Un jour, Fidel a dit qu’il fallait prendre plus soin de son frère Raúl.

Raul est un guérillero

Hernando CALVO OSPINA

Il a fêté ses 95 ans et reste toujours aussi combatif, tel le guérillero qu'il a toujours été...

Ils disent que Raúl se cache au fond d’une caverne, tremblant de terreur, parce qu’il a été cité à comparaître aux États-Unis.

C’est ce qui aurait bien pu arriver s’il avait été comme la grande majorité des présidents dans le monde, qui n’ont même pas fait leur service militaire, comme Trump, par exemple. Ceux-là qui, dès les premiers coups de feu, se cachent sous leur lit, se réfugient dans un bunker ou se mettent à l’arrière de leurs troupes.

Raul est un guérillero. Aux côtés de Fidel et d’autres, il s’est formé lui-même dès son plus jeune âge au métier de guérillero pour mener la lutte armée clandestine contre l’un des gouvernements les plus violents d’Amérique latine, qui bénéficiait du soutien de Washington. Très vite, il a formé d’autres jeunes à la guérilla. Il les a également formés politiquement, ce qui est essentiel dans ce genre de luttes. Après plusieurs années de combats dans les montagnes, risquant leur vie à chaque instant, ces guérilleros ont pris le pouvoir.

Et c’est là que la véritable guerre a commencé : ils ont dû apprendre à créer un État révolutionnaire. C’était déjà compliqué, mais le faire au milieu des agressions militaires et terroristes orchestrées par les États-Unis augmentait le défi. Ils l’ont fait en tant que guérilleros. Et c’est en tant que tels qu’ils ont affronté la tentative d’invasion de la Baie des Cochons. Fidel, le Che, Raúl et les autres dirigeants n’ont pas commandé les troupes en se réfugiant dans des abris, entourés de gardes du corps, comme l’a peut-être fait le président Kennedy, au cas où une balle atteindrait la Maison Blanche.

Alors ceux qui, à ce moment-là, n’étaient que des soldats débutants, ont infligé aux États-Unis la première défaite militaire de leur histoire. Grâce à l’expérience et au courage des guérilleros.

Les États-Unis décidèrent qu’il fallait éliminer Fidel, le Che et Raúl pour mettre fin à cette révolution gênante. Toutes leurs agences de la mort, soutenues par des tueurs à gages et des mercenaires, se sont donc lancées dans une chasse implacable qui a duré des années, des décennies. Le Che a été capturé, mais en combattant. L’ordre de l’assassiner, alors qu’il était désarmé et gisait blessé sur le sol, a été donné par des criminels en costume-cravate assis à Washington. Ils étaient terrifiés par ce guérillero. Et même mort, il a continué à les empêcher de dormir.

Le Livre Guinness des records indique que Fidel a été la cible de près de 700 attentats. Il est mort les bottes aux pieds : parce qu’il était guérillero, ils n’ont jamais pu venir à bout de lui.

Un jour, Fidel a dit qu’il fallait prendre plus soin de son frère Raúl. Je suppose que c’était à cause de tous les secrets relatifs à la sécurité de l’État et à la révolution que Raúl détenait.

Quant à Raúl, qui avait l’âme d’un guérillero chevillée au corps, il veillait sur son frère Fidel et sur tous les hommes et toutes les femmes qui étaient à la tête de la révolution. Et sur le pays tout entier.

J’ai adoré écouter Raúl raconter des histoires, car il relate les faits comme un voisin de quartier, en uniforme ou non. Je regrette de ne pas avoir pu l’entendre en direct, comme on dit, jusqu’à aujourd’hui. Quand j’ai réfléchi à ce que je pourrais lui demander, j’en ai conclu : rien. Juste lui dire que mon anniversaire est trois jours après le sien.

Alors, si Trump et les sinistres personnages qui l’entourent croient que Raúl est terrifié par leurs menaces, qu’ils sachent qu’il est presque né guérillero. C’est en tant que guérillero qu’il a vécu, qu’il a aidé à gouverner, qu’il a dirigé les forces armées et les forces de sécurité. Et un guérillero de cette trempe n’enlève pas ses bottes, même pour prendre une douche. Il s’est immunisé contre la peur dès ses premiers coups de feu dans les montagnes en tant que guérillero. Jusqu’au dernier moment, ce guerrier gardera le doigt sur la gâchette, attendant l’arrivée des émissaires de l’ennemi qui, comme tout lâche, donne des ordres de tuer à distance. Il sera prêt, non pas tant à défendre sa vie, mais à se battre pour son peuple.

Raúl, joyeux anniversaire !

Hernando CALVO OSPINA

 https://redh-cuba.org/raul-es-ejemplo-de-guerrillero-por-hernando-calvo-ospina/

COMMENTAIRES  

03/06/2026 22:06 par Carlos Ducasse

Pensées de Raúl Castro

Citoyen Ministre (de Défense), Dix ans après la dissolution de l’URSS, Cuba conserve-t-elle les capacités de défense nécessaires pour dissuader toute agression militaire, même de la part de la première puissance mondiale ?

"Un facteur déterminant pour le résultat est la participation de tous, du plus haut responsable au simple soldat. C’est une tâche des plus modestes, mais tout aussi essentielle que l’effort collectif.

