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VENEZUELA : pratique de la démocratie

La Commune est la base de tout État

Ximena GONZALEZ BROQUEN

Au Venezuela, lorsque nous nous rappelons la répression de la Commune de Paris — cette « semaine sanglante » de mai 1871 —, nous ne le faisons pas comme quelqu’un qui écoute un écho lointain ou qui récite une leçon d’histoire poussiéreuse, mais parce que sa signification continue de nous interpeller.

La Commune dura à peine 72 jours, du 18 mars au 28 mai, mais dans cet infime laps de temps, le peuple de Paris démontra qu’il est possible d’organiser le pouvoir par en bas, avec la commune comme cellule fondamentale de l’État. La réaction du gouvernement en place, celui de Thiers, fut féroce : fusillades massives, bombardements d’une ville ouverte, emprisonnement et déportation de dizaines de milliers de personnes. Face à tant de barbarie, les mots de Victor Hugo résonnent comme une vérité éternelle : « Le cadavre est à terre, et l’idée est debout. » Cette idée de Commune — la même que le Comité central de la Commune proclama dans l’une de ses premières déclarations — est toujours vivante aujourd’hui, et au Venezuela elle s’est transformée en pratique quotidienne de libération.

La semaine sanglante : héroïsme et massacre

Durant ces derniers jours de mai 1871, ceux de la semaine sanglante que nous commémorons aujourd’hui, les membres de la Commune résistèrent de manière héroïque, quoique désordonnée, district par district, rue par rue, barricade après barricade, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à ce 28 mai où tomba la dernière barricade de la Commune. Les membres de la Commune qui ne furent pas fusillés pendant ces journées de répression sanglante furent entassés comme des animaux dans les parcs et les gares — où la bonne société parisienne venait les voir comme dans un zoo — pour ensuite être exécutés et déportés en masse.

L’histoire que le gouvernement de Thiers a construite pour tenter de détruire la puissance transformatrice de la Commune fut celle d’un mouvement mené par des incendiaires, des alcooliques, des dégénérés sexuels et des femmes « dénaturées ». Afin de justifier et d’assurer la répression, le gouvernement de Thiers invente de nombreux « mythes » sur les communards, les transformant et les prescrivant à des assassins, des ivrognes, des voleurs et des bandits, utilisant la presse comme vecteur de haine et de peur, faisant circuler des photomontages montrant de pseudo-exécutions commises par eux et les présentant comme cruels et violents. L’un des mythes les plus frappants fut l’invention de la légende des pétroleuses pour qualifier les communardes, décrites comme des furies libérant du pétrole enflammé depuis les sous-sols afin de tuer ou mutiler les gens. Ce mythe fit que, durant la répression de la Commune et dans les semaines qui suivirent, toute femme « mal habillée » ou portant un pot à lait ou une bouteille vide était accusée d’être une pétroleuse, traînée, mise en pièces, abandonnée contre le mur le plus proche.

« La Commune est la base de tout État politique »

Mais au-delà de l’horreur du massacre, ce qui importe aujourd’hui dans le souvenir de la Commune de Paris, c’est la puissance de sa proclamation centrale, celle que son Comité central rend publique dans ses premières déclarations : « La Commune est la base de tout État politique ». Il ne s’agissait pas d’une réforme cosmétique, mais d’une refondation complète : l’État devait être construit par en bas, de la cellule de la commune jusqu’aux confédérations de communes, et ce n’est qu’ainsi que l’on pouvait parler de véritable souveraineté populaire.

Cette idée reste aussi radicale aujourd’hui qu’elle le fut alors.

Car elle porte l’idée-force d’une réorganisation de l’État à partir du territoire de vie, où la commune, comme autogouvernement populaire, constitue la cellule organique de l’édifice étatique. Elle est à la fois la base et l’horizon de sens à partir de quoi et pour lesquels l’État se déploie. Car la Commune de Paris, en tant que revendication de démocratie directe, exigea bien plus que la transparence, bien plus que la participation : elle mit en pratique le contrôle réel et direct, le pouvoir de s’auto-administrer et de s’autogouverner en commun.

Une révolution spontanée, un peuple sujet de son histoire

Le 18 mars 1871, qui donna naissance à la Commune, les Parisiennes et les Parisiens prirent, de manière spontanée, le contrôle direct de leur ville. Aucune organisation ne prépare cette révolution : ni le Comité central, ni la Garde nationale, ni l’Internationale. Les membres du gouvernement s’enfuirent à Versailles. Quel fut le sujet de la Commune ? La Commune de Paris fut une révolution menée par le peuple auto-organisé. Ce fut l’action de nombreuses personnes qui, ensemble et sans protagonistes individualistes, surent constituer, en un laps de temps minuscule, une véritable communauté révolutionnaire, c’est-à-dire, une commune.

Donner le pouvoir au peuple : les premières mesures

La première action de la Commune donna le ton : le Comité central de la Garde nationale, qui venait de prendre le pouvoir, entendait le remettre aux Parisiennes et aux Parisiens le plus rapidement possible. Sa première mesure, le lendemain — le 19 mars —, fut de convoquer des élections libres pour donner au peuple l’exercice réel et concret de sa souveraineté tout juste reconquise : « Le peuple a le droit de se convoquer lui-même. C’est un droit inaliénable. » Les actions du Comité dans les jours précédents furent rapides et décisives : il envoya des délégués s’emparer des ministères et des services publics, décréta la suppression de l’état de siège, l’abolition des conseils de guerre et l’amnistie pour tous les crimes et délits politiques. Il suspendit la vente des objets mis en gage, interdit aux propriétaires d’expulser leurs locataires, respecta la liberté d’une presse qui l’attaquait, et réorganisa la carte électorale sur la base d’un système proportionnel. Le 26 mars, ces élections eurent lieu et, le lendemain, le Comité central chargé de ses pouvoirs à la Commune, qui fut proclamée au nom du peuple et constitué par les délégués élus dans chaque circonscription.

