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Un solférinien mangeait son chapeau devant les petits fours

Le Grand Soir s’est invité au dîner de l’Elysée avec Raul Castro le 1er février 2016

Un sympathisant, introduit dans l’entourage de Hollande, nous a refilé un carton d’invitation traficoté (ci-contre). Muni de ce Sésame, notre agent LGS 117 s’est glissé dans la foule en partie composée de courtisans qui auraient applaudi naguère si Cuba avait péri sous les missiles US. Mais là (puisque Obama a décidé de chagriner le parti républicain US par la normalisation), ils se bousculaient autour du président cubain, quêtant un regard, un sourire, n’osant espérer une poignée de mains à raconter illico par texto à la terre entière dont une partie penserait aussitôt : « Pauvre idiot, qu’est-ce qu’on en a à fiche, et pourquoi c’est important ? »
LGS

C’était dans la douceur d’une soirée d’hiver qui fit croire à Raul qu’il ne neigeait pas plus à Paris qu’à La Havane, ce qui était la seule explication plausible à la présence de centaines de dormeurs sur les trottoirs, couchés sur des cartons, peinards, à la fraîche. Quiconque n’est jamais sorti de Cuba imagine mal ce droit octroyé dans le monde libre, de dormir à la belle étoile. On voit presque autant de dormeurs en plein air à Paris que des musiciens dans les rue de La Havane.

Le décor était autre à l’Elysée, dans une débauche de bouquets de fleurs, d’inconnus gras et entichés d’eux-mêmes, de marbre, de députés (si souriants qu’on ne pouvait deviner lesquels craignaient une révélation du Canard Enchaîné ouvrant sur une mise en examen), de dorures, de ministres satisfaits, de lustres de cristal, de moquettes épaisses comme le dossier judiciaire de Bernard Tapie, d’artistes mégalos, de bouteilles de champagne fraîches comme les relations entre Christiane Taubira et Manuel Valls, de larbins obséquieux (fiers de travailler à l’Elysée), de messieurs en costumes sombres comme leur âme, de dames emperlouzées comme la Castafiore et d’un buffet incroyable : petits fours fondant dans la bouche et petits chapeaux difficile à avaler : Fabius (le père, pas le millionnaire non imposable) y passa la soirée la plus masticatoire de sa vie.

Les chapeaux de Fabius

Le 19 juin 2003, il pleurnichait dans le Nouvel Obs (pardi !) : «  Cuba, l’île de nos rêves brisés est devenue celle de tous les cauchemars ».

Le 29 octobre 2005, dans Libération (re-pardi !), Laurent Fabius s’alarmait : « Répression à Cuba, il faut agir ». Et de dénoncer les « conditions de détention barbares » imposées là -bas aux « combattants de la liberté » dont plusieurs font « une grève de la faim de plusieurs semaines ». Il invitait à se mobiliser contre un régime qui « démontre une fois de plus son caractère odieux » et il appelait » le gouvernement français et l’Union européenne à faire pression sur le gouvernement cubain ».

Le 12 avril 2014, il était à Cuba (où il mangea de la langouste et son chapeau) : affirmant qu’il avait parlé avec Raul Castro « entre amis », que « débloquer le dialogue politique, cela ne veut pas nécessairement dire qu’on est d’accord sur tout. Il y a des trajectoires historiques différentes, avec des sensibilités distinctes », que « Cuba a réalisé des avancées spectaculaires, par exemple dans le droit à l’éducation et le droit à la santé. ». qu’il voulait « aider au rapprochement entre l’Europe et Cuba », que « s’il existe des différences entre la France et Cuba, les convergences sont également très nombreuses », et que « les deux pays partagent « une même passion pour l’indépendance ».

Le 1er février 2016, nous le retrouvons à l’Elysés, tout sourire faisant des courbettes devant le président cubain qui n’est pas dupe (il a lu les fiches Wikipedia des Fabius). La rumeur dit que Fabius (Laurent, pas le millionnaire oisif) a acheté une chapellerie pour s’entraîner. En tout cas, il déchire un feutre à belles dents en proclamant, bravache, entre deux déglutitions laborieuses, qu’il regrette que ne soient pas servis aussi des casquettes de guérilleros et le béret du Che.

Un impertinent (car des amis français de Cuba, dont la liste a été dressée par l’ambassade, sont dans les locaux) veut lui demander ce qu’il pense du « régime odieux » d’Haïti sous le « barbare » baby Doc, bourreau de son peuple, fusilleur d’écoliers qui a vécu 25 ans en France en toute liberté car l’asile lui fut donné par... le Premier ministre de l’époque : Laurent Fabius. Mais Lolo lui fait signe qu’il a la bouche pleine. Le ruban du chapeau, ça s’avale presque comme un spaghetti, mais le reste...

