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En quête d’identité, en quête d’Indonésie : Pulang*

Deuxième volet de mes traductions sur l’Indonésie. Leila S.Chudori, à travers son roman Pulang, raconte l’histoire des oubliés de l’histoire indonésienne incarnés par des exilés politiques, victimes du coup d’état de 1965. Le début du règne de l’Ordre Nouveau et des massacres organisés des membres et sympathisants du PKI (qui faut-il le rappeler, était le troisième parti communiste du monde après celui de l’Union Soviétique et de la Chine). Après des décennies de chape de plomb, des gens se mobilisent et travaillent pour faire resurgir la vérité afin de réhabiliter la mémoire de leurs proches et de personnages tel que Pram l’écrivain maudit, mort dans l’indifférence. Un travail de fourmis qui va demander du temps car le lavage de cerveau a été efficace comme on peut le constater dans l’édifiant documentaire "Act of Killing". Espérons que l’Indonésie suive la voie du Chili. Eric

* * *

Pour l’Indonésie, 1965 est une année plongée dans les ténèbres. Pour utiliser les termes de Goenawan Mohamad, c’est un ’titimangsa ; ’un trou noir’ qui coïncide avec l’arrivée au pouvoir de l’Ordre Nouveau de Suharto, le début d’une période signifiant la fin du chaos politique permanent. Selon la version officielle historique de l’Ordre Nouveau, 1965 est l’éradication réussie d’une idéologie indésirable.

Faisant partie de la génération née dans les années soixante, j’en avais entendu parler à la base comme des événements du 30 septembre 1965, ce que le gouvernement de l’Ordre Nouveau nommait le G30S/PKI. Notre génération connaissait juste l’histoire officielle qui avait été promulguée dans les livres d’histoire, les programmes scolaires, à travers les statues, dans les musées, à travers le cinéma et dans les livres ’blancs’ gouvernementaux (déclarations officielles) distribués aux médias pour diffusion.

Personne n’osa contester ou s’interroger sur cette version unilatérale de l’histoire -c’est comme si chacun avait peur pour sa sécurité personnelle. Tout ce qui était considéré comme étant gauchiste, sympathisant de gauche, sympathisant communiste ou ’rouge’ pouvaient juste être évoqués à voix basse. On sentait que si quelqu’un parlait de ces choses à voix haute, le pays pouvait soudainement être englouti par la terre.

Une lueur d’espoir dans le trou noir

L’interdiction officielle des travaux de quelques personnalités littéraires réputées – cette fois, le gouvernement l’avait qualifié ’diffusion du Marxisme’ – ont fait que les gens de ma génération voulaient en savoir davantage. J’avais 19 ans et j’étais à la maison pour les vacances d’été après avoir passé un an au Canada pour étudier quand j’entendis parler de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer*. Je partis effectuer un achat clandestin à Pasar Senen*. C’était comme une scène de thriller. Nous avions dû passer commande avec quelqu’un, se rencontrer à un moment précis pour faire l’échange de cash contre le livre emballé dans du papier journal que j’ai ensuite emmené au Canada et lu sur le campus.

L’idée d’écrire ’Pulang’ n’est pas venue de là. Elle a germé petit à petit, comme des bribes de réponses à mes interrogations au sujet de ce trou noir. Les grands noms, les événements importants et les années mémorables demeurent toujours un pan de l’histoire indonésienne. Cependant, parmi ces personnages importants, entre les événements qui doivent être enseignés aux élèves dans les cours d’histoire ou par des historiens et parmi les dates considérées comme étant historiques, il y avait des milliers si ce n’était pas des millions de noms qui n’apparaissaient nulle part.

Restaurant Indonésia*

La première fois que j’étais tombé sur le restaurant Indonésia, rue de Vaugirard au centre de Paris, c’était lorsque j’effectuai un voyage en Europe avec des amis américains et européens pour fêter la fin de mes études au Canada. J’avais obtenu une bourse d’étude, mon budget était serré. Je n’avais aucune certitude de voyager de nouveau à l’étranger et cette étape pouvait être ma seule et unique opportunité de voir l’Europe avant de rentrer chez moi et d’entrer dans le ’vrai monde’ prête à endosser des responsabilités. Je n’aurais jamais imaginé que ce restaurant indonésien à Paris constituerait ma première rencontre avec le trou noir, une rencontre avec l’histoire de mon pays.

