Thème Cuba
Jusqu’à quand la barbarie ? L’acharnement américain contre Cuba, ou la honte d’une puissance sans vergogne
Le blocus américain contre Cuba n'est pas un simple embargo, c’est une guerre lente qui tue à petit feu. Malgré la condamnation quasi unanime de l'ONU (187 voix contre 2), Washington persiste dans son acharnement, d'une administration à l'autre. Entre l'extraterritorialité illégale des lois américaines et l'inertie complice de l'Union européenne, je livre ici un réquisitoire contre une "infamie" qui dure depuis six décennies et appelle à une véritable résistance diplomatique et financière du Sud Global.
Comment Cuba vit le blocus énergétique ?
Le blocus tue : une étude d’une institution étasunienne montre que les mesures des USA sont la principale cause de la hausse de la mortalité infantile à Cuba
Entre menaces et mauvais signes, la Révolution cubaine poursuit sa route
Miguel Díaz-Canel à NBCNews : Nous sommes un État souverain et libre. Nous ne nous soumettons à aucune visée de l’administration étasunienne !
Décidément, ça se presse au portillon cubain dans les médias étasuniens ! Une nouvelle interview, cette fois-ci de NBCNews, du président Diaz-Canel. Et on a fait donner la grosse artillerie dans ce cas. La suivant à la télévision (dimanche, à deux reprises), j’ai été frappé, comme bien d’autres, par le ton agressif, voire hargneux, de la journaliste, Kristen Welker, et par sa tentative de prendre de haut son interlocuteur. Je suis donc allé voir sur Internet qui était cette dame. Et j’ai tout compris ! D’abord, c’est quelqu’un qui a du poids, du prestige, dans la profession et dans le milieu, mais surtout elle est la correspondante de NBCNews à la Maison-Blanche ! Et la liste des questions vient tout droit de là. On constatera aisément que celles-ci sont entièrement ciblées sur les intérêts de la Maison-Blanche et de l’administration Trump. La journaliste n’aborde aucun autre point. De toute évidence, on lui a demandé de ramener des éclaircissements sur la position de la Révolution cubaine face aux Etats-Unis et à un éventuel dialogue avec Washington. On a droit en tout cas au style d’interview punching-ball qu’affectionne la presse étasunienne ! Le rôle de l’intervieweur n’est pas d’engager le dialogue avec l’interviewé, mais de le désarçonner, de le harceler pour lui faire perdre ses assises et en tirer des choses qu’on le soupçonne qu’il dissimule. Le style challenge, quoi, un mot devenu envahissant qui est pour moi celui qui caractérise le mieux la société, ou la « culture » des États-Unis : la vie est un combat permanent ; l’autre est un adversaire, voire un ennemi, à écarter pour se faire sa place au soleil ; il faut surnager et vaincre, advienne que pourra… Miguel Díaz-Canel, guère habitué pourtant à ce genre de « rapports », s’en sort à mon avis haut-la-main. Ça m’a rappelé l’époque où il n’existait pas de relations diplomatiques entre les deux pays et où, jusqu’en 1977, c’était la Suisse qui représentait les États-Unis à La Havane. Et les journalistes étasuniens devenaient une sorte de fil d’Ariane pour obtenir des précisions auprès de Fidel. Le cas le plus fameux, bien entendu, est celui de Jean Daniel à qui John F. Kennedy avait demandé de s’entretenir avec Fidel et de tâter le terrain au sujet d’une éventuelle ouverture de conversations secrètes entre les deux gouvernements, après le fiasco de Playa Girón et l’épisode tragique de la Crise des Missiles. On se rappellera aussi que c’est alors que Fidel et Jean Daniel s’entretenaient qu’ils apprirent la nouvelle de l’assassinat de Kennedy à Dallas. Mais il y a eu bien d’autres cas d’ « enquêtes » journalistiques de ce genre à partir de questionnaires dont tout le monde savait qu’ils avaient été rédigés au département d’État, voire à la Maison-Blanche. Je pensais que cette coutume était périmée, mais il faut croire que non, puisque les questions un tant soit peu arrogantes que pose Kristen Welker sont trop orientées pour qu’on s’y méprenne. Bonne lecture, donc. Espérons que les réponses solides, argumentées, raisonnées et raisonnables de Miguel Díaz-Canel ouvriront les yeux aux jusqu’au-boutistes de l’administration Trump, du lobby « cubain » au Congrès et des cercles mafieux de Miami… En tout cas, la leçon est claire : ce n’est pas à la Maison-Blanche de décider du sort de la Révolution cubaine ! Jacques-François Bonaldi (La Havane), le 14 avril 2026 (traduction mienne)