Fin janvier 2016, le site du ministère des Affaires étrangères nous a appris que Fabius est retenu le 1er février 2016 à 17 heures pour un entretien, puis à 20 heures pour un dîner avec « M. Raul Castro, président du conseil d’Etat et du conseil des ministres de la République de Cuba ». Il n’est plus « barbare » ni « odieux » le président Raul Castro. Et on ne dit plus « dictateur », mais « Monsieur » car Obama a fait envoyer des « éléments de langage » à Paris.

Et pourquoi donc ce revirement des Français ?

Cuba a-t-il changé son système politique, médiatique, judiciaire, électoral, économique comme le réclament depuis 50 ans les USA et leurs domestiques européens ? Non.
Cuba a-t-il autorisé les femmes à sortir sans voile, sans leur mari, ou frère, ou fils comme chez notre ami l’Emir d’Arabie Saoudite ? Oh oui ! Depuis toujours.
Cuba a-t-il renoncé à décapiter, lapider, couper des mains ? Non, cela ne fut jamais en vigueur.
Cuba a-t-il renoncé à faire mourir par paquets de 12 des travailleurs immigrés sur les chantiers ? Ces crimes légaux sont commis chez notre grand ami le Qatar.
Cuba a-t-il décidé de soigner sa population, de scolariser tous ses enfants, d’offrir à tous un toit, de la nourriture, une retraite ? Oui, depuis 1959.
Cuba a-t-il cessé de bombarder des pays plus faibles que lui pour leur piquer leur pétrole ? Ce sont là les pratiques des USA avec la France comme supplétive.
Cuba a-t-il enfin renoncé à assassiner la nuit les opposants dont les cadavres castrés sont découverts dans les caniveaux au petit matin ? Ces méthodes étaient celles du dictateur Batista, la créature cubaine des USA.
Cuba vient-il de mettre fin à sa politique de ségrégation raciale qui fait que moins de 2 % de la population est métissée ? Voyons, vous nous parlez là des USA.
Les policiers cubains blancs vont-ils arrêter de tuer des enfants noirs dans les rues ? Ils ne l’ont jamais fait.
Les restructurations d’entreprises avec mise au chômage vont-elles enfin cesser avec leur cortège de ruine des salariés et la saisie de leur maison ? Cela n’est jamais arrivé depuis 1959.
Cuba a-t-il décidé de rendre obligatoire une religion et une seule ? Cette loi s’applique plutôt chez quelques-uns de nos amis pétroliers.

Alors, qu’est-ce qui a changé sur le socle du socialisme à la cubaine ?

Rien de fondamental. Aucun principe n’est abandonné. Des ajustements s’opèrent, imposés par les temps nouveaux et par le rapprochement avec les USA. Mais le système cubain reste foncièrement le même et ne changera pas sous la pression de l’extérieur. C’est la locomotive mondiale Obama qui a bifurqué, et les wagons français suivent.

Un verre en main, j’admire les salons de l’Elysée. Luxe, calme et volupté. Je laisse tomber un moment Fabius et j’essaie d’approcher Raul Castro. Mais c’est impossible : il est cerné par une foule de frotte-manches, de toco-manetos, de flagorneurs dont certains le couvent de regards énamourés, comme s’ils n’avaient pas rêvé 1000 fois de voir La Havane connaître le sort de Bagdad et le président cubain finir comme Kadhafi.

En tout cas, je peux voir qu’il tient un verre de champagne et qu’il enfourne un petit gâteau à la crème. Je savais (mais je voulais vérifier) qu’il ne mange jamais sa casquette. Un de ses rares et discrets garde du corps, que j’ai soudoyé en lui promettant de lui présenter Pamela Anderson (pour boire un verre et plus si affinités) et Nadine Morano «  pasqué yé vo rigoler oun po, sinon c’est tristé Parisss » (les Cubains sont des blagueurs de première) me confie que Raul sourit en cachette (diplomatiquement) devant la débauche de drapeaux cubains flottant sur les Champs Elysées, chose impensable il y a si peu de temps.

Un dame brune qui ressemble vaguement à Anne Hidalgo me dit : « Savez-vous qu’il est reçu en Visite d’Etat  ? C’est le summum protocolaire au-dessus de visite officielle, visite de travail et visite privée. Seules trois à cinq visites de ce type sont organisées chaque année ».

