Lettre Ouverte à propos d’un Faux Débat

Le numéro de décembre de Points Critiques, organe de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), a publié un dossier sur "la liberté d’expression" qui contient un article par Jean Vogel attaquant Jean Bricmont nominalement et quelques autres qui l’attaquent par allusion. Suivirent d’autres articles ici et là prenant pour cible Jean Bricmont, professeur belge de physique mathématique bien connu pour son opposition à la censure et aux guerres "humanitaires".

C’est l’article de Vogel qui constitue la pièce de résistance dans ce festin anti-Bricmont. Ce qui est absolument remarquable dans ce texte c’est qu’il illustre parfaitement l’argument de Bricmont qu’il est en train de vouloir démolir !

L’argument de Jean Bricmont, cité par Vogel, est le suivant :

Si le lobby sioniste fonctionne en apparence comme tous les autres lobbies, à travers le ciblage, la propagande, les pressions, la corruption, etc., il s’en distingue par un facteur essentiel qui permet d’expliquer sa puissance extraordinaire, il inspire la peur : l’Occident "n’a aucun intérêt, à long terme, à soutenir Israël (et à s’aliéner tant de gens dans le monde). Mais qui, dans les hommes ou femmes politiques ou les hommes ou femmes d’affaires, va faire ce calcul ? Et qui, à supposer qu’il ou elle le fasse, va oser le dire ? On ne peut rien comprendre à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis tant qu’on ne prend pas en compte le facteur de peur - peur des organisations sionistes, de leurs campagnes de dénigrement et d’intimidation".

Comment Vogel répond-il à cette affirmation ?

D’abord en la ridiculisant : "C’est un homme de science, il l’a vérifiée ex-pé-ri-men-ta-le-ment par une enquête auprès d’un échantillonnage de dizaines de "personnes d’origine non-juive’" qui avouent se taire "ce qu’ils pensent sur l’Etat qui se dit "Etat juif’ de peur d’être traité d’anti-juif et d’être assimilé aux antisémites du passé." Trop absurde pour en débattre.

Et puis, le ridicule ne tuant toujours pas, Vogel se met à confirmer cette thèse, et le bien-fondé de cette peur, en accablant la personne d’origine non-juive, c’est-à -dire Bricmont, qui a osé en dire trop.

Une personne d’origine non-juive qui ne se tait pas par culpabilité envers la Shoah ? Un malade…

"Jean Bricmont est hostile à la psychanalyse et c’est dommage, car le soin constant avec lequel il répète qu’étant né en 1952 il n’est pour rien dans ce que les Juifs ont subi et qu’il n’y a de culpabilité ou de responsabilité qu’individuelles, cette insistance obsessionnelle à rappeller son innocence est très probablement une clé du ressort de sa position et de son engagement."

Arrêtons-nous ici un instant. Cela veut dire quoi, exactement ?

Cela ne dit rien, cela insinue. Mais quoi ? Que Jean Bricmont serait en réalité la réincarnation d’un gardien à Auschwitz ? Non, c’est plus vague que cela. C’est si vague qu’on ne peut pas accuser Vogel d’avoir dit quoi que ce soit. Mais il fait ce qu’il peut pour créer un malaise, un soupçon…

On utilise comme d’habitude la "culpabilité par association", ou par fréquentation, tentant de lier Bricmont, "l’atypique", libre penseur hors de toute chapelle, aux personnes avec qui il n’a jamais partagé que quelques discussions contradictoires, exercice que Bricmont affectionne particulièrement, ne refusant jamais le débat.

L’opposition à la loi Gayssot suscite un procès d’intention. Ce n’est pas nouveau. Comme d’autres, Bricmont est opposé à toute loi qui limite la liberté d’expression, pour un tas de raisons qui dépassent l’objet de ces lois ou la question d’Israël.

Vogel écrit que Bricmont "envisage la banalisation des discours antisémites et négationnistes comme une contribution utile à la "déculpabilisation’ de l’opinion et donc ainsi à sa "désionisation’." Cette phrase est inexacte et participe à la confusion régnant en France entre défense de la liberté de la parole et défense du contenu du discours interdit. Le seul discours que Bricmont cherche à défendre concerne la critique d’Israël qui pourrait mettre en question le soutien de l’Occident à Israël dans son conflit avec les Palestiniens, si toutes les personnalités influentes osaient dire ce qu’elles en pensent. En France, contrairement à ce qui se passe au Royaume Uni ou même aux Etats-Unis (où le lobby pro-israélien est pourtant plus puissant), on va jusqu’à invoquer la loi "contre l’incitation à la haine raciale" pour criminaliser le mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui vise à obliger Israël de respecter le droit international et les droits de l’homme. Cela illustre les conséquences réelles des lois réprimant la liberté d’expression.

Puisque Vogel aime la psychologie, on pourrait suggérer - ouvertement ! - que ce procès d’intention procède d’une certaine peur proche de la paranoïa selon laquelle le monde extérieur à la communauté juive ne veut qu’une chose : la liberté d’être antisémite, de haïr les juifs, de les exterminer même.

Alors, je pourrais - mais hélas je crois que cela ne servirait à rien - l’assurer que cela n’est pas vrai. Nous autres, nous connaissons trop de personnes d’origine juive que nous aimons, que nous estimons, dont nous avons même besoin dans notre vie quotidienne, pour jamais être antisémites. En effet, c’est cette connaissance humaine, et non pas la mémoire culpabilisante de l’Holocauste, qui est notre garde-fou contre l’antisémitisme. Dans le monde d’aujourd’hui, s’il y a deux choses qui risquent de susciter un nouveau sentiment anti-juif, ce sont d’abord Israël, et puis l’effort de faire de la Shoah la religion dogmatique de notre époque, une religion qui sacralise une seule communauté humaine en laissant les autres en dehors. C’est un danger que certaines "personnes d’origine non-juive" sont mieux placées pour sentir autour d’elles que les juifs progressistes qui se hâtent de faire la police de la pensée tuant toute hérésie dans l’oeuf. Ils devraient, au contraire, remercier leur ami Jean Bricmont qui essaie de prémunir tout le monde contre ce danger.

