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Lettre ouverte aux agriculteurs progressistes qui s’apprêtent à semer du maïs transgénique, par Jean-Pierre Berlan.



7 avril 2006


Les semences conventionnelles de "variétés hybrides" de maïs coûtent environ
150 euros/ha. Les semences transgéniques coûtent sans doute plus cher à 
moins que, comme Innovateur chargé d’ouvrir la voie au Progrès, vous ne
bénéficiiez de conditions spéciales qui, de toute façon, ne dureront pas.
Bref, le coût des semences à l’hectare représente l’équivalent de 15 à 18
voire même dans certains cas, 20 quintaux de production. Vous semez environ
15 kilogramme à l’hectare. Un quintal de semences "hybrides" de maïs coûte
plus de 1.000 euros, alors que le quintal de maïs grain tourne autour de 9
euros.

Un quintal de semences de maïs "hybride" vaut donc 100 fois plus cher qu’un
quintal de maïs grain. Si vous pouviez semer le grain récolté, vous
économiseriez environ 150 euros par hectare. Ce serait autant de bénéfice en
plus pour vous. Sur une centaine d’hectares, cela représente 15 000 euros.
Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord sur ces chiffres.

Évidemment, ce n’est pas de gaîté de coeur que vous dépensez une somme aussi
considérable - sans doute votre premier poste de dépenses. Vous renouvelez
chaque année vos semences auprès de "semenciers" tels que Monsanto, DuPont
(Pionner), Syngenta ou Bayer - tous fabricants d’agrotoxiques - et de « 
coopératives » comme Limagrain, Euralis et autres. Ces « coopératives »
pratiquent en France les mêmes prix exorbitants que leurs concurrents
agrotoxiques. En Amérique du Nord, elles pratiquent - comme leurs
concurrents - des prix trois fois moins cher, pour les mêmes « variétés » !
Sans doute pour mieux servir vos intérêts dans la concurrence
internationale.

Bref, vous renouvelez vos semences chaque année parce que vous n’avez pas le
choix. C’est, vous a expliqué le Généticien, à cause de la pingrerie de la
Nature : il existe chez le maïs un phénomène, « l’hétérosis », toujours
inexpliqué et peut-être même inexplicable, dont les mystères inaccessibles
au commun des mortels et donc à vous même, ne peuvent être scrutés que par
ce Docte. Améliorer le maïs, vous a-t-on affirmé, exige de mettre en oeuvre
ce phénomène mystérieux qui, hélas, vous interdit de semer le grain récolté.

Vous avez donc cru cette fable que pour améliorer un organisme vivant, il
faut l’empêcher de se reproduire dans votre champ !
Je vous rassure : tout
le monde le croit. J’y ai cru moi-même pendant longtemps. Pour croire, il
suffit de renoncer à comprendre par soi-même. Des décennies de propagande
scientifique ont imposé cette superstition. Pourtant, les paysans américains
de la fin des années 1930 avaient fait preuve de lucidité en surnommant
"maïs-mule" ces "variétés hybrides" révolutionnaires, qu’ils ne pouvaient
ressemer à la différence des variétés cultivées jusque-là . Mais leurs
enfants agriculteurs, passés par les écoles d’agriculture, férus de progrès,
éclairés par les lumières de la Génétique, comme sans doute vous-même, ont
rejeté comme obscurantiste le bon sens biologique de leurs parents paysans.


Pourtant ! Qui peut-être assez crédule, à part le Généticien et autres
scientifiques, enfermés dans leur carcan disciplinaire et coupés de la vie
pour croire cette énormité qu’améliorer un être vivant exigerait, en quelque
sorte, de le stériliser ? Et Terminator ne révèle-t-il pas avec éclat que
cette stérilité est l’objectif de tout sélectionneur/semencier ? Pour créer
une nouvelle source de profit, ne faut-il pas séparer ce que la Vie confond,
la production réservée à l’agriculteur et la reproduction confiée au
semencier agrotoxique ?

Je fais l’hypothèse qu’un agriculteur moderne comme vous cherche à maximiser
ses propres bénéfices. Par contre, si ce sont ceux des marchands de
semences, d’agrotoxiques ou des coopératives que vous voulez maximiser à vos
dépens, ce qui suit ne vous concerne pas.

Trois méthodes peuvent vous permettre de faire vos semences et d’améliorer
vos marges.

Une remarque préalable : vous pouvez accepter une baisse de rendement d’au
moins quinze quintaux/ha si vous faites vos propres semences. Ces quinze
quintaux supplémentaires que vous devez produire pour payer les semences
"hybrides" vous coûtent en réalité plus cher en irrigation, en engrais, en
agrotoxiques que ce qu’ils vous rapportent. Ils contribuent aussi au mauvais
état de santé de vos sols. Mais peu d’agriculteurs se rendent compte du coût
de ces quintaux supplémentaires qu’il est économiquement profitable de ne
pas les produire.