Ce que je sais c’est que Reporters sans frontières s’étrangle : avec les dollars reçus d’officines écrans de la CIA, la fausse ONG a inondé les médias d’un cri de protestation aussi long que son silence quand les militaires US zigouillaient des journalistes en Irak ou les torturaient à Guantanamo.

Je trinque avec Nathalie Cardone, interprète de la bouleversante chanson sur Che Guevara « Hasta siempre ». Arrive vers nous l’actrice Virginie Efira qui nous annonce qu’elle ne joue plus au poker. Je m’en fiche comme d’une chemise de DRH : je ne savais même pas qu’elle y avait joué. David Guetta est là aussi avec sa copine, Jessica Ledon, mannequin cubaine de 22 ans. Un journaliste du Parisien me confie que le DJ prépare un grand concert à Cuba. Je le remercie du tuyau en lui montrant Jean-Pierre Bel, ami de Cuba, ancien président du sénat, poste auquel il a renoncé par amour pour sa femme, une superbe Cubaine. Parodiant Valls parlant d’un autre pays, il pourrait dire : « Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté cubaine et à Cuba. Quand même, merde ! » En tout cas, ça va pour lui : il est aujourd’hui envoyé spécial personnel de François Hollande pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

Un journaliste de la presse écrite (dont nous tairons le nom parce qu’on n’attaque pas ad hominem les alcooliques) zigazgue, assez éméché, en demandant ici et là si quelqu’un a vu « Hector Delage ou Maurice Vivace » (sic) du Grand Soir qui ne cessent de dire que son journal est la bénédiction des poissonniers et des cabanes du fond de jardin pourvues d’un clou pour y accrocher les feuilles découpées en carrés. Il est très énervé et agressif. Heureusement, les deux administrateurs sont en salle de rédaction du GS en train de préparer la « une » du journal militant d’information alternative. Impossible d’être en même temps à la tâche (où ils se complaisent) et aux honneurs (dans l’ivresse vaine des bulles éphémères).

Je suis averti du danger par un diplomate de l’ambassade, par un invité de Cuba Linda, par un autre de l’association France Cuba et par un autre de Cuba Coopération (quatre sources sures). Je décide d’affronter le fâcheux en me présentant comme mercenaire médiatique appointé par Reporters sans frontières et Le Monde. Je lui désigne deux malabars à oreillettes, sympas comme Cambadélis devant des jeunes socialistes qui le sifflent à La Rochelle. Ce sont des gardes du corps de Hollande. Je dis : « Les voila ! Ils ont l’air costaud mais ils sont tout mous. Tape d’abord, discute ensuite ! ».

La soirée avance : toujours pas de Julie Gayet en vue, pas même un socialiste, mais on croise Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, Gérard Larcher, président du Sénat, Segolène Royal, Jack Lang (comment l’éviter ?) Alain Robert, Fleur Pellerin (récitant du Modiano), l’architecte Jean Nouvel, David Douillet, Elisabeth Guigou, Marisol Touraine, Michel Sapin, Laurence Ferrari, Sergio Coronado (député des Français à l’étranger : Amérique latine), des patrons du CAC 40 et le général Benoît Puga, chef d’état-major particulier du président de la République. J’essaie en vain de voir s’il transporte la valise nucléaire. Je la lui piquerais bien pour la refiler à Raul, juste le temps de rigoler un peu, quoi.

J’aperçois pourtant quelques Français qui n’ont pas peur du mot socialisme dans son acception jauressienne : Eric Tachou et Ana Katherine Martinez du bureau national de l’association France Cuba, Pierre Laurent, secrétaire du PCF, Jean-Luc Mélenchon (1), André Chassaigne, député communiste et grand ami de Cuba, Didier Lalande de Cuba Linda, Ignacio Ramonet, Maurice Lemoine, Pascal Joly de la CGT, Rémy Herrera, universitaire...

Difficile parfois de distinguer entre l’être et le paraître. Par exemple, tenez, près d’une fenêtre, j’aperçois Robert Hue, liquidateur du PCF, aspirant à un poste ministériel (un secrétariat d’Etat ferait l’affaire) tapant le baratin à tous ceux qui pourraient parler de lui au président. Tous fuient assez vite pour ne pas prendre froid : on sait que les girouettes se plantent là où il y a du vent.

