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L’affaire Pussy Riot et la médiocrité journalistique

Faire la une avec un titre me semble journalistiquement important. Et qui dit « important », dit connaissance du sujet et donc recherches en conséquences.

Or, moi, citoyen moyen, je lis en couverture d’un quotidien très connu, dans son édition du week-end : « Russie : Au goulag pour une chanson »...

L’affaire Pussy Riot et la médiocrité journalistique

Avertissements :

Avant toute chose, je tiens à mettre au clair certains de mes points de vue, afin de ne pas trop m’attirer les foudres de commentaires, de la part de gens qui me jugeraient sans connaître ma réelle position.

Loin de moi, l’envie ou l’idée de défendre Vladimir Poutine et son régime

Loin de moi l’affiliation à toute religion : je suis athée jusqu’au bout de mon squelette.

Loin de moi, l’idée d’accabler ces jeunes filles incarcérées.

Nous pouvons donc commencer ...


« Deux ans de goulag pour une chanson »

Faire la une avec un titre me semble journalistiquement important. Et qui dit « important », dit connaissance du sujet et donc recherches en conséquences.

Or, moi, citoyen moyen, je lis en couverture d’un quotidien très connu, dans son édition du week-end : « Russie : Au goulag pour une chanson ». Des dizaines d’autres journaux ont utilisé différentes variantes de ce même titre, depuis quelques jours.

Donc, Pussy Riot, vous avez dit ? Condamnées pour une chanson ? Allons donc voir la chanson, elle est disponible sur youtube en mille et une formes et versions (déjà , drôle de censure, non ?, si elle est toujours visible ! -> 1er bémol !).

Donc, on voit dans la vidéo qu’elles étaient 5. Et dans une prestation précédente contre le machisme (ha, elles avaient déjà agi avant ? -> 2ème bémol !), elles étaient 8 à chanter contre Poutine et son gouvernement.

Et seulement trois d’entre elles sont condamnées ? Les 2 ou 5 autres faisaient sans doute du play-back …

Pour en revenir à l’affaire précise, pourquoi donc ces trois là inculpées et pas les deux autres ? -> 3ème bémol !

Les trois jeunes femmes du groupe de punk russe Pussy Riot condamnées vendredi à deux ans de camp sont passées en quelques mois de l’anonymat à une célébrité internationale grâce à leur « prière anti-Poutine ».

Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch, et Maria Alekhina, quasiment inconnues jusqu’alors, ont été condamnées pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse » pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une « prière punk » dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de « chasser Poutine ».


Qui sont donc ces trois jeunes filles condamnées ?

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans

Membre également du groupe d’art contestataire Voïna (La guerre), comme son mari, Piotr Verzilov, Nadejda Tolokonnikova a participé à de nombreuses actions de ce groupe connu notamment pour avoir dessiné en 2011 un gigantesque phallus en face du siège du Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB) à Saint-Pétersbourg, deuxième ville de Russie.

En 2008, alors enceinte de neuf mois, Tolokonnikova a posé nue dans une position suggestive avec son mari dans un musée de Moscou pour protester contre l’élection de Dmitri Medvedev à la présidence russe, lors d’une performance intitulée « Naissance d’un ourson » (« Medved » veut dire « ours » en russe).

Brune aux yeux noirs, « très belle », selon ses admirateurs, Nadejda a participé à de nombreuses manifestations contre le régime de Vladimir Poutine ou en faveur des droits des homosexuels.

Dans sa dernière déclaration, elle a affirmé que l’action des Pussy Riot était « un art d’opposition, dans un contexte de répression des droits de l’homme et des libertés » en Russie.

Née à Norilsk (Grand Nord russe), cette étudiante à la faculté de philosophie de la prestigieuse université d’État de Moscou répète depuis son enfance qu’elle aime les « situations extrêmes ».

Sa fille de 4 ans, Héra, a été baptisée ainsi en l’honneur de la déesse grecque épouse de Zeus, pour que l’enfant puisse « se défendre contre ses ennemis » comme ce fut le cas dans la mythologie grecque, selon ses amis.

Maria Alekhina, 24 ans

Maria Alekhina, jeune femme mince aux cheveux châtain clair, est une militante écologiste active. Cette Moscovite s’est fait connaître à travers ses actions pour la défense du lac Baïkal (Sibérie), classé au patrimoine mondial par l’Unesco, et contre l’abattage de la forêt de Khimki, dans la banlieue de Moscou, pour construire une autoroute à péage reliant la capitale russe à Saint-Pétersbourg.

Se déclarant orthodoxe, elle écrit des poèmes et travaille en tant que bénévole dans un hôpital psychiatrique pour enfants à Moscou.