Paris ne veut pas régner, mais être libre

Ce même 26 mars, la dernière déclaration du Comité fut plus que claire sur ses intentions révolutionnaires : « Citoyen, Paris ne veut pas régner, mais veut être libre ; il n’ambitionne d’autre dictature que celle de l’exemple, il ne prétend ni imposer ni abdiquer sa volonté ; il n’aspire pas à lancer des décrets, ni à supporter des plébiscites ; il démontre le mouvement en marchant, et prépare la liberté des autres en fondant la sienne propre. Il ne pousse personne à entrer violemment par la voie de la République ; il se contente d’y entrer le premier. »

La longue histoire de la commune, de l’Europe à l’Amérique

Après ce rappel, une question inévitable surgit : quel héritage nous laisse la Commune de Paris ?

Avant tout, il est important de se souvenir que le mot « commune » a une longue histoire en Europe, où il fut employé dès le Moyen Âge pour désigner des territoires autonomes et auto-administrés — c’est-à-dire libres de tout seigneur féodal —, ainsi que, par extension, pour faire référence aux terres communales d’usage collectif des villages paysans (les fameux « biens communs » du Moyen Âge européen), jusqu’à désigner une simple unité administrative de découpage territorial, comme c’est le cas aujourd’hui en France.

Et pour ne pas tomber dans une vision eurocentrée, il est également nécessaire de rappeler qu’ici même, au Venezuela, eut lieu une rébellion de Communeros en 1781, un siècle avant la Commune de Paris. Et que nos communes s’enracinent profondément dans les micro-Etats construits par nos peuples indigènes et par tous les ex-esclavisés, marronnes et marrons, qui reconstruisaient de nouvelles formes de sociétés au plus profond des montagnes. L’idéal de la commune — l’organisation de la vie en commune, avec des terres d’usage collectif et des décisions prises en assemblée — était déjà présent dans les formes de vie de nos peuples originaires, bien avant l’arrivée des Européens. Que nous enseigne cela ? Que la Commune de Paris ne doit pas être élevée au rang de modèle universel ni considérée comme l’unique origine légitime de la tradition communale. Chaque peuple, à partir de ses propres mémoires et pratiques, a développé des formes d’autogouvernement qui méritent d’être valorisées dans leur spécificité.

La Commune contre l’État bourgeois colonial

Quoi qu’il en soit, si aujourd’hui la Commune de Paris fait écho en nous, et particulièrement ici au Venezuela, c’est parce que sa force la plus profonde résida dans la remise en question, par la praxis, de l’institution centrale de la modernité coloniale, raciste, de classe et patriarcale : l’État bourgeois. La Commune de Paris s’est dressée fermement à partir de l’idée d’un pouvoir d’État qui doit se structurer de bas en haut, c’est-à-dire depuis la cellule de la commune jusqu’aux organes principaux de l’État, en visant la construction d’une « république de villes communales ».
Du territoire au pouvoir : l’expérience vénézuélienne

Cet héritage — celui d’un pouvoir qui naît des territoires et s’élève pour devenir une institution au service des communautés — est celui qui, aujourd’hui, se construit au Venezuela de manière plus profonde et systématique. L’expérience vénézuélienne des deux dernières décennies a démontré que la commune n’est ni une nostalgie du passé ni une copie de modèles étrangers, mais une nécessité politique du présent. Lorsque le peuple vénézuélien, à travers le pouvoir constituant de 1999, a décidé de refonder la République, il ne le fit pas pour changer le nom des institutions, mais pour transformer la base même du pouvoir, et ainsi modifier l’horizon de sens de ce que signifie le pouvoir, la démocratie et l’État.

Ce processus n’a pas été linéaire ni exempt de contradictions, mais ses fruits sont tangibles. La Loi organique des communes, le Plan des 7 Transformations (7T) — discuté dans des dizaines de milliers d’assemblées populaires — et les successives Consultations populaires nationales ont donné corps à ce que le commandant Hugo Chávez a appelé l’État communal. En quoi consiste-t-il ? En une nouvelle architecture du pouvoir où la souveraineté ne réside ni dans un parlement lointain ni dans un exécutif central, mais dans la capacité des communautés organisées à s’autogouverner, à décider de leurs ressources, de leur territoire, de leur économie, de leur vie quotidienne.

Conseils communaux et consultations populaires

Aujourd’hui, 28 mai 2026, ce projet continue d’avancer. Plus de quarante-sept mille conseils communaux sont actifs sur l’ensemble du territoire national. Les Consultations populaires, qui en 2025 ont atteint une participation massive, se sont approfondies en 2026. Une deuxième Consultation populaire nationale de 2026 est déjà convoquée pour le 12 juillet prochain. À cette occasion, pour la première fois, seront intégrés les conseils de copropriété (120 000 dans tout le pays) et les associations de voisins (15 000), élargissant encore davantage la base du pouvoir populaire. Chaque assemblée communale est une école de souveraineté : on y débat, on y fixe les priorités, on y exécute et on y contrôle.

Dans ce faire quotidien se pratique la coresponsabilité, entendue non comme un principe moral abstrait, mais comme une éthique du faire commun : la certitude que le commun se construit ensemble, pas à pas, conflit après conflit, consensus après consensus.

Là, on résiste, et surtout, on réexiste.

Là se trouve notre offensive la plus profonde contre l’impérialisme, qui a déployé une guerre à multiples fronts contre le Venezuela : bombardement du 3 janvier, enlèvement de notre président constitutionnel Nicolás Maduro et de notre première combattante Cilia Flores ; blocus économique, sanctions criminelles, menaces militaires, guerre juridique et, surtout, une guerre cognitive permanente. L’attaque constante contre les capacités productives du pays et la tentative de nous dépouiller de nos richesses naturelles — pétrole, gaz, minéraux stratégiques, eau, biodiversité — constituant la sève qui alimente cette machine de destruction.