Un peu plus tard, le même Robert Hue pérore devant les malchanceux qui sont à sa table. Le dialogue qui suit est authentique, même s’il est nul :
Robert Hue : Moi j’étais à Cuba en 1995, voir Fidel Castro.
Inconnu : Ah bon ?
RH : Oui, à cette époque j’étais secrétaire général du Parti communiste.
Autre inconnu : Quelle chance !
RH : Ben, c’est Georges Marchais qui m’avait désigné comme son successeur.
Inconnu (interloqué) : Tiens donc !
RH : (Très ironique et fier de lui) : Vous savez le PC était déjà très démocratique à l’époque (Rire).

Et voila : cracher dans la soupe communiste, ça n’a jamais empêché de devenir ministre « socialiste ». Ça peut aider, vous croyez ?

Dans les salons feutrés, la rumeur court (invérifiée et sans doute fausse) que Rachida Dati vient d’essayer d’entrer, voulant embrasser Raul comme Danièle Mitterrand embrassa Fidel en 1995 sur le perron de l’Elysée, geste qui lui assura une notoriété mondiale. Dati aurait été refoulée par un vigile poli mais ferme : « Excusez-moi, Igor ou Grichka (je vous confonds toujours), mais vous n’êtes pas invité ».

Par contre, il est avéré qu’un pitre s’égosille dehors : c’est l’anticastriste de service que les médias nous ressortent à chaque occasion. Il s’appelle Jacobo Machover, il écrit des livres que les éditeurs anticastristes éditent parce que l’anticastrisme se vend. Il laisse dire aux médias qu’il est « un Cubain en exil depuis les années 60 » parce que cette précision liée à son activisme laisse croire que son courage d’opposant a été réprimé. Sauf qu’il avait 9 ans quand il a quitté Cuba. Quel guignol ! A Cuba on appelle les gens comme lui « los gusanos » (les vers de terre).

Puis, c’est le repas gastronomique rassemblant 200 convives choisis par les deux chefs d’État.

A la table d’honneur, outre François Hollande et Raul Castro : Barbara Hendricks, Gérard Larcher, Ségolène Royal, Laurent Fabius, Claude Bartolone et d’autres que j’oublie, mais assez gais. On entend rire au moindre mot d’un président Hollande, réjoui, rose, enrobé et resplendissant sous son reste de cheveux de jais.

Au menu  : Saint-Jacques, dos de bar et entremets. Vins fins de la cave de l’Elysée (du Saint-Emilion).

On a frôlé l’incident quand un serveur, croyant bien faire, a posé devant Raul Castro un Congri (plat national cubain fait d’oignons, de riz blanc, de haricots noirs et de morceaux de poulets ou de lard). Par bonheur, Hollande, plus vif à table que dans son bureau, a ordonné que le plat soit servi à Fabius qui commence à fatiguer des mâchoires. Il le fait d’autant plus volontiers qu’il craint que Fabius ne lui demande de manger lui aussi un bout de chapeau. Dame ! Hollande n’avait-il pas déclaré dans une longue chronique à charge publiée par le Nouvel Obs (pardi !) le 27 février 2003 que «  La belle révolution de 1959 contre la dictature de Batista, celle qui avait fait lever tant d’espérance au-delà même de l’Amérique latine, celle qui avait inspiré tant de rêve et de générosité partout dans le monde, s’est transformée en cauchemar politique » ?

Raul demande à son hôte s’il compte garder longtemps Fabius au ministère des Affaires étrangères. Hollande répond qu’il vient de lui donner une planque (la planque des planques) hors du gouvernement (Conseil Constitutionnel) et qu’il sera remplacé par un solférinien de gauche si on réussit à en trouver un. Puis, Hollande parle de Macron, Castro comprend « Maricon » et la confusion les fait rire de bon cœur, comme si l’énarque avait soudain oublié que le guérillero est un barbare odieux qui fabrique des cauchemars.

A table

J’ai eu un moment d’angoisse pour trouver une place à une table puisque rien n’était prévu pour moi. Par bonheur, j’ai vu un serveur débarrasser un couvert d’un invité absent. J’ai prétendu que c’était moi, un peu en retard, et j’ai pu m’asseoir. Je suis à une table de 12 avec des patrons du CAC 40 qui me regardent, suspicieux. Je débite une phrase comme : « Les places financières creusent leurs pertes depuis l’ouverture dans le sillage de la retombée de l’or noir qui pèse lourdement sur le compartiment des pétrolières. Total et Technip enregistrent des replis de l’ordre de 3.5%. Les valeurs bancaires sont également très mal orientées ainsi que le secteur automobile » et ils jacassent là-dessus pendant tout le repas sans plus s’occuper de moi et sans même s’intéresser à ce qu’ils mangent. Ils ne boivent que de l’eau, en plus. J’ai fait un sort aux bouteilles. Hé, c’est avec mes impôts, non ?
La garde républicaine joue de la musique cubaine en accompagnant un chanteur et une chanteuse : Guantanamera, Qui saz, qui saz, qui saz...

