L’Union Européenne sanctionne arbitrairement 6 Européens pour délit d’opinion

Fondation GIPRI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Geneva, 18 March 2026 – Le 26 février 2026, l’Institut International de Recherche sur la Paix de Genève (GIPRI) a écrit à la Présidence du Conseil de l’Union Européenne (CEU) pour protester contre ses décisions de sanctionner six ressortissants européens que la CEU accuse d’être des “propagandistes pro-Kremlin et anti-ukrainiens ». Il s’agit du colonel de l’armée suisse à la retraite et analyste géopolitique Jacques Baud ; de la militante anticolonialiste suisse Nathalie Yamb ; de l’homme d’affaires franco-russe et analyste géopolitique Xavier Moreau ; et des journalistes allemands Huseyin Dogru, Alina Lipp et Thomas Röper.

Ils sont accusés « de mettre en œuvre, de soutenir ou de bénéficier d’actions ou de politiques du gouvernement de la Fédération de Russie qui sapent ou menacent la démocratie, l’État de droit, la stabilité ou la sécurité dans l’Union” sur la base de leurs opinions “pro-russes” présumées ou imputées, considérées par l’UE comme “déstabilisatrices” !

Ils sont punis pour avoir publié les analyses critiques de la guerre en Ukraine, de ses causes et de ses conséquences ; des politiques occidentale et russe dans ce conflit ; du génocide à Gaza, ainsi que d’autres questions de politique nationale ou internationale touchant à des questions aussi importantes que la guerre et la paix. Les opinions exprimées par ces personnes ou qui leur sont attribuées sont considérées comme « pro-russes » par le CEU parce qu’elles auraient coïncidé avec des positions ou des politiques de la Fédération de Russie. Que ces personnes aient pu former leurs opinions de bonne foi, sur la base de leurs recherches et de leur jugement, et non en tant qu’agents de Moscou, ne semble pas effleurer le CEU. Le GIPRI considère que punir quelqu’un parce que ses opinions présumées ou imputées coïncident ici ou là avec celles d’un État considéré comme hostile est une violation flagrante et grotesque du droit à la liberté d’opinion et de conviction.

Les sanctions à l’encontre de ces personnes consistent en “gels de leurs avoirs et interdictions de voyager”. Pratiquement, elles leur interdisent d’accéder à leurs comptes bancaires, les privant ainsi que leurs familles, des ressources nécessaires à leur subsistance. Elles ne peuvent pas recevoir salaire, retraite ou émoluments pour leur travail, ne peuvent pas acheter à manger ou boire, payer leur loyer, leurs factures ou leurs soins médicaux. Ces sanctions les condamnent à une mort sociale et économique qui minent leur droit à l’existence. Toute personne qui les aide financièrement peut encourir des peines jusqu’à 5 ans de prison.

Ces personnes sont punies pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’opinion, d’expression, de recherche et d’information. Ces droits constituent le socle du droit européen et international des droits de l’homme et sont protégés, entre autres, par la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), la Charte des droits fondamentaux de l’UE (CDFEU), la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Ils sont également au cœur des “objectifs et valeurs fondamentales » de l’UE.

Ces sanctions sont politiques, arbitraires et extrajudiciaires. Elles sont décrétées en dehors de toute procédure et violent les principes d’une procédure régulière, en particulier les droits à la présomption d’innocence, le droit de se défendre contre des accusations proférées contre soi, et le droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant. Elles violent également le droit à la non-discrimination pour ses opinions et constituent une atteinte, possiblement diffamatoire, à la réputation des personnes sanctionnées. Privés de leurs ressources, ces personnes sont en outre incapables d’engager des avocats pour se défendre.

Et cependant, dans un tour de pensée orwellien, la CEU déclare que ces « sanctions ne sont pas punitives et visent plutôt à apporter un changement dans la politique ou la conduite des personnes ciblées, en vue de promouvoir les objectifs de la Politique étrangère et de sécurité commune de l’UE.” Vous avez bien lu : ces personnes sont punies pour les forcer à changer d’opinion et promouvoir la politique étrangère de l’UE, qui a reçu le prix Nobel de la paix mais promeut aujourd’hui la guerre contre la Russie et soutient le génocide à Gaza.

Ces sanctions sont injustes, liberticides et disproportionnée. Même les criminels emprisonnés sont mieux traités.

Elles sont de très mauvais augure pour les citoyens européens : elles préfigurent le sort qui peut être réservé à quiconque exprime des opinions qui diffèrent ou contredisent celles de l’UE. L’expression pacifique d’opinions ou d’analyses politiques ne sauraient constituer un crime tant qu’elles n’incitent pas à la haine ou à la violence. Nous mettons la CEU au défi de prouver que les personnes qu’elle a sanctionnées ont incité à la violence ou à la haine contre quiconque, ou ont contribué à saper la paix, la démocratie, l’État de droit et les droits de l’homme en Europe.

