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LE RAPPORT GOLDSTONE : Est-ce la fin de l’impunité d’Israël ?

« D’habitude on parle de tuer le messager qui porte la mauvaise nouvelle. Ici, il s’agissait de tuer dans l’oeuf le message avant même qu’il ne soit entendu. »

Le juge Goldstone auteur du rapport accusant Israël

Fin septembre 2009, un coup de tonnerre aux Nations unies est venu rompre la monotonie de ce « grand machin » pour reprendre l’expression du général de Gaulle. Est-ce l’annonce qu’Obama allait assister à une session du Conseil de sécurité ou encore les gesticulations pathétiques du leader libyen avec sa « tente à roulettes » ou avec son voeu pieux de déplacer le siège de l’ONU ? Non ! C’est beaucoup plus, en l’occurrence, le Rapport Goldstone, sur ce qui s’et passé à Ghaza. Ce brûlot est un réquisitoire unique, pour la première fois dans l’histoire de la création par les Occidentaux de l’Etat d’Israël, comme solde de tout compte de Juifs massacrés en Europe. La mission d’enquête n’eut pas la tâche facile, Israël ayant refusé de coopérer.

« Anticipant une campagne de dénigrement, écrit Robert James Parson, la Mission d’enquête du juge Goldstone a livré ses accusations de « crimes de guerre » à la presse bien avant le débat au Conseil des droits de l’homme. Son caractère explosif et dévastateur pour Israël n’en a été que plus affirmé. Le ton de cette attaque en règle avait été donné la semaine dernière à New York par l’ONG « Eye on the UN », qui avait qualifié par avance toute critique contre Israël de « calomnie onusienne sanguinaire contre l’Etat juif. Le catalogue de crimes attribués à Israël - de guerres et éventuellement contre l’humanité -, ainsi que de violations du droit international, est long et détaillé. Le rapport constate que « les forces armées israéliennes ont une capacité significative à effectuer des frappes de précision (...) Compte tenu de la capacité de planifier, des moyens d’exécution des plans en utilisant la technologie la plus poussée qui soit, et des communiqués des militaires israéliens affirmant qu’il n’y eut presque aucune erreur, la mission conclut que les incidents et la configuration des événements examinés dans le rapport sont le résultat d’une planification et de décisions politiques délibérées ». M.Goldstone a également déploré le refus de coopération des autorités israéliennes, qui a obligé la mission à tenir des auditions de Palestiniens et d’ONG israéliennes à Genève. » (1)

Les euphémismes du juge
« Le problème, pour Israël, est simplement la béante disparité entre les dégâts causés par ces missiles artisanaux et la destruction colossale des infrastructures civiles. Le rapport mentionne entre autres que 14 466 maisons ont été endommagées - dont 3 354 détruites - par les forces israéliennes. Pis, selon l’enquête, les autorités auraient appelé à la destruction de cent maisons pour chaque missile déjà tiré. Les chiffres des victimes font écho à cette disparité. Du côté palestinien, le rapport estime les décès entre 1387 et 1417 morts (1444 selon l’Autorité palestinienne ; 1166 selon Israël). En face, l’Etat hébreu parle de quatre morts causées par des tirs de missiles dans le sud du pays. A Ghaza, neuf militaires auraient péri, dont quatre victimes de tirs « amis ». De surcroît, Israël doit trouver fort inquiétant le cadre temporel du rapport, qui commence le 19 juin 2008, moment où le gouvernement d’Ehud Olmert et le Hamas concluent un cessez-le-feu. Le récit du conflit intègre donc le blocus et relève qu’il constitue une violation grave des Conventions de Genève.(1)

