Thème Venezuela

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Venezuela : Ne blâmez pas la victime

Roger D. Harris, Francisco Domínguez et María Páez

Certains secteurs de la gauche se sont érigés en gardiens de la foi, jugeant négativement depuis l'étranger la difficile et risquée retraite tactique entreprise par la direction bolivarienne

« Rien n'est plus facile que d'être idéaliste aux dépens des autres. » Karl Marx, 1858 À la faveur de la nuit, l'armée américaine a enlevé le président légitime de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros, et son épouse – députée à l'Assemblée nationale –, Cilia Flores, le 3 janvier 2026. Parmi les dégâts collatéraux, on compte plus de 100 victimes mortelles, y compris des civils et des gardes cubains et vénézuéliens. Cette attaque surprise non provoquée a violé de manière flagrante le droit international. La puissance hégémonique a agi en toute expectative de pouvoir opérer en toute impunité. Même les gouvernements voisins de tendance progressiste, comme ceux du Brésil et de la République de Colombie, n'ont offert que de tièdes critiques. L'ancien ministre des Affaires étrangères du Venezuela, Yván Gil, a déclaré : « Nous nous retrouvons seuls ». C'est dans ce contexte que doivent être compris les événements ultérieurs. Cette atroce action militaire a (…)
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Venezuela : que les bouches s’ouvrent !

Jean-Pierre PAGE

Venezuela, il faut organiser le soutien à la résistance et défendre la souveraineté nationale, refuser la mise sous tutelle. "Le Venezuela doit redevenir le Venezuela".

VENEZUELA, "Tout peut se négocier, sauf les principes" (Fidel Castro) A l'évidence on ne comprend pas ce qui est entrain de se jouer et se passer au Venezuela et en Amerique Latine. Or, on ne peut dissocier les évènements au Venezuela de la longue liste des défaites successives enregistrés par la "gauche" ces derniers mois en Amérique Latine avec non pas le retour de la droite, mais avec l'arrivée de l'extrême droite fascisante, poussée en avant et financée par Trump et l'administration US, comme on vient encore de le voir en Colombie. On doit également tenir compte dans l'analyse de la situation internationale et du déclin occidental qui s'accélère et s'illustre à travers la défaite politique et militaire de Trump, de l'état terroriste d'Israël et de l'Union Européenne dans le détroit d'Ormuz face à l'Iran. Il nous faut admettre, qu'au Venezuela, il s'agit bien d'une recolonisation US, une doctrine Monroe appliquée aux conditions d'aujourd'hui. Cette stratégie porte un nom (…)

Le Venezuela n’est pas l’Iran

Luis Britto Garcia

Luis Britto Garcia est un écrivain venezuelien, dont Hugo Chavez fît un.membre du Conseil d'Etat.

Réfléchissez-y. Pensez à vous-même et à ceux qui vous entourent, et vous parviendrez à la même conclusion que moi. Depuis la signature du désastreux train de mesures économiques avec le Fonds monétaire international en février 1989, notre pays n'avait pas connu un tel sentiment unanime de stupeur, de rage contenue et de révulsion à l'idée que d'autres prennent des décisions à notre place. En octobre 2025, selon un sondage Hinterlaces, 83 % des personnes interrogées se disaient prêtes à affronter une invasion militaire étrangère. L'attaque a eu lieu ; on nous a privés de la possibilité de résister, et nous sommes désormais confrontés à une invasion invisible. Il s'agit d'une « Plante étrangère insolente » — à peine visible à l'écran, mais qui nous piétine, écrasant un à un les attributs exécutifs, législatifs, judiciaires et moraux de notre souveraineté ; elle nous dérobe pour 13 milliards de dollars de pétrole en une seule période de six mois — une somme volatilisée sans laisser (…)

Révolution bolivarienne versus impérialisme humanitaire : les lignes de fracture d’un séisme.