Dans sa dernière déclaration, Alekhina a critiqué le patriarche orthodoxe Kirill en le qualifiant « d’ancien collègue » de Vladimir Poutine, allusion aux liens que le futur patriarche aurait eu avec le KGB (où a servi Vladimir Poutine) à l’époque soviétique.

Étudiante à la Haute école de journalisme et de littérature de Moscou, elle élève seule son fils de cinq ans, Philippe.

Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans

Ekaterina Samoutsevitch, la plus âgée des trois prévenues, a fêté son 30ème anniversaire il y a quelques jours en détention préventive.

Diplômée de l’Institut de l’Énergie de Moscou, elle a travaillé comme informaticienne dans une entreprise du secteur militaire, notamment sur la mise au point de logiciels pour le sous-marin nucléaire Nerpa.

Mais elle a quitté cette société pour une école de photographie et de multimédia (2007-2009).

Avec sa meilleure amie Nadejda Tolokonnikova, Samoutsevitch, qui se considère comme une « peintre faisant de l’art politique », a participé à tous les coups d’éclat du groupe Voïna, jetant des cancrelats dans les locaux d’un tribunal à Moscou en 2010 et embrassant des policières dans le métro de la capitale l’année suivante.

Mais c’est quoi ce « Voina » ?

Ben oui, on peut lire que deux des trois jeunes filles en étaient membres très actives, et depuis plus de quatre ans de ce fameux Voina.

Voïna, un collectif affirmé dans l’opposition

Voïna est un groupe russe connu pour ses performances artistiques provocantes à vocation politique, créé en 2007 par Oleg Vorotnikov et Natalia Sokol, étudiants en philosophie à l’Université d’État de Moscou.

"Voina" , guerre en russe, est le nom d’un collectif d’artistes russes qui égratigne systématiquement le pouvoir et fait déjà l’objet d’une quinzaine de poursuites judiciaires.

En février 2011, les activistes Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaïev sont libérés sous caution (payée par l’artiste Banksy) après avoir passé quatre mois en détention suite à une manifestation anti-corruption.

Quelques unes de leurs actions

2008 : musée de Moscou :

Exhibitionnisme, et sexualité en lieu public et culturel, pour protester contre l’élection de Medvedev (medved veut dire ours en russe, et, face aux ours empaillés du musée, les couples ont posé en position « d’enculage », terme qu’ils assimilaient à l’élection, selon eux, truquée, de Medvedev ; leur "oeuvre" artistique s’appellait "naissance d’un ourson" ...

A noter que la belle Nadedja, à peine âgée de 18 ans à l’époque, était enceinte jusqu’aux yeux, absente de toute pudeur (ou réflexion ... quant à l’avenir de son bébé, en cas de répression envers papa et maman !).

Pour les petits coquins, et les gros cochons, qui veulent en voir plus ? : http://plucer.livejournal.com/55710.html

Dessiner un phallus géant juste en face du siège du KGB :

Simulacre de pendaison dans un supermarché

En hommage aux décembristes, certes, mais quel mauvais goût pour les familles faisant leurs course …

La moins grave,… et celle que j’aime le plus :

Et pourtant, c’est cet acte là qui enverra les deux membres phare de Voina en prison ...

Comment renverser une voiture de police :

Après le meilleur, le pire :

Comment voler un poulet dans un supermarché ...

Femmes sensibles s’abstenir …

Et bon appétit pour le pov gamin !!

http://www.upvideo.nl/Node.aspx?id=d0rk&vid=W5-ZG1cC70mkncV-vVHWRA

Des broutilles qui s’ajoutent

Comme lu plus haut, la gentille, tendre et douce Ekaterina Samoutsevitch, s’amuse à larguer des cancrelats dans un tribunal d Moscou en pleine activité, et à embrasser des policières dans le métro.

Et la « sage » ?

Maria Alekhina, sage ? Pleine de sagesse, c’est sur, car militante écologiste intelligente.

D’ailleurs je suis persuadé que son incarcération est plus due à son passé de militante écologiste, et notamment contre la destruction de la forêt de Khimki, aux côtés de Evgenia Chirikova, nommée prix Nobel de l’écologie, et qui, elle aussi, a goutté à l’arrestation (lire "Evgenia Chirikova, l’étoile verte de Russie"...)


Le coup d’éclat des Pussy Riot

Rappel des faits

Les paroles traduites sont ici : Paroles

Ce qui en ressort

Il y a manifestement blasphème et sacrilège. Essayez donc d’aller brancher vos amplis dans une église en France, et on verra si vous avez le temps d’entamer le premier couplet, avant de vous faire virer.

Il y a atteinte directe au chef de l’état, son nom est clairement cité, et les filles en appellent à la sainte vierge pour le mettre dehors. En France, je connais un gars qui s’est fait mettre au tribunal pour avoir brandi une pancarte affichant « casse-toi pov’ con » (citation, soit dit en passant, qui appartenait au chef de l’état).