Depuis que Noam Chomsky a osé en donner l’exemple, on a tendance en France à dénigrer la défense de la liberté d’expression comme une excentricité américaine, bonne pour les cowboys mais pas pour nous. C’est faux. Malgré sa sanctification par la Constitution, la liberté d’expression a souvent été violée aux Etats-Unis - surtout aux dépens des personnes et des mouvements progressistes. C’est pour cela que la gauche américaine est farouche dans sa défense des libertés, sachant que si elles ne sont pas respectées, c’est elle qui sera la principale cible de la répression. C’est un système de lois fondé sur le respect des libertés qui, en Europe comme ailleurs, est le meilleur moyen de défense de la gauche et de tous les citoyens, y compris ceux d’origine juive. Une minorité qui cherche à se défendre en limitant les libertés universelles manque gravement de sagesse politique.

Diana Johnstone

VOIR AUSSI : http://www.legrandsoir.info/Les-trois-formules-du-professeur-Bricmont.html

COMMENTAIRES  

27/12/2010 21:31 par Lector

http://www.youtube.com/watch?v=KhLzG6qVK94

A priori, je suis pro Israelien, mais là , la trahison
de l’Etat d’Israel envers moi est bien faible en regards
de la trahison envers ses propres pères fondateurs.

Et si les palestiniens reservent dans le futur le même
sort à leurs peres fondateurs, alors c’est à desèperer
de l’humanité.

28/12/2010 10:19 par Anonyme

Heureusement pour la gauche que nous avons des personnes comme Mr Bricmont.

Merci aussi à grand soir pour son ouverture d’esprit !

28/12/2010 15:09 par Anonyme

Pauvre M.Bricmont,
Un homme si gentil et si humain
J’espère que toutes ces attaques stupides et folles ne l’affecteront pas et qu’il continuera à défendre les opprimés et les sans voix

30/12/2010 18:02 par JACQUES RICHAUD

PAS EN NOTRE NOM MONSIEUR VOGEL ET AVEC JEAN BRICMONT

Je vois que notre camarade Jean Bricmont n’est pas ’lâché’ par tous ceux qui détestent sa capacité d’analyse et de ’déconstruction’ de la logique sioniste qui infiltre jusqu’aux cercles militants qui se disent favorables à la paix en Palestine ... Quelle paix ? Après la victoire ’définitive’ de quelle logique ? En sacrifiant quelle notion de justice ?

Oui sa ’lecture’ est difficile parfois car elle demande une rigueur et une absence de complaisance à toute forme de préjugé, aussi bien à nos amis de la Palestine qu’a nos amis militants juifs pour la paix et aux présumés antiracistes parfois bien sélectifs venus de diverses familles de pensée .
Deux articles a un an d’intervalle font le lien je crois qui permet d’éclairer cette hargne qui doit nous inciter à mieux percevoir des propos qui ne sont ambigus que pour ceux qui les tronquent ou les manipulent et en occultent les pages les plus dérangeantes ; ces deux articles donc :

22 10 2009 Antifascistes encore un effort, ...si vous voulez l’être vraiment. Jean BRICMONT- Publié le jeudi 22 octobre 2009 http://www.france-palestine.org/article.php3?id_article=12991 (Publié avec ’réticence’ affichée sur un site pourtant "˜ami’)

27 12 2010 Les trois formules du professeur Bricmont Jean VOGEL http://www.legrandsoir.info/Les-trois-formules-du-professeur-Bricmont.html (Publié lui aussi sur d’autres sites et proposé à Le Grand Soir, site très respectable et courageux qui n’a pas pour habitude de se dérober aux débats difficiles)

N’en doutons pas, il est des personnalités comme Jean B qui s’exposent plus que d’autres ; Ce sont celles qui entrent dans la ’pensée complexe’ d’une situation ou se croisent des postures qui semblent inconciliables, antagonistes, infréquentables, immondes parfois et qui pourtant venues d’éclairages et d’histoires différentes convergent vers l’identification d’un péril réel qui a prétention a écrire et dicter à tous une page sanglante et pour longtemps de notre histoire contemporaine. Assurément le "˜sionisme’ n’est pas une idéologie banale ni "˜comme les autres’ qui se réduirait à un dogme académiquement décryptable et historiquement analysable comme d’autres courants de pensée l’ont été. La confusion des mythes et de l’histoire, l’usage du mensonge et du révisionnisme historique, l’agressivité préventive envers toute forme de considération critique, en sont des constituants qu’il nous faut bien considérer comme "˜spécifiques’ et aboutissement d’une volonté portée par certains membres d’une communauté qui ne cesse de paraître déchirée en des courants complexes et divergents, mais se ressoude à la moindre alerte sur une crispation identitaire.

Cette exacerbation identitaire prend parfois une dimension que certains osent qualifier de paranoïaque, jusqu’à stigmatiser les "˜mauvais’ juifs, les "˜alter juifs’, les juifs "˜traîtres’, qui ne se plient pas docilement à la "˜vérité’ et à l’acceptation la justification et la défense des crimes commis, que voudrait imposer au monde l’actuel régime d’Israël (Capitale Tel Aviv, reconnue depuis sa création par la communauté internationale onusienne !). Cette crispation peut atteindre ceux là même qui se disent progressistes et du camp de la paix, jusqu’à rendre difficile, voire impossible de chercher seulement à trouver les mots "˜communs’ de notre vocabulaire et de notre histoire pour décrire dans un "˜Etat’ pourtant reconnu, la nature d’un régime, la gravité de ses actes, l’exploitation du caractère mythique de ses fondements, l’imposture de sa construction biblique qui ne saurait s’imposer comme le "˜cadastre’ divin du Moyen Orient ni comme une vérité à la face du monde.