La première consiste à faire des "hybrides doubles" - ce que les semenciers
faisaient il y a une vingtaine d’années. Vous prenez des "hybrides" de même
précocité et de firmes différentes. Vous semez dans un champ de "l’hybride
A" des rangées des "hybrides" B, C, D. Vous castrez les rangées B, C, D et
vous les récoltez séparément. Elles fourniront la semence de l’année
suivante. Vous pouvez ainsi déterminer la meilleure combinaison (AxB, AxC,
AxD, etc.) pour votre exploitation.

Une deuxième solution est de semer en mélange plusieurs "hybrides" de même
précocité et de firmes différentes pour faire une variété dite synthétique.
Ensuite, pour faire vos semences, vous sélectionnez chaque année dans la
descendance de cette variété des épis moyens, sains, denses, sur des plantes
indemnes de maladies et bien enracinées. Cette solution a l’avantage de ne
pas demander de castration. La baisse de rendement sera sans doute
supérieure à celle consistant à faire des "hybrides doubles" . Mais encore
une fois, même si vous perdez 15 quintaux/ha, vous êtes gagnant.

La troisième est tout simplement de trouver des variétés de maïs
traditionnelles que vous pourrez ressemer sans craindre de chute de
rendement pour peu que vous fassiez un peu de sélection. Il semble qu’il en
existe qui ont un rendement excellent mais je ne sais pas si ces variétés
sont adaptées à votre région et votre exploitation. Plusieurs groupes de
paysans travaillent déjà en France à sélectionner de telles variétés.

Ces essais peuvent ou plutôt devraient être faits avec vos voisins de façon
à partager vos expériences. Ce renforcement des liens de voisinage, de
coopération, de partage entre agriculteurs est bien nécessaire au moment où
la mondialisation menace d’ensevelir ce qui reste du monde rural et où les
relations humaines dans les campagnes se dégradent. Savez-vous que Monsanto
invite les agriculteurs d’Amérique du Nord à dénoncer, anonymement bien
entendu, leurs voisins "pirates" - ceux qu’ils soupçonnent de cultiver des
"variétés" transgéniques sans payer la redevance ?

Ne comptez évidemment pas sur les conseillers agricoles ni sur vos
coopératives pour vous aider. Ils sont là pour vous vendre des semences et
des agrotoxiques, pas pour vous permettre de préserver votre avenir.


Un dernier point : vous avez pu observer que j’ai mis "hybride’ et "variété
hybride’ entre guillemets. Le terme "variété’ dit bien ce qu’il veut dire :
selon le dictionnaire, "le caractère de ce qui est varié ; contraire de l’uniformité ;
diversité" . Or ce que vous cultivez sous le nom de "variété hybride" de maïs
est constitué de plantes qui sont toutes les mêmes du point de vue
génétique. C’est donc précisément le contraire d’une variété (!) et le terme
qu’il faudrait utiliser est celui de clone. Vous cultivez donc des clones.

Ces clones sont-ils "hybrides" ? L’adjectif "hybride" qualifie-t-il sans
ambiguïté la plante de maïs que vous semez ? Non, cette plante est tout ce
qu’il y a de plus ordinaire. Le sélectionneur a simplement extrait des
variétés cultivées par les paysans des plantes de maïs, dont il a fait des
copies (des clones) lorsqu’il tombait par hasard sur une plante supérieure à 
la moyenne des plantes de la variété. Elle n’est donc ni plus ni moins
"hybride" que n’importe quelle plante de maïs d’une variété.

Le terme "variété hybride" est donc une double tromperie. Il faudrait parler
de "clone captif" ou "propriétaire" puisque, comme vous le savez, ces
derniers appartiennent au sélectionneur et ne peuvent se reproduire dans le
champ du paysan. C’est l’intérêt des "semenciers" d’entretenir la confusion
en parlant de "variétés hybrides" . Avec la "vigueur hybride" , "l’hétérosis"
et autres falbalas soi-disant scientifiques, ils détournent votre attention
de la réalité de ces clones captifs dont ils vous vendent les semences cent
fois plus cher que ce qu’elles coûteraient si vous pouviez, comme vos
parents, semer le grain récolté.

Et surtout, ne croyez pas une seule seconde que les "hybrides accroissent le
rendement" et donc vos bénéfices, comme on vous le répète. Non, les clones
captifs accroissent les profits des semenciers à vos dépens
. C’est le
travail de sélection qui permet d’accroître le rendement. On pouvait
améliorer le maïs en continuant à sélectionner des variétés, mais cela n’intéresse
pas les semenciers puisque l’agriculteur aurait pu en ressemer le grain.