Tapis au fond des presque six-cents pages du Rapport Goldstone, quatre paragraphes traitent des armes utilisées par Israël contre les Ghazaouis. Ils parlent du phosphore blanc, « qui doit être interdit ». « La mission a également reçu une information qui prétendait que l’analyse d’un filtre à air d’une ambulance qui roulait dans la région de Beit Lahia pendant les opérations militaires montrait des niveaux inhabituellement élevés d’uranium non appauvri et de niobium dans l’air. Le Rapport Goldstone fait remarquer : « Les tactiques utilisées par les forces armées israéliennes à Ghaza sont conformes aux pratiques précédentes, plus récemment pendant la guerre au Liban en 2006. A l’époque, un concept connu comme la « doctrine Dahiya » en a émergé, qui implique l’application d’une force disproportionnée et la provocation de gros dégâts et destruction à la propriété et à l’infrastructure civiles ainsi qu’une grande souffrance aux populations civiles. » (1)

Les termes de ce rapport auraient, semble-t-il, été adoucis. En effet, Nicole la fille du juge Goldstone juif de confession, dit que son père a beaucoup réfléchi pour ne pas trop accabler Israël. Et pourtant, il est qualifié de juif « obséquieux » dans les journaux israéliens. Ecoutons-la : « La participation de mon père a adouci (Softened) le rapport sur Ghaza. Si Richard Goldstone n’avait pas pris la tête de l’enquête de l’ONU sur la guerre de Ghaza, les accusations contre Israël auraient été bien plus dures », a affirmé Nicole, la fille de Goldstone qui est une inconditionnelle d’Israël à tel point qu’elle envisage d’y venir habiter. Dans une interview menée le 23/09 en hébreu sur la Radio de l’Armée israélienne, elle déclare : « Mon père s’est attelé à ce job parce qu’il pensait faire de son mieux pour la paix, pour tout le monde mais aussi pour Israël. » (2)
La singularité d’Israël est que c’est le seul pays du Moyen-Orient où la démocratie, la liberté de la presse est une réalité quand il s’agit d’affaire touchant les Israéliens. Ainsi Ehud Olmert va comparaître en justice, un président est condamné par la justice. Quand il s’agit de ses relations avec les Arabes, Israël pratique un racisme et un déni d’existence pour le peuple palestinien. Olivier Bonnet raconte comment des journalistes israéliens courageux défient le pouvoir en prenant position pour la justice notamment dans ce Rapport.

Ecoutons- le : « Gideon Levy, éditorialiste et membre de la direction du quotidien Haaretz, que Le Monde a surnommé « une épine dans le flanc d’Israël », est l’honneur du journalisme israélien. Il a signé dans l’édition électronique d’Haaretz du 17 septembre dernier un texte poignant, traduit en français par Info-Palestine sous le titre d’Eviter la honte à La Haye. Nous le publions à notre tour, en le dédiant à ceux des nombreux juifs de notre pays si aveugles dans leur défense inconditionnelle de l’Etat hébreu. Aux dirigeants du Crif, aux Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler ou autre André Glucksmann, ainsi qu’à nos gouvernants complices, nous proposons de méditer la proposition suivante : les Justes d’aujourd’hui sont aux côtés du peuple palestinien opprimé. « Il y a un nom sur chaque balle, et un responsable pour chaque crime. (..) Il est maintenant superflu de demander si des crimes de guerre ont été commis à Ghaza, car la réponse nette et qui fait autorité a déjà été donnée. Aussi, la question qui doit être posée maintenant est : qui est responsable ? Des crimes de guerre ont été commis à Ghaza, il s’ensuit qu’il y a des criminels de guerre en liberté parmi nous. Ils doivent en être tenus responsables et punis. Telle est la conclusion rigoureuse qu’il faut tirer du rapport concis des Nations unies. » (3)

« Depuis presque un an, Israël essaie de soutenir que le sang versé à Ghaza n’était que de l’eau. Un rapport suit un autre rapport, avec les mêmes résultats effroyables : un siège, du phosphore blanc, le mal fait à des civils innocents, une infrastructure anéantie ; des crimes de guerre, dans tous les rapports sans exception. (...) Cette agression aurait dû soulever un tollé immédiat en Israël. Elle fut un Sabra et Chatila, perpétré cette fois par nous-mêmes. Mais s’il y eut une tempête de protestations dans le pays après Sabra et Chatila, après « Plomb durci », on a décerné des citations. (...) Il aurait dû suffire de regarder la disparité effroyable dans les victimes - 100 Palestiniens tués pour chaque Israélien - pour secouer la société israélienne tout entière. Sous couvert de médias engagés, d’analystes et spécialistes criminellement partiaux - qui, tous ont empêché les informations de paraître - avec un lavage de cerveau d’une opinion publique sans vigilance, Israël s’est comporté comme si rien n’était arrivé. » (3)

Pourquoi Israël nargue la communauté internationale ?