Criminalisation, pétroleuses et guerre cognitive

À cela s’ajoute, comme une ligne constante et non comme un fait isolé, une campagne de criminalisation persistante et historique, qui cherche à présenter le Venezuela comme un « narco-État » et ses dirigeants comme des narcotrafiquants, et qui prétend bestialiser nos dirigeantes, notre présidente par intérim. Les laboratoires de guerre cognitive du Nord actualisent sans cesse la même logique qui, en 1871, inventa la légende des « pétroleuses » pour déshumaniser les communardes de Paris : ils sèment le doute sur la loyauté de notre direction, sur l’unité du mouvement populaire, exacerbent des différences légitimes pour les transformer en fractures, et surtout, tentent de voler au peuple sa mémoire vivante. Ils cherchent à nous faire oublier qu’ici, au Venezuela, nous avons préservé et soutenu le fil constitutionnel, malgré le bombardement et l’enlèvement qui prétendaient dissoudre nos corps et nos structures de gouvernement ; nous avons maintenu et renforcé notre union, celle du pouvoir constitué et du pouvoir constituant. Chacune et chacun assumant son espace et son territoire de pouvoir, au milieu du champ de bataille, avec ses stratégies, ses propres silences et ses forces.

La mémoire vivante comme arme de résistance

Cette mémoire — qui ne se conserve pas dans les musées mais bat dans les corps et se transmet dans les pratiques quotidiennes — nous permet de reconnaître le schéma : le même qui voulait entrer dans la Commune sous le ciment d’une basilique, le même qui dissout le corps de Lumumba dans l’acide. Face à cette logique d’anéantissement, la mémoire vivante est une arme de résistance. C’est pourquoi, au Venezuela, on a compris que la mémoire n’est pas un ornement culturel, mais un outil stratégique de lutte. Cette archive vivante des résistances nous enseigne que nos ancêtres originaires, africains et paysans, trouvèrent des moyens de préserver l’essentiel, même dans les conditions les plus adverses. Cette sagesse se met aujourd’hui à jour dans la capacité des communes vénézuéliennes à s’adapter, à déjouer le blocus avec créativité, à maintenir vivante la production et le soin collectif malgré tout. À savoir comprendre, ressentir, penser les silences de nos dirigeants non comme des absences, mais comme une ingénierie de réélaboration politique, des espaces de manœuvre pour soutenir notre horizon révolutionnaire. Ensemble, hommes et femmes, en union.

La souveraineté comme pratique

En comprenant, comme l’avaient compris les communards de Paris, que la souveraineté ne peut être réduite à un attribut statique de l’État-nation. En rappelant que la souveraineté est une pratique, un faire constant qui embrasse de multiples dimensions : elle implique de maintenir vivant le corps-territoire collectif, la défense de la terre, de l’eau, des ressources stratégiques face au pillage impérial. Elle suppose aussi la capacité de se raconter soi-même avec ses propres mots, de construire une pensée propre depuis les assemblées populaires, les médias communautaires, les écoles de formation politique. Elle inclut le droit de réclamer l’histoire niée, de tresser des futurs de libération à partir d’un passé-présent de luttes.

Deux siècles après le Congrès de Panama

En cette année 2026, à l’occasion des célèbres deux cents ans du Congrès amphictyonique de Panama, Simón Bolívar a convoqué avec le rêve de réunir les nations tout juste libérées en un seul corps politique. Bolívar avertissait alors que, si nous ne nous unissons pas, les puissances européennes et l’émergence de la puissance nord-américaine nous domineraient séparément. Aujourd’hui, cette prophétie se réalise avec une cruauté accumulée. Dans tout le continent, l’offensive impérialiste à pris des visages sanglants : le renforcement du blocus contre Cuba, le coup d’État permanent contre la Bolivie, l’avancée de gouvernements d’extrême droite et fascistes qui livrent les ressources nationales et répriment leurs peuples. Face à cela, l’idée bolivarienne d’unité nous convoque aujourd’hui avec plus de force que jamais. Bolívar nous convoque toujours. Car la seule manière de résister est de tisser un front commun, un réseau d’alliances et d’unité entre les peuples du Sud, une unité qui n’est pas optionnelle mais condition urgente de survie, aujourd’hui plus que jamais.

Faire commune : une paix constituante

Parce qu’au centre de toutes ces dimensions se trouve la construction de la communauté comme pratique d’une paix constituante. Non pas la paix du silence, des accords d’élite, de la soumission à l’ordre établi. Mais la paix qui se forge dans le conflit assumé avec l’éthique, dans la dispute pour le sens du commun, dans la construction quotidienne d’un pouvoir qui ne se délègue pas mais s’exerce. Cette paix est, ni plus ni moins, le déploiement du pouvoir populaire constituant dans chaque recoin du territoire vénézuélien. Se souvenir qu’il se trouve là, dans les territoires, notre armée populaire de réserve : ces millions de femmes et d’hommes organisés que nous sommes et qui défendons ce qui ne peut être cédé : la terre — source de toute richesse et de tout travail vivant —, la mémoire et l’espérance. L’amour révolutionnaire. Et comme si le temps se répondait sur lui-même, souvenons-nous encore une fois des mots de Victor Hugo : le cadavre de la Commune de Paris est resté à terre, mais son idée est conservée debout.

La Commune comme horizon non négociable

Aujourd’hui, jour de commémoration et d’hommage aux communards et communardes de Paris tombés au combat, déportés et assassinés, depuis le Venezuela nous réaffirmons qu’il n’est pas question de négocier avec cet horizon de sens qu’est la commune. Ce n’est ni un objectif lointain ni un slogan de campagne. C’est l’horizon pour lequel on lutte à chaque instant, au jour le jour, malgré les défaites, malgré les humiliations, malgré l’acharnement permanent de l’empire et de ses laquais locaux. La dignité du peuple vénézuélien ne réside en rien d’autre que dans cette force d’aller de l’avant, dans cette capacité à se mobiliser encore et encore, à comprendre que les stratégies de défense de la vie ne peuvent être statiques. Qu’il ne s’agit pas d’un plan figé ni d’une simple séquence de faits prévisibles, mais de la force mouvante du pouvoir populaire organisé dans le champ de quotidien, celui qui a appris que le pouvoir n’est pas un lieu que l’on prend — comme s’il suffisait de prendre d’assaut un palais pour changer le monde — mais un territoire qui se construit, brique après brique, assemblée après assemblée, à partir du devenir de ce qui advient. La commune n’est pas un ornement ni une concession : elle est l’essence même d’un peuple qui a décidé d’être sujet de sa propre histoire, une élaboration politique constante, vivante, qui ne négocie pas ses horizons de sens.

