Thème Venezuela

Révolution bolivarienne versus impérialisme humanitaire : les lignes de fracture d’un séisme.

Cira Pascual Marquina et Chris Gilbert

Des empires médiatiques, qu’attendre d’autre que l’instantané humanitaire et les ruines apocalyptiques ? Après les campagnes de la dictature, du narco-trafic, de la trahison ou de la soumission aux États-Unis, voici les gros plans émotionnels de l’État failli, du vide de pouvoir, du mécontentement face à l’inaction du gouvernement. Avec, pour objectifs invariables, renforcer la campagne de l’extrême droite contre le gouvernement bolivarien et neutraliser l’opinion internationale en vue d’une intervention extérieure. Mais la réalité est très différente. Vingt-cinq ans de construction d’une puissante organisation populaire, d’une unité civico-militaire voulue par Chávez et d’un État qui, malgré plus de 1000 sanctions et le blocus inhumains des USA et de l’UE, garde pour priorité les services publics, font la différence. Contrairement aux régimes néolibéraux, sans État, où les ONGs servent de relais à « l’impérialisme humanitaire », le Venezuela offre une réponse rapide et massive sur le terrain. La souveraineté alimentaire, et le grand nombre d’infrastructures publiques, ont permis de répondre aux besoins les plus pressants. Les autorités ont déjà distribué plus de 7 mille tonnes d’aliments à 75.238 familles. 10.834 bénévoles sont venus s’ajouter aux milliers de fonctionnaires des équipes de protection civile et aux plus de 30.000 fonctionnaires des corps de sécurité et de l’armée pour mener les opérations de secours. L’ensemble des personnels des ministères, des forces armées bolivariennes, le réseau national des organisations populaires dont plus de 5000 autogouvernements communards, sans oublier la culture solidaire, anti-individualiste, des vénézuélien.ne.s, ont sauvé de nombreuses vies et rétabli rapidement les services publics vitaux, pour passer à la reconstruction de milliers de logements. Le courageux personnel de la solidarité internationale, venus de l’ONU et de 32 pays, dont la Chine, la Suisse, la France, Cuba, le Salvador, le Vietnam, le Brésil, le Qatar, les Etats-Unis, le Mexique, la Colombie ou l’Inde représente le dixième de la mobilisation nationale.

Il n’existe pas de catastrophe purement naturelle, surtout dans un pays en état de siège. De même, la réponse à toute catastrophe est toujours conditionnée par des facteurs sociaux, politiques, voire géopolitiques. À la suite du tremblement de terre dévastateur de 1812, survenu pendant la lutte pour l’indépendance, Simón Bolívar déclara : « Si la nature s’oppose à nous, nous la combattrons et la ferons nous obéir. » Aujourd’hui, cette remarque peut paraître choquante — comme une étrange sortie anti-écologique —, mais ce que Bolívar voulait dire, c’est que le projet stratégique d’émancipation doit rester au premier plan et guider nos actions, même face à un défi naturel. Il convient de garder cela à l’esprit lorsque l’on réfléchit aux séismes qui ont récemment frappé le Venezuela. Le fait naturel est simple : il y a eu un double mouvement de terre, d’abord une secousse de magnitude 7,2 suivie, quelques secondes plus tard, d’une autre de magnitude 7,5. Dans leur sillage, les (…)

Qui se met dans la peau du Venezuela ?

Katia Marko

Il y a exactement cinq mois, le samedi 3 janvier 2026, je fus réveillée tôt par un appel urgent d’un ami cher : « Les États-Unis ont attaqué le Venezuela, enlevé le président Nicolás Maduro et la députée Cilia Flores. Plus de 100 morts, principalement des jeunes. » Ce que j’ignorais alors, c’est que peu après, je poserai le pied pour la première fois dans ce pays qui suscite tant de « narratifs ».

Le 21 avril dernier, un autre appel est arrivé. Cette fois, c’était Yhonny Garcia Calles, coordinateur du Mouvement d’amitié et de solidarité Venezuela-Cuba, qui m’invitait à participer à la IIe Promotion internationale de communication politique à l’Université internationale de communication (LAUICOM), à Caracas. Je suis arrivée au Venezuela le 10 mai, sans la moindre idée de tout ce que j’allais vivre durant ces quinze jours. J’ai découvert une ville en pleine effervescence, d’une grande beauté et aux habitants chaleureux. J’attendais ce moment depuis longtemps, en fait, depuis l’élection du commandant Hugo Chávez Frías en 1999. Au Brésil, mon cœur battait au même rythme que celui du peuple vénézuélien. J’ai suivi de loin le processus constituant qui a élaboré la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, dont le préambule, d’ailleurs, mérite d’être lu et relu. J’ai également souffert lors du coup d’État de 2002 et célébré le retour de Chávez porté par le peuple. (…)