Cette exacerbation identitaire devient le modèle de ce qui, étendu sous critères ethno religieux, à d’autres communautés humaines, nous replongerait dans la barbarie si nous ne savions en démanteler les fondements et ramener à la raison ceux qui en attisent l’enfer programmé. Ceux là qui ont inventé le mot "˜goy’ résumant à lui seul une certaine approche de l’altérité, ont même inventé déjà le concept d’antisémitisme "˜passif’ pour désigner ceux qui n’oeuvrent pas activement pour défendre Israël quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse… Oui Jean Bricmont est de ceux qui ne se laissent pas aveugler ni neutraliser ou séduire… C’est un "˜homme à abattre’, non parce qu’il serait soupçonnable d’antisémitisme, ce qui est absurde, mais pour être d’un universalisme bien plus authentique que tous ses détracteurs.

Ce qui reste d’humanisme sur cette planète, en tout lieu et sous toute culture et toute influence religieuse ou philosophique à le droit de dire "˜pas en notre nom’, face au sionisme inspirateur d’une politique expansionniste et criminelle méprisant toutes les lois et traités internationaux qui tentent d’apaiser, même imparfaitement, les tensions du monde. Tous ceux là qui s’accordent ce droit de refus le font, en affirmant aussi que chacun de ceux là , "˜nés quelque part’ et par hasard juifs puisqu’ils s’en revendiquent, seront demain revenu dans une humanité "˜ordinaire’ en se définissant eux aussi comme appartenant à celle-ci qui n’aspire qu’a la Paix et sait que ce sont les maîtres et les prêtres, imams ou rabbins, qui attisent les haines en agitant nos peurs et nos pulsions les plus basses ou les plus honteuses… Le genre humain mérite mieux que de se soumettre pour une éternité à la durée "˜bibliques’ et aux conséquences apocalyptiques à la folie de ceux là .

A lire l’article de Jean Vogel, largement diffusé sur les sites communautaires belges prétendument modérés et partisans de la paix, sur le réseau Indy et repris par bien d’autres ; on peut se demander : Vogel- Bricmont ….Quelle mouche a piqué Vogel ?

Il est assez difficile de se faire une idée des raisons qui motivent la hargne de Jean Vogel vis-à -vis de Jean Bricmont. La "˜joute’ entre eux n’est pas nouvelle et a laissé trace de quelques échanges dans lesquels Vogel divergeait sérieusement de Bricmont en ce qui concerne disait Vogel lui-même, les "˜solutions à adopter’, mais une part importante des analyses de Bricmont semblait partagée par son contradicteur. Je cite ici un échange du 29 5 2009 (1) :

« Cher Jean Bricmont, des quelques réactions reçues…, la vôtre est la seule à m’objecter des arguments rationnels et non des insultes ou du pathos ; c’est nettement plus stimulant. Pour circonscrire la discussion, je noterai d’abord ce sur quoi nous sommes d’emblée d’accord et qui ne donne donc pas lieu à débat :

1. la nécessité de défendre le droit à la liberté d’expression, y compris évidemment pour Dieudonné. Je suis personnellement partisan de la conception états-unienne d’une liberté d’expression beaucoup moins limitée et encadrée qu’en Europe et je suis notamment opposé aux lois mémorielles sur la Shoah, le génocide des Arméniens, la traite des Noirs, ou quoi que ce soit d’autre...

2. le constat que le développement ou l’exacerbation de l’antisémitisme dans le monde aujourd’hui sont d’abord et avant tout un effet de la politique d’Israël envers les Palestiniens (et non, effectivement, l’expression d’une "haine éternelle" des Juifs ou d’un "retour du refoulé" antisémite après 60 ans de censure).

3. le caractère insupportable du chantage à l’accusation d’antisémitisme utilisé contre les opposants et les critiques d’Israël, les antisionistes, les chercheurs qui soulèvent des réalités déplaisantes (le pauvre John Mearsheimer), des humoristes, etc, etc, etc. Plus la politique israélienne perd de sa légitimité aux yeux de l’opinion publique européenne (et, à un bien moindre degré, états-unienne), plus l’usage de cette arme devient frénétique, avec pour effet évident de renforcer par réaction le véritable antisémitisme. »

Et Vogel poursuivait alors « 4. Une fois ces points établis, il n’en reste pas moins que ce n’est pas parce que les sionistes (pour parler vite) accusent d’antisémitisme à peu près tous les gens dont les positions leur déplaisent qu’il n’y en a pas parmi ceux-ci un certain nombre qui camouflent leur antisémitisme du masque de l’antisionisme ou qui en tout cas les confondent allègrement. Si je ne me trompe, contrairement à ceux dont je disais qu’ils ne "veulent rien savoir"de ce dernier fait, vous en convenez également. Là où nous divergeons, je pense, c’est sur le jugement politique à porter sur cette situation et sur la réponse à lui donner …etc. »

Mais qu’est ce qui a pris Jean VOGEL de renoncer à la part de raison et de nuances qu’il savait exprimer pour privilégier seulement un dénigrement caricatural de la pensée de Jean Bricmont ? Se serait il laissé contaminer par la peur ? Ne connaîtrait il plus que la pensée "˜binaire’ qui fonde l’affirmation que quiconque n’est pas pro-israelien et donc pro-sioniste déclaré est un antisémite qui se cache ou qui s’ignore ?

A-t-il subit une influence nouvelle en forme d’intimidation pour qu’il renonce à « ce sur quoi nous sommes d’emblée d’accord et qui ne donne donc pas lieu à débat » ?