Le pouvoir populaire au milieu de la guerre des récits

La commune vénézuélienne sait que la loyauté est celle envers la véritable vie du peuple et la possibilité de continuer à lutter. Et elle sait aussi que la véritable tragédie serait de permettre qu’un récit empoisonné, fabriqué dans les laboratoires de guerre cognitive du Nord, divise et paralyse celles et ceux qui construisent un monde nouveau. Au milieu de la guerre des récits qui prétendent installer des matrices de trahison — accusations de vendre la patrie, de déviation de la voie, de capitulation devant l’empire —, il est nécessaire alors d’apprendre à écouter les silences. Car tout ne se dit pas dans les déclarations officielles ni dans les communiqués de presse.

Dans les silences des communautés organisées, dans les pauses des assemblées où l’on pèse une décision difficile, dans l’écoute attentive des savoirs ancestraux qui n’ont pas besoin de crier pour être efficaces, là se forgent les stratégies les plus profondes.
Commune ou rien

La Commune de Paris, aujourd’hui, en ce jour de souvenir douloureux de sa sanglante répression, en définitive, nous appelle à nous repenser, à la lumière de ses réussites et de ses erreurs, dans la création de communes et la confédération de villes communales, idées lancées par notre commandant Chavez et qui sont en train de se construire, de se matérialiser, pas à pas, conseil communal par conseil communal, commune par commune, ici, au Venezuela. Marx disait de la Commune : « Ce fut la première révolution dans laquelle la classe ouvrière (que l’on peut étendre au pouvoir populaire) fut ouvertement reconnue comme la seule capable d’initiative sociale. »

Nous sommes la preuve que ce ne fut ni ne sera la dernière. Car aujourd’hui, au Venezuela, le pouvoir populaire constituant continue d’écrire sa propre histoire main dans la main avec le pouvoir constitué qu’il s’est donné, chacun depuis son espace, chacun depuis les défis que lui imposent les corrélations de forces existantes. Et tant qu’il y aura une commune debout, un conseil communal en assemblée, une femme décidant du destin de son quartier, un peuple qui refuse d’être effacé, l’idée de la Commune reste vivante.

Vivante comme pratique quotidienne, comme organisation dans les territoires, comme mémoire vivante qui refuse d’être enlevée, comme amour politique qui tisse le commun face à la barbarie. C’est pourquoi, depuis le Venezuela, avec la certitude qu’un autre monde est possible et qu’il est en train de se construire, nous réaffirmons : la commune est la base de tout État politique, et cet horizon n’est pas à vendre, ne se négocie pas, ne se rapporte pas. Il se vit, se lutte, se défend. « Commune ou rien ! »

Ximena GONZALEZ BROQUEN

Ximena González Broquen. Docteure en études politiques et en philosophie (EHESS, Paris), diplômée en philosophie de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cette chercheuse vénézuélienne dirige depuis 2012 le Centre d’étude des transformations sociales de l’Institut vénézuélien de recherches scientifiques (IVIC). Elle est également, depuis 2026, coordinatrice internationale de la Red de Intelectuales, Artistas y Movimientos Sociales en Defensa de la Humanidad, qui articule les luttes intellectuelles et des mouvements populaires de Notre Amérique contre l’impérialisme et le colonialisme.

Source en espagnol : https://humanidadenred.org/la-comuna-es-la-base-de-todo-estado-ximena-gonzalez-broquen-venezuela/

Traduit par Bernard Tornare pour Venezuelainfos.

 https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/06/01/la-commune-est-la-base-de-tout-etat/

COMMENTAIRES  

04/06/2026 21:42 par John

Récit optimiste sur l’avenir des communes, car elles dépendent de l’Etat central pour financer leurs projets.
Or il est de l’intérêt des USA à étouffer ce système de démocratie directe que constituent les communes.

Les intervenants US sont vicieux, ils laissent transparaître une liberté de gestion du gouvernement,
La réalité est qu’ils travaillent à piller les ressources du pays, et pour cela c’est le pouvoir local qui le met en oeuvre.
Ainsi, la loi minière votée au 9 avril est la dernière des lois de "réforme" qui vise à faciliter le transfert des richesses.
Cette loi soumet l’Etat Venezuelien au RDIE, le Réglement des Différents entre Investisseurs et Etats, par voie d’arbitrage. Bref, c’est les capitalistes qui auront le pouvoir.

05/06/2026 12:38 par Tardieu

Je ne vois pas trop le rapport entre la situation politique au Venezuela depuis 1999 et la Commune de Paris de 1871, je dois être aveugle ou idiot sans doute.

Je ne suis pas un spécialiste du Venezuela, après avoir pris en compte les différents récits contradictoires qui existaient ou les arguments (faits) sur lesquels ils reposaient, j’en suis arrivé à la réflexion suivante qui n’est pas définitive. Je précise qu’après avoir parcouru cet article, j’ai relu le passage que Lénine avait consacré à la Commune dans L’Etat et la révolution, où il relatait les enseignements que Marx et Engels en avaient tirés.

J’ai l’impression que le régime (non péjoratif) en place au Venezuela est de type Front populaire ou social-démocrate, il n’est en rien socialiste ou révolutionnaire, il n’est pas non plus anticapitaliste… Ce n’est pas une critique, un constat.

Le chavisme incarne les intérêts des couches nationalistes de la petite bourgeoisie vénézuélienne frustrées par les conséquences ou les restrictions dues au pillage que leur imposait l’impérialisme américain ; le chavisme a pris la place au pouvoir des représentants de la bourgeoisie vénézuélienne qui étaient au service des Américains pour gérer l’Etat et les richesses du pays, sans modifier fondamentalement les rapports entre les classes...

Les classes moyennes ne disposant pas de nombreux bataillons pour mener ce combat contre l’impérialisme américain et remplir cette fonction (gouverner), pour parvenir à leurs fins elles instrumentalisent (canalisent) les masses exploitées en les associant à la gestion du pays selon un mode de type autogestionnaire (communes), qui en réalité tient de la collaboration de classes en guise de la lutte de classes, elles sont associées à la gestion de la crise et à la répartition des miettes qui leur sont destinées, ce qui peut leur donner l’illusion qu’elles détiendraient le pouvoir, tandis que les capitalistes continuent tranquillement de s’enrichir ou sont toujours aux commandes...

