J’ai parcouru le Xinjiang pendant six semaines : voilà ce que j’ai vu

Arnaud Bertrand

Loin des clichés et des slogans

Arnaud Bertrand, 24 août 2026
Traduit par Tlaxcala
Il existe dans le monde des endroits dont tout le monde connaît le nom et sur lesquels chacun a une opinion, mais où presque personne n’est allé. Parfois, c’est pour des raisons positives (pensez au Bhoutan), parfois non.

Le Xinjiang appartient malheureusement à cette seconde catégorie : allez dans n’importe quel pays occidental et demandez au premier passant ce qu’il associe au Xinjiang ; sa réponse sera presque étrangement uniforme : camps de concentration, travail forcé et génocide.

J’ai assez voyagé dans ma vie pour avoir appris une chose : les opinions extrêmes — qu’elles soient positives ou négatives — sur des lieux lointains résistent rarement au contact avec la réalité du terrain. Et c’est d’autant plus vrai pour les endroits que peu de gens ont visités.

C’est logique : ce sont précisément les lieux où les affirmations les plus extravagantes rencontrent le moins de résistance, puisqu’il n’existe tout simplement pas de masse accumulée d’expériences ordinaires de première main pour leur opposer un démenti.

Je sais aussi, bien sûr, que l’Occident a une forte tendance à fabriquer des récits sur ses adversaires géopolitiques, comme la Chine.

Donc, lorsqu’on combine les deux — un endroit que presque aucun étranger ne visite et qui, de surcroît, se trouve en Chine — je m’attendais pleinement à un large fossé entre le récit dominant et ce que j’allais réellement découvrir. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que ce fossé soit aussi immense.

Avant de me rendre au Xinjiang, je m’étais fixé quelques exigences afin d’essayer de comprendre l’endroit aussi bien que possible :

Je voulais y passer beaucoup de temps — la région est si vaste qu’on ne peut même pas commencer à la comprendre si l’on n’y reste que quelques jours.

Je voulais en voir une grande partie, car je comprenais que la situation pouvait varier considérablement entre, par exemple, des villes prospères comme Urumqi et les campagnes profondes.

Je voulais voyager de manière entièrement libre, à mes propres conditions — pas, par exemple, dans le cadre d’un circuit guidé par le gouvernement chinois (comme le font une très grande proportion des rares étrangers qui visitent cet endroit, bien qu’ils n’y soient pas obligés).

Je voulais aller dans des lieux totalement hors des sentiers battus, où les touristes ne vont jamais.

Je voulais rencontrer et parler avec autant d’habitants que possible, issus des milieux les plus divers.

Avec ma femme et mes deux filles (âgées de 7 et 10 ans), nous avons donc décidé de louer un camping-car à Urumqi et de parcourir toute la province, du Nord au Sud, en dormant dans le véhicule, pendant cinq semaines. À la fin de ce périple, nous resterions dix jours supplémentaires à Urumqi ; pendant une semaine, nous inscririons nos filles à une colonie de vacances avec des enfants du cru (majoritairement ouïghours), tandis que nous, les parents, continuerions à découvrir Urumqi et tenterions de rencontrer des membres de l’intelligentsia locale.

Nous avons rempli chacune de ces conditions, et même davantage. Cinq semaines en camping-car ; près de 6 000 kilomètres parcourus ; le nord et le sud ; des villes, des chefs-lieux de district, des villages, des prairies, de hautes montagnes, des déserts ; et, au passage, des centaines de rencontres. Aucun guide, aucun accompagnateur, aucun itinéraire déposé auprès de qui que ce soit. Nous allions où bon nous semblait et nous arrêtions quand nous en avions envie.

De retour à Urumqi, nos deux filles ont passé une semaine dans une colonie de vacances à thème militaire organisée pour les enfants du cru (et, croyez-moi, il n’a pas été facile de les y inscrire !), tandis que nous — les parents — rencontrions un éventail fascinant de journalistes, de professeurs d’université, de fonctionnaires subalternes comme de hauts responsables, de personnes travaillant pour le fameux Bingtuan (le XPCC [Corps de production et de construction du Xinjiang, une organisation étatique paramilitaire et économique, NdT], qui est en quelque sorte un État dans l’État au Xinjiang), de travailleurs communautaires et d’hommes d’affaires.

Bref, nous avons vu énormément de choses du Xinjiang et de ses habitants, à notre manière, pendant une période suffisamment longue pour que je puisse aujourd’hui dire, je crois, quelque chose de significatif à son sujet — contrairement à la plupart de ceux qui ont écrit sur cet endroit.
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 https://faustotounsi.substack.com/p/jai-parcouru-le-xinjiang-pendant

COMMENTAIRES  

26/08/2026 10:54 par diogène

新, xīn signifie « nouveau »
疆, jiāng signifie « frontière »

Xinjiang signifie donc « nouvelle frontière », une formulation chère aux Étasuniens pour illustrer l’expansion de leur territoire vers la Californie au XIXème siècle. Mais bon, le seul point commun, c’est la "conquète de l’ouest".

Pour ce qui est des Ouïgours, étant donné que le Xinjiang est le plus gros producteur de gaz naturel de Chine, il n’y a rien d’étonnant à ce que de vieux séparatistes, nostalgiques de l’époque du Turkestan oriental, s’agitent. Ne seraient-ils pas manipulés et sponsorisés comme tant d’autres par la Kosher Mob ?
Ni les uns ni les autres ne sont à une contradiction près : business is business.

29/08/2026 10:54 par ivan Propez

La suite de l’article est une page introuvable. Problème de lien ?

29/08/2026 20:46 par sylvain

Bonjour
Quand je clique sur "lire la suite" je me retrouve avec une "page introuvable" sur un journal en ligne

30/08/2026 10:02 par Assimbonanga

Oui, il y a bien un problème. Je regrette amèrement de n’avoir pas recopié ce texte illico. J’ai repoussé l’action à plus tard et maintenant la page a disparu du blog de Fausto Giudice. Reste à savoir pourquoi. Raison technique, raison politique, raison mercantile ? Le texte réapparaîtra-t-il ?

30/08/2026 22:30 par Fausto Giudice

Oui, la raison est mercantile. L’auteur, Arnaud Bertrand, nous a interdit de publier des traductions de son article. On ne peut donc que le lire en anglais sur sa page substack, mais en payant. Business as usual. Désolé

30/08/2026 22:56 par Petronilla

La traduction (automatique) en français :

31/08/2026 19:32 par André LACROIX

L’article a été publié intégralement, avec l’aimable autorisation de son auteur Arnaud Bertrand, sur le site tibetdoc.org : tibetdoc.org/index.php/xinjiang/culture/900-voyage-au-xinjiang-apres-six-semaines-et-6-000-km-sur-les-routes-arnaud-bertrand-raconte-les-ouighours-kashgar-urumqi-le-taklamakan-et-la-vie-locale.

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