La question des droits de l’homme

Au moment du dessert, Hollande, poussé par l’intelligentsia médiatique, ose aborder la question des droits de l’homme  : « C’est vrai qu’en condamnant à la prison des syndicalistes de Goodyear, en désespérant les salariés d’Air France et en poussant au suicide les salariés de France Télécom, on a failli ».
« Et les emprisonnements de vos dissidents Basques et Corses ? », demande Raul.
« Heu, dit Hollande, on essaie heu de préserver l’unité de heu la patrie ».
« Vous ne laissez plus les Espagnols des GAL (Groupes antiterroristes de libération) venir tuer les Basques chez vous ? ».
« Noooon, c’était sous heu Pasqua. Nous on se contente heu de poursuivre les Français qui heu braillent trop fort qu’ils ne sont pas Charlie ».
« Et pourquoi vous avez tant de chaînes de télévision et toutes pour le capitalisme, aucune pour le socialisme ? » s’étonne Raul Castro. «  Et pourquoi quand le peuple vote non au référendum vous faites comme s’il avait dit oui, et pourquoi on voit des hommes armés en uniforme partout à Paris, et c’était quoi, déjà votre phrase du Bourget sur votre adversaire qui ne se présente pas aux élections mais qui gouverne ? Et Djérôma Cahoussac, c’est lui qui vous colle des cheveux sur la tête ou bien il est en prison comme un jeune de banlieue qui a croisé un policier de la BAC ? Et celui qui a chassé Daniel Mermet, il a toujours une belle voiture et un bureau plus grand que le mien ? Et pourquoi tous vos journaux appartiennent à des banquiers et aucun à un parti de gauche ? Et pourquoi les Français qui meurent dans vos commissariats sont bronzés ? Et qu’est-ce qu’ils pensent de la liberté ceux qui font la queue aux restaurants du coeur ? C’est quoi que vous appelez « les sans-dents » ? On m’a dit que vous avez créé une Jungle à Calais : les animaux n’ont pas trop froids ? Est-il vrai qu’en France, on peut être ministre et même Premier ministre comme Villepin sans s’être une seule fois présenté à une élection ? Et Valls (absent) il est hospitalisé pour son cou raide et un regard halluciné à faire avouer à ses ministres qu’ils ont un compte en Suisse ? ».

Drôlement en forme, l’octogénaire ; ça conserve la Sierra Maestra et les croisières en Granma ! François Hollande a retenu la célèbre phrase lancée en 2007 par le roi d’Espagne au président Chavez (« ¿Por qué no te callas ? »), mais il ne peut la dire sans provoquer un incident et puis, avec son accent de l’ENA, il craint de faire rire Jean-Luc Mélenchon qui parle couramment l’espagnol. Alors, il dit qu’il va créer une commission (« Capitalisme et liberté ») et tout ça. Heu !

Bon, au final, la nourriture était bonne, des accords commerciaux ont été signés (dans les domaines du tourisme, du transport et du commerce équitable), la dette de Cuba est en partie annulée et la France réclame la levée du blocus. Cuba, qui résiste depuis 1959 à la plus formidable puissance du monde, la plus menaçante, la plus meurtrière à travers tous les continents (avec le consentement, voire le concours d’une Europe couchée et complice), Cuba est renforcé par la visite de son président à Paris.

Cuba ne renoncera pas à sa politique qui fait sa gloire et sa grandeur : servir son peuple, tout son peuple, sans sacrifier son honneur et sans cesser d’être solidaire des pauvres de ce monde.

Agent LGS 117
(Se no e vero...).

(1) Les médias (indécrottables) s’étonnent de la présence de Jean-Luc Mélenchon à ce dîner, mais trouvent normal d’y voir des anticommunistes et anticastristes patentés faire des sourires à un frère Castro. A la sortie du dîner, Mélenchon a eu sur Hollande ce mot qui répond à tous : « Il n’est pas que mauvais cet homme, il lui reste bien un petit quelque chose de bon. Ce quelque chose de bon, c’est Cuba ».

Vidéo : deux interventions (toast) des deux chefs d’Etat (22 mn en tout).
http://www.elysee.fr/videos/toast-lors-du-diner-d-etat-en-l-honneur-de...

URL de cet article 29893
   
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paru dans l’International Herald Tribune, 26 juin 2000.


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