Je n’ai formulé ni approbations, ni critiques, ni condamnations, j’essaie juste de comprendre où les uns et les autres veulent en venir.

05/06/2026 15:20 par diogène

Quel que soit le régime politique en place, la commune, ville ou village, reste aujourd’hui une espace de reproduction du capitalisme. À l’échelle d’une nation, le rôle de l’état et sa nature sont déteminants pour assurer un minimum de cohésion, un rôle assumé aujourd’hui dans la plupart des pays par la classe sociale dominante propriétaire des moyens de production industriels et agricoles, à travers la propriété foncière, le capital et la finance.

Le paradoxe, c’est que la commune d’aujourd’hui est le lieu géographique où sont gérés les réseaux nécessaires à la vie sociale : eau, électricité, transports, déchets, santé, éducation, etc.

Chez nous ce sont les "compradores" télécommandés par leurs commanditaires transnationaux qui orientent les politiques locales selon les intérêts du grand capital, via sa mainmise sur les institutions municipales. En s’appuyant à la fois sur l’appareil d’état et les collectivités territoriales, ils ont même réussi à transformer les biens communs en marchandises, ce qui accentue encore les inégalités sociales.

Le communalisme est-il le remède à ce cancer social qui gangrène les organes vitaux de nombreux pays ?
Les communes seraient-elles les préfigurations d’une révolution à l’échelle nationale grâce à la conquête du pouvoir central pas la voie électorale ?
Ou bien le pouvoir communal a-t-il vocation à se substituer entièrement au pouvoir d’état ? L’échelle productive des communes, publique ou privée, ne le permet pas. Une "bonne gouvernance" communale ne change rien aux rapports de classe. Le moule pré-établi de la propriété privée présenté comme "naturel", les contraintes budgétaires et la puissance des grands groupes capitalistes imposent un rapport de force qui rend impossible l’accès à une dimension nationale du "laboratoire communaliste".

Comme l’a montré en France l’évolution des politiques communales gérées par des maires communistes, aussi sincères et intègres fussent-ils, la gestion municipale n’est pas le levier de la transformation sociale. Faute d’un rapport de force organisé et d’une confrontation assumée avec le capital, le communalisme ne rompt pas avec les logiques gestionnaires et constitue une impasse pour l’amélioration des conditions de vie des classes populaires. Leur implication peut même être contre-productive. Si, en France, les mairies du PCF ont pu, dans un contexte de forte organisation syndicale ouvrière et de marges budgétaires plus larges, arracher des conquêtes sociales réelles, la disparition du rôle de l’état comme acteur économique, que ce soit pour une planification ou la puissance d’un secteur public productif (EDF, par exemple), et l’intégration progressive aux dispositifs de l’état décentralisé et aux politiques d’austérité a transformé les mairies en des espaces de gestion des contradictions sociales plutôt qu’en un point d’appui pour la lutte de classe.

Cet exemple illustre les limites du réformisme communal tant qu’il ne se confronte pas au capital national et transnational. Sinon, il s’agit de gérer des politiques définies par l’état et les acteurs économiques privés propiétaires fonciers, industriels et financiers. Sans rapport de force organisé, la gestion communale consiste à administrer les contradictions du capitalisme plutôt qu’à les dépasser.

Les expériences de réformisme local ont rarement amélioré durablement les conditions de vie des classes populaires, mais plutôtnt accompagné les logiques du capital contrôlant l’état lui-même, dans l’incapacité de transformer la société sans s’attaquer aux structures du pouvoir économique, surtout quand il est imposé par une puissance étrangère, aux rentes immobilières, foncières et boursicotières.

Sans collectivisation de l’espace agricole et urbain, la concentration de la propriété foncière aboutit à l’appropriation du territoire par une poignée de capitalistes.
Sans expropriation, sans confrontation frontale avec la propriété privée et sans mobilisation massive des classes populaires, le communalisme se retrouve réduit à une gestion de la pénurie.

Un réformisme sans stratégie révolutionnaire globale reste condamné à administrer les secteurs délaissés par le "système". La structure sociale actuelle est pyramidale, pas horizontale.

05/06/2026 18:02 par diogène

à Tardieu
Vous écrivez : "Je ne vois pas trop le rapport entre la situation politique au Venezuela depuis 1999 et la Commune de Paris de 1871"

Le rapports, c’est la théorie du communalisme : lien

le communalisme est au communisme ce que la charité est à la solidarité

06/06/2026 05:12 par Annwn

LES COMMUNES
Les vilains et les serfs vont faire des Communes contre les seigneurs. Ils demandèrent une charte (carte) par laquelle le seigneur leur donnait la liberté. Quand ils l’eurent obtenue, ils devinrent des hommes libres appelés bourgeois. Les bourgeois émancipés devinrent des citoyens.
La Charte des Communes n’était qu’une ligue entre les rois et les villes pour se soustraire au pouvoir des hauts barons.
Le roi confirmait la Charte et protégeait les Communes contre les seigneurs, ses ennemis.
L’organisation des Communes, idée pour laquelle on s’est battu en France en 1870, est très mal connue.
La Commune est gouvernée par un maire et des échevins nommés par les bourgeois. Tous étaient soldats et formaient la garde civique, la milice communale. La ville était entourée de murailles comme le château des seigneurs. Sur la place, le beffroi où des sentinelles veillaient et sonnaient le tocsin en cas de danger.
Cette organisation de la Commune est le système qui a prévalu en Belgique ; seulement, celui qu’en France on appelle le maire a continué à s’appeler le bourgmestre.
Les comtés, les duchés et les domaines des seigneurs s’étaient appelés fiefs ou féods, d’où féodalité (régime matriarcal). Nous voyons ici ce qu’ils en ont fait, un régime de désordre.
Quant aux anciennes tribus maternelles, elles sont devenues nomades, elles n’ont plus de territoire, plus de Matrie, plus de propriété nulle part, plus aucune autorité pour les protéger, et on les poursuit encore par un reste d’habitude. Ce sont ceux qu’on appelle des Bohémiens, des Romanichels, des Israélites, des Féministes !...
(*) Avant l’organisation matriarcale, les hommes erraient d’un lieu à l’autre, étrangers au sol qu’ils occupaient.
Les Déesses-Mères (« Reines », diront les modernes), en organisant le travail, divisèrent le sol et le délimitèrent pour les travaux agricoles. Elles donnèrent aux hommes la part de terre qu’ils avaient à cultiver. De là vint le mot « tenancier », qu’on retrouve dans le vieux mot latin « tenere » (tenir ; celui qui a).
Mais le tenancier devait donner une part de ses produits à la Mère, à l’organisatrice, dont le rôle moral, maternel, éducateur, n’était pas producteur des biens matériels nécessaires à la vie. Il fallait donc que l’homme travaillât pour elle et pour les enfants de la collectivité. Il faisait cinq parts du produit de sa terre, en gardant quatre et donnant la cinquième à sa Maîtresse.
Le souvenir du cinquième lot payé à la Maîtresse laisse des traces dans le mot « five », qui signifie « cinq » et dont on fait « fief ». Une ferme s’appela « quinta » chez les Ibères. Le grec « pente », cinq, forma le latin « penaere » qui signifie « payer l’impôt ».
LIEN