« Les frontières d’Israël sont celles d’Auschwitz » disait Aba Eban ancien ministre des Affaires étrangères d’Israël. La culpabilisation ad nauseam de l’Occident pour ses massacres de Juifs, lui assure un statut d’intouchable constamment conforté par ses lobbys aux Etats-Unis et en Europe. Il faut savoir que malgré la pression internationale, Israël qui a bafoué une centaine de résolutions dont les fameuses 242 et 198 exigeant la restitution de toutes les terres prises lors de la guerre de 1967, s’apprête, allègrement, à ignorer superbement le Rapport Goldstone. Mieux, Benyamin Netanyahu persiste et signe en déclarant poursuivre les implantations malgré les supplications de « tout le monde » Etats-Unis compris qui ont perdu la face. Mieux : Alain Gresh rapporte que selon Héléne Cooper et Mark Landler du New York Times (23 septembre), « In Mideast Peace Bid, Obama Pivots in His Demands », le président Obama aurait prévenu ses interlocuteurs palestiniens « qu’il ne pourrait pas obtenir un gel de la colonisation, mais qu’il pousserait Israël à s’engager rapidement dans des négociations sur le statut final ». En d’autres termes, il demande aux Palestiniens d’accepter la reprise des négociations alors que la colonisation continue, même à un rythme ralenti.(4)

Au contraire, Netanyahou du haut de la tribune désigne « l’ennemi de l’humanité » en la personne d’Ahmadinejad de l’Iran et faisant injonction aux Occidentaux (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) de mettre la pression sur Téhéran. Résultat des courses : Téhéran semble mettre un genou à terre en acceptant que l’enrichissement de l’uranium puisse se faire à l’étranger, s’interdisant du même coup d’être une nation capable de produire de l’uranium enrichi mais s’arrêtant à ce stade, comme l’est le Japon. Israël restera alors le seul détenteur du feu nucléaire au Moyen-Orient. Les potentats arabes ont beau faire voter par « accident » une résolution demandant la dénucléarisation du Moyen-Orient et l’appel à Israël pour coopérer, lui qui n’a pas voulu signer le TNP.

René Naba s’interroge, à juste titre, si Obama n’est pas otage du lobby juif. (...) Mais la récente promotion d’un inconditionnel d’Israël, Dennis Ross, l’un des dirigeants du Washington Institute for Near East Policy (Winep), un think tank satellite de l’Aipac. Dennis Ross est tout à la fois l’auteur du discours de M. Obama devant l’Aipac au lendemain de sa confirmation comme candidat démocrate à la compétition présidentielle et l’un des co-auteurs d’un rapport prônant la manière forte à l’égard de l’Iran. Sa désignation pourrait être interprétée comme la marque de la gratitude présidentielle à l’égard d’un collaborateur efficace dans la collecte de voix juives durant la campagne électorale.(5)

L’Aipac a bien placé ses relais. Il faut savoir que le secrétaire général de la Maison- Banche est un ancien réserviste de l’armée de l’air israélienne De plus, l’Administration Obama avait choisi, début mars, le diplomate Charles W.Freeman pour occuper le poste de président du « National Intelligence Council ». Il vient de renoncer à ce poste en accusant les lobbys pro-israéliens d’avoir mené une violente campagne contre lui. Il n’y a que la Suède à avoir tenu tête à Israël malgré les pressions intolérables pour censurer le journal suédois confirmant le commerce d’organes pratiqué contre des martyrs palestiniens.
En France, le Crif actuel, depuis Roger Cuckermann, est un inconditionnel d’Israël. Représente-t-il tous les Juifs ou les a-t-il pris en otage ? Dans le journal Marianne, Jean Daniel s’en prend au Crif et à sa soi-disant « représentativité ». « Cela fait désormais trop longtemps que le CRIF s’autoproclame une représentation, qui est infondée et souvent nocive. Quelle que soit la qualité de certains qui en font partie et qui se déclarent à regret minoritaires, il faut bien constater que les dérapages communautaristes du Crif deviennent de plus en plus nombreux et alimentent un antisémitisme à la fois insidieux et secret. » (6)