Même si je n’avais fait que l’effleurer, c’était la première fois que j’avais un contact direct avec des exilés politiques indonésiens en Europe, bien que je connaissais un peu le sort des prisonniers politiques ayant continué à vivre sous la pression du gouvernement de l’Ordre Nouveau. A travers mon défunt père, qui travaillait comme reporter à l’agence de presse Antara, j’avais eu la chance de rencontrer plusieurs de ces prisonniers revenus de l’île de Buru*. Quand j’ai rejoint Tempo Magazine en 1989, ce trou noir était même plus profond. Je connaissais Pak Amarzan Loebis, un artiste qui avait été détenu à Buru pendant onze ans et qui, ensuite, avait dû utiliser un pseudonyme. J’ai aussi connu des enfants de prisonniers politiques qui travaillaient dans de grands médias en Indonésie, Tempo y compris, et qui avaient dû changer leur nom ou éviter volontairement d’utiliser leur nom de famille.

C’est alors que j’ai pris conscience de ce concept incroyablement absurde appelé ’Bersih Diri’, ’Se Nettoyer’ et ’Bersih Lingkungan’, ’Environnement propre’ qui était délivré par le Ministère de l’Intérieur. Cette politique interdisait aux gens qui n’étaient pas ’propres’ (prisonniers politiques, membres du PKI, le parti communiste indonésien ou d’autres organisations similaires) ou dont ’l’environnement n’était pas propre’ (les familles des prisonniers politiques) de devenir membres de l’armée (TNI) ou de la police, enseignants, prêtres ou d’intégrer une profession pouvant influencer le public. A cause de cette réglementation, la discrimination n’était pas seulement dirigée contre des anciens prisonniers politiques liés à la tragédie de 1965 mais aussi en direction de leurs petits enfants. Afin d’assurer que ce système perdure, les anciens prisonniers politiques avaient le code ET (ex prisonniers politiques) sur leur carte d’identité. Une personne postulant pour un emploi, pouvait être soumise à une enquête spéciale pour vérifier si son ’environnement était propre’.

Mes années comme reporter au Tempo durant la période de l’Ordre Nouveau étaient étranges et absurdes. C’était à la fois stressant et intéressant pour une personne comme moi qui était encore jeune. Je dis étrange parce que nous étions entraînés à devenir des journalistes intègres, mais dans le même temps nous savions – à l’époque- que nous ne pouvions écrire librement et sérieusement sur, disons le, les affaires de la famille Soharto ; ni débattre, critiquer ou s’opposer aux politiques gouvernementales de copinage. C’était particulièrement vrai pour les sujets sensibles liés aux événements du 30 septembre 1965. Une fois, Tempo osa contourner le danger en pointant le comportement de la famille du président. Ensuite, nous avions du ’faire profil bas’ pendant quelques semaines avant d’oser entreprendre quelque chose de semblable.

Je commençais à réaliser qu’au fil du temps, il y avait des Indonésiens devenus invisibles. C’étaient des citoyens indonésiens mais leurs droits étaient bafoués par le gouvernement et ensuite par le public, qui, à cause du lavage de cerveau pratiqué depuis des décennies, assimilait toute chose liée au communisme à la négation de Dieu. Quant à moi, qui avais grandi et étais devenue adulte sous le règne de l’Ordre Nouveau, j’étais consciente de l’absurdité politique et historique. Je constatais que l’Indonésie avait le même président et beaucoup de vice-présidents différents durant cette période. J’étais témoin de l’impotence du système juridique, législatif et judiciaire. Tout émanait d’une seule personne. Je me souviens aussi comment mon père, en tant que reporter, ainsi que mes aînés, y compris le rédacteur en chef, Goenawan Mohamad, étaient inquiétés en de nombreuses occasions par les avertissements et insinuations faites par le Ministère de l’Information -avertissements émis sur la base que des médias continuaient d’employer des proches de prisonniers politiques.

Tempo fut finalement interdit par le gouvernement en juin 1994 à la suite d’une couverture sur l’achat de navires de guerre d’occasion venant d’Allemagne de l’Est. Cette histoire mettait en cause le Ministre de la Recherche et de la Technologie, BJ Habibie mais le président Suharto l’avait pris pour lui. Nous sommes encore amers, moi et quelques amis, de cet incident. Nous sentions qu’on tarissait la source même de notre motivation. C’était donc sans surprise si nous étions parmi les dizaines de millions d’Indonésiens reprenant espoir quand les étudiants occupèrent le bâtiment de la Chambre des Députés (DPR) mi-mai 1998, demandant au président Suharto de se retirer. Mais pour moi, le trou noir appelé ’histoire de l’Indonésie’ laissa apparaître une lueur d’espoir quand il démissionna le 21 mai 1998.