06/06/2026 09:27 par lou lou la pétroleuse

Merci au GS de continuer à mettre en valeur les commentaires d’Annwn, dont j’espère que tous les lecteurs ont enfin compris de quel bord politique elle écrit.

Concernant le communalisme, si j’en juge par les résultats des dernières municipales, où, certes, un maire de gauche a été élu en Seine Saint Denis, mais où la très grande majorité des Conseils élus sont composés d’électeurs de droite et de droite extrême, je préfèrerais qu’on attende un peu pour le mettre en vigueur en France.
Il y aurait peut être lieu de se pencher avant sur les remarques des lecteurs sans importance du GS , ceux qui ne sont pas du même bord politique qu’Annw, et dont les commentaires précèdent les siens, pondus tout frais contrairement aux autres.

06/06/2026 10:58 par diogène

La question clé est celle de la souveraineté de l’état.
Les libertariens comme Trump et Musk sont aussi pour réduire le rôle de l’état central à celui de protecteur de la propriété privée via l’armée et la police fédérale. Le résultat es l’accélération du phénomène d’accumulation des richesses par les plus gros qui phagocytent les petits.
Qu’en est-il pour les tenants du communalisme sans transition ?
Il faut craindre qu’il s’agisse d’un jeu de dupes dans lequel les volailles du poulailler croient être libres et vivre en démocratie parce qu’on leur laisse cultiver elles-mêmes de quoi manger (à l’intérieur du poulailler tout en continuant à leur piquer leurs œufs et sélectionner les jeunes poulets les plus goûteux pour les commercialiser.
Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs et mettre en place un régime de contrôle par l’état avant d’être assuré que les spéculateurs et les affameurs sont éradiqués pour supprimer l’état, cette bande de gens armés.
C’est peut-être une utopie mais je suis toujours qu’elle est plus réaliste que l’idée de "démocratie participative" ou "directe" du jour au ledemain.

06/06/2026 12:13 par Assimbonanga

J’ai lu la définition du communalisme sur la page fournie par Diogène : "Le communalisme est une théorie politique qui défend la commune comme unité politique principale, où le pouvoir serait exercé en démocratie directe sous la forme d’assemblées populaires locales, ouvertes à toutes et tous, qui se confédéreraient entre elles. Murray Bookchin (1921-2006), en est le principal théoricien".

Donc, c’est vraiment pas le schéma de nos municipalités en France avec leur maire et leurs conseillers municipaux. La vitalité observée dans le présent vénézuélien n’a rien à voir avec cette espèce de carcan que sont en train de devenir nos "gestions" municipales, de plus en plus corsetées par des directives administratives et fiches normatives. L’on entend désormais à l’émission Le Téléphone sonne qu’il faut que les maires se "professionnalisent" et qu’ils fassent des sessions de formation professionnelle. Il s’agit non de les former mais de les formater, j’en ai bien peur.

06/06/2026 14:30 par Vincent

"En rappelant que la souveraineté est une pratique, un faire constant qui embrasse de multiples dimensions : elle implique de maintenir vivant le corps-territoire collectif, la défense de la terre, de l’eau, des ressources stratégiques face au pillage impérial."

"la commune est la base de tout État politique, et cet horizon n’est pas à vendre, ne se négocie pas, ne se rapporte pas. Il se vit, se lutte, se défend."

En France, depuis la Révolution le schéma c’était :
Commune - Département - État

Et puis sous le court règne du traître Hollande, il y eut la réforme territoriale, qui est passée crème. Depuis, en France, le schéma est devenu :
Communauté d’agglomérations (25 000 habitants minimum, de plusieurs communes d’un vaste territoire, qui n’ont rien en commun, réunies de force en une seule entité) - Région - Europe.

Eh oui : l’État a disparu, comme ça, sans faire de bruit.
Mais la commune aussi - surtout !
On a des régions, telle par exemple la "Nouvelle Aquitaine", qui est plus grande que l’Autriche. Aucun problème, puisqu’on te dit que Limoges et Bordeaux c’est pareil.
On a des communes réunies en Com’com, qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, qui sont séparées depuis toujours par la géographie, la topologie des lieux. On a même des communes de départements différents qui se retrouvent dans la même "agglo".

Et puis on a les "compétences". Très important ça, parce que si t’as pas la "compétence", alors tu fais appel à Véolia par exemple, pour lui faire une jolie "délégation de service public" qui concerne disons le ramassage des ordures.
Et voici que le ramassage des ordures, maintenant, c’est privé. Tu as droit à un petit container pucé, et une levée tous les 15 jours.
Si tu demandes plus que ça, tu payes plus. Simple. Basique.
Si tu es assistante maternelle et que l’été ta poubelle pleine de couches est levée tous les 15 jours, tu subis les asticots, et si t’es pas satisfaite c’est la même. T’as qu’à payer. (Ça sent le vécu, hein ?)

