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Cuba : des faits réels pour éclairer le président et la presse (Counterpunch)

"No hay peor ciego que el que no quiere ver"
Proverbe espagnol
(Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir)

Le 13 mai, Les journaux de Miami et Les journaux télévisés auraient du titrer : "Obama s’est ridiculisé". Les grands titres auraient voulu parler de cette déclaration : "Je serais heureux qu’un réel changement s’opère à Cuba".

Quelles sont les conditions d’Obama ? "Pour que nous puissions avoir avec Cuba la même relation qu’avec d’autres pays, il faudrait que nous constations des changements significatifs de la part du gouvernement cubain et nous n’avons rien constaté de la sorte."

Un journal intelligent aurait pu titrer : "Obama est devenu aveugle -Il ne voit pas le changement qui lui crève les yeux !"

Si Granma (quotidien du PC cubain) avait le sens de l’humour, son éditorial aurait commencé ainsi : "Président Obama veut dire ’Un changement dans lequel nous pouvons croire’, il ne parle pas d’un changement dans lequel les leaders de Cuba croient."

En réalité les changements à Cuba se sont accumulés rapidement au cours des derniers mois mais apparemment Obama a sa propre interprétation du mot "insignifiant". Ou peut-être que ses conseillers ne lui ont pas dit que Cuba avait libéré tous les prisonniers "politiques" qui avaient été arrêté en 2003 ainsi que quelques autres.

"Nous ne pouvons pas passer sur le fait qu’il y a toujours des prisonniers politiques qui auraient du être libérés il y a longtemps et qui d’ailleurs n’auraient jamais du être arrêtés" a dit Obama. (Univision, 13 mai 2011)

Est-ce qu’il ignorait ce que la secrétaire d’état avait dit ? "Libérez ces prisonniers politiques. Acceptez donc d’ouvrir l’économie et de lever une partie des restrictions oppressives imposées au peuple de Cuba. Et je pense qu’ils verraient qu’il y a une opportunité qui pourrait peut-être être exploitée. Mais ça c’est pour l’avenir, qu’ils décident ou non de procéder à ces changements." (13 janvier 2009, Senate Confirmation hearings)

Personne n’a-t-il dont dit au président que les USA ont maintenant plus de prisonniers politiques à Cuba que le gouvernement cubain ? N’a-t-il pas entendu le gouvernement espagnol dire qu’il refusait d’accueillir neuf des 46 Cubains prisonniers restants parce qu’ils avaient commis des actes de terrorisme ?

Le président n’a pas semblé se rappeler non plus qu’il s’était engagé peu après son investiture à fermer la prison de Guantanamo où les prisonniers politiques -en plus grand nombre que ceux détenus par Cuba - n’ont même pas pu bénéficier des droits basiques de la Magna Carta*. Les prisonniers cubains ont tous eu connaissance des accusations portées contre eux, ils ont eu des avocats et des procès. Personne à Guantanamo ne peut en dire autant.

Obama a aussi passé sous silence les grands changements économiques. "Le système économique là -bas est encore bien trop fermé." a-t-il dit à Univision.

Ses conseillers ont du s’endormir encore et oublié de lui dire que rien qu’en ce qui concerne l’agriculture, le gouvernement cubain a réduit drastiquement le nombre de fermes d’états et a en même temps augmenté le nombre de sociétés privées ainsi que le nombre d’hectares que les fermiers individuels peuvent contrôler. A ce jour l’état a transféré 63% des terres en friche au secteur privé. A la mi-mai, les fermiers individuels et les coopératives ont reçu 1 191 000 hectares. Et les fermiers privés peuvent désormais employer autant d’ouvriers agricoles qu’ils en ont les moyens - ce qui est interdit depuis 1963.

L’état a aussi multiplié par dix le prix auquel les fermiers peuvent vendre le boeuf et trois fois le prix du lait. De plus les fermiers peuvent maintenant vendre plus facilement aux consommateurs.

L’état a maintenu le contrôle des prix sur 21 produits agricoles ; tout le reste suit la loi de l’offre et de la demande. L’accès au crédit bancaire a été facilité pour les fermiers ; et les taux ont baissé.

Oh, les gens pourront peut-être bientôt acheter et vendre des voitures et des maisons et créer des entreprises dans beaucoup de secteurs.

Obama, cependant, fait une fixation sur Fidel. "Si vous y réfléchissez, (Fidel) Castro est arrivé au pouvoir avant ma naissance - il est encore là et il maintient toujours le même système alors que le reste du monde sait très bien que ce système ne marche pas," a dit Obama.

Fidel a quitté le pouvoir en 2006 comme nous le savons tous et ironiquement Cuba possède le seul système qui peut encore prétendre ressembler quelque peu au socialisme à l’ancienne - malgré plus de 50 ans de guerre économique menée contre lui par Washington.

Il est intéressant de constater que Obama qui déclare que le système cubain est un échec, ne mentionne pas la récession étasunienne, ni le chômage à deux chiffres dont souffrent plusieurs états, ni les millions de sans abris et d’affamés, ni tous ceux qui sont menacés de saisie ou de chômage. De fait, cela fait deux siècles que le système étasunien s’effondre régulièrement et dans le meilleur système possible des millions de sans abris regardent de tous leurs yeux des maisons et des appartements vides et des personnes sous-alimentées cohabitent avec des millionnaires. Et ce système qui fonctionne si bien n’a pas -comme Cuba- le terrible handicap d’être étranglé économiquement sous la botte de la plus grande économie mondiale.

Est-ce que les paroles frivoles d’Obama ne sont pas tout simplement celles que les électeurs veulent entendre et qu’il lui faut prononcer en période électorale dans ce système parfait ? Après tout, il ne reste qu’un an et demi avant la prochaine élection présidentielle et le "vote des Cubains de Miami" compte.

Saul Landau, Nelson Valdés

Le dernier film de Saul Landau est WILL THE REAL TERRORIST PLEASE STAND UP (CINEMA LIBRE STUDIO - distributor). Nelson Valdés est Professor Emeritus, Univ. de New Mexico.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/landau05272011.html

Traduction : D. Muselet pour LGS

(*) La Magna Carta Libertatum ou Grande Charte est une charte de 63 articles arrachée par le baronnage anglais au roi Jean sans Terre le 15 juin 1215 après une courte guerre civile notamment marquée par la prise de Londres, le 17 mai, par les rebelles.

Cette charte a été rédigée en 1215, sur le sol français, dans l’abbaye cistercienne de Pontigny par des Anglais émigrés, en révolte contre leur roi, Jean sans Terre. Cette « Grande Charte des libertés d’Angleterre » affirme le droit à la liberté individuelle.

Ce texte limite l’arbitraire royal et établit en droit l’habeas corpus qui empêche, entre autres, l’emprisonnement arbitraire. Il garantit les droits féodaux, les libertés des villes contre l’arbitraire royal et institue le contrôle de l’impôt par le Grand Conseil du Royaume.


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