Ecrire Pulang

Le roman Pulang démarre début 1965 -avec plusieurs flashbacks dans les années 50- et finit en 1998. J’avais décidé de raconter l’histoire de deux générations, la génération du père (représentée par Dimas Suryo) à travers les événements de septembre 1965 et la génération de sa fille, Lintang Utara, qui retourne en Indonésie à la recherche de son identité.

J’étais intéressée d’écrire l’histoire d’exilés politiques ne pouvant pas rentrer chez eux. Je voulais m’enfoncer dans leur psyché, fouiller dans les esprits de ceux qui vivaient loin de leur pays natal mais ressentaient encore une part d’Indonésie en eux, peu importe quel type de passeport ils avaient et peu importe comment le gouvernement les traitait.

Je fis la connaissance d’Oemar Said, Sobron Aidit et de leurs amis à Paris ainsi que d’un groupe d’Indonésiens exilés politiques qui avaient décidé d’utiliser Restaurant Indonesia comme une part de leur résistance. Je me suis inspiré d’eux, en particulier Oemar Said, sur lequel je m’appuyai pour créer mes personnages, un groupe d’exilés politiques comprenant Dimas Suryo, Nugroho Dewantoro, Tjai Sin Soe et Mohammad Risjaf. Dans Pulang, l’histoire raconte que c’est pendant qu’ils étaient sur la route en tant que reporters, à Santiago au Chili que l’événement sanglant du 30 septembre 1965 se produisit en Indonésie. Leur passeport fut révoqué. Après quoi, ils durent aller de pays en pays jusqu’à ce qu’ils s’installent finalement à Paris et ouvrent leur restaurant.

Bien sûr, les véritables vies des fondateurs de Restaurant Indonesia sont de loin plus complexes et difficiles. Leur périple d’un pays à un autre fut une expérience poignante. Il est important de rappeler que Pulang est une fiction, non un livre d’histoire, ni une étude ou une biographie. Même si, durant six ans, j’ai fait des recherches et écrit -entre mon travail de journaliste à Tempo et de mère – je me suis rendue deux fois à Paris, correspondu par emails et j’ai aussi rencontré Pak Sobron* à Jakarta. Les exilés et les prisonniers acceptèrent et soutenaient ma volonté d’écrire ce roman.

Ce que j’ai pris de leur histoire sont les sentiments et la psyché d’un exil politique. A travers le personnage de Dimas Suryo, j’espérais retranscrire comment l’Indonésie restait ancrée dans les cœurs et les âmes de ces exilés durant leur exode à Paris et comment ils manifestaient un profond attachement pour leur pays natal avec tellement de sincérité, de la même manière que le personnage de Ekalaya du Mahabharata qui aimait et respectait sans détour, son professeur, Arjuna. A tel point qu’il sacrifia sa propre passion pour le tir à l’arc et son ambition pour que son professeur puisse rester le plus grand archer.

En dépit de l’amour de Dimas pour l’Indonésie, sa citoyenneté était niée par le gouvernement indonésien. Son passeport était révoqué et après qu’il eut obtenu l’asile auprès de la France, le visa exigé pour entrer en Indonésie lui était systématiquement refusé. Le dilemme existentiel enduré par Dimas fut l’un des thèmes qui a capté mon attention. Je me souvins lorsque le président Abdurrahman Wahid* visita l’Europe et demanda si quelque chose pouvait être fait pour ceux qui étaient en exil. Ceux ci répondirent qu’ils voulaient juste le passeport vert indonésien (ordinaire).

Pour moi qui lisait ceci en première page du quotidien Kompas, c’était une question intéressante et émouvante. Malgré qu’ils aient déjà reçu l’asile et obtenu des passeports européens, ils ressentaient encore en eux ce désir d’appartenance à leur pays natal. C’est pourquoi dans le roman, j’ai insisté sur la volonté du personnage de Dimas à se définir comme un Indonésien qui voulait retourner en Indonésie pour y vivre et mourir mais qui n’arrivait pas à rejoindre son foyer natal. Chaque année, Dimas fait une demande de visa pour entrer en Indonésie mais il échoue dans toutes ses tentatives. J’ai choisi d’en faire un drame familial. A côté des prisonniers politiques et des exilés, La plupart de ceux qui souffraient étaient leur famille. J’ai décidé de faire de Pulang, l’histoire de Dimas et de sa famille, avec tous les petits détails de la vie quotidienne auxquels sont confrontés les familles d’exilés politiques y compris celles des amis de Dimas et de leur famille vivant à Jakarta. Je n’étais pas intéressé par la description des événements importants, tels les conflits politiques dans l’élite des cercles militaires.

