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Crise climatique et énergétique : faites pas la moue, mais la grève ! par François Iselin.








solidaritéS, 30 mai 2007.


L’émergence d’une crise planétaire change et clarifie les priorités de la lutte de classes. De beaux slogans d’antan sont obsolètes. Même dérisoire le « Faites l’amour, pas la guerre », alors que des milliers de précaires partent au massacre pour le compte de riches empires avec une solde comme salaire. On clame alors « Pas de sang pour du pétrole ! » et « Un autre monde est possible » bien que nous ne sachions pas quel autre pétrole peut le rendre possible.


Quant au slogan de « Contrôle ouvrier » sur la production et le partage des fruits du travail, il serait d’actualité en visant la substitution du mode de production capitaliste par un écosocialisme au strict service des humains et de la nature. Il y a 34 ans, les grévistes de LIP concrétisaient ce « contrôle » par « C’est possible, on fabrique ; on vend ; on se paye ! » mais aujourd’hui il ne suffit plus que quelques uns puissent « se payer » !

Comme « Nos vies valent plus que leurs profits », qu’attendons-nous pour refuser de « Perdre sa vie à la gagner », de cesser de produire et consommer ce qui « nuit gravement à la santé », en se souvenant que « Notre seule arme c’est la grève » !

Difficile de remettre en question les revendications figées, de concevoir que le prolétariat puisse bloquer l’emballement productiviste tout en assumant les conséquences sur l’emploi et les salaires, que les acteurs-trices de grèves altruistes sacrifient leurs intérêts immédiats à ceux, vitaux, de tous. Cette issue semble illusoire tant le prolétariat est asservi au travail et dépendant du marché, tant ses préoccupations immédiates ont aboli son avenir, tant la marchandisation du monde a escamoté la vie...


L’actualité interpelle

Pourtant les spectateurs engagés, sortant abasourdis d’une projection de « The Oil rash » [1] ou d’« Une vérité qui dérange » [2], demandent inquiets : « Que faire ? » Un documentaire convainc que le pétrole est bientôt fini, l’autre que les dégâts liés à son usage commencent seulement ! La moue incrédule des spectateurs-trices est à la mesure de leur angoisse, d’autant que ces films n’offrent pas d’issue. Pas de happy end, pas de contestation possible des évidences assénées, rien qu’un « Cauchemar de Darwin » planétaire. On comprend que des militant-e-s préfèrent ne pas être interpellés par ces vérités dérangeantes.

Pourtant ce sont des milliards de gens dans le monde qui prennent conscience de l’urgence d’agir, soit en vivant concrètement la dégradation de leur milieu vital, soit en la découvrant par les rapports scientifiques du GIEC, dans la presse, la TV... [3] La bourgeoisie s’en inquiète, craignant que le constat de son échec retentissant, étalé dans ses médias, mette en danger sa domination sur le travail des hommes et la nature. C’est pourquoi elle forge un arsenal idéologique visant à désamorcer la bombe énergético-climatique grésillant entre ses mains.


L’écologie libérale

Les laquais sociaux-libéraux de la bourgeoisie volent à son secours. Parmi ces brouilleurs d’évidences, il y a Bjørn Lomborg et son livre « L’écologiste sceptique » [4] et récemment la parution d’un énième livre de Claude Allègre, préfacier de celui de Lomborg, « Ma vérité sur la planète ». [5] Le pavé de Lomborg, qualifié de « Best-seller mondial », a rejoint le rayon des chiffonniers et le livre d’Allègre, à peine paru, est bradé chez Payot !

Mais leur impact politique n’est pas à sousestimer. Les « arguments » de l’allègre défenseur du productivisme se résument à ses invectives : « sectes vertes », « écologie totalitaire », « adversaire de la science »... ou à ses dogmes : « L’écologisme est devenu une menace pour la planète », une « mise en accusation du progrès ». [6]

Prétextant contribuer au débat sur l’environnement, ces ouvrages sont politiques, ils visent à « remettre en question le mythe selon lequel l’économie nuit à l’environnement. » [7] Le « socialiste » Allègre s’acharne à défendre l’économie capitaliste, malgré son « progrès » et sa croissance oncogène. Il a le culot de changer échecs en vertus et impasse en issue : « Il faut faire de la résolution des problèmes écologiques le moteur de la croissance, du développement des pays du tiers-monde et de la réduction des inégalités. » [8] Bien exploitées, les catastrophes généreront de nouveaux profits : « La séquestration du CO2 va devenir un marché mondial de plusieurs milliards de dollars » [9] et « L’énergie nucléaire constitue, pour la France, un atout considérable, dans la compétition énergétique qui s’annonce. » [10]

Les politiques s’en inspirent. Alain Juppé « pense que nous pouvons inventer une nouvelle croissance, qui s’accompagne évidemment d’une décroissance [sic] des gaspillages... »  [11] Jacques-Simon Eggly, apôtre de l’écologie libérale, préconise « un avenir écologique, mais avec une économie libre, dynamique assurant la prospérité. » [12] Les radicaux genevois proclament « L’écologie et l’économie réconciliées » ! [13]


Grèves solidaires

Or la bourgeoisie n’a pas de solution. Son économie a mené le monde à la faillite et la nature se passerait bien de ses services. Seul le prolétariat, en tant que producteur et consommateur, peut bloquer la course destructrice du productivisme et sauver la planète. Ce défi ne se concrétisera que par des grèves combinées de production et de consommation.

Elles ne seront plus entreprises pour défendre des emplois, des salaires, des usines, contre les licenciements, fermetures ou délocalisations, mais pour boucler définitivement toute entreprise qui pille, gaspille, pollue, invalide les travailleurs-euses et empoisonne les consommateurs-trices de leur production. [14]

Ces grèves solidaires libéreront des hommes et des femmes de l’astreinte au travail, préserveront leur intégrité, prolongeront leur vie, épargneront les ressources de la Terre, ménageront le climat et assureront l’avenir des générations à naître. Ce temps de vie reconquis donnera aux salarié-e-s le temps de vivre, d’apprendre et créer, pour construire, ensemble, cet autre monde qui grâce à elles-eux deviendra possible.

François Iselin


- Source :solidaritéS www.solidarites.ch




Mettez du sang dans votre moteur ! La tragédie des nécro-carburants, par Dominique Guillet.


Le rapport Stern, ou la stratégie néolibérale face au changement climatique. Qui va payer « l’échec sans précédent du marché » ? par Daniel Tanuro.

Climat : les apprentis sorciers de la Banque mondiale et du FMI, par Éric Toussaint.

Le diable fait les casseroles, mais pas les couvercles : défense du climat et anticapitalisme, par Daniel Tanuro.







- Dessin : Martirena www.martirena.com


[1Film de Basil Gelpke et Ray McCormak.

[2Film d’Al Gore.

[3Même Thalassaa consacré une émission spéciale à l’effet de serre : Ca va chauffer !

[4Bjørn Lomborg, L’écologiste sceptique, le véritable état de la planète, Cherche midi, 2002.

[5Claude Allègre, Ma vérité sur la Planète, Plon/Fayard, avril 2007.

[6Sa préface du Lomborg et Ma vérité sur la planète.

[7Lomborg, p.63.

[8Idem, p.8.

[9Idem, p.141.

[10Idem, p.138.

[11Feuille de route, Le Monde, 22.5.07.

[12Le Temps, 22.5.07.

[13Le Temps, 21.5.07.

[14Manifeste pour une grève générale de la consommation, Paul Ariès, et Vers des grèves solidaires, F.I.


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