Présidentielles françaises

Le bon, la dette et… les truands !

Que retenir de cette campagne sinon un silence commun sur la Dette. Chut ! Pas un mot sur les conséquences, en France, de la crise financière européenne. Et pourtant, concernant cette affaire, ce ne sont pas les questions qui manquent.

Quelle voie sera forcée d’emprunter le président et son gouvernement ? The economist, journal quasi officiel de la City, tout au long de la campagne, a martelé la même antienne : «  Au lendemain du 6 Mai, le vainqueur, quel qu’il soit, devra s’attaquer brutalement aux déficits », attaque qui débouchera sur un «  choc pour les français ».

La soupe à la rigueur

Difficile donc de satisfaire un électorat qui a soif de réformes sociales et qui a voté non à la montée du chômage en considérant comme principal coupable Nicolas Sarkozy.

 C’est pourtant bien d’un programme imposé à tous les pays appartenant à la zone euro dont il s’agit aussi pour la France et la recette est connue : Flexibilité du marché du travail, les «  famous CDI », contrats uniques(1), démantèlement de l’assurance maladie, de l’assurance chômage, des retraites, des allocations familiales.

 Vrai ou faux ? Pour ceux qui en douteraient encore, la réponse réside en un mot : la Dette publique. Grande absente des débats électoraux, alors qu’elle était au faîte de l’actualité juste après le «  nécessaire » renflouement des banques(2) ou de la réforme des retraites, la dette publique est pourtant le levier qui fera basculer les autorités politiques vers la rigueur ou non. «  Pour plusieurs pays, le noeud coulant de la dette publique s’est serré et ils sont pris à la gorge par les marchés financiers » dénoncent Damien Millet et Eric Toussaint.

Les victimes font grise mine

Sous-couverts du remboursement de leurs créances, envers les organismes privés(3) que les citoyens renflouent chaque jour par le biais des hausses d’impôts et des coupes sociales, le FMI et la Banque Centrale Européenne imposent une gouvernance guidée par la rigueur à tous les membres de l’Europe. «  Il n’y a pas de compromis possible » arguait Jacques Sapir(4) sur France Inter. Les premières victimes des plans d’austérité l’ont déjà bien compris. Grèce, Portugal, Irlande…. Ou on arrête de payer la dette, ou on enterre le pays sous la vague de la compression libérale. Dimitris Christoulas(5) portait le deuil de cette triste réalité quand il a appuyé sur la gâchette de son arme. Il criait « pas de dette à mes enfants » et laissait la trace des conséquences bien concrètes des plans de rigueur «  Le gouvernement d’occupation a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant 35 ans. ». La Grèce, ce pays aujourd’hui incapable de gouverner. En Espagne, déjà , le slogan de l’audit pour la dette est clair «  No debemos, no pagamos ! ». En France, ce ne sont pas les 27 milliards d’euros d’économie imposés à l’Espagne qui vont retentir dans le quotidien des citoyens, mais les 80 milliards d’euros intégrés dans le plan du TSCG(6) à son égard. Ce n’est pas non plus un protocole concernant la croissance(7) ajoutée au Traité qui libérera François Hollande des recommandations de la Troika(8). Surtout quand le remboursement du service de la dette dévore 65% des ressources de l’Etat.

Quelle issue ?

La France de François Hollande, «  le bon », peut-elle ouvrir ses portes aux émissaires de la Troika «  les truands » ? C’est ce que stipulent les forces européennes armées d’un nouveau traité et d’un programme clé en main. Le TSCG porte en lui les germes de la catastrophe : il rend obligatoire le paiement de la dette. L’alternative est donc claire : ou le paiement de la dette est assuré et la protection sociale est disloquée, les besoins sociaux et les services publics sacrifiés(9), ou il y a arrêt du paiement de la dette et droit du travail, droits sociaux et services publics sont préservés. Qui pour porter ces exigences ? Quel front du refus ?

Charlotte Géhin.

Vice -présidente du CADTM France.

http://www.cadtm.org/

(1) Projet de forme unique du contrat du travail qui allégerait notamment les exigences juridiques de licenciement à l’égard de l’entreprise. Projet déjà mis en place en Italie, en Espagne…

(2) La Banque centrale européenne (BCE), financée par les pays membres, accorde des prêts des aux banques, elles-mêmes détentrices des créances des Etats. Rien qu’en Décembre 2011, 523 banques ont emprunté à la BCE près de 500 milliards d’euros pour 3 ans à un taux voisin de 1% lorsqu’elles prêtent aux Etats à des taux variant de 7% pour l’Espagne, jusqu’à 18% pour la Grèce…

(3) Les investisseurs institutionnels : banques, fonds de pension, compagnies d’assurance et autres organismes de placements collectifs.

