Thème Panama

Panama, décembre 1989 : interdit d’oublier

Carmen Parejo Rendón
En 1989, les États-Unis étaient grisés par leur succès. Bien que la désintégration de l’URSS ne fût pas encore achevée, la chute du mur de Berlin et le lancement de la Perestroïka rendaient déjà perceptible la victoire américaine dans la guerre froide. C’est dans ce moment fondateur du monde unipolaire que survient l’une des plus terribles, et souvent oubliées, des massacres orchestrés par Washington : l’invasion du Panama. Le contexte est clair. Manuel Noriega, autrefois agent de la CIA, avait cessé d’être un subalterne fiable pour Washington. Il commençait à agir avec une autonomie croissante autour du Canal de Panama, artère commerciale essentielle reliant les océans Atlantique et Pacifique. À l’aube du "nouvel ordre mondial", les États-Unis ne pouvaient tolérer de perdre le contrôle politique effectif d’une infrastructure aussi stratégique. Sous un prétexte désormais familier — une accusation de trafic de drogue —, le gouvernement américain décida d’envahir le pays pour (…)

Le conspirationnisme

Alessandra RICCIO

Alessandra Riccio était l'une des plus grandes connaisseuses et, en même temps, l'une des plus ardentes défenseuses de Cuba. Elle était membre du PCI et journaliste à Cuba pour le journal l'Unità. Après la dissolution du PCI, elle a poursuivi son travail de diffusion et de soutien à Cuba. Malheureusement, elle est décédée il y a quelques semaines. Cet article, écrit l'année dernière, vise à mettre en garde contre la propagande de guerre et les "vérités" qu'elle propage. Des faits qui ne sont pas vérifiés, mais soutenus par des campagnes émotionnelles visant à obscurcir l'intellect de ceux qui, comme les journalistes ou les historiens, devraient enquêter pour vérifier le bien-fondé de ce qui est diffusé. Le conspirationnisme, très répandu à l'extrême droite, devient un stigmate qui permet de faire taire ceux qui veulent enquêter et vérifier les fondements des campagnes d'indignation que l'impérialisme met souvent en place pour soutenir ses aventures militaires.

Nous sommes le 5 avril, à l'émission "Tutta la città ne parla", j'entends un professeur d'université parler de conspiration, un mot inhabituel, non reconnu par Google, qui le marque pour moi en rouge. Pourtant, son sens est clair : il identifie tous ceux qui voient la conspiration partout. Nous parlons de la guerre et des photos de civils tués à Bucha, et face à mes doutes, je me suis demandé si moi aussi j'étais à compter parmi les conspirationnistes. Outre la Madeleine de Proust, les souvenirs, bien qu'estompés, étaient encore bien vivants en moi. Cela faisait longtemps que je n'en avais pas entendu parler, mais ces images de 1989 ne m'avaient jamais quitté, et aujourd'hui les réseaux sociaux, dont la mémoire est si précieuse, me les ramènent. Je parle des images et des récits du massacre de Timisoara qui a choqué la moitié du monde à la mi-décembre 1989. Je les ai vues et j'ai appris ce qui se passait en Roumanie, y compris le procès sommaire et l'exécution du couple incrédule (…)

L’invasion de Panama : Une héroïne de "Little Hiroshima"

Hernando CALVO OSPINA
C’était le 19 décembre 1989. Après le dîner, le couple s’était consacré à l’installation de la crèche de Noël. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le bœuf, l’âne et un grand nombre de figurines. Elle avait dû expliquer vingt fois à Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 décembre pour placer l’enfant Jésus : c’est ce jour-là qu’il était né. Au moment d’aller se coucher, les enfants refusèrent de dormir dans leurs lits. Ils voulaient rester près de la crèche. Ana, la mère, accepta à la condition qu’ils dorment de l’autre côté, près de la fenêtre. Les parents y disposèrent un matelas. Il y avait de la musique dans le voisinage. L’ambiance festive allait crescendo, car ça sentait déjà Noël, particulièrement dans ce quartier panaméen du Chorrillo. Son mari alla se coucher. Elle se sentait étrange. Elle était fatiguée, mais elle préféra s’asseoir par terre et lire un livre. Par moments, elle (…)

Gesticulations de façade face à la délinquance financière

Jérôme DUVAL

Hypocrisie du FMI et autres institutions pour combattre l’évasion fiscale

En pleine tourmente du scandale des Panama Papers – qui a déjà valu la démission du Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, suite à d’énormes manifestations |1|, et celle du ministre espagnol de l’Industrie José Manuel Soria après la révélation de sociétés à son nom aux Bahamas et à Jersey |2|, se clôturaient les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale le 16 avril dernier. La directrice du FMI, Christine Lagarde, accusée d’abus d’autorité dans l’affaire Tapie, en a profité pour plaider pour la transparence en matière fiscale. Puisque ceci « doit être un sujet d’inquiétude majeur » selon ses propres mots, profitons-en pour rappeler que le montant de son salaire annuel de 467 940 $ (419 695 €), assorti d’une allocation de 83 760 $ (75 127 €) par an pour frais de représentation, est exempté de tout impôt |3|. Christine Lagarde a beau parler de transparence, elle préside une institution dont le conseil des gouverneurs reste des plus opaques. Dans la (…)

De Sarkozy à Hollande, les indulgences françaises avec le paradis fiscal panaméen

Jérôme DUVAL

En matière de délinquance financière et d’hypocrisie fiscale, les rapports des dirigeants français – présidents en tête – avec le petit État d’Amérique centrale sont jalonnés d’indulgences coupables.

Puisque le Panama revient sur le devant de l’actualité avec le scandale des « Panama Papers », rappelons que les politiciens et grandes instances internationales nous mentent régulièrement lorsqu’ils mettent en avant le combat contre ce fléau. En France par exemple, Nicolas Sarkozy se moquait de nous quand, fanfaronnant, il déclamait le 23 septembre 2009 sur TF1 et France 2, « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé ». Faut-il lui rappeler que l’évasion fiscale coûte de 60 à 80 milliards d’euros par an au budget de la France ; que la principale banque française, la BNP Paribas, détient pas moins de 170 filiales dans les paradis fiscaux (dont 29 filiales au Luxembourg, 10 à Hong-Kong, 7 en Suisse, 7 à Singapour et 7 aux Îles Caïmans) et que toutes les entreprises du CAC 40 fraudent allègrement le fisc en échappant à l’imposition via leurs filiales implantées dans ces territoires à faible fiscalité ? Paradoxalement, après la décision prise par le G20 de Londres de (…)