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Dans un monde en mutation, quel partenariat la Chine et l’Europe doivent-elles construire ?

Le monde traverse actuellement une période de mutations profondes, marquée par la résurgence de l’unilatéralisme, l’intensification des tensions géopolitiques et une incertitude croissante. En tant que forces motrices de la multipolarité, acteurs clés du commerce international et héritières de civilisations millénaires, la Chine et l’Europe incarnent un partenariat stratégique dont la portée dépasse largement le cadre bilatéral. Leur coopération représente un pilier essentiel du maintien de la paix et de la prospérité mondiales. D’un point de vue objectif, il n’existe pas de conflit d’intérêts fondamental ni de contradictions géopolitiques entre la Chine et l’Europe. Leurs intérêts communs l’emportent sur leurs divergences. Transcender la logique de concurrence pour adopter un partenariat stratégique global répond donc aux intérêts à long terme des deux parties.

Une Europe puissante sert les intérêts à long terme de la Chine, tout comme une Chine ouverte sert les intérêts fondamentaux de l’Europe. L’immense marché chinois offre de multiples avantages aux entreprises européennes. La Chine est depuis longtemps la première source d’importations de l’UE, tout en étant l’une de ses principales destinations à l’export. Ce commerce bilatéral stimule non seulement la croissance des exportations européennes, mais soutient aussi significativement l’emploi au sein de l’Union. La montée en gamme de la consommation au sein de la classe moyenne chinoise génère une demande croissante dans des secteurs clés comme la santé, la finance et les services haut de gamme, offrant ainsi un immense potentiel aux services européens traditionnels. En effet, le marché chinois, constamment ouvert sur le monde extérieur, crée un environnement inclusif qui permet naturellement aux produits et services européens de qualité de bénéficier des opportunités offertes par ce développement.

Dans le cadre du consensus mondial sur la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique, la Chine s’impose comme un partenaire fiable pour le développement bas carbone de l’Europe. Ses avantages technologiques et d’échelle dans les industries vertes telles que les véhicules électriques, l’éolien et le photovoltaïque ont considérablement réduit le coût de la transition verte mondiale. Aujourd’hui, la Chine figure parmi les principaux fournisseurs de produits énergétiques verts pour l’UE, et les deux parties tirent parti de complémentarités et d’une synergie croissante entre leurs chaînes industrielles. Dans des domaines de pointe comme l’intelligence artificielle, la Chine et l’Europe disposent également d’un potentiel de coopération immense. Ensemble, elles peuvent façonner un écosystème technologique fondé sur l’innovation et la gouvernance inclusive.

Par ailleurs, les défis actuels auxquels l’Europe est confrontée, notamment la faiblesse de sa croissance économique et les pressions sur ses industries, sont principalement dus à des carences structurelles et institutionnelles internes. Des prix élevés de l’énergie affaiblissent gravement la compétitivité mondiale de l’industrie européenne. La rigidité des coûts salariaux, le poids croissant de la réglementation et l’éparpillement des politiques industrielles brident le potentiel de croissance de l’Europe. Ces problèmes appellent des réformes internes et une coordination politique, plutôt que des restrictions commerciales avec la Chine pour reporter la pression. Détourner l’attention des réformes structurelles vers des barrières externes ne résoudra pas les difficultés de l’Europe, mais la privera d’opportunités commerciales majeures.

L’interdépendance n’est pas un risque, et la fusion des intérêts n’est pas une menace. L’essence de la coopération sino-européenne réside dans la complémentarité et le bénéfice mutuel. Tant que la Chine et l’Europe adhéreront au concept d’ouverture et de gagnant-gagnant, elles pourront insuffler une stabilité durable et une dynamique positive à la reprise économique mondiale, tout en favorisant une croissance inclusive.