Leur look m’interpelle également : sont-elles masquées ou … déguisées en préservatifs ? La deuxième version ne me surprendrait pas, vu leur actions passées,

Ce qui me dérange

Depuis une quinzaine de jours, on ne parle que des Pussy Riot, d’abord en garde à vue, puis condamnées à deux ans de camps de travail. Comme si ce n’était pas assez, on en rajoute une couche en annonçant que Kasparov, le célèbre joueur d’échec risque 5 ans de goulag pour avoir mordu un policier, lors de son arrestation, alors qu’il manifestait en soutien aux belles punkettes.

Il est clair que cette hyper-médiatisation n’est pas anodine, à l’heure où on est en train d’achever le régime Syrien, pour pouvoir aller s’attaquer ensuite à l’iranien. La position de soutien de la Russie envers ces deux pays n’est pas passée inaperçue, et agace les occidentaux, qui aimeraient qu’on les laisse décider et agir à leur guise, sans broncher, ni mot dire.

La Russie, dont nos médias parlaient une fois l’an, fait soudain la une de tous les journaux pour son atteinte aux droits de l’homme et aux libertés . Tout ça me fait penser à un coup médiatique pour diaboliser la Russie.

De plus, on peut lire que cette affaire a généré dans de nombreux pays, des comités de soutien aux Pussy Riot, et essentiellement en Europe, aux USA et en Israël. Incroyable, non ? Quelle coïncidence ! Justement ceux-là qui veulent la peau d’Hammadinedjad.. Mais, bon, vous avez raison, je vois le complot partout, même dans la musique punk …

Dernier point qui me gène, plus discret, mais socialement tout aussi important : la récupération de l’interjection « no pasaran ». Tout le monde connaît, je suppose, l’origine de ce cri de lutte, et tout ce qu’il représente, (petit rappel pour ceux qui ont un soupçon de doute ,,,l’appel de la passionaria).

Alors, oui, il est superbe le t-shirt bleu que portait Nadedja lors de son arrestation, oui, ça m’a fait apprécier cette jolie brunette, et oui, j’ai trouvé ce t-shirt sympa. Et c’est là que j’ai eu tort : je suis allé sur le net pour voir si on pouvait se procurer le même.

Et bien messieurs et dames, descendants de républicains espagnols, révoltez-vous, car désormais, le logo « no pasaran » est devenu un soutien aux Pussy Riot ; oui, oui, je vous jure ! Incroyable, mais vrai ! De là à ce que d’ici quelques années, tout le monde ait oublié la pasionaria, la CNT, et la guerre d’Espagne, j’ai bien peur qu’il n’y ait qu’un petit pas, franchi d’abord par les plus jeunes, victimes de cette « déviation » d’un message culte, puis ces jeunes vieilliront, et deviendront les « anciens », porteurs de leurs souvenirs de jeunesse, et pas de ceux de leurs ancêtres...


En guise de conclusion

Nous avons pu constater que Voina n’étaient que des exhibitionnistes, provocateurs et vulgaires (même si dans le fond, je ne suis pas contre leur mouvement).

Nous avons pu constater aussi que les 3 Pussy Riot sont des provocatrices multirécidivistes (même si dans le fond, je les trouve géniales, en fait).

On pourrait aussi constater que si Gary Kasparov est condamné, ce ne sera pas pour morsure, mais plutôt parce qu’il est un farouche activiste, opposant au régime de Poutine depuis des années.

Vous me direz : on a le doit d’être opposant sans risquer la prison. Et vous aurez tout à fait raison. Mais dans ce cas, je vous rappellerais, que, il n’y a pas si longtemps, dans certains pays d’Amérique du sud, des gouvernements, amis de l’Europe et des états-unis (voire mis en place par eux-mêmes), ne perdaient pas de temps en justice envers leurs opposants.

Et pour en revenir à la médiocrité médiatique occidentale dans l’affaire des jeunes russes :

« Non », par pitié, messieurs les journaleux, n’affichez pas en titre « Au goulag pour une chanson », même si ça fait lire, même si ça fait vendre, car même si leur inculpation est un fait regrettable, les raisons réelles de cette peine vont bien plus loin que ce concert prémédité dans une basilique !

Amis journalistes, vous êtes payés pour informer, et vous ne faites que relater des faits ; ce sont les citoyens blogueurs qui doivent (bénévolement) rechercher les informations à votre place.

Ha ! Mais, c’est vrai ! Oui, pardon … j’avais oublié ce fameux restaurant nommé « le siècle »...

L’article chez lui (vidéos, images,liens, et mise en page optimisées) : http://forget.e-monsite.com/pages/content/a-publier/l-affaire-pussy-riot-et-la-mediocrite-journalistique.html

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