Une autre analyse va plus loin, elle parle d’une colonisation de la France par le Crif : « Il est manifeste que les groupes d’influence qui défendent les intérêts de la Communauté juive en France, sont plus actifs qu’ailleurs. De nombreux Juifs, néanmoins, contestent sa représentativité, allant jusqu’à remettre en cause sa légitimité. D’un mot, Abraham Burg résume : « Israël vit par l’épée ». Violence d’Etat intolérable ! Et les Palestiniens continuent de payer, injustement, pour ce que les Juifs ont subi...Comment le Crif pourrait-il être crédible, alors qu’il soutient un gouvernement criminel, violant constamment le Droit, les résolutions internationales. (...) C’est ce pays qui a eu des dirigeants comme M. Begin, prix Nobel 1978, déclarant sans ambages : « Notre race est la race des maîtres. Nous sommes des dieux divins sur cette planète. Les autres races sont comme l’excrément humain. Notre destin doit être de régner sur ces races inférieures. »

La politique intérieure de la France porte également la marque du Crif. (...) Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où règne la peur, l’intimidation, l’insinuation, la délation, la flagornerie, le chantage... Voilà la France d’aujourd’hui, méconnaissable, hideuse, repoussante... Le Crif et ses amis ont colonisé l’esprit des Français ! Israël a une spécialité, celle de se débarrasser sans scrupules de ceux qui le gênent. Je prétends qu’à défaut, Israël tenta de tuer politiquement le Général. Comment ? En imaginant une situation pouvant le déstabiliser. Et en envoyant un homme, un Allemand, un drôle de rouquin, Cohn-Bendit, fomenter en France une révolution. Celle de Mai 68 ! Le même rouquin fut à nouveau envoyé en 2009 pour abattre le soldat Bayrou, dangereux rival potentiel de Sarkozy.(...). Qui rendra à la France sa liberté, sa dignité, son honneur ? Des Juifs clairvoyants, comme Théo Klein ou Sophie Ernst ? Un autre général de Gaulle, un Chevènement ? Ou nous-mêmes, dans un sursaut salvateur ? »(7)

Pendant ce temps, les gouvernants arabes s’en remettent au sort et laissent les Palestiniens inexorablement disparaître à moins que le Rapport Goldstone, s’il l’est pas « torpillé » par les lobbys, ne constitue un coup d’arrêt à l’impunité d’Israël au nom de tous les droits de l’Homme, de tous les Hommes.

1.Robert James Parson : Le Courrier http://www.lecourrier.ch/index.php?...
2.http//.fonzibrain.worldpress.com/ 2009/09/18/ www.haretz.com/Hasen/spages/5017/html

3.Olivier Bonnet : Agression de Gaza : « un nom sur chaque balle » Agoravox 24 09 2009

4. Alain Gresh : Israël-Palestine, que peut Obama Le Monde Diplomatique. 23 09 2009

5.René Naba : Barack Obama, otage du lobby juif ? 18 Septembre 2009

6.Jean Daniel : La « nocivité » du Crif. Journal Marianne.19 août 2009

7.J’accuse le Crif d’avoir colonisé la France http://r-sistons.over-blog.com 18 09 2009

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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D. Vanhove de formation en psycho-pédagogie, a été bénévole à l’ABP (Association Belgo-Palestinienne) de Bruxelles, où il a participé à la formation et à la coordination des candidats aux Missions Civiles d’Observation en Palestine. Il a encadré une soixantaine de Missions et en a accompagné huit sur le terrain, entre Novembre 2001 et Avril 2004. Auteur de plusieurs livres : co-auteur de « Retour de Palestine », 2002 – Ed. Vista ; « Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes », 2004 (...)
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