Sur l’efficacité de la manipulation
Toute l’efficacité de cette campagne a résidé dans la sophistication de son opérationnalisation. Hybride et diversifiée, elle a dissimulé ses finalités en exploitant habilement les incertitudes géopolitiques, les paradoxes footballistiques, les passions des fanatiques et les colères légitimes des militants anti racistes et anti fascistes du monde entier. Or ces flux contrastés se sont amplifiés jusqu’à l’enchevêtrement dans le contexte du mondial. Si bien que leur synchronisation a généré de puissantes ondes de choc qui ont orienté l’opinion publique mondiale vers le chemin le plus court (le vide cognitif) que trouve toujours la conscience collective humaine en contexte d’incertitudes et de chaos : trouver un bouc émissaire sur qui décharger les colères. Opportunément l’Albiceleste s’était présentée, durant ce mondial 2026, dans les habits sanctifiés de la brebis galeuse. Et logiquement, elle a été immolée sur l’autel de l’anti trumpisme.
Les ingénieurs du chaos ont ciblé les vécus émotionnels de millions de gens et, en les soumettant à des chocs informationnels qui mélangent peurs, colères, convictions politiques, ils ont ainsi altéré leurs processus cognitifs, jusqu’à influencer leurs comportements. Les méthodes d’intervention de cette manipulation sont analogues à la dynamique chaotique des fluides. C’est comme une reproduction, à l’échelle humaine, du mouvement brownien.
Mouvement qui permet de micromanipuler une particule en créant des chocs dans le voisinage de son environnement immédiat. Par une meilleure connaissance du psychisme humain, fruit des immenses banques de données (Big Data) collectées sur l’homme, les ingénieurs et physiciens du chaos du néolibéralisme totalitaire ont compris que chaque personne, quand elle subit des micro-événements (informations, rumeurs, peurs), entre dans un processus d’évidement cognitif et réagit de manière erratique à son environnement, en suivant la trajectoire du plus grand nombre. Or cette orientation globale qui semble aléatoire est en réalité dictée par l’impulsion des chocs reçus.
Comme l’a écrit Lucrèce, dans De rerum matura (De la nature des choses, Traduction A. Lefèvre, 1899), au 1er siècle avant J.- C : « Dans l’immensité sans bords qui s’ouvre de toutes parts, il n’est point de répit pour les corps qui s’effondrent dans le vide. C’est le mouvement sans fin qui les oriente sous le poids des chocs qui les lie ou les disjoint ».
Voilà l’immensité qui s’ouvre pour le néolibéralisme totalitaire, en cette première moitié du XXIème siècle, par le vide cognitif que créent dans notre conscience les nouvelles manipulations mises en place avec l’intelligence artificielle. Cette technique de manipulation est si efficace que nous pouvons contextualiser les enseignements de Giuliano Da Empoli (2019) et dire, au risque de déplaire à ceux qui se contentent des évidences et refusent de plonger dans les profondeurs occultées des faits : que tous ceux qui veulent, au temps de l’intelligence artificielle, résister aux techniques de manipulation du totalitarisme en cours de chargement (Ariane Bilheran, 2026) doivent, soit chercher à comprendre les fondements et les principes de la mécanique quantique, soit acquérir des compétences systémiques pour s’armer de culture critique (Bruno Lussato, Gérard Méssadie, 1986) et apprendre à relier conscience, militance et intelligence dans une résistance unifiée.
Sur le sens pédagogique de notre démarche
Par anticipation, mauvaise foi ou fanatisme, beaucoup ont pris notre démarche réflexive pour une posture partisane pro-Albiceleste. Et pourtant, il s’agit moins de condamner cette campagne que d’expliciter les mécanismes psychiques, les évidences factuelles et les ressorts émotionnels qu’elle a exploités. Et cela nous semble pédagogiquement bienveillant, puisque par-delà la coupe du monde, ils peuvent être réutilisés à des fins plus pernicieuses pour pourrir la vie des peuples.
Tout cela permet, à celui qui a un peu de sens éthique, d’admettre que ce qui s’est passé avec l’Argentine en 2026 est bien une campagne d’influence cognitive orientée. Et tout laisse croire qu’elle a été orchestrée par les Européens, les démocrates américains et le reste du monde qui, pour des raisons légitimes, ont la même haine envers Trump, et ont vu dans le Mondial une opportunité pour se venger sur ses proches alliés. Puisque, quoi qu’on dise de Trump, personne n’a le courage de l’attaquer de face, tout le monde prend des raccourcis. Et en ce sens, l’Argentine, comme bouc émissaire, ne devait pas gagner, puisque, par les liens de son président avec le président des États-Unis, cette victoire aurait été perçue comme celle du camp du mal.
Le monde ne s’est-il pas réjouit que l’Espagne (humaniste) ait pu triompher de l’Argentine (raciste), offrant ainsi une récupération politique méritée à son Premier Ministre, qui a été, du reste, le seul à s’opposer ouvertement à Trump ?
Donc il y a bien des enjeux qui ont dépassé le cadre du football, dans cette campagne déployée contre l’Argentine durant la CDM 2026. Les occulter revient à nier la partie du réel qui ne convient pas à note confort. Ce qui ne fait que prouver l’efficacité de cette manipulation, car, ses séquelles sont durables, elle nous conditionne à considérer les cas de perversion cognitive, que le néolibéralisme totalitaire met en place, comme des affabulations complotistes, une fois que ceux-ci rencontrent notre adhésion et confortent nos intérêts sur un domaine d’activité donné. Ce qui empêche tout consensus citoyen sur ce qui est pertinent et cohérent, ce qui empêche toute vision partagée pour fédérer, dans une internationale des peuples, une communauté d’intérêts et fortifier la résistance contre l’invasion du néolibéralisme dans le champ de notre conscience. Et c’est là toute l’intelligence des ingénieurs du chaos : ils conçoivent des attracteurs culturels qui confortent certaines de nos passions, enflamment nos colères et mettent en hibernation notre potentielle de pensée critique pour nous condamner à l’impuissance.
Manifestement, pour s’extraire de ce vide qu’implémentent les algorithmes du totalitarisme numérique dans la conscience des peuples, il faut un sursaut cognitif pour repenser la militance anti néolibérale et réarmer la culture comme arme de résistance. Le but est de réapproprier notre pleine conscience comme champ unifié de nos différents processus cognitifs (logique, valeurs et affects), sous contrôle de notre dignité. C’est là le sens de ce débat sur lequel nous reviendrons sous peu pour prouver combien la géométrie des données tipédantes, dont nous magnifions les axiomes dans nos tribunes, s’aligne sur cette exigence innovante de culture critique et cognition quantique.