(4) Economiste à l’école des Hautes Etudes. Il dirige depuis 1996 le Centre d’études des modes d’industrialisation (CEMI-EHESS). Emission Là -Bas si j’y suis, «  Les financiers au coin du feu ».

(5) Le 4 Avril 2012, Dimitris Christoulas, pharmacien retraité de 77 ans, s’est suicidé à Syntagma, place principale d’Athènes.

 (6) Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. Il inscrit dans la Constitution des pays la «  Règles d’Or », donc un déficit proche de 0 qui oblige à l’austérité, il donne le pouvoir aux autorités européennes non démocratiquement élues, il inclut des clauses de sanctions en cas de déficits. Il prévoit des projets de réforme pour chacun des pays membres et l’envoi d’émissaires pour assurer son bon fonctionnement.

(7) François Hollande a annoncé la renégociation du TSCG. Il la fera avaliser auprès du Conseil Européen. Un compromis entre Hollande et Merkel fait part d’une annexe ajoutée au Traité concernant la croissance.

(8) FMI, Banque Centrale Européenne, Commission Européenne.

(9) Le chantier est déjà en oeuvre : RGPP, flexibilité du marché du travail, durée légale, retraites… La révision générale des politiques publiques entamée en 2007consiste en une restructuration des missions et actions de l’État, avec de la mise en oeuvre de réformes structurelles (non-remplacement de postes de départ à la retraite etc.). Les mesures de défiscalisation des heures supplémentaires prises par le gouvernement de François Fillon en 2007 avantagent le patronat français.

COMMENTAIRES  

12/05/2012 08:21 par babelouest

Je vois mal Hollande taper du poing sur la table en disant "Votre Dette, vous savez où vous pouvez la mettre !".

C’est pourtant la seule solution, celle que préconise le programme "L’humain d’abord". Qu’importe la faillite de quelques banques ? Il suffira que l’État les rachète très légalement d’un euro symbolique. Elles périront de leur boulimie.

Quant aux possessions de gros "investisseurs" comme Goldman Sachs, elles seront nationalisées sans autre forme de procès. Ceux-là aussi doivent payer, et surtout ceux-là . Guerre à la finance ! Les pays qui l’ont osé ont gagné.

Quant à la banque centrale, elle est un service public. Rien de plus. L’État doit en payer les agents, mais ne lui doit aucun intérêt sur les sommes avancées pour cause d’investissement. J’imagine la tête des traders et des cambistes de Londres...

13/05/2012 08:56 par BertrandF

« Quelle voie sera forcée d’emprunter le président et son gouvernement ? »
Amusant ! il existe une voie qui sera contrainte d’emprunter le président. A quel taux ?
On suppose qu’il faut lire « Quelle voie seront forcés d’emprunter le président et son gouvernement ? »

13/05/2012 09:21 par legrandsoir

« Quelle voie sera forcée d’emprunter le président et son gouvernement ? »
Amusant ! il existe une voie qui sera contrainte d’emprunter le président. A quel taux ?
On suppose qu’il faut lire « Quelle voie seront forcés d’emprunter le président et son gouvernement ? »

Bien vu. Merci BertrandF.

Mais vous auriez dû écrire : « il existe une voie qui sera contraint d’emprunter le président ».

15/05/2012 02:20 par ADSKIPPY

" NE JAMAIS FAIRE CONFIANCE A CEUX QUI NE CHERCHENT QUE LEURS INTERETS PERSONNELS, POUR GERER LES BONNES INTENTIONS DESTINEES A TOUS".

Le Marche Commun et ses institutions politique et economique, n’as jamais eu comme objective principale, le bienetre de ces citoyens. Au contraire, tout est concue, d’une maniere tres delibere, PAR et POUR le benefices des "elites corporatistes" et grands puissances d’argent. Tout ca avec la complicite de leurs "serviteurs fideles", politiciens et technocrats.

"PRIVATISER LES PROFITS ET SOCIALISER LES PERTES"

Les grands puissances d’argent, n’ont pas d’egards pour aucun pays ou peuples et ne les consideres que comme victimes de circonstances. Tout debat sur d’aspects "micro-economique" de l’EURO, n’est que distraction, car c’est l’ensemble des institutions qui sont en cause, d’avoir, sciemment, crees et encourages le monstre, la "Dette".

15/05/2012 20:43 par Mariethé

Mais vous auriez dû écrire : « il existe une voie qui sera contraint d’emprunter le président ».

et pouquoi pas " il existe une voie que sera contraint d’emprunter le Président " .

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