Je n’ai pas prêté volontairement beaucoup d’attention aux autorités. La raison pour cela est assez simple, bien que ça puisse devenir facilement un sujet de discorde. Je sentais qu’en 32 ans, le pouvoir a donné sa version de l’histoire depuis si longtemps qu’elle s’est érigée en dogme. Le gouvernement de l’Ordre Nouveau avait communiqué si efficacement pour imposer sa vision de l’histoire. Maintenant, c’était à mon tour d’essayer, d’écouter et de comprendre ceux qui vivaient comme des ombres. Ils existaient mais pas en tant qu’entités. C’étaient des formes physiques mais ils n’étaient pas traités en tant qu’êtres humains. Pour moi, en tant que conteur, je voulais réécrire leur histoire, mais comme une œuvre de fiction.

C’est pourquoi j’ai voulu sonder les âmes et les esprits de personnes comme Dimas Suryo à Santiago, à la Havane, à Beijing, ainsi qu’à Paris. Je m’intéresse aux amitiés et trahisons qui existent dans chaque relation : romance et séparations ; bonheur et tristesse, tout ce qui constitue le quotidien de chaque famille, bien que cette vie particulière est loin de la vie d’une famille indonésienne normale.

A partir de 2005, chaque année, Tempo magazine a sorti une édition spéciale marquant le 30 septembre. Dans la première édition, sur les conseils de Goenawan Mohamad, nous avons inclus de long passages sur les ex prisonniers politiques et leur famille. L’équipe de journalistes, moi y compris, ont découvert les difficultés endurées par ces familles sous le règne de Suharto. De nouveau, ce que j’ai décrit dans le roman n’est rien en comparaison de ce qu’ils ont subi dans la réalité. Dès le début, j’avais décidé que Pulang ne devait pas être une sorte de pamphlet idéologique. Je n’avais pas la prétention de me joindre au débat politique. Pour moi, ce n’est pas le travail d’un romancier. Un romancier est un conteur, non un historien ou ni un politicien qui démonte la propagande. L’histoire se concentre sur les personnages. Je suis juste le medium.

Je sentais que je me devais d’apprendre sur ce trou noir qui a été dissimulé par l’Ordre Nouveau pendant 32 ans, sur toute la souffrance de ceux dont ’les voix ne peuvent pas être entendues’ et ’dont les corps ne peuvent pas être vus’, qui ne sont pas dans les dossiers de l’histoire. Comme l’avait bien dit en janvier dernier à Salihara, Bagus Takwin, un professeur de la faculté de psychologie à l’Université Indonesia, ce roman concerne ’ceux qui sont les oubliés de la nation Indonésie’.

Lintang et la nouvelle génération

Ces voix ’que l’on entend jamais’ devinrent l’objet des derniers travaux d’apprentissage du personnage de Lintang Utara quand elle décida d’aller en Indonésie. Lintang Utara, Segara Alam et Bimo Nugroho représentent la seconde génération dans ce roman ; une génération qui -comme Goenawan Mohamad l’a dit dans un texte sur Catatan Pinggir- ’veut changer l’Indonésie’ avec force et conscience. Les jeunes ’qui se sont emparés de l’histoire veulent une république différente, une république avec des libertés que leur père et leur mère n’ont jamais pu goûter.’

Rien n’est aussi agréable pour un écrivain lorsque l’intensité des personnages qu’il a façonnée, est comprise par les lecteurs. Pour moi, Lintang représente beaucoup de jeunes de sa génération, moi y compris, qui cherchent à savoir ce qu’est l’Indonésie.

Je me réfère toujours au poème de Jalaluddin Rumi, extrait des ’histoires fantastiques de la Perse’ : « connaissez vous un nom sans en connaître la nature ? Ou pouvez cueillir une rose d’un ’rosier’ ? (« have you ever known a name without a nature ? Or can you pick a rose from a ’rose’ ?). Ce verset me force à voir et à comprendre plus profondément tout ce qui m’entoure. Lintang connaît l’Indonésie, une part d’Indonésie à travers les récits de son père qui est devenu un personnage de son histoire. Ironiquement, il fait partie d’une histoire indonésienne qui n’a pas été écrite.

Pour cela, Lintang a besoin d’aller sur place en quête de ce chaînon manquant constituant une partie de son sang. Depuis son enfance, Lintang est habituée à cette vie mouvementée. Elle a appris pourquoi son père était à Paris : pas pour des études, ni en visite et ni pour travailler. Elle constatait que le restaurant où son père et ses amis gagnaient leur vie, faisait l’objet de menaces. Cependant, ce sont les seules éclaboussures et fragments qu’elle connaît. Sans commune mesure avec ce que vivent les familles de prisonniers en Indonésie. Par cette prise de conscience, Lintang fait face à son professeur et lui dit : « je pense que je ne vais pas me présenter en victime ».