Maintenant l’eau :
Certaines communes géraient elles-mêmes la distribution et le traitement des eaux usées.
Seulement à Bruxelles on cajole les lobbies qui arrosent (parce que quand on est eurodéputé, 8400€ nets + 4900€ de frais de représentation c’est un peu juste, tu comprends ?)
Donc Véolia (au hasard) met au point un procédé technique de traitement des eaux usées. Et puis Bruxelles décrète que ce procédé - qui coûte une fortune et dont l’éventuel rachat du brevet coûterait des millions - devient la norme obligatoire.
Du coup ta commune qui gérait l’eau perd la compétence, et doit offrir son réseau à Véolia qui a les moyens de construire la belle station d’épuration toute neuve. Et qui va désormais gérer aussi ta facture, tant qu’à faire...

Bref : l’UE dont je redis une énième fois qu’elle est le temple du fascisme puisqu’elle le légalise, a bien compris l’importance de la commune. Puisqu’elle l’a détruite.
Tu vas résister depuis le territoire de l’"agglo" maintenant ? en discutant avec qui ? Comment ? En reprenant quel pouvoir local ?

Et alors c’est passé crème de chez crème. La réforme territoriale de Hollande est un chef d’œuvre qui aboutissait à la destruction de l’État, donc de toute souveraineté.
C’était juste avant que Macron ne mène (presque) à bien la mission de destruction de la nation dont il était en charge. (Bon, gageons que nous n’aurons l’armée de l’UE qu’un peu plus tard quand on aura fini de faire semblant de changer l’OTAN en autre chose. On ne reparlera de régalien qu’après, hein ?...)

Le "citoyen" (l’électeur-consommateur) dans tout ça s’est fait atomiser sans rien voir ni comprendre.
Depuis, il paye docilement au Privé qui - t’inquiète ! - s’occupe de tout tellement mieux que quand c’était public.

Tiens d’ailleurs, ton identité numérique, tu préfères la confier à quel acteur du Privé ? Tu la veux stockée sur un cloud d’Amazon ou de Microsoft ? Et dans quelle commune étasunienne ?
Mmm ?

06/06/2026 17:13 par Assimbonanga

Pour comprendre le communalisme du Venezuela, il faut se décentrer et regarder les photos qui sont jointes aux articles sur le blog de Thierry Deronne. Ces communes ne ressemblent pas du tout à nos conseils municipaux et d’ailleurs, bien souvent elles se tiennent dehors, souvent assis sur un cercle.
Ici, ici etlà.

06/06/2026 17:39 par lou lou la pétroleuse

Donc, c’est vraiment pas le schéma de nos municipalités en France avec leur maire et leurs conseillers municipaux.

D’après ce que j’ai pu lire dans les archives de certains villages, les premiers conseils municipaux étaient beaucoup plus proches de la population qui les avait élus et dont ils partageaient souvent la condition... avant de devenir eux-mêmes des notables.
Mais les notables les ont très vite remplacés.
Il faut dire qu’ils prenaient des décisions peu orthodoxes : par exemple au moment des conscriptions certains maires mariaient par paquets des jeunes gens de 20 ans à des veuves qui en avaient quarante ou plus, pour les maintenir à la terre, en tant que chargés de famille.
Il laissaient aussi paraitre dans leurs actes d’Etat-Civil leur compassion pour les très pauvres vieux qui mouraient de faim et de froid, quand il n’y avait plus de jeunes au village pour cultiver la terre.

Néanmoins, sauf changement récent dont je n’aurais pas eu connaissance, les citoyens ont le droit d’assister aux conseils municipaux et s’ils n’ont pas celui d’intervenir dans les débats, leur seule présence peut empêcher leurs élus de prendre des décisions iniques. Mais qui de nos jours est au courant et a du temps à consacrer à ce genre d’activité citoyenne ?
Enfin c’est comme toujours une question de rapport de forces : si les citoyens décidaient massivement et solidairement d’occuper les conseils municipaux et d’y défendre leurs intérêts qui pourrait véritablement s’y opposer ?

06/06/2026 18:44 par lou lou la pétroleuse

le pouvoir serait exercé en démocratie directe sous la forme d’assemblées populaires locales, ouvertes à toutes et tous, qui se confédéreraient entre elles

Ça ne peut concerner que de très petites Communes. On peut difficilement envisager des débats constructifs dans des assemblées ne serait-ce que de plusieurs centaines d’habitants.
Combien de Communes faudrait-il créer et fédérer pour organiser cette fameuse démocratie directe dans un pays comme la France ? Ou mieux encore comme la Chine ou l’Inde ?
Dans un pays de plus de 60 millions d’habitants je ne vois pas comment on peut organiser de tels débats sans organiser aussi des délégations de pouvoir. Ce qui pourrait être amélioré c’est le mode de délégation/représentation. La question a été débattue dès la Révolution Française. C’est la délégation de pouvoir qui a finalement été choisie par les "représentants du peuple", plutôt que la représentation dont la mise en œuvre prend plus de temps : il faut que chaque groupe définisse ce que son représentant devra défendre à chaque étape du processus, pour chaque solution négociée avec les représentants des autres groupes de même niveau.
Ce n’est pas un système parfait non plus : à chaque niveau de débat des revendications disparaissent qui ne sont pas forcément les moins importantes pour la base. (c’est théoriquement le système de représentation des syndicats, celui que Lénine avait mis en place dans le parti bolchévique alors qu’il était encore clandestin). Il faut donc imaginer aussi des correctifs à cet inconvénient.

