10 
Le policier : « Dites donc vous n’avez pas l’air d’aimer les juifs ici ! ».

Nicolas Shahshahani et « l’apologie du terrorisme » : au XXIe siècle la Justice ordonne la destruction d’un livre.

Jacques-Marie BOURGET

Pour avoir, lors d’une prise de parole en soutien à la Palestine, qualifié les membres du Hamas de « résistants », Nicolas Shahshahani, qui avec sa femme Olivia Zemor conduit une lutte de tout instant pour la libération de la Palestine, est poursuivi à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez pour « apologie du terrorisme ». Puisqu’on ne lit pas Kafka tous les jours, il est intéressant de savoir comment se passe, chez lui, un assaut policier contre un citoyen qui ne pense pas juste. C’est-à-dire comme Nunez. Dans cet entretien avec Nicolas Shahshahani on visite l’univers des geôles et la dureté de la privation de liberté, jamais banale. On découvre qu’au XXI e siècle la justice ordonne, noir sur blanc, de détruire un livre supposé « subversif » (pourtant en vente dans toutes les librairies). Cet entretien nous parle de l’injustice faite à Nicolas Shahshahani qui doit passer en jugement le 9 septembre porte Clichy au TGI de Paris. En attendant des lendemains qui déchantent, bienvenue dans le nouveau monde. Entretien :

Jacques-Marie Bourget : Que vit un citoyen-militant quand il est poursuivi pour « Apologie du terrorisme ». Quel sont le parcours de cet homme, théoriquement libre de sa parole, et son ressenti ?
Nicolas Shahshahani : Le 17 mars à l’aube, la porte de notre maison est très violemment secouée, heurtée. Je me précipite, avec ma femme Olivia, nous sommes dans une incompréhension pleine d’inquiétude. Comme dans les films je questionne « qui est là ? ». On me répond « c’est la police » et je tombe nez à nez avec au moins huit hommes cagoulés, vêtus de noir, ou en sombre, qui ont brisé la serrure. Parvenue à l’intérieur cette escouade me signale d’entrée : « vous êtes placé en garde à vue ».

Elle a un mandat qui me semble motivé par deux sources différentes, d’abord un signalement formulé par Laurent Nunez, alors préfet de police avant d’être ministre de l’Intérieur quelques jours plus tard, puis celle d’un magistrat qui autorise la police à agir. Celle dernière a pour mission « d’aller me quérir » au motif que je n’ai pas « répondu à une convocation », ce motif est inscrit sur leur requête. Ce qui est un argument scandaleusement bidon puisqu’aucune trace de la supposée requête n’existe ! Rien.
Tout part donc d’un signalement, sous couverture de l’« article 40 », déposé le 8 octobre 2025 par Nunez. Observation reprise pratiquement mot pour mot par un magistrat. En effet, le 7 octobre 2025, j’ai participé, au Châtelet, à un rassemblement placé sous le signe de « Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023 ». Il s’agissait de revenir sur l’interminable guerre coloniale conduite par les sionistes contre le peuple palestinien, puis d’évoquer l’après 2023 et l’offensive du Hamas. Dans les quarante secondes qui ont ouvert mon intervention, j’ai qualifié cette attaque de « mouvement de résistance ». Cette qualification a offensé monsieur Nunez, puis les magistrats qui ont suivi son « signalement »

Ça signifie que quelqu’un a enregistré cette prise de parole ?
Oui très certainement la police qui dans son rapport à Nunez, alors préfet de police mais bientôt ministre de l’Intérieur, précise que le meeting regroupait environ 170 personnes. Et les policiers m’ont reproduit les paroles qui ont froissé le préfet de police. De toutes façons mes mots sont publics puisque mon discours a été diffusé sur « Instagram » par un internaute, visiblement sioniste. Mais j’ignore qui est à l’origine de la prise de vue.

