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À propos de l’élection de Brignoles...

Mais quel est donc le phénomène majeur de l’élection cantonale de Brignoles ? Est-ce l’élection d’un conseiller général du Front national, ou est-ce l’abstention ?

Pour la presse et les partis politiques de tous bords (mais y a-t-il vraiment plusieurs bords ?), la chose est claire : les réflexions, les analyses et les supputations portent sur l’élection du candidat FN, et sur rien d’autre. Pourtant, quand les deux tiers des électeurs ne se dérangent pas pour le scrutin, il y a quand même un vrai phénomène, non ?

Et encore, on ne nous annonce que des taux d’abstention pour l’ensemble du canton. On ne connaît pas les détails du vote de Brignoles, mais à Lille, quand l’abstention est de 60 % sur la ville, elle monte jusqu’à 75 % dans les quartiers populaires. Le Figaro laisse pointer une indication quand il dit que pour le second tour, « sur l’ensemble du canton de Brignoles, le taux de participation s’élevait à 47,47 % (soit 52,63 % d’abstention, NDLR) contre 33,40 % au premier tour. Et sur la ville même de Brignoles, le taux a dépassé les 50 % (50,2 %), contre 35,97 % (au premier tour, NDLR) ». En somme, la ville même a davantage participé que sa périphérie. Et les catégories populaires sont-elles plus en ville qu’en périphérie ? Si la réponse est oui, Brignoles serait une exception en France, car depuis trente ans, la politique du logement pousse la classe ouvrière dans les périphéries, réservant les centres-villes aux « élites ».

De plus, au premier tour de 2011, l’élection de Brignoles (invalidée par la suite, d’où la partielle de ces jours-ci) connaissait un taux d’abstention de 57 %, selon le ministère de l’intérieur, pour finalement atteindre 67 % ce coup-ci ! Non seulement on est face à un phénomène massif, mais en nette progression ! Et ça ne vaudrait pas le coup de tenter d’y réfléchir ?

Aujourd’hui, on nous parle de Brignoles, mais chacun d’entre nous peut facilement vérifier que dans son coin, on peut étayer la même analyse : l’abstention est massive, elle est populaire et en constante progression. Alors essayons de comprendre : a-t-on affaire à une bande de zombies, abrutis par la misère, l’alcool et la téléréalité, inconscients des enjeux, méprisables pour leur attitude indolente ? Ou bien faut-il voir dans l’abstention une position rationnelle ? Je penche pour cette dernière, fruit de l’expérience !

La mobilisation n’a-t-elle pas été forte pour chasser Nicolas Sarkozy et le remplacer par François Hollande ? Et quel est le résultat ? Y a-t-il eu une modification de la politique française sur les salaires et les retraites, sur les licenciements, sur l’Europe, sur l’asservissement à l’Empire, sur le combat mortifère contre les peuples du monde ? N’est-il donc pas rationnel de se poser la question : à quoi a servi mon vote ?

Si mon vote est dans l’incapacité d’obtenir une modification, aussi minime soit-elle, en faveur des intérêts du peuple, dites-moi pourquoi est-il alors si important d’aller voter ? À moins que ça ne serve simplement à déterminer l’individu qui représentera les intérêts du capital ? Pour ensuite lui reconnaître l’autorité de le faire ? Que cela se fasse sans moi est donc légitime…

« Ah ! Mais ça ne fait pas un programme ça », me rétorqueront les intransigeants du vote. À ceux-ci, je leur répondrai qu’au milieu du XVIIIème siècle, la déchristianisation a atteint peu à peu la majorité de la population, aussi bien dans les villes que dans les campagnes : le dimanche, les églises restaient quasiment vides !

Ce refus d’aller à la messe ne constitue pas un programme en lui-même, certes. Mais cela soustrait les non-participants à l’emprise idéologique de l’Église, soutien du féodalisme. Cela laisse libre d’embrasser d’autres idées, de se rendre perméables à d’autres influences, d’aller chercher ailleurs que dans les soutanes du curé une explication du monde, de se faire sa propre opinion… sans l’Église !

Actuellement, le peuple est scindé en deux parties : d’une part, 70 % d’abstentionnistes qui ne voient pas d’issue dans les scrutins qu’on nous propose, et d’autre part, 30 % d’accros au vote, convaincu que la fois prochaine, ça va être formidable !

Quand on a à cœur les intérêts populaires, à qui doit-on s’adresser prioritairement ? Aux 70 % de réfractaires aux politiques anciennes, ou aux 30 % qui cherchent à déterminer au fil des scrutins le candidat qui les trahira le mieux, comme cela se passe depuis trente ans ?

D.R.

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