Xu Li

COMMENTAIRES  

03/06/2026 21:34 par Carlos Ducasse

Les projets de l’UE risquant d’exacerber les tensions avec la Chine, et Berlin s’inquiétant de l’importance que revêtent encore le marché chinois pour de nombreuses entreprises allemandes, le gouvernement allemand adopte une stratégie à deux volets. D’une part, il s’efforce de désamorcer préventivement le conflit qui se profile. La ministre fédérale de l’Économie, Katherina Reiche, s’est attelée à cette tâche lors de sa visite à Pékin cette semaine, où elle s’est entretenue notamment avec le vice-Premier ministre He Lifeng et le ministre du Commerce Wang Wentao. « L’Allemagne et la Chine sont liées par des liens économiques étroits, qui figurent aujourd’hui parmi les plus importants au monde », s’est enthousiasmée Mme Reiche ; le volume des échanges bilatéraux atteint désormais 250 milliards d’euros. Cette relation, a-t-elle affirmé, doit être consolidée. Mme Reiche était accompagnée de représentants d’entreprises telles que Siemens, BASF, SAP, Allianz et Airbus ; plusieurs dirigeants de PME faisaient également partie de la délégation économique. Ils ont exprimé leur espoir d’une coopération accrue et d’une augmentation des ventes en Chine. Parallèlement, Mme Reiche a tenu à promouvoir l’acceptation des mesures envisagées par l’UE. « Nos entreprises n’ont pas peur de la concurrence », a-t-elle expliqué, « mais la concurrence doit être conçue et organisée de manière à être mutuellement bénéfique. »

Tout en cherchant à rassurer, Berlin a accru la pression sur Pékin par ailleurs : en envoyant une délégation du Bundestag à Taïwan. La République populaire rejette ces visites, les considérant comme une ingérence dans ses affaires intérieures, car Taïwan – comme l’ont notamment confirmé les Nations Unies – fait partie intégrante du territoire chinois en vertu du droit international. De nombreux États occidentaux, dont l’Allemagne, soutiennent depuis longtemps et de manière systématique le gouvernement de Taipei afin de consolider sa position dans le conflit qui l’oppose à Pékin. Le voyage actuel de cinq membres du Bundestag s’inscrit également dans cette perspective. Comme l’explique Till Steffen (Alliance 90/Les Verts), chef de la délégation, cette visite vise à contribuer à réduire la dépendance économique de l’Allemagne vis-à-vis de la République populaire. M. Steffen a cité le domaine de l’intelligence artificielle (IA) en exemple, où il entrevoit un potentiel de coopération germano-taïwanaise plus étroite. Une coopération intensive existe déjà dans l’industrie des semi-conducteurs : le fabricant taïwanais de puces TSMC, le plus grand sous-traitant mondial, construit une usine à Dresde, où la production de semi-conducteurs devrait débuter en 2027. La délégation a visité le parc scientifique central de Taïwan à Taichung, où TSMC exploite des usines.

Cependant, la coopération germano-taïwanaise s’étend désormais au-delà du simple cadre de la coopération économique civile et se concentre également sur les projets d’armement. En septembre 2025, le Bureau commercial allemand à Taipei et le groupe Airbus étaient présents pour la première fois au Salon international de l’aérospatiale et des technologies de défense de Taipei. Le Bureau commercial a confirmé à cette occasion qu’il exposait des produits du secteur de la sécurité, tandis qu’Airbus a déclaré promouvoir bien plus que ses produits commerciaux habituels. Peu de temps auparavant, le parti de gauche au Bundestag avait établi, suite à une enquête menée auprès du gouvernement allemand, que des munitions avaient été livrées du port de Hambourg au port de Kaohsiung, sur la côte sud-ouest de Taïwan. Fin avril, il a été rapporté que la Chine avait, pour la première fois, inscrit sept entreprises d’armement européennes sur une liste de contrôle des exportations, car elles étaient impliquées, de près ou de loin, dans des livraisons d’armes à Taïwan. L’entreprise allemande Hensoldt AG figure parmi les sociétés concernées. Le président taïwanais, Lai Ching-te, a exhorté la délégation du Bundestag allemand à renforcer la coopération entre Berlin et Taipei, non seulement dans le domaine de l’économie civile, mais aussi dans celui de la cybersécurité et de la défense. Cela suscite généralement de vives critiques à Pékin.

