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Les médias internationaux se rendent complices de la légitimation des colonies israéliennes (Palestine News Network)

Incroyable mais vrai : plus de 70 journalistes des principaux médias ont pris part à une visite des colonies israéliennes en Cisjordanie palestinienne jeudi dernier 19 janvier.

La chaîne nationale israélienne d’information télévisée, Arutz Sheva, a communiqué la nouvelle le jour suivant, en parlant d’une visite de la Samarie à laquelle s’étaient joints les médias étrangers, sur invitation du directeur du Conseil Régional de Samarie, Gershon Mesika, et du ministre de l’Information de la Diaspora, Yuli Edelstein.

Les participants étaient des journalistes de médias bien connus comme le Guardian britannique, l’agence Reuters et des reporters de France, Pologne, Chine, Allemagne, Amérique du Sud, Etats-Unis, Radio Londres et plusieurs chaînes de TV russes.

On a emmené les visiteurs voir des communautés, des sites industriels, des cultures et des vignobles en Samarie. Ils se sont rendus notamment sur le site industriel de Lipski, au Mont Gerizim, à la communauté d’Itamar et à la ferme de Givot Olam.

Les relais d’information israéliens ont proclamé avec fierté que cette visite de la région était la plus importante jamais réalisée par des reporters et des journalistes étrangers reconnus.

Ce qui est frappant c’est le simple fait qu’une (large) délégation de professionnels des médias internationaux se soit rendue dans des colonies qui sont toutes considérées comme illégales par le droit international. En d’autres termes, un groupe des professionnels des médias appartenant aux pays mêmes qui condamnent les colonies illégales en Palestine occupée, a participé à un événement qui viole manifestement le droit international.

S’il est besoin de rappeler, pour la énième fois, en quoi consistent les colonies, voici ce qu’a écrit la Cour internationale de Justice en juillet 2004 : "Les colonies israéliennes dans les Territoires Occupés Palestiniens y compris à Jérusalem Est, sont illégales et constituent un obstacle à la paix et au développement social et économique [....et] ont été établies en violation du droit international."

Et le paragraphe 6 de l’Article 49 de la Quatrième Convention de Genève stipule que "la puissance occupante ne déportera pas et ne transférera pas une partie de sa propre population dans les territoires qu’elle occupe."

Parmi les journalistes qui ont participé à cette visite dans les colonies, il y avait Lars Larson, un animateur étasunien de radio qui a aussi assisté à une séance de la Knesset portant sur la diplomatie publique et les médias internationaux pendant la semaine.

Larson a déclaré tranquillement que se rendre en ’Judée Samarie’ (dans les colonies implantées dans cette région, pour être précis) ne suscite pas "trop de controverses". Et cela ne nous surprend pas puisque Larsen a exprimé ouvertement son amour d’Israël : "C’est mon quatrième voyage en Israël, j’adore ce pays" a-t-il affirmé, selon Arutz Sheva qui le cite "C’est le seul pays étranger du monde où j’ai exporté mon programme radiophonique".

Il n’est pas surprenant que quelqu’un qui aime tant Israël ne tienne aucun compte des lois internationales puisque Israël viole ces mêmes lois et réussit à maintenir son statut privilégié d’état au dessus des lois. Mais il est plus surprenant d’entendre une telle déclaration publique dans la bouche d’une personne qui est aussi journaliste et qui, pour enfoncer le clou, choisit Israël (ou plus exactement les colonies israéliennes en l’occurrence) pour y diffuser son émission de radio. C’est vraiment, de la part d’un journaliste, un parti pris qui va bien au-delà des opinions personnelles ordinaires.

Pendant la visite des colonies israéliennes Larson a dit à Arutz Sheva une autre chose tout aussi extraordinair, à savoir que la "couverture médiatique est anti-israélienne’’ — on reste sans voix. Non seulement on ne relève pas le moindre commentaire hostile à Israël dans les médias mais Israël exerce au contraire une influence indéniable dans la presse étrangère. Il est clair que l’amitié indéfectible qui lie les Etats-Unis et Israël, ajoutée à la sympathie dont l’état hébreu bénéficie en Europe (encouragée par les lobbys pro-israéliens et les réseaux sionistes) ne peut qu’aboutir à un déséquilibre dans la couverture médiatique des médias dominants, ce n’est pas difficile à comprendre. Pour ceux qui se rendent compte du peu de couverture médiatique dont bénéficient les évènements qui concernent le plus proche voisin d’Israël et pour ceux qui constatent à quel point la réalité quotidienne de la Palestine est peu évoquée dans les médias dominants quand elle n’est pas déformée ou carrément cachée, rien n’est plus étonnant que d’entendre un journaliste affirmer une chose pareille.

A sa décharge, on peut dire que Larson a fait preuve de courage en disant clairement ce qu’il pensait (dans une vidéo diffusée sur le site de Arutz sheva). Mais qu’en est-il des 70 autres journalistes internationaux ? Il aurait été agréable et approprié de savoir ce que les reporters des principaux médias avaient à dire sur leur visite. Sont-ils tout aussi inconscients de s’être rendus dans des colonies unanimement condamnées pour leur illégalité ? Ou les agences médiatiques sous influence israélienne pour qui ils travaillent les ont-elles encouragé à fermer les yeux sur la question des colonies ? Il semble qu’il soit ok pour les médias internationaux de considérer simplement cette visite comme n’importe quelle visite de terrain et de négliger d’informer les auditeurs et les lecteurs sur la teneur du problème.

Le simple fait de visiter des colonies israéliennes en Palestine Occupée est un affront au droit international, cela révèle la complicité des journalistes dans l’effort de légitimation des colonies israéliennes. Pire encore, le fait que les médias internationaux acceptent de se prêter à une visite de ce genre montre qu’ils se rendent complices de l’entreprise de couverture des crimes de guerre d’Israël. C’est une attitude tout à fait indigne qui discrédite les médias principaux et leur travail.

On voit bien la contradiction entre leur comportement et ce qu’on lit dans ces mêmes médias internationaux sur les positions régulièrement réaffirmées de l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’ONU contre l’expansion des colonies sur de la terre (internationalement reconnue) palestinienne ; et sur le fait que la construction continuelle de colonies illégales crée une situation dans les faits qui sabote le processus de paix et rend impossible la création d’un état palestinien viable.

Ironiquement, en début de semaine, nous avons appris par des fuites au Guardian, que dans un rapport confidentiel sur Jérusalem Est, des diplomates européens suggéraient à l’UE de revoir la législation pour empêcher les entreprises et les organisation de s’engager dans des actions qui soutiennent la colonisation israélienne.

La même semaine, nous avons entendu aux nouvelles que le vice-premier ministre anglais avait critiqué violemment la politique coloniale israélienne en Cisjordanie. Nick Clegg aurait dit en référence à la construction des colonies que "c’était une acte de vandalisme délibéré" qui "ruinait" les espoirs de paix.

Parmi les récents rapports condamnant les politiques israéliennes il y avait aussi un rapport de parlementaires français qui soulignait la disparité entre les quantités d’eau allouées aux colons et celles allouées aux Palestiniens en Cisjordanie ; et un rapport interne de l’UE qui critiquait "l’augmentation de la colonisation" en 2011.

Il n’est pas surprenant que la visite d’un grand groupe de journalistes internationaux dans les colonies israéliennes n’ait été mentionnée qu’aux informations israéliennes. Aucun des principaux médias internationaux n’a envie de parler de cette visite embarrassante.

Alessandra Bajec

Pour consulter l’original : http://english.pnn.ps/index.php/israeli-settlements/733-international-...

Traduction : Dominique Muselet

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