En Indonésie, Lintang rencontre les enfants des amis de son père, Segara Alam, le fils de Hananto et Bimo Nugroho, le fils de Nugroho Dewantoro. En les côtoyant, Lintang se rend compte qu’elle partage les mêmes idées de ces activistes qui militent dans des mouvements voulant changer l’Indonésie.

Lintang réalise aussi qu’elle doit affronter une situation où elle doit se définir vis à vis de la constitution de l’Ordre Nouveau, quelque chose qu’elle a rarement expérimenté à Paris. Elle voit le musée Lubang Buaya, un symbole et les fondations du pouvoir de l’Ordre Nouveau. Elle rencontre le beau-père de Bimo, un général qui est marié à l’ex femme de Nugroho Dewantoro.

Dans une scène de dîner que j’ai longuement préparé, Lintang doit choisir si elle se dévoile et révèle l’histoire de sa famille devant la famille Priasmoro qui insulte ’ce restaurant de coco’. Le moment du dîner, pour une raison ou une autre, attire toujours mon attention parce que c’est le lieu -dans les familles occidentales et indonésiennes- de règlements de comptes. Le dîner familial, dans chaque culture, sert de prétexte pour afficher puissance ou faiblesse, couardise ou hypocrisie. J’aime ces moments là parce que la vérité finit souvent par éclater quand quelqu’un se sentant sous pression, a une réaction épidermique.

Le dîner chez les Priamsoro tourne à la catastrophe. Pourtant il révèle une vérité et devient source de fierté. Il donne à Lintang une définition de l’Indonésie et des Indonésiens. A Jakarta aussi, Lintang voit l’Indonésie telle qu’elle est. Elle voit les protestations journalières et la terreur que ses nouveaux amis affrontent, avant finalement d’assister aux émeutes de mai qui se terminent avec la démission du président Suharto. Cette période fut considérée plus tard comme la chute (en partie) du pouvoir de l’Ordre Nouveau.

Je ne vais pas me justifier sur ma volonté de rester optimiste après 1998, alors que le pays est toujours synonyme de gâchis. Cependant, l’épilogue du roman illustre mon optimisme. Lorsque Lintang entend le bruit des étudiants occupant le bâtiment du DPR, elle fait cette remarque, ’le bruit de ces étudiants semble si beau, beaucoup plus puissant qu’une composition de Ravel’.

C’est toujours ce que je ressens ; un espoir pour l’avenir de mon pays. Ce n’est pas du nationalisme, ni de l’amour aveugle mais le désir d’apporter ma pierre à l’édifice. L’utilisation du mot ’pulang’ (foyer) dans ce roman ne représente non seulement Dimas Suryo ou Lintang Utara, ainsi que tous ceux qui ne font pas partie des archives de l’histoire, il représente aussi chacun d’entre nous qui veut faire un pas, même le plus petit des pas, pour l’Indonésie.

Leila S. Chudori

Leila S. Chudori est une romancière et journaliste au Tempo magazine.

Sources : Inside Indonesia http://www.insideindonesia.org/weekly-articles/seeking-identity-seekin...

Traduit par Eric Colonna

Notes du traducteur

*Pulang : nom indonésien qui signifie chez soi, le foyer

* Pramoedya Ananta Toer : plus connu comme Pram, le plus grand écrivain indonésien. Emprisonné sous le pouvoir de l’Ordre Nouveau pour ses sympathies au PKI. Ses livres furent interdits, parfois brûlés et il n’a jamais été réhabilité. Il est mort en 2006 dans l’indifférence.

*Pasar Senen : un quartier au centre de Jakarta (Jakarta pusat) où se trouve une importante gare ferroviaire pour les trains ’bisnis’ et ’ekonomy’.

*Restaurant Indonesia : http://indonesiaparis.fr/

*l’île de Buru : se trouve dans l’archipel des Moluques (Célèbes). Beaucoup de prisonniers furent envoyés là-bas dont Pram qui en parle dans ses mémoires.

*Pak Sobron : l’auteure parle de Sobron aidit. Pak dans la langue indonésienne est le diminutif de ’Bapak’ qui est employé comme forme de politesse quand on s’adresse à un homme plus âgé. ’Ibu’ est employé pour les femmes.

*Abdurrahman Wahid : ou Gus Dur le 4ème président indonésien qui demeure, à ce jour, le président le plus populaire malgré son court mandat (1999-2000). Il fut débarqué par les élites et l’armée car jugé « trop progressiste ». bisnis


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