https://www.unsere-zeit.de/a-la-trump-4815028/

04/06/2026 11:00 par sylvain

Intéréssant comme sujet.
Notamment les "couts salariaux". Donc la chine "communiste" rend responsable la main d’oeuvre trop cher de l’europe pour ses problemes industriels. Mais refuse de laisser l’europe protéger son marché et demander des transferts de technologies pour les régler.
Donc il faut un libre marché et des prolos sous payés . Autant pour le communisme.
D’autre part la Chine sait parfaitment que ce n’est pas juste en faisant du dumping social qu’on développe une industrie. En fait elle empêche l’europe de faire ce qu’elle même a fait, et elle le fait de toute évidence pour garder un marché ouvert et structurellement dépendant.
De plus, la chine en tant débouché pour les produits européens, c’est une blague ! la balance commerciale est de plus en plus déficitaire, et la seule manière de la rééquilibrer, c’est précisémment d’adopter les mesures que la Chine intertdit a l’europe.
Donc les discours chinois sur le respect des souverainetés, ou l’équilibre entre nations, c’est du pur bullshit !
C’est d’une hypochrisie digne de l’empire américain !

05/06/2026 15:14 par RV

Une journaliste chinoise néo-libérale ?
(Xu Li - https://francais.cgtn.com/reporter/Xu-Li)
Cachez ce capitalisme que je ne saurai voir . . .

... La rigidité des coûts salariaux, le poids croissant de la réglementation et l’éparpillement des politiques industrielles brident le potentiel de croissance de l’Europe ...

05/06/2026 17:37 par RV

Un article sur le blog de Paul Jorion interrogeant une des dernières annonces chinoise à propos des usines entièrement robotisées.

Analyse Critique de l’Automatisation Régulée en Chine

https://www.pauljorion.com/blog/2026/06/03/analyse-critique-de-lautomatisation-regulee-en-chine/
résumé :

Cet article examine les implications économiques et géopolitiques de la récente réglementation chinoise interdisant les licenciements liés à l’intelligence artificielle (IA). À travers le prisme de la thèse de Paul Jorion, qui y voit une réactualisation de la « taxe Sismondi » ouvrant la voie au revenu universel, et d’une contre-thèse institutionnelle, qui y décèle une stratégie asymétrique de capitalisme d’État, nous analysons la mutation de la rente technologique. En confrontant ces visions à la littérature contemporaine, ce papier démontre comment la régulation sociale peut être instrumentalisée comme un outil de compétitivité internationale via l’émergence de Dark Factories.

06/06/2026 09:46 par Palamède Singouin

Dans la lignée du commentaire de Sylvain lire le dernier édito de Benoît Bréville dans le Monde Diplo (en accès libre).

https://www.monde-diplomatique.fr/2026/06/BREVILLE/69601

10/06/2026 14:20 par Georges Rodi

@ sylvain
Tout le monde a entendu parler du programme de lutte contre la pauvreté extrême.
Mais combien savent que plus de 1800 membres du parti ont perdu la vie entre 2013 et 2020 pour achever cet incroyable accomplissement ?
Huang Wenxiu fut prise dans une inondation,
Yu Fen périt dans un accident lors d’une livraison,
Yang Dong choisit de poursuivre sa tâche après avoir été opéré d’un cancer...
C’est important de citer quelques noms je pense.

La liste est longue, + de 1800 décès ont été recensés par le "State Council Leading Group Office of Poverty Alleviation and Development".
Pas de coups de feu, pas de violences, juste des conditions extrêmes, des accidents.
Ce sont 1800 militants communistes qui méritent beaucoup mieux qu’un commentaire totalement déplacé.

10/06/2026 14:54 par Georges Rodi

@ RV
Si des coûts salariaux peu élevés étaient la solution, le Bangladesh, le Vietnam, l’Inde où l’Indonésie seraient les rois du monde.

Il y a toujours dans ces articles des problèmes qui ne sont jamais soulevés.
Savoir comment sélectionner des dirigeants compétents est probablement le plus "sensible", car il remet en cause le principe même des élections.
Les solutions proposées vont de la suppression du gouvernement ( à la sauce E. Musk ou Javier Milei) ou la selection par le hasard d’un tirage au sort (à la sauce d’Athènes).
Ce ne sont que des propositions pour fuir la difficulté.

En définitive, ce que fait la Chine n’est pas parfait mais c’est ce qui se fait de mieux.
il faut reconnaître les efforts déployés pour les techniques de désignation et les techniques de contrôle qui se révèlent décisives pour assurer le mieux possible la probité et l’efficacité des fonctions gouvernantes.
Le fait que les priorités soient mises depuis des années sur la lutte contre la pauvreté, la corruption et la destruction de l’environnement prouvent à l’évidence que ce n’est pas une tâche facile.