Ce débarquement policier entraîne donc une perquisition ?
Oui bien sûr. Premier succès policier, les fonctionnaires découvrent dans ma penderie un petit chapeau noir que je portais le jour où j’ai prononcé les paroles que l’on veut interdire. Puis ils continuent à tout retourner et découvrent une série d’autocollants portant différents slogans dont « Israël assassin ». Ce qui fait dire à l’un des fouilleurs : « Dites donc vous n’avez pas l’air d’aimer les juifs ici ! ». Ce qui entraîne une réplique d’Olivia : « Monsieur, nous sommes juifs l’un et l’autre ».
Autre découverte, et là c’est du lourd, dans ma bibliothèque ils se saisissent d’un livre traitant du Hezbollah. Oui, un simple bouquin écrit par Joseph Daher, un politologue et universitaire. Le titre en est « Hezbollah » et le sous-titre « Du fondamentalisme religieux au néolibéralisme ». Un ouvrage publié par les éditions Syllepse -qui critique vivement le mouvement politique libanais-, et que l’on peut commander dans n’importe quelle librairie contre 27 euros.
Enfin, la découverte d’espèces dans un tiroir semble également les exciter. Je leur signale alors, que, sévèrement malade je dois prendre des médicaments et en met de côté une partie. J’ajoute que ce même jour j’ai rendez-vous à l’hôpital... Mais ils s’en moquent.

Puis c’est l’embarquement pour le siège de la Police judiciaire.
Pour le transfert, j’ai 77 ans et suis gravement malade, je n’ai pas eu droit aux menottes.
Rendu boulevard Bessières dans les locaux de la Police Judiciaire, je découvre l’immensité de ce bâtiment, et cette vastitude me surprend. On me place dans un bureau mais je signale que je n’ai rien à dire et souhaite que maître Marcel, mon avocate, soit prévenue de mon arrestation. Je suis mis en cellule.
Vers 10 heures je peux m’entretenir avec mon conseil à peu près trente minutes. Juste avant onze heures je suis à nouveau interrogé et continue de me taire. On me remet en cellule. Vers le milieu de journée, nouvelle tentative d’interrogatoire et nouvel échec. Mais je suis autorisé à prendre des médicaments, ceux que j’aurai dû prendre tôt le matin. Lors de l’interrogatoire de l’après midi j’ai simplement tenu à préciser un point. Il tient aux espèces trouvées dans mon tiroir. Il s’agit tout simplement des cotisations versées par des habitants de mon quartier. Nous avons créé une association de soutien à un village palestinien avec lequel notre commune est jumelée. Il se trouve que j’en suis le trésorier. Et voilà le mystère des euros levé.

C’est quand même une expérience lourdement éprouvante ?
Bien sûr et si inattendue. Que la criminalisation des mots me conduise dans une geôle dans un décor à la Kafka, c’est très inattendu. Et en même temps révélateur de ces heures cruelles que nous vivons. Tout ici est chronophage, il n’y a plus de temps. On m’annonce que ma garde à vue va être levée et que je vais être déféré au parquet. On me rend les objets saisis au cours de la perquisition : passeport, montre, chapeau noir, argent.

Et le fameux livre sur le Hezbollah ?
J’y viens. Un document judiciaire me signale que les autocollants embarqués par la police et le bouquin satanique ont été détruits. Et là je n’ose y croire et relis le procès verbal de « destruction » que l’on me tend. Ainsi au XXIe siècle le Justice française procède à la destruction d’un livre. Qui plus est un livre qui critique lourdement le Hezbollah et que le magistrat n’a sans doute pas ouvert. Pas plus que le policier qui m’a posé la question « que pensez-vous de ce livre en faveur du Hezbollah ! » Ce n’est pas sérieux même extravagant. Sur le coup je me vois victime de ma petite Inquisition à moi ! Très inquiétant et symbolique du moment. J’ai protesté contre ce genre de pratique et précisé que « si l’on entendait me questionner sur le Hamas », pourquoi détruire un livre sur le Hezbollah. Mouvement politique qui n’est pas partie prenante à Gaza ?

Et sonne donc l’heure du passage au parquet, chez le procureur  ?
Il est vingt heures et des poussières, on m’a laissé miroiter une sortie pour le soir... Mais c’est l’heure à laquelle les bureaux ferment, où les procureurs rentrent en ville. Je vais donc passer la nuit en cellule. Placé dans l’une de ces innombrables cages je continue de m’étonner que la Justice ait prévu aussi grand !
Le lendemain matin je suis enfin mis en présence d’un substitut qui ne semble pas très fier du gibier qu’il doit traiter, j’apprends que je vais être libéré sous le régime du « contrôle judiciaire avec interdiction de manifester ».
Reste le passage devant la juge de la Détention et des libertés, c’est elle qui doit avoir le dernier mot. La magistrate écoute nos arguments et décide de ne pas suivre le parquet, je n’ai ni « contrôle » ni « interdiction de manifester ». Je vais donc sortir le 18 mars à 15 heures passées, après plus de trente heures de privation de liberté.