En réalité, que se passe-t-il ? Si vous faites de la consanguinité chez les
mammifères (des organismes à fécondation croisée, qui ont donc un papa et
une maman différents), vous savez qu’il se produit une dépression
consanguine. Un éleveur qui ferait de la consanguinité dans son troupeau
devrait rapidement le mettre à la casse. Eh bien ! Le maïs est comme un
mammifère. C’est une plante à fécondation croisée (une plante de maïs a, en
général, un papa et une maman différents) et la consanguinité se traduit par
une baisse de la vigueur de la plante. Ceci avait été observé et décrit par
Darwin dès 1868.

Qu’a fait le sélectionneur au nom de cette théorie fumeuse de l’hétérosis
inventée de toute pièce par le Généticien ? Les variétés paysannes cultivées
par vos parents étaient constituées de plantes différentes. Ils pouvaient en
ressemer le grain sans craindre la consanguinité. Ce que le sélectionneur
doit à tout prix empêcher. Il a donc extrait au hasard des clones des
variétés paysannes de maïs cultivées par vos parents. Comment ?

Il fait d’abord au hasard 6 générations d’autofécondation pour obtenir des
« lignées pures ». Croisées deux à deux, ces lignées pures donnent des
plantes de maïs ordinaires dont la caractéristique n’est pas d’être « 
hybride », mais de pouvoir être copiées (clonées) à volonté puisqu’on en
connaît les parents « lignées pures ». Le sélectionneur teste ces clones
pour sélectionner le meilleur et remplacer ces variétés. Il vous en vend les
semences. Vous semez ces clones dans vos champs. On vous serine les bobards
du Généticien sur l’hétérosis. Vous les croyez. Et pour faire bonne mesure,
on vous fait admirer l’uniformité de ces clones dans vos champs si « 
propres » grâce à l’atrazine et autres poisons. C’est beau, ces plantes
uniformes, comme militarisées, poussant dans un désert ! Finie, la diversité
de la Nature !

Et vous avez été aveuglé au point de ne pas voir la réalité sous vos yeux :
au moment de la fécondation, les plantes du clone se fécondent bien les unes
les autres, mais comme elles sont génétiquement identiques ou presque, c’est
comme si vous faisiez une autofécondation. Vos clones merveilleux d’uniformité
sont des machines à autoféconder le maïs, donc à le détruire. Vous ne pouvez
plus semer le grain récolté.

En résumé, le Généticien, le semencier et ses techniciens détournent votre
attention à coups de "vigueur hybride" et autres « hétérosis » pendant qu’ils
mettent en oeuvre dans votre champ, à votre insu et sous vos yeux
admiratifs, une autofécondation, c’est-à -dire la forme la plus violente de
consanguinité
(chez les mammifères, vous ne pouvez pas faire mieux (ou pire)
que des croisements père-fille, mère-fils ou frère-soeur). Vous détruisez
votre maïs dans votre champ. Et en prime, vous admirez la destruction dont
vous êtes victime !

La sélection de variétés de maïs (le « maïs population ») permettrait
pourtant d’aussi bons résultats agronomiques sans vous obliger à racheter
votre semence chaque année. Quant à la sésamie ou à la pyrale, les bonnes
pratiques agricoles
(rotations, lutte biologique...) en viennent à bout sans
aller chercher des semences de clones transgéniques encore plus chères.

Qu’au nom de ce même Progrès, les fabricants d’agrotoxiques, les « 
coopératives », l’État, la FNSEA, l’Inra vous poussent dans cette même voie
ruineuse avec le maïs et les autres plantes transgéniques ne devrait pas
vous étonner. Ces chimères génétiques - les soi disant Ogm - ont cette
remarquable caractéristique d’être brevetées, ce qui met légalement fin à la
pratique fondatrice de l’agriculture, semer le grain récolté
.

Il est vrai que les êtres vivants commettent un crime intolérable, celui de
se reproduire et de se multiplier gratuitement dans le champ du paysan. Un
crime que notre société punit par la mort. Ce que font Terminator, le
brevet, les "hybrides" , les Gurts et autres dispositifs de même type.

Plutôt que le héros du Progrès que vous croyez être, si vous en étiez le
dindon ?

Avec mes salutations cordiales,

Jean-Pierre Berlan, Directeur de Recherche Inra.
jpe.berlan@wanadoo.fr...




Mettez du sang dans votre moteur ! La tragédie des nécro-carburants, par Dominique Guillet.


En finir avec la gratuité, par Jean-Pierre Berlan.

Aveuglés par le gène, par GRAIN.

Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l ’agriculture : Enjeux et Etat des lieux en Afrique de l’Ouest.


Contre-information importante sur OGM médicamenteux après le reportage de France 2 mettant en scène un enfant atteint de mucoviscidose face aux faucheurs.






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