Assurément un tel propos ne peut plus s’inscrire dans un échange ou se confronteraient des bonnes volontés présumées échangeant leurs argumentaires et dans une vision constructive et critique à la fois, mais dans une posture de propagande primaire ou tout est permis pour déconsidérer celui devenu "˜adversaire à abattre’…

Il est posé d’emblée que c’est "˜l’invention bricmontienne’ qui va être démantelée …

Un commentaire laissé sur LGS résume l’imposture et la malveillance en relevant que les insuffisances que Vogel attribue (par des citations plus que tronquées) à Bricmont n’en sont pas :Je cite Bricmont : "Ces deux arguments [l’un est que Dieu a donné cette terre aux Juifs, et l’autre est l’Holocauste] sont profondément racistes, car ils reviennent à affirmer qu’il est juste que les Juifs, et eux seuls, puissent établir en Palestine leur État, alors que celui-ci serait de toute évidence arabe, comme la Jordanie ou le Liban, sans la lente invasion sioniste. On peut aussi illustrer le problème par la « loi du retour » : tout Juif, où qu’il soit, même s’il n’a aucun lien avec la Palestine, et ne souffre d’aucune persécution, peut, s’il le souhaite, émigrer en Israël et facilement en devenir citoyen, tandis que les habitants qui ont fui en 1948, ou leurs enfants, ne le peuvent pas. Si l’on ajoute à cela le fait qu’une cité proclamée Sainte par trois religions est devenue « la capitale éternelle du peuple Juif » (et la leur uniquement), on peut commencer à comprendre la rage que tout ceci provoque à travers le monde arabo-musulman."Citant encore Bricmont (le même article) : "Je n’utilise pas le terme « raciste » pour signifier l’existence d’une différence raciale entre Juifs et Arabes, mais pour désigner une attitude radicalement déshumanisante, niant chez l’autre ce qu’on admet pour soi-même (la possibilité d’avoir un état en Palestine)." Il est singulièrement déplacé de faire de cet argumentaire dont on peut toujours débattre un aveu éclairant d’antisémitisme ! Et plus déplacé encore d’accoler au nom de Bricmont dans l’article de Vogel ceux de Nasrallah, Ahmadinejad, Le Pen, Poutine… Si l’expression "˜dire n’importe quoi’ a un sens elle peut ici s’appliquer.

Triste constat qui décourage la réplique. La seule parade est d’inviter à lire vraiment les écrits de Jean Bricmont. Ils "˜secouent’ parfois même ceux qui pensent être de ses amis car il va plus loin dans une logique de justice et de liberté que bien des idéologues "˜embedded’ dans des causes moins universalistes qu’ils ne le prétendent.

Dans un échange récent Jean Bricmont stigmatisait « l’hypocrisie de la plupart des défenseurs auto-proclamés des droits de l’homme …qui se "mobilisent" toujours pour des causes lointaines, qu’ils connaissent mal, au nom des droits de l’homme, mais ne lèvent pas le petit doigt lorsque quelqu’un est jeté en prison pour un an, pour pur délit d’opinion, dans leur propre pays. Et qui se cherchent alors des excuses, du style, ne pas signer avec X.… (et) l’hypocrisie de la gauche "démocratique", "antistalinienne", qui aime dire, avec R. Luxembourg, que la liberté est toujours celle de ceux qui pensent autrement, mais qui, quand quelqu’un pense vraiment autrement qu’eux …le laisse croupir en prison. » (2) Oui les prisons israéliennes sont pleines de palestiniens soumis à l’arbitraire, des otages croupissent dans certains déserts victimes de causes qui les dépassent et le sort d’une lointaine incarcérée dans un pays de "˜barbus’ nous interpelle plus que celui de militants "˜de chez nous’ encore privés de liberté après avoir fini depuis longtemps de purger leurs peines pour avoir réprouvé par la révolte une société infâme dans sa capacité illimitée à faire régner l’injustice sociale, à protéger les privilèges, absoudre les crimes des puissants, exploiter la misère du monde comme une si banale matière première.

Oui sur le chemin à suivre nous pouvons côtoyer Jean Bricmont (3) sans crainte que ses "˜inventions’ nous poussent vers l’infâme, mais avec une exigence de justice partagée au-delà des clivages conventionnels entre groupes militants de causes dispersées chacune sous leur drapeau dont le seul point commun est souvent la trace d’une couleur de sang. Sa pensée ne s’intéresse pas qu’au "˜point chaud’ moyen oriental et mérite mieux qu’une telle désinvolture qui déconsidère, au profit d’une seule cause bien peu défendable, son auteur. Oui, quelle mouche a piqué Vogel ?

(1) Echange avec Jean Vogel http://hegemonie.blogspot.com/2010/12/echange-avec-jean-vogel.html

(2) Réponse du professeur Jean Bricmont à Henri Goldman, rédac’ chef de "Politique". : 8 12 2010 http://blanrue.blogspot.com/2010/12/reponse-du-professeur-jean-bricmont.html

(3) Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?
http://www.tilsafe.com/libfr/015-LGP-BLAD/LGP.html

