'exercice de l'humour et de la critique politique (parce que l'ortie en Roumanie est fameuse pour son utilisation dans de délicieuses soupes de printemps). Voyons quelques exemples de l'humour et de la lutte de classe menée par la revue Urzica durant les premier temps de la République Populaire Roumaine. Dans le numéro que nous (…)