Prochaine échéance le 9 septembre, le passage devant le tribunal ?
« Apologie du terrorisme » sur la base de quarante secondes d’un discours de treize minutes, voilà sur quelle incrimination on entend sanctionner ma libre parole. J’ai parlé de « résistance armée » et aurais dévoyé le mot « camp de concentration » dans une comparaison avec Gaza. Enfin, pour les oreilles de justice, la dernière entorse est celle du mot « combattants », dont j’ai qualifié les militants du Hamas (alors que pour nos magistrats ils sont « terroristes »).
En fait, avec Olivia ma femme et EuroPalestine, le mouvement que nous animons, il y a maintenant plus d’un quart de siècle que nous sommes présents au côté de toutes les lutte pour la liberté des Palestiniens. Le pouvoir et ses amis ne peuvent plus nous supporter et doit nous faire taire. La mécanique est injuste, liberticide, mais simple.

Nicolas SHAHSHAHANI

Propos recueillis par Jacques-Marie BOURGET

COMMENTAIRES  

01/09/2026 07:46 par Carlos Ducasse

C’Est tout simplement flippant ! Le résultat de la sélection systématique de la médiocrité... Public servant... Le servilisme comme qualité fondamentale...et voilà la honte suprême, insoutenable... Comment depuis Sarkhozy jusqu’à Macron ? Qu’est devenue la France ?

01/09/2026 09:04 par lou lou la pétroleuse

Il fut un temps où la justice française n’était pas très à l’aise pour condamner le prétendu antisémitisme des anti-sionistes anti-génocidaires, comme Olivia Zemor. Il subsistait encore un minimum de cohérence dans l’application des lois anti-raciste, ou prétendues telles : difficile de condamner des juifs, citoyens israéliens d’office, pour antisémitisme. Aujourd’hui plus rien n’arrête le délire génocidaire antisémite (anti-arabes, anti-musulmans par extension) des autorités politiques et juridiques de la nation française, pas même l’évidente absurdité de ses choix répressifs.
https://ismfrance.org/index.php/2026/03/27/acharnement-repressif-olivia-zemor-condamnee-a-2-ans-de-prison-avec-sursis-pour-son-soutien-a-gaza/

01/09/2026 11:14 par Carlos

Dites vous bien, et j’en suis conscient au point d’y croire de plus en plus, que SI Mélenchon (par exemple mais c’est le seul à gauche ou à l’extrême gauche qui le pourrait, puisque chacun sait que les NPAR et autres révolution permanente etc... ont peu de chance d’y arriver dans notre soit-disant démocratie) si Mélenchon donc passait président de cette foutue république alors la réponse de la droite de la bourgeoisie et de l’extrême droite (c’est pareil), sera celle d’une tentative de coup d’état ou de milice violente avec sans doute de graves incidents...et les policiers (hélas aussi) pour leur majorité (je n’invente rien c’est documenté) qui pour la plupart votent RN, tous seront dangereux car armés, et ça c’est ce qui me fait peur (mais je sais que beaucoup y pense).
Qui a dit, on ne peut plus rien dire ? ou je deviens parano ?

01/09/2026 12:08 par Tardieu

J’ai quitté la France en 1996, vous excuserez mes approximations.

On aurait dit autrefois, que le traitement qu’ont subi Nicolas Shahshahani et Olivia Zemor relevait d’une dictature, d’un régime fasciste, c’est apparemment ce qu’est devenue la France sans que l’expérience du fascisme ait pu être menée jusqu’au bout... pour le moment, sans doute parce qu’au-delà des multiples trahisons dont furent victimes le mouvement ouvrier et la classe ouvrière, il existe encore de nombeux résistants authentiques parmi eux, de militants et de travailleurs intègres ou honnêtes. Leur association organise régulièrement des rassemblements en soutien au peuple palestiens place de la République à Paris, auxquels malheureusement je ne peux pas participer, je pense que c’est pour cette raison que les sionistes et les autorités s’acharnent sur eux. Solidarité inconditionnelle.