Jacques Richaud 30 12 2010

01/01/2011 13:35 par Motl Bardak

"Ceux là qui ont inventé le mot goy"... Il suffit de s’arrêter à ce bout de phrase. Ce qui est en action derrière le discours de Richaud en faveur de Bricmont relève de l’antisémitisme le plus archaïque. Qui a inventé le mot goy ? Et que veut dire le mot goy ? Goy est un mot biblique et dans la bible il signifie d’abord" nation" puis "étranger", "autre nation". Toutes les langues de la terre ont un mot pour désigner l’étranger, faut-il le rappeler ? Ce sont quoi qu’il en soit les Hébreux/Juifs qui ont inventé ce mot "résumant à lui seul une certaine approche de l’altérité" dont on comprend que pour Richaud elle soit intrinsèquement porteuse de refus de l’Autre et raciste (sinon quel sens a cette phrase ?). L’explication richaudienne de l’analyse critique de Bricmont par Vogel, intellectuel marxiste sans appartenance communautaire affirmée (il écrit dans un journal juif progressiste, que peut-on inférer de ce fait ?), est donc à trouver dans une conception de "l’altérité", sur laquelle on n’ose s’interroger, sans doute profondément ancrée dans les gènes de tout Juif, de toute personne ayant un ancêtre juif et, pour le cas qui nous occupe ici, de toute personne émettant, dans un journal juif progressiste, de sérieuses critiques sur la manière dont Bricmont envisage de solder la mémoire du crime de masse commis par les nazis à l’égard des Juifs avec la complicité ou sous le regard largement passif des populations européennes. Dans une "conception de l’altérité", donc, telle que Richaud la comprend du moins, lui qui a certainement une connaissance approfondie de la littérature rabbinique, remontant à l’antiquité profonde... Il ne manquait plus qu’un petit commentaire sur la notion de "peuple élu" (elle aussi instrumentalisée à souhait par les antisémites depuis des siècles) qui est certainement la motivation profonde de Vogel et de sa clique rabbinique nationaliste...

On a bien sûr le droit de ne pas être d’accord avec Vogel mais il est quand même étrange de se retrouver dans les textes s’opposant à Vogel face à des "considérations" déplacées sur l’identité juive, les communautés juives et, avec cette histoire de "goy", sur la "pensée juive".

Diana Johnstone connaît bien sûr "des personnes d’origine juive" (ça la dérangerait sans doute d’écrire "Juifs" à moins peut-être que ces gens ne se considèrent simplement pas comme Juifs) ce qui explique qu’elle n’est pas antisémite. Où a-t-elle lu qu’on l’accusait, elle ou Bricmont , de l’être ?
Comme tout raciste a "son" Arabe et tout antisémite a son "Juif", on se permet de s’interroger sur le message sous-jacent de cette proposition...

Johnstone estime que la mémoire de la Shoah revient à "sacraliser une seule communauté en laissant les autres en dehors". Elle parle de religion. Il y a des instrumentalisations mais ce n’est pas du combat contre ces excès qu’elle parle. Comme Bricmont, elle veut en finir tout court avec "la mémoire culpabilisante de l’Holocauste" au profit de la "connaissance humaine". Où y a-t-il connaissance sans mémoire historique ? Sans leçons du passé ? Dirait-elle la même chose au sujet de la colonisation ? Aux Palestiniens au sujet de la Nakba ? Non, ce qui lui pèse, comme à Bricmont, c’est cette mémoire qui serait donc, lapsus, "culpabilisante". Et pourquoi le serait-elle ? Qui parle de culpabilité ? Les nazis et leurs complices sont ou étaient coupables. Pour le reste, il y a une responsabilité mémorielle collective qui, si elle avait été effective, aurait permis de s’opposer aux massacres commis en Bosnie et au génocide du Rwanda. Ce qui "coince" Johnston, c’est de reconnaître que le génocide des Juifs (et des Tsiganes) a visé une communauté bien précise, la communauté juive, les "Juifs". Le dire, le reconnaître, ce serait les "sacraliser" ! C’est simplement un fait de l’histoire. L’antisémitisme nazi en action est un fait de l’histoire. Qu’est-ce qui la pousse à considérer qu’il faut se débarrasser de toute responsabilité mémorielle et de la mémoire du génocide des Juifs par les nazis, elle qui n’est pas antisémite parce qu’elle aime des "personnes d’origine juive" ? Ne veut-on pas plutôt en finir avec ce fait qui gêne la gauche depuis Marx et Lénine que les Juifs existent en tant que collectivité dans l’histoire ? Bien sûr, l’argument est devenu récurrent, on crée de l’antisémitisme à trop parler de la Shoah et d’ailleurs les non-Juifs sont mieux placés pour s’occuper de la question étant donné que les Juifs progressistes font "la police de la pensée". En somme, quand les Juifs se mettent à dire ce qui ne convient pas, qu’ils se taisent ! Ce ne sont plus de "bons Juifs", conciliants, prêts, ce qu’on croyait peut-être, à payer de la mémoire de leurs morts et d’une certaine surdité aux dérapages antisémites de plus en plus fréquents dans les milieux pro-palestiniens, leur soutien sans faille à la cause palestinienne. Que dire sinon que Johnston ethnicise le débat sans vergogne. On n’a probablement pas entendu ce genre d’arguments à gauche depuis les procès staliniens des années 40 et 50 dans les pays satellites de l’URSS et en URSS même et depuis la campagne antisémite de 68 en Pologne.

Cette critique juive progressiste, on la fait donc passer pour une crispation identitaire, une "paranoïa communautaire" alors que ces mêmes Juifs progressistes sont rejetés par les communautés juives pour leur critique d’Israël. Ce ne sont plus de bons "alter Juifs" (évidemment, pour Richaud et Johnston, Juifs ne prend pas de majuscule, ce n’est sans doute qu’une "foi").
C’est certain, il va vous falloir trouver d’autres "bons Juifs de service".

02/01/2011 02:33 par JACQUES RICHAUD

De quoi le goy est il le nom ?

Rien à redire sauf merci à ce contradicteur qui dés la première phrase apporte la démonstration de la stratégie classique pour défendre l’indéfendable : On affirme et on condamne, puis on ment, puis on embrouille le débat en prêtant même des propos qui n’ont pas été tenus mais qui auraient pu l’être… Pathétique !