Cira Pascual Marquina et Chris Gilbert

Des empires médiatiques, qu’attendre d’autre que l’instantané humanitaire et les ruines apocalyptiques ? Après les campagnes de la dictature, du narco-trafic, de la trahison ou de la soumission aux États-Unis, voici les gros plans émotionnels de l’État failli, du vide de pouvoir, du mécontentement face à l’inaction du gouvernement. Avec, pour objectifs invariables, renforcer la campagne de l’extrême droite contre le gouvernement bolivarien et neutraliser l’opinion internationale en vue d’une intervention extérieure. Mais la réalité est très différente. Vingt-cinq ans de construction d’une puissante organisation populaire, d’une unité civico-militaire voulue par Chávez et d’un État qui, malgré plus de 1000 sanctions et le blocus inhumains des USA et de l’UE, garde pour priorité les services publics, font la différence. Contrairement aux régimes néolibéraux, sans État, où les ONGs servent de relais à « l’impérialisme humanitaire », le Venezuela offre une réponse rapide et massive sur le terrain. La souveraineté alimentaire, et le grand nombre d’infrastructures publiques, ont permis de répondre aux besoins les plus pressants. Les autorités ont déjà distribué plus de 7 mille tonnes d’aliments à 75.238 familles. 10.834 bénévoles sont venus s’ajouter aux milliers de fonctionnaires des équipes de protection civile et aux plus de 30.000 fonctionnaires des corps de sécurité et de l’armée pour mener les opérations de secours. L’ensemble des personnels des ministères, des forces armées bolivariennes, le réseau national des organisations populaires dont plus de 5000 autogouvernements communards, sans oublier la culture solidaire, anti-individualiste, des vénézuélien.ne.s, ont sauvé de nombreuses vies et rétabli rapidement les services publics vitaux, pour passer à la reconstruction de milliers de logements. Le courageux personnel de la solidarité internationale, venus de l’ONU et de 32 pays, dont la Chine, la Suisse, la France, Cuba, le Salvador, le Vietnam, le Brésil, le Qatar, les Etats-Unis, le Mexique, la Colombie ou l’Inde représente le dixième de la mobilisation nationale.

Il n’existe pas de catastrophe purement naturelle, surtout dans un pays en état de siège. De même, la réponse à toute catastrophe est toujours conditionnée par des facteurs sociaux, politiques, voire géopolitiques. À la suite du tremblement de terre dévastateur de 1812, survenu pendant la lutte pour l’indépendance, Simón Bolívar déclara : « Si la nature s’oppose à nous, nous la combattrons et la ferons nous obéir. » Aujourd’hui, cette remarque peut paraître choquante — comme une étrange sortie anti-écologique —, mais ce que Bolívar voulait dire, c’est que le projet stratégique d’émancipation doit rester au premier plan et guider nos actions, même face à un défi naturel. Il convient de garder cela à l’esprit lorsque l’on réfléchit aux séismes qui ont récemment frappé le Venezuela. Le fait naturel est simple : il y a eu un double mouvement de terre, d’abord une secousse de magnitude 7,2 suivie, quelques secondes plus tard, d’une autre de magnitude 7,5. Dans leur sillage, les (…)

Qui se met dans la peau du Venezuela ?

Katia Marko

Il y a exactement cinq mois, le samedi 3 janvier 2026, je fus réveillée tôt par un appel urgent d’un ami cher : « Les États-Unis ont attaqué le Venezuela, enlevé le président Nicolás Maduro et la députée Cilia Flores. Plus de 100 morts, principalement des jeunes. » Ce que j’ignorais alors, c’est que peu après, je poserai le pied pour la première fois dans ce pays qui suscite tant de « narratifs ».

Le 21 avril dernier, un autre appel est arrivé. Cette fois, c’était Yhonny Garcia Calles, coordinateur du Mouvement d’amitié et de solidarité Venezuela-Cuba, qui m’invitait à participer à la IIe Promotion internationale de communication politique à l’Université internationale de communication (LAUICOM), à Caracas. Je suis arrivée au Venezuela le 10 mai, sans la moindre idée de tout ce que j’allais vivre durant ces quinze jours. J’ai découvert une ville en pleine effervescence, d’une grande beauté et aux habitants chaleureux. J’attendais ce moment depuis longtemps, en fait, depuis l’élection du commandant Hugo Chávez Frías en 1999. Au Brésil, mon cœur battait au même rythme que celui du peuple vénézuélien. J’ai suivi de loin le processus constituant qui a élaboré la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, dont le préambule, d’ailleurs, mérite d’être lu et relu. J’ai également souffert lors du coup d’État de 2002 et célébré le retour de Chávez porté par le peuple. (…)