Les bases du chavisme se révoltent contre la tutelle des États-Unis

Florantonia Singer, María Martín

Lorsque les avions Osprey de l'armée américaine ont traversé le ciel de Caracas le 23 mai dernier dans le cadre d'un exercice militaire — peut — être inutile -, quelque chose qui fermentait tranquillement depuis des mois a finalement été mis au jour. Les bases chavistes qui ont soutenu la révolution bolivarienne pendant 27 ans — les collectifs, les cadres du parti, les mouvements populaires-se révoltent contre le nouvel ordre que Washington a imposé au Venezuela. Les plaintes et les avertissements des alliés chavistes deviennent de plus en plus ouverts et durs, même s'il reste difficile de savoir s'ils suffisent à mettre Delcy Rodríguez en difficulté.

Les réactions à la tutelle américaine sur le pays depuis l'intervention militaire du 3 janvier, au cours de laquelle Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores ont été capturés, sont passées de la perplexité à l'indignation. L'ancien ennemi du chavisme, l'impérialisme américain, est désormais un allié qui fixe les rythmes du pays, mène des manœuvres militaires et annonce même les voyages internationaux du président en charge. Et la base qui pendant des décennies a crié "Yankee go home" ne sait pas trop quoi en penser. Les troubles couvaient tranquillement depuis le 3 janvier, mais il y a quelques semaines, une guérilla d'influenceurs chavistes a commencé à hisser le drapeau de la trahison. Deux fervents propagandistes du chavisme, Mario Silva, animateur de l'émission La Hojilla, et l'Argentin Diego Suárez, connu sous le nom de Michelo, ont augmenté le volume de la plainte : ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui, ont-ils déclaré, ont coopéré à l'emprisonnement de Maduro et Flores à (…)
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Je résiste, donc j’existe

Luis Britto García

L'écrivain et intellectuel vénézuélien Luis Britto García a lancé un appel courageux à la résistance au démantèlement de la souveraineté vénézuélienne et à la reddition du pays à l'impérialisme américain. Dans un texte au ton politique fort, le penseur bolivarien historique met en garde contre “le silence assourdissant” qui cache la livraison des ressources et du destin du Venezuela à des intérêts étrangers.

Nous avons subi un coup atroce. Si nous voulons le surmonter, nous devons l'admettre, rechercher les causes, corriger les effets. Nous réitérons que selon un sondage Hinterlaces d'octobre 2025, 83% des personnes consultées seraient disposées à faire face à une invasion militaire étrangère, seulement 6% ne le feraient pas, et 89% considéraient que le véritable objectif d'une éventuelle intervention serait de renverser le président Nicolás Maduro pour s'emparer du pétrole. Six mois plus tard, je n'ai pas trouvé un seul compatriote qui ne réitère pas ces réponses, mais accompagnées de nouvelles questions. Tout d'abord, il est nécessaire de savoir de manière claire, précise et détaillée ce qui s'est passé ou non au petit matin du 3 janvier 2026. Le Venezuela avait et a toujours des armements modernes, efficaces et coûteux qui n'ont pas été utilisés. Moderna. Quarante-sept soldats vénézuéliens et 32 escortes cubaines sont morts courageusement en repoussant l'énorme agression avec (…)
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Venezuela : l’affaire Alex Saab et la doctrine de la souveraineté limitée

Geraldina COLOTTI
Au Venezuela, les faits du 3 janvier 2026 ont marqué un point de rupture sans précédent. Une incursion menée par les troupes spéciales américaines, secondées par les forces britanniques et israéliennes, contre des ports et des installations militaires a fait plus d'une centaine de victimes parmi les soldats et les civils (dont 32 militaires cubains), culminant avec l'enlèvement du président Nicolás Maduro et de la députée Cilia Flores, son épouse. Cet acte a plongé la République bolivarienne dans une situation de lourd chantage institutionnel et de mise sous tutelle de fait (pour certains analystes, un « protectorat »), accélérant les dynamiques internes visant à définir les schémas de pouvoir, la gestion des ressources stratégiques et l'interaction avec les marchés financiers occidentaux. Dans ce scénario de souveraineté mise en échec s'inscrit le cas de la soudaine extradition vers les États-Unis d'Alex Naín Saab Morán, ex-ministre des Industries et de la Production nationale. (…)