- A la deuxième ligne on assomme « le discours de Richaud en faveur de Bricmont relève de l’antisémitisme le plus archaïque. » … Les jeux sont faits ; cette phrase aura au moins le mérite de faire rire aux éclats tous ceux qui me connaissent personnellement, passons…

- A la troisième ligne : « Goy est un mot biblique ….et …toutes les langues de la terre ont un mot pour désigner l’étranger, faut-il le rappeler » … Oui mais les peuples de la terre n’envahissent pas leurs conversations courantes de cette distinction utilisée justement pour désigner "˜le non juif’ en référence à sa culture son origine ou sa croyance… (Un seul autre peuple a "˜inventé’ et use d’un mot similaire qui est le peuple Tzigane avec le mot "˜gadjé’ mais chacun sait faire la différence entre les positions politiques et les prétentions des uns ou des autres, même si ils partagent le sort tragique de la shoah, sans en avoir retiré le même culte mémoriel comme base d’une politique agressive perpétuée) Je peux parler de mes frères italiens, marocains, éthiopiens ou japonais en désignant leur origine sans préciser comme identifiant principal qu’ils sont "˜non français’ et devrait on rajouter "˜non chrétiens’ parfois en référence à la religion dominante d’ici… ! Et c’est bien ces deux distinctions différentielles que contient le mot goy, rien d’infamant à le rappeler !

- Oui il s’agit bien d’altérité, celle qui identifie et accepte une différence sans en faire une cause de discrimination et même d’inégalité juridique comme c’est le cas pour les "˜non juifs’ vivant en Israël, ou simplement pour le ou la personne désireuse sans l’être elle-même d’épouser une personne juive, et ceci même sur le territoire israélien (qui a sa création validée par l’ONU était un état pluriethnique ou la langue arabe était aussi une langue officielle et la capitale Tel Aviv reconnue par la communauté internationale) …Oui le mot "˜goy’ qui a une racine ancienne est une arme sémantique d’usage constant au service d’une conception communautaire identitaire et qui légitime une hiérarchie de considération qui n’a rien à voir avec l’humanisme, mais avec un résidu de langue tribale englobant de fait l’inégalité et l’infériorité de celui ainsi désigné , qui le conteste ? Non il n’y a pas de thèse "˜richaudienne’, mais une spécificité du langage communautaire aveugle à ses propres excès.

- Au sujet de Vogel, dont d’autres écrits que j’ai rappelé m’avaient moins étonné, je suis surpris par l’expression « sans appartenance communautaire affirmée (il écrit dans un journal juif progressiste, que peut-on inférer de ce fait ?)… » J’ignore et ce n’est pas mon propos l’appartenance ou non de Vogel à une "˜communauté’, je ne m’intéresse qu’a ses dires et leur évolution en un an qui m’interpelle. Faudrait il lire que parce que "˜non affirmé’ et "˜écrivant dans un journal juif progressiste’ il ne serait pas tout à fait convenable d’imaginer si c’est le cas qu’il fut vraiment Juif ?... Etrange…

- Je laisse à Molt Bardak l’entière responsabilité de l’introduction de la "˜génétique’ dans ce débat, je sais par ma culture médicale que mon ADN de "˜goy’ est bien semblable au sien pour l’essentiel et que ce qui nous rassemble devrait nous interdire d’inventer des mots pour nous exclure… Je lui laisse aussi le ton de mépris de l’ignorant que je suis à ses yeux nécessairement "˜de la littérature rabbinique…’ Qu’en sait il ? Il serait peut être surpris d’apprendre que même un "˜goy’ peut lire sinon dans la langue morte hébraïque ressuscitée au moins dans des traductions très convenables des beaux textes qui côtoient une culture biblique plus large que je n’aurai pas l’impudence de le soupçonner de ne pas avoir lui-même… Mais je confirme ne jamais avoir su retrouver dans la bible ni le talmud le "˜cadastre’ qui les ferait propriétaires de terres volées que prétendent posséder les colons de Cisjordanie illégalement occupée !

- Jean Bricmont est assez grand pour se défendre lui-même des accusations et déformations de ses propos qui suivent, il est ici tant de mauvaise foi que je renouvelle mon invitation à relire Bricmont dans ses textes et pas au travers de ses exégètes singulièrement malveillants…

- Johnston aussi se défendra seule de cette incroyable accusation, elle qui écrit Molt Bardak « ethnicise le débat sans vergogne. On n’a probablement pas entendu ce genre d’arguments à gauche depuis les procès staliniens des années 40 et 50 »… Je ne sais qui ethnicise le débat, mais je crois savoir que dans l’Est de la méditerranée est en train de se conforter et de s’étendre un état qui se définit lui-même "˜Juif réservé aux juifs’ en ignorant l’histoire humaine de la terre même qu’il s’approprie… C’est certain qu’un "˜goy’ ne peut pas comprendre ici toute la générosité l’universalité et le respect de l’altérité porté par ce projet magnifique, ce doit être son manque de culture rabbinique qui l’handicape.

- Mais merci à notre contradicteur de confirmer que « ces mêmes Juifs progressistes sont rejetés par les communautés juives pour leur critique d’Israël »… C’est bien cela le centre du débat avec une communauté capable de rejeter ses propres membres et de harceler avec les accusations les plus infamantes en dehors de la communauté ceux qui osent critiquer l’actuelle politique d’un Etat qui demande et obtient un large soutien de sa population et de sa diaspora. C’est aussi ce que disait Vogel lui-même en 2009 et que j’ai rappelé pour m’étonner d’une virulence nouvelle envers Jean Bricmont.

