Thème Grèce

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Une cargaison militaire à destination d’Israël bloquée au Pirée

Ana Vračar

“Il est de notre devoir de ne pas laisser le port nous transformer en un instrument de guerre contre des populations non armées”.

Une mobilisation réussie menée par les dockers du port du Pirée à Athènes a bloqué le transport d'une cargaison militaire à destination d'Israël à bord du navire Ever Golden. Le lundi 14 juillet, les dockers ont été rejoints par des groupes de jeunes protestataires, d'autres syndicalistes et des membres de la communauté locale pour une grande manifestation contre l'implication du port dans l'expédition d'armes et de matériel militaire vers les ports israéliens, alors que le génocide se poursuit à Gaza. “Le navire Ever Golden a accosté sans le matériel militaire destiné à poursuivre le massacre dans la bande de Gaza”, a déclaré le Front militant de tous les travailleurs (PAME). “Par crainte d’une mobilisation des syndicats et des organisations de masse, la cargaison a été transférée sur un autre navire, qui devrait arriver au Pirée dans la soirée du mercredi 16 juillet”. Les dockers ont rapidement appelé à un nouveau refus de manutentionner la cargaison, qui se trouverait (…)

Appel à la paix contre les logiques de guerre : la Méditerranée orientale entre militarisation, dépendance et résistances

Orestis NIKIFOROU

Alors que les tensions militaires s’intensifient en Europe et en Méditerranée orientale, l’Association Grèce France Résistance lance un appel clair : refuser l’économie de guerre, dénoncer l’assujettissement de la Grèce aux stratégies de l’OTAN et des États-Unis, et construire un front international pour la paix. Dans ce contexte d’escalade, marqué par la précarisation sociale, la dépendance militaro-industrielle et le risque nucléaire, l’appel met en lumière les responsabilités politiques et géopolitiques qui mettent en péril les peuples de la région.

Dans un appel récemment publié, l’Association Grèce France Résistance dénonce l’engrenage militariste en Europe et ses conséquences en Méditerranée orientale. Intitulé « Non à la guerre, oui à la résistance », ce communiqué met en garde contre le vaste programme de réarmement engagé par les gouvernements européens, dont le fardeau retombera sur les peuples, par l’austérité, la précarisation et le sang versé. L’ordre mondial issu de 1945 se désintègre. Tandis que l’on invoque l’« union nationale », les auteurs de l’appel dénoncent un patriotisme factice au service d’intérêts industriels et impérialistes. Ils rappellent la célèbre phrase d’Anatole France : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », et y joignent les mots de Stratis Myrivilis (1890–1969) sur la « convulsion collective meurtrière » qu’est la guerre. La Grèce au cœur d’une stratégie qui la dépasse La Méditerranée orientale devient un théâtre de tension géopolitique majeur. Alliances (…)

Le NON grec de 2015 : résistance, trahison et répercussions internationales

Orestis NIKIFOROU

Le 5 juillet 2015, le peuple grec rejeta massivement l’austérité par référendum. Cette décision, vite trahie par le gouvernement Tsipras, trouva un large écho international. Ce texte revient sur les espoirs populaires, les alternatives écartées, la solidarité mondiale, et l’impact de cette trahison sur la gauche européenne. Il souligne aussi que ce NON demeure un repère pour les combats à venir, à condition qu’ils soient préparés, ancrés dans les luttes sociales, et portés par une volonté d’aller jusqu’au bout.

Parallèle avec le NON français de 2005 La décision du peuple grec de rejeter par référendum, le 5 juillet 2015, l'accord proposé par les institutions européennes a marqué un tournant historique. Avec 61,3 % de « NON », il ne s’agissait pas d’un simple cri de détresse, mais d’un acte conscient de souveraineté populaire, dans la continuité de cinq années de luttes sociales contre l’austérité. Cette prise de position n’était pas sans rappeler le référendum français de 2005, où le peuple avait également rejeté par une majorité nette (54,7 %) le Traité établissant une Constitution pour l’Europe. Comme en France, le résultat fut ensuite contourné : en 2007, via le traité de Lisbonne voté par le Parlement, les élites politiques bafouèrent la volonté populaire, en affichant un mépris cinglant pour la démocratie. De même, quelques jours après le référendum grec, le gouvernement Tsipras signa un troisième mémorandum d’austérité, trahissant l’expression populaire et remettant le pays (…)

Souveraineté et justice : une comparaison critique entre la Grèce de SYRIZA et la France d’Emmanuel Macron

Orestis NIKIFOROU

À dix ans du référendum grec de 2015, cet article compare deux exemples de souveraineté étatique. La Grèce, en crise et sous pression étrangère, a maintenu une réforme pénale face aux intimidations étasuniennes. La France, grande puissance européenne, s’est soumise aux pressions en refusant d’appliquer une décision judiciaire sur la libération de Georges Abdallah. Ce contraste révèle les paradoxes de la souveraineté entre puissance et indépendance

Introduction La souveraineté nationale est un principe fondamental de la démocratie moderne, incarnant la capacité d’un État à légiférer, gouverner et faire appliquer la justice sans ingérence extérieure. Pourtant, cette souveraineté est souvent mise à rude épreuve dans un contexte géopolitique marqué par des rapports de force asymétriques. L’analyse comparative entre la gestion par le gouvernement grec de SYRIZA (2015) d’une réforme pénale controversée, et la posture de l’État français sous Emmanuel Macron à propos de la libération conditionnelle de Georges Abdallah, met en lumière des différences profondes dans la capacité des États à défendre leur indépendance politique et judiciaire. La Grèce, pays de dix millions d’habitants confronté à une crise économique et politique majeure, a fait preuve en 2015 d’une résistance publique notable face à une pression diplomatique directe des États-Unis. En revanche, la France, seconde économie de l’Union européenne, puissance nucléaire (…)

La rafle des hôpitaux d’Athènes : un massacre oublié de l’Occupation nazie

Emmanuel KOSADINOS

Le 30 novembre 1943, sous l'Occupation nazie, 18 hôpitaux d'Athènes furent attaqués, et plus de 280 anciens combattants de la guerre gréco-italienne, blessés et organisés dans la résistance, furent massacrés. Cette rafle, menée par des forces collaborationnistes grecques et allemandes, visait à éliminer ces héros, perçus comme une menace pour l'occupant. Ce massacre oublié met en lumière les conséquences tragiques de l'usage de la violence pour écraser toute forme de résistance, de solidarité et d'humanité, une situation qui revient tristement dans des pays considérés comme civilisés, voire démocratiques.

Un massacre oublié Le 30 novembre 1943, jour pour jour il y a 81 ans, Athènes vivait l’une des pages les plus sombres de son histoire sous l’Occupation nazie. En une seule nuit, 18 hôpitaux de la capitale furent brutalement pris d’assaut par des forces collaborationnistes grecques, épaulées par des troupes allemandes. L’opération visait un groupe bien précis : les anciens combattants blessés et invalides de la guerre de 1940-1941, qui avaient combattu l’Italie fasciste et infligé à Mussolini l'une des premières défaites de l’Axe. Ces hommes, devenus des symboles de courage pour la population grecque, étaient désormais perçus par l’occupant et ses alliés comme une menace à éradiquer. Ces vétérans, mutilés par les combats mais animés d’un esprit indomptable, s’étaient organisés dans les hôpitaux où ils étaient soignés. Sous l’égide de l’EAM (Front de Libération Nationale), ils avaient créé un réseau de Résistance particulièrement actif, mobilisant les blessés pour défendre la (…)