La liberté d’opinion est un droit humain fondamental. Par ces sanctions l’UE réinstitue en Europe le délit d’option que l’on croyait avoir enterré en 1945.

Le GIPRI exhorte la CEU à annuler ces décisions et à rétablir les droits de ces personnes conformément au droit européen et international. Nous exhortons également le Parlement européen à rappeler à la CEU ses obligations de protéger les droits à la liberté d’opinion, d’expression, d’information et de circulation de ces personnes, ingrédients essentiels à un Etat de droit juste et à tout processus démocratique sain, garantissant dignité, justice et paix.

Fondation GIPRI
Institut International de Recherches pour la Paix à Genève

COMMENTAIRES  

18/03/2026 18:51 par xav

Merci LGS

Toute cette censure passe niquel crème pour une très grande partie de la gauche et de ses officines. Leur indignation à géométrie variable leur fera perdre le peu de soutien populaire qu’il leur reste.

18/03/2026 20:08 par D. Vanhove

Excellente initiative du GIPRI

au stade de mort avancée de nos ’démocraties’, je pense qu’il faut en effet que des organisations qui ont un certain poids interpellent les huiles qui ne tiennent plus compte des voix citoyennes

18/03/2026 21:03 par lou lou la pétroleuse

On peut signer quelque part ?

20/03/2026 15:08 par Vincent

S’il n’y avait que ces 6 là !
Il faut regarder plus large, et mieux distinguer ce qui se profile :
(avec l’aide de Gemini, liste non exhaustive)

Au Royaume Uni :
Plus de 2700 personnes arrêtées lors de manifs pro-palestiniennes.
254 personnes inculpées pour terrorisme, notamment pour soutien à Palestine Action.
Août 2025 : 466 arrestations en 1 seule journée à Londres pour "soutien à une organisation interdite".

En Allemagne :
Censure et diffamation (175 cas) : Annulations de conférences, retrait de prix culturels, ou accusations publiques d’antisémitisme basées sur la seule critique de la politique israélienne.
Interventions policières et arrestations (154 cas) : Usage de la force en manifestation, gardes à vue pour port du Keffieh ou usage de slogans comme "From the river to the sea".
Répercussions professionnelles et financières (137 cas) : Licenciements, suspensions de professeurs ou d’étudiants, et fermetures de comptes bancaires d’associations de solidarité.
Restrictions administratives : Interdictions de territoire (Schengen) pour des intellectuels ou médecins (ex : cas du Dr Abu Sitta) et menaces sur le statut de résidence pour les non-citoyens.
Perquisitions domiciliaires : Des dizaines de raids ont été menés pour des publications sur les réseaux sociaux. En novembre 2023, 15 propriétés ont été visées simultanément.

En France :
En France, l’outil privilégié est la procédure pour apologie du terrorisme, qui permet des gardes à vue rapides.
Enquêtes ouvertes : Plus de 600 enquêtes pour "apologie du terrorisme" ont été ouvertes par le parquet de Paris depuis le 7 octobre 2023.
Profils visés : Ces procédures ne touchent pas que des militants de rue, mais aussi des élus (Mathilde Panot, Danièle Obono), des syndicalistes (secrétaire de l’UD-CGT 59) et des universitaires.
Condamnations : Environ 65 % des personnes mises en cause pour des infractions liées au terrorisme le sont pour "apologie ou provocation" (discours), et non pour des projets d’actes violents.

Il est important de noter que ces chiffres ne sont pas des "statistiques policières globales" (souvent opaques), mais des cas vérifiés par des juristes, ce qui signifie que le nombre réel est probablement bien plus élevé.

Bref : Nous c’est "le monde libre" : Un endroit privilégié où, que vous le vouliez ou non, 2+2=5.
Mais bon : de quoi se plaindrait-on ? Combien était-on à gueuler quand ils ont voulu nous imposer un (p.tain de) QR-code pour boire un café, aller au restau ou prendre le train ?
Et puis après tout on va quand même pas risquer de prendre des coups de matraque ou de se faire défigurer à coups de LBD à bout-portant, hein ?
Continuons donc de la fermer, et voyons où ça nous mène.
La résistance ça va si bien aux autres, après tout.

23/03/2026 18:47 par Aquarius15

Quelle est la base juridique de tout cela et particulièrement de la sanction de 5 ans d’emprisonnement encourue par toute personne qui les aiderait ? Depuis quand l’UE a des compétences en matière de délits de droit commun pour condamner à des peines de prison ? Avec quelle instance et dans quel établissement pénitentiaire ?

Ces sanctions sont politiques, arbitraires et extrajudiciaires. Elles sont décrétées en dehors de toute procédure et violent les principes d’une procédure régulière

Ha, les fameuses ’valeurs de l’UE’ vantées par VDL, Macron, Starmer, Merz, Kallas...
Méfiance de mise car certains seraient des rejetons de SS (VDL et Kallas a minima), ils savent bien qu’un camp se construit bien plus vite que le consensus populaire.

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