Jacques Richaud

03/01/2011 12:58 par Motl Bardak

Richaud confirme ce qu’on écrivait à son sujet et on ne peut que l’en remercier.
Il ne s’agit pas défendre la politique d’Israël - dont on aura pu comprendre que l’auteur de ces lignes ne la soutient pas, pas plus que ne le fait Vogel - mais de voir sur quelles bases Richaud condamne cette politique. Il le fait sur une confusion originelle entre ce qu’on pourrait dénommer "conception de l’être juif" et politique et droit israéliens sans compter qu’il attribue à l’Etat d’Israël et de manière strictement essentialiste des pratiques juridiques et sociales communes à quasiment tout le Moyen-orient. Exemple : Israël ne connaît pas le mariage civil (mais accepte ceux célébrés à l’étranger) et donc forcément pas le mariage "inter-religieux", ce qui est le cas dans tous les Etats où l’islam est religion d’Etat (à moins évidemment que le non-musulman ne se convertisse, le contraire étant, on le sait, interdit). En infère-t-il quoi que ce soit sur "la conception communautaire identitaire et qui légitime une hiérarchie de considération..." des musulmans ? Non, bien sûr, ce traitement est réservé à Israël et aux Juifs puisque pour Richaud, si Israël, aboutissement d’une idéologie et d’un mouvement nationaliste moderne et laïque (et oui..), a la politique qu’il a vis-à -vis des Palestiniens, c’est en raison du signifiant "goy".
Dont Richaud prétend qu’il "envahit toutes les conversations courantes".. Tiens donc. Les conversations de qui au fait ? Des Juifs en général ? Racistes par essence en somme ? Richaud heureusement sait qu’il n’est pas antisémite.
On ne lit rien sur le fond, rien sur ce que dit Bricmont de la libération de la parole antisémite, de la mémoire du génocide dont il ne veut pas (il veut bien de la mémoire de la colonisation...), mais par contre, sur les Juifs, leur communauté, on s’étend en long et en large. Le problème, in fine, pour Richaud, ce sont les Juifs : ce qu’Israël a de répréhensible trouve sa source dans ce judaïsme qui a inventé le mot "goy"... On ne voit qu’une solution dans ce cas, se débarrasser du judaïsme, exiger des Juifs qu’ils cessent de l’être. On ne se permettra pas de supposer que Richaud voudrait aussi se débarrasser des Juifs eux-mêmes, étant donné que comme Johnstone, il a certainement aussi l’un ou l’autre ami juif. Mais sans judaïsme (cette machine pour lui à créer du goy), plus de goy et il se sentira enfin libéré de cette différence insoutenable. Un grand classique antisémite que de projeter son racisme anti-Juif sur le Juif, de prêter à celui-ci un racisme anti-Goy ontologique et maintenant avec Israël d’attribuer à ce racisme anti-Goy imaginaire les causes profondes, enracinées, ADNisables, de la discrimination israélienne à l’égard des Palestiniens.
Richaud a racialisé le débat (voilà pour la "génétique" ) il est vrai sur les traces de Johnstone qui défend l’idée qu’il faut écarter les "Juifs" de ce débat trop délicat pour eux en raison de leurs "crispations" et le laisser aux "personnes d’origine non-juive"... Richaud ne trouve là rien à redire à ce qu’on renvoie les gens à leur caractéristique de "non-juif", notion qu’il trouve si infamante quand il l’attribue aux Juifs (aux Juifs en général, aux Juifs par essence, faut-il encore le souligner). Etrange... Non, classique.

03/01/2011 16:35 par JACQUES RICHAUD

REPONDRE : ’ETRANGE…NON CLASSIQUE …’

Il est possible de répondre…un peu... Même si certains propos découragent l’envie d’argumenter face à une telle somme de préjugés et d’affirmations dogmatiques… Mais à y bien réfléchir il est indispensable de répondre, en six points au moins :

1- Curieux ce "˜ce qu’on écrivait à son sujet’ ? Le "˜on’ signifierait il que mon contradicteur est mandaté pour cette réplique ? Par qui ? Bon, je ne suis pas parano même si j’ai déjà connu quelques harcèlements dont même Vogel dénonce l’existence et les excès… Passons, j’affirme moi au moins que mes propos sont personnels et n’engagent que moi, ce qui je crois devrait être la nature même d’un texte "˜signé’ et aucun de mes amis ne serait sans son consentement affiché présumé partager mon expression que j’essaie de conserver argumentée et raisonnable, respectueuse même de ceux qui se déclarent à priori adversaire, fut-ce avec la virulence présente.

2 - Je trouve "˜délicieux’ le développement sur « attribue à l’Etat d’Israël et de manière strictement essentialiste des pratiques juridiques et sociales communes à quasiment tout le Moyen-orient…etc. . » L’auteur reconnaît la réalité des faits évoqués, merci. Il trouve une circonstance explicative ou atténuante dans la similitude (pas tout à fait exacte, mais passons) avec "˜tout le moyen orient’. Mais cela n’était pas mon propos et faire argument de ne pas l’avoir "˜aussi’ mentionné est bien dérisoire… Ainsi "˜la seule démocratie du moyen orient’ comme le plaident ses défenseurs aurait des moeurs semblables à celles des "˜barbares’ qui les entourent ! Pensons aussi que imposés dans notre hexagone de telles caractéristiques, communes à Israël et au moyen orient, seraient reçus pour ce qu’elles sont, les résidus inacceptables pour notre modernité civilisée d’un temps coutumier et théocratique qui ne se peut prétendre à être qualifié de "˜démocrate’, merci pour cette mise au point qui conforte mon propos au-delà même de ce qui en était la formulation initiale !

3- Après une telle précision-confirmation la phrase « Israël, aboutissement d’une idéologie et d’un mouvement nationaliste moderne et laïque (et oui..),… » En devient vraiment savoureuse… Israël méfie toi de ceux qui te défendent ! Ils parlent trop !