C’est pourquoi chaque décision ayant une incidence sur les conditions de travail ou la vie personnelle d’un collègue, chaque mesure importante, a été expliquée en détail et étayée par des arguments solides ; tous les points de vue et opinions ont été pris en compte et analysés, et l’on s’est efforcé de trouver, parmi les solutions existantes, la solution la plus appropriée à chaque situation.

Ce qui précède est crucial, mais insuffisant… la systématicité est également indispensable. Elle a été un élément clé pour résoudre les problèmes, au même titre que la capacité d’anticiper leur apparition, l’exhaustivité et la cohérence de notre travail, ainsi que l’analyse et la recherche des solutions les plus appropriées. Lorsque nous avons échoué, l’expérience nous a démontré qu’il était impossible d’atteindre nos objectifs, même avec le dévouement et la volonté qui ont toujours caractérisé les membres des FAR. Tous ces efforts et leurs résultats méritent d’être qualifiés d’exploit. Nos commandants et officiers, ainsi que tous les combattants et les personnels civils, ont travaillé sans relâche sous une pression intense et dans des conditions exceptionnelles.

Mais nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers. Nous avons considéré cette première victoire comme un simple point de départ pour une entreprise bien plus ambitieuse : concevoir les forces armées et le système de défense dont le pays avait besoin pour relever les grands défis de ce siècle.

Comme je l’ai déclaré il y a quelques mois à Matanzas, devant un groupe de journalistes cubains et étrangers, nous avons perfectionné notre doctrine militaire grâce à la réflexion novatrice de milliers de camarades qui, tout en respectant les règles de compartimentage et de confidentialité, ont participé à ce processus.

Nous nous sommes appuyés sur une compréhension scientifique approfondie des lois de l’art militaire, sans pour autant nous enfermer dans des schémas classiques ou des solutions conventionnelles. Nous avons également étudié, dans les moindres détails, les enseignements tirés de tous les conflits armés qui ont eu lieu sur la planète ces dernières années.

Le résultat ? Nous avons réduit nos effectifs de plusieurs dizaines de milliers de personnes, notre budget de défense est onze fois inférieur à ce qu’il était à la fin des années 1980, et pourtant nous sommes plus forts.

Nous avons abandonné tout ce qui – armement, infrastructures ou concepts – nous semblait peu utile en cas d’agression armée de notre seul ennemi probable, qui nous surpassera toujours largement, notamment dans les domaines de l’aviation et de la marine. Nous avons concentré nos efforts sur l’optimisation de l’efficacité de tout ce qui offrait de réelles possibilités de nous protéger et, surtout, d’infliger le maximum de dégâts à l’envahisseur, jusqu’à ce qu’il soit contraint d’abandonner son projet.

Aujourd’hui, nous disposons d’un concept de défense entièrement national et original, qui synthétise l’expérience du combat de notre peuple et d’autres nations sœurs, ainsi que les leçons tirées des guerres contemporaines ; il s’agit d’une étude approfondie
de nos réalités, jusque dans les moindres détails et dans chaque recoin du pays."

Source : https://www.presidencia.gob.cu/media/filer/public/2025/10/04/obras_escogidas_ge_tomo_7.pdf

04/06/2026 03:02 par jacques-françois bonaldi

Je profite de cet hommage de Calvo Ospina à Raúl Castro pour offrir le mien : la seule biographie existant alors (2015) et encore aujourd’hui de ce personnage inséparable, dès les premiers moments de l’étape insurrectionnelle, de la Révolution cubaine. Caricaturé et vilipendé jusqu’à l’impossible par ses ennemis (presque autant qu’Ernesto Guevara), il a une place assurée dans l’histoire des XXe et XXIe siècles.

Cette biographie dévoile de lui des épisodes très peu connus, voire absolument ignorés. Son auteur est lui aussi un personnage haut en couleurs que le lecteur découvrira au fil des pages. Nikolaï S. Leonov est aussi un excellent causeur, dont il existe un très long entretien en espagnol avec un cinéaste cubain, Manuel Pérez Paredes, absolument passionnante, qui doit sans doute traîner sur Youtube. J’invite le lecteur à cette recherche. (Double Table ronde télévisée d’octobre 2021, “La vida que ha quedado atrás”, 2 h 20, http://www.cubadebate.cu/especiales/2021/10/14/la-vida-que-ha-quedado-atras-la-historia-de-un-hombre-de-un-pais-de-una-epoca/

(Aussi : Conversando con Leonov, Table ronde télévisée de 2016, à l’occasion de la publication de cette biographie : https://www.youtube.com/watch?v=_f22Vf7uFiY)

Cette traduction qui m’avait été confiée à l’époque dans le cadre de mes fonctions à Cuba n’a malheureusement pas été publiée par son commanditaire. Je l’ai gardée dans mes archives dans une attente vaine. Puisqu’il est évident que l’éditeur a perdu tout intérêt, je me permets de l’offrir onze ans après, au meilleur jour possible : celui du 95e anniversaire de Raúl Castro.

Il aurait mieux valu que cette biographie soit traduite directement de son original russe. Je n’ai eu que l’espagnol sous les yeux, et même si j’ai consulté mes collègues de langue russe, le rapport linguistique n’est jamais le même. Je ne l’ai ni retouchée ni révisée, ce qui aurait été l’idéal, mais je pense que cette biographie conserve tout son intérêt (malgré, selon la subtile formule de Viktor, les coquilles habituelles).

Jacques-François Bonaldi (La Havane), 3 juin 2026.

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