10/06/2026 18:24 par lou lou la pétroleuse

En définitive, ce que fait la Chine n’est pas parfait mais c’est ce qui se fait de mieux.
il faut reconnaître les efforts déployés pour les techniques de désignation et les techniques de contrôle qui se révèlent décisives pour assurer le mieux possible la probité et l’efficacité des fonctions gouvernantes.

Tu peux nous donner des détails sur les techniques de désignation et les techniques de contrôle choisies par la Chine, ce qui les distingue précisément de celles choisies (par exemple) par la France, et comment elles permettent d’assurer le mieux possible la probité et l’efficacité des fonctions gouvernantes ?

19/06/2026 21:10 par Vania

Heureuse de pouvoir lire 2 commentaires de Georges Rodi ! Parlant de la Chine, je viens de lire une information très intéressante en provenance du gouvernement chinois qui encourage la lecture des livres (en papier) et le développement de bibliothèques en Chine.
L’information provient d’un article du conseil d’état de la république populaire de Chine.La mise en place de cette mesure sera à partir du 1è février 2026
Voici le commentaire sur X de Alan Daitch@Alan Daitch expert en I. A :
[""Le pays qui investit le plus dans l’intelligence artificielle sur la planète vient de sanctionner une loi nationale pour obliger ses villes à ouvrir des bibliothèques et à revenir aux livres en papier. La Chine était le candidat parfait pour enterrer le papier : elle met plus de cent milliards de dollars par an dans l’intelligence artificielle et elle est de ceux qui l’intègrent le plus dans les programmes éducatifs. Si un pays allait déclarer que le livre n’est plus nécessaire, qu’il suffit d’avoir la machine, c’était celui-là. Cependant, elle a fait exactement l’inverse : au lieu d’envoyer tout à l’écran, elle promeut le livre par la loi. Depuis le premier février, une norme oblige chaque gouvernement local à investir dans les bibliothèques, à ouvrir des espaces de lecture même dans les zones rurales et à organiser une Semaine nationale de la lecture. Désormais, c’est une obligation de l’État. Pourquoi un pays qui possède déjà la meilleure technologie se donne-t-il la peine de légiférer sur la lecture ? Parce qu’ils ont séparé l’usage de chaque chose. L’intelligence artificielle vous sert à produire, à concurrencer, à aller vite : c’est l’outil. Le livre vous entraîne à ce que nulle machine ne vous donne : une attention soutenue et un jugement personnel. C’est la tête qui décide ensuite quoi faire de cet outil. Comme le résume l’un de leurs chercheurs : seule la lecture mène à une pensée profonde et indépendante. Le Premier ministre Li Qiang l’a décrété dans le même plan quinquennal où figure son pari sur l’intelligence artificielle. Les deux choses sont stratégiques et vont de pair. Pendant ce temps, les États-Unis font le chemin inverse : ils ont battu leur record de livres retirés des écoles (près de vingt-trois mille depuis 2021) et leurs enfants ont obtenu les pires notes de lecture depuis plus de vingt ans, avec quatre élèves de quatrième sur dix qui n’atteignent même pas le niveau de base. L’intelligence artificielle, tout le monde va l’avoir. La tête pour savoir quoi en faire, non. Utilisez-la pour penser AVEC vous et non POUR vous.""]
Je ne peux pas insérer la source car elle est sur X. Vous pouvez la consulter sur le site X de Alan Daitch.

20/06/2026 15:22 par Assimbonanga

Sur le site (tout court) d’Alain Daitch, je lis qu’il est "évangéliste de l’IA", est-ce une forme d’humour ?
Il est écrit aussi : "Depuis plus d’une décennie, je suis sur scène pour essayer de diffuser mon enthousiasme à propos de la technologie et de l’entrepreneuriat."
Si c’est un prédicateur de la libre entreprise, alors ça va, lol ;-)

20/06/2026 22:45 par Vania

Je ne connais pas le monsieur Assim, c’est un argentin qui se considère spécialiste de IA. Voilà tout. C’est l’article chinois que j’ai lu sur un autre X que je trouve intéressant seulement

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