4- Quelques phrases pour des propos que je n’ai pas tenu ou intentions que la perspicacité de mon contradicteur aurait décelées ne méritent pas commentaire… dérisoire. Une amie juive m’a un jour expliqué, après un échange amical mais épuisant ce qu’était le "˜pilpoul’, cet acharnement dans le débat pour relancer toujours la discussion de manière même irrationnelle et si il le faut stupide pour déstabiliser le contradicteur… J’ai eu aussi un autre ami (et confrère) avec lequel j’ai partagé cette forme de rhétorique qui devient une véritable discipline olympique si on suit le rythme auquel elle nous entraîne. Lui au moins m’avouait que le qualificatif "˜goy’ (qu’il n’aimait pas du tout) était vraiment dépréciatif dans l’esprit de ceux qui en usent au fil de leur conversation de façon pluriquotidienne et même que ce qualificatif jouait sémantiquement d’une collusion avec la nomination féminine proche et par extension "˜gouine’ qui en faisait de plus une insulte, m’expliquait il un peu équivalente du terme "˜pédale’ utilisé par un homophobe crétin de chez nous… Il est vrai que cette interprétation venait d’un Sépharade au parler chaleureux de la méditerranée et peut être l’usage et l’arrière sens décrit était il spécifique de sa Tunisie natale ? Dans mon dictionnaire étymologique le terme goy est décrit remontant non pas aux temps bibliques mais au XVI siècle « Terme hébreu signifiant peuple, c’est-à -dire les autres races que la race élue, d’où le sens de "˜chrétien’ dans les milieux juifs »… Passons, ce sort c’est posé sur moi, je suis né "˜goy’ comme j’aurai pu naître juif … Homme seulement sans spécificité ni élection ni supériorité envers tous les autres… Et je revendique cette altérité égale au-delà des croyances et des origines. Avec Levinas et avec Derrida aussi, avec Stéphane Hessel et avec Edgar Morin, sans crainte que ces compagnonnages ne me troublent…

5- Me voici pourtant défenseur d’une nouvelle solution finale, mon contradicteur ose l’écrire « On ne voit qu’une solution dans ce cas, se débarrasser du judaïsme, exiger des Juifs qu’ils cessent de l’être. » Une telle saloperie couvre tellement d’opprobre celui qui la professe que la caricature de son propos parle d’elle-même … Passons… Certains membres de sa communauté traîneraient devant les tribunaux pour diffamation quiconque aurait des propos même dix fois moins virulents ou explicites ; mais tout ce qui est excessif est insignifiant, même si la nuisance voulue peut être blessante et laisser des traces, c’est même l’objectif recherché, non ? Je crois que la dignité reste de mon coté et cela ne pèse rien dans un débat autour du texte de Johnstone (Rappelons que c’était cela le sujet ! Manoeuvre de troll pour tirer dans toutes les directions ?)

6- Mais le meilleur est pour la fin : « Comme Johnstone, il a certainement aussi l’un ou l’autre ami juif. Mais sans judaïsme (cette machine pour lui à créer du goy), plus de goy et il se sentira enfin libéré de cette différence insoutenable. Un grand classique antisémite que de projeter son racisme anti-Juif sur le Juif, de prêter à celui-ci un racisme anti-Goy ontologique et maintenant avec Israël d’attribuer à ce racisme anti-Goy imaginaire les causes profondes, enracinées, ADNisables, de la discrimination israélienne à l’égard des Palestiniens. Richaud a racialisé le débat (voilà pour la "génétique ») » Oui j’ai des amis juifs, beaucoup et remarquables d’intelligence et d’humanité, ceux que je fréquente le plus ont parfois honte que des propos semblables soient tenus et quelques uns dormaient bien mal la nuit quand le phosphore s’abattait sur les enfants de Gaza dont plus de trois cent ont été anéantis en quelques jours, deux ans après un massacre égal d’enfants goy libanais… Ce qui est’ insoutenable’ ce n’est pas une "˜différence’ ce sont les crimes qui nous séparent. J’ignore vraiment ce qu’est "˜un grand classique antisémite’ mais je sais qu’il n’est défini que par ceux qui protègent un Etat dans ses fondements son idéologie et ses pratiques qui sont aux antipodes de ce qu’un esprit humaniste et universaliste peut accepter de raisonnable. Et l’auteur du propos lui-même en exergue reconnaissait "˜ne pas défendre Israël’, même si in fine il se comporte comme un excellent soldat de la cause… Je n’ai aucun "˜racisme anti juif à projeter’ étant de toujours de tous les combats antiracistes et n’ayant aucune complaisance pour toute forme d’antisémitisme qui est et reste une abomination, de cela de nombreux autres textes témoignent déjà que j’ai signé en mon nom, pas derrière un "˜on’ qui me rendrait "˜complice’ de quelque officine occulte que ce soit qui comprendrait aussi Johnstone, Bricmont et quelques autres diabolisés jusqu’à la déraison… Pour ce qui est de la "˜génétique’ introduite dans le débat, il feint de l’avoir oublié, par mon contradicteur, il est singulier que ce soit lui qui ait ainsi "˜racialisé le débat’ et qui tente de me faire porter cette aberration que je combats bien plus qu’il ne le fait lui-même !

Cette réponse est bien évidemment destinée à tous ceux qui auront eu l’effarement du constat de l’outrance des arguments exposés. Le "˜Etrange... Non, classique.’ Qui conclue le propos ci-dessus inscrit déjà que celui-ci n’écoutera rien de ces mots car sa logique est celle du soupçon universel …
Peut être l’individu est il au demeurant très sympathique, moi je ne sais pas ce qu’est être "˜ Juifs par essence’. Pas seulement par le hasard de ma naissance qui fait que je ne le suis pas, mais par refus philosophique absolu de catégorisation de mes semblables en humanité. Je ne sais que l’essence d’être né humain et la difficulté de le rester. Cela j’espère le partager avec le plus grand nombre des lecteurs de ce forum sur Le Grand Soir car c’est à eux que ses propos s’adressent.
Jacques Richaud 3 Janvier 2011

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