06/06/2026 21:40 par Vania

Certains commentateurs émettent des opinions et veulent presque attribuer une note théorique au processus communal du Venezuela. Le problème est qu’ils ne tiennent pas compte du contexte (passé et actuel), ni des circonstances (passés et actuelles) du mouvement chaviste du Venezuela. Une chose est le but ultime d’un processus révolutionnaire et une autre la mise en place. Je ne comprends pas pourquoi les commentateurs oublient Toujours de mentionner le contexte, ils oublient que la révolution bolivarienne a évolué et évolue toujours sous menaces occidentales (eeuu et vassaux). 1)Que depuis sa création des coups d’état, magnicides , déstabilisations, violence ont été organisés par l’opposition violente, sous la supervision des eeuu et ses vassaux.2) Que Oblabla leurs a attribué un ordre exécutif qui les désigne comme une menace, extraordinaire et inusuelle pour la sécurité intérieure des eeuu (renouvelé récemment).3)Que depuis plus de 10 ans, ils subissent1000 mesures coercitives (encore en place), un blocus criminel, un siège économique, vols d’entreprises, guerre médiatique et cognitive 4) Qu’ils avaient perdu le 90 % des revenus à cause du blocus pétrolier étasunien. 5) Que le pays sous la 4è République importait toute la nourriture et n’avait pas d’autonomie alimentaire et que par conséquent, développer l’économie communale pour produire et manger était une priorité. Économie communale pour éviter les requins des multinationales.6) Que son président légitime et innocent est séquestré par la plus grande puissance militaire de la planète 7) Que le pays a été bombardé,que l’empire ne cesse de les menacer/manipuler (bateaux de guerre, contrôle de la mer des caraibes, avions qui survolent l’espace aérien) et qu’ils proposent des accords sous la contrainte.
P. S. Des qualifications, les chavistes n’ont pas besoin, par contre ils aimeraient bien avoir un peu de SOLIDARITÉ de la part de la gauche occidentale, qui n’a même pas organisé récemment une manifestation pour demander la libération du président vénézuélien ni de sa femme !!

07/06/2026 00:51 par Carlos Ducasse

La Commune est une unité économique, un système autonome de production. Si bien la raison d’être des Communes du Vénézuela est bien la souveraineté alimentaire, elles ont toujours été trop loin de pouvoir prétendre atteindre une quelconque autosuffisance et étaient financées par l’Etat via la rente petrolière : ce sont donc par définition des anti-communes car le but proclamé de la Commune est la disparition de l’Etat, la Dictature du Proletariat... IL m’est à peine croyable que la France ait "oublié" les leçons de Proudhon... Relisons donc le Maître dans "de la capacité politique des classes ouvrières" : « Il n’y a plus rien à dire aujourd’hui sur la collectivité, considérée comme force économique. C’est une vérité devenue vulgaire que dix, vingt, cent ouvriers, opérant ensemble et combinant dans un but commun leur travail et leurs aptitudes, produisent plus et mieux que dix, vingt, cent ouvriers travaillant isolément. Ce qui est une question plus neuve et actuellement plus intéressante, c’est de savoir si un groupe d’ouvriers, se formant spontanément, peut se constituer lui-même, et dégager de son propre sein et par ses propres ressources la force initiatrice qui met l’atelier en mouvement, et la force directrice qui en régularise l’activité et pourvoit à l’exploitation commerciale de ses produits...
Nous sommes de ceux qui pensent que le problème doit recevoir une solution affirmative. Nous croyons que les classes ouvrières peuvent, elles aussi, former des groupes libres, mettre en commun des forces, s’approprier le contrat de société, constituer en un mot, des associations dont le travail soit la base, et vivre ainsi de leur autonomie industrielle et commerciale.
La commune est par essence, comme l’homme, comme la famille, comme toute individualité ou collectivité intelligente et morale, un être souverain. En cette qualité, la commune a le droit de se gouverner elle-même, de s’administrer, de s’imposer des taxes, de disposer de ses propriétés et de ses revenus, de créer pour sa jeunesse des écoles, d’y nommer des professeurs, de faire sa police, d’avoir sa gendarmerie et sa garde civique ; de nommer ses juges ; d’avoir ses journaux, ses réunions, ses sociétés particulières, ses entrepôts, sa mercuriale, sa banque, etc. La commune prend des arrêtés, rend des ordonnances : qui empêche qu’elle n’aille jusqu’à se donner des lois ? […] Voilà ce qu’est une commune ; car voilà ce qu’est la vie collective, la vie politique. » Cuba comme confédération de Communes, comme la Ligue du Peloponèse... (S’il n’y a pas d’État, alors le système ne peut être renversé)

07/06/2026 12:01 par Assimbonanga

La Commune est la base de tout État : le titre de l’article semble théorique mais en réalité il s’agit de l’expérience bien particulière d’un mouvement tout neuf au Venezuela. Les gens qui participent à ces nouvelles communes n’avaient aucune voix au chapitre avant Chavez. Le mouvement est jeune, dynamique. On peut imaginer qu’il lui arrivera la même usure qu’à nos municipalités depuis 1789. La commune peut toujours tomber entre les mains de gens peu recommandables ou cupides. L’important, c’est quand même que sa structure perdure dans la loi et, même dans nos vieux pays sclérosés, on peut assister ici ou là à des renouveaux : Reporterre.
Pour ce qui est des grandes villes, au lieu de "communes", on a des quartiers, des assemblées de quartier ce qui ramène le nombre de citoyens à une échelle humaine.
Du coup, il ne me semble pas possible ni souhaitable que la commune " nomme des professeurs, fasse sa police, ait sa gendarmerie et sa garde civique ; nomme ses juges". Cette échelle doit rester nationale. C’est d’ailleurs plus prudent concernant la police et les juges.

Comme Vania, je ne comprends pas que les adeptes du Grand Soir fassent la fine bouche et regardent de haut l’expérience des communes vénézuéliennes. Si nous ne sommes pas capables d’en faire autant, au moins émerveillons-nous qu’ils l’aient fait. Ils sont en but au pire des ennemis, Trump, sa ICE, sa CIA et autres officines anticastristes et Cie, et tous nos médias français, et il faut qu’en plus ils se heurtent à l’indifférence et au dédain de la gauche française. Apparemment, le fait d’avoir jeté sa télé et de ne plus écouter France Inter n’empêche pas d’être pollué par leur propagande qui, comme le cadmium, se diffuse dans le cerveau social par différents canaux invisibles...

Soutien aux otages Nicolas Maduro et Célia Florès !

07/06/2026 17:54 par lou lou la pétroleuse

il s’agit de l’expérience bien particulière d’un mouvement tout neuf au Venezuela.

Ce que je n’ai pas encore très bien compris, c’est comment les communes Vénézuéliennes se fédèrent, ou coordonnent leurs décisions. Y a-t-il un modèle défini, commun à toutes les communes ? Lequel ? Ou bien le système reste-t-il assez vague,
avec les avantages (souplesse) et les inconvénients d’un système insuffisamment défini (contradictions non résolues, risque de dévoiement et de prise de pouvoir de certaines communes sur d’autres, voire de certaines entités mal définies sur le système) ?

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