02/09/2026 05:15 par Annwn

« Terrorisme » ?
Dans sa « Note sur la suppression générale des partis politiques », la philosophe Simone Weil écrit que « C’est d’une part l’héritage de la « Terreur », d’autre part l’influence de l’exemple anglais, qui installa les partis dans la vie publique européenne. ».
Précisons que le mot « terrorisme », d’origine française, est apparu pour la première fois en 1794.
À propos du mot « terrorisme », précisons que c’est du nom de « Thor », le dieu de la guerre et du tonnerre, que sont venus les mots « terreur » et « terrible ».
Profitons-en pour rappeler aussi que l’apparition du Sépher de Myriam avait provoqué un grand mouvement d’idées (le mot « Sépher » signifie « le Livre ». Longtemps on a aussi appelé ce recueil « le Livre de l’Alliance ». Le Sépher servira à faire le premier Livre de la Bible, la « Genèse », qui en sera la caricature, une « Père-version »). Par toute la Terre on discuta les Principes exposés dans l’œuvre de Myriam (Myriam a été surnommée et glorifiée sous le nom de « Hathor », de « Ha-thorah », « la Loi », en hébreu). Mais cet événement eut un résultat inattendu ; il provoqua un déchaînement de jalousie pour la grande Déesse égyptienne et une formidable réaction contre son œuvre, à cause des révélations qu’elle faisait sur les causes de la déchéance masculine. Cela provoqua une violente réaction chez certains hommes. Et le premier qui prit, chez les Celtes, la direction d’un mouvement d’opposition fut le fameux Ram dont le nom est resté pans l’histoire comme celui d’un formidable perturbateur. Sa doctrine et son mouvement révolutionnaire ne furent qu’une réaction contre la doctrine de Myriam-Hathor exposée dans le Sépher. Lui aussi, il écrira un livre : « Le Zodiaque », parce que le Zodiaque de Myriam résumait sa doctrine. Mais dans son livre Ram donnera au mot Thorah un masculin, « Thor », qui deviendra le dieu de la guerre.
Cette nouvelle Divinité, Thor, sera l’image de l’homme perverti, le père du carnage, le dépopulateur, l’incendiaire, l’exterminateur. On lui donnera pour épouse « Friga » ou « Freya », qu’on appellera la « Dame par excellence » parce qu’on va en faire la complice de ses cruautés. Les mots « effroi », « effroyable », « frayeur », etc., viennent de Freya (la Déesse) et expriment, en réalité, la frayeur de la femme en face de Thor.
Blog

02/09/2026 19:08 par chabian

C’est vraiment Kafka et Le Chateau ! Des procédures sans bases légales. Et violentes, et absurdes. Remarquez que ce gouvernement est minoritaire dans les urnes... mais qu’il gère par diverses entourloupes.

08/09/2026 18:34 par CLAUDIO

Aujourd’hui il est de bon ton de tout critiquer, de tout bord, partout. Qui fait des propositions concrètes, pragmatiques ? Personne ! Critiquer le gouvernement d’Israël, soit, mais ne pas fustiger le hamas ou le hezbollah est criminel : comment ne pas condamner des terroristes qui se protègent au milieu de la population civile, des écoles, des crèches, des hôpitaux ? La solution a deux états est une ineptie : regardez l’Irlande du Nord, Chypre ... Que s’est-il passé en 1948 ? Qui a décidé de ce qui déchire le monde aujourd’hui ? Toute violence est l’expression d’une souffrance, essayons d’éradiquer la souffrance où qu’elle soit, d’où qu’elle vienne. Et, pour conclure, si l’accusation d’apologie du terrorisme est exagérée à l’encontre de Monsieur Nicolas Shashahani, ce dernier pourrait présenter des excuses pour avoir utilisé le terme, réellement inacceptable, de "résistants" concernant les membres du hamas ou (provocation) utiliser également le terme de "résistants" pour le gouvernement israélien.

09/09/2026 15:18 par Fayçal

ci-dessus : 8/09 communiqué de la hasbara, 18h34

Même ici elle a ses entrées apparemment...

09/09/2026 20:31 par CAZA

Bienvenu à CLAUDIO sur LGS .
Camarade de la dernière averse on sait pas comment tu es arrivé ici mais si c’ est trop dur tu peux te faire aider par des gens désintéressés et compétents qui te raconteront comment depuis 3/4 de siècle les sionistes génocident les Palestiniens .
Par Ex par des juifs de l’ UJFP .
https://ujfp.org/le-sionisme-un-colonialisme-de-remplacement/

10/09/2026 15:00 par chb

Claudio n’est sans doute pas un hasbariste parenté, il a juste peu lu le GS. Il n’a pas non plus pris en compte la récente enquête de Haaretz sur la manipulation, par Netanyahu, des attaques de militants de Gaza (dont les brigades al Qassam) le 7 octobre 2023 : averti par les EAU ou l’Egypte de l’imminence d’une action "Hamas", Bibi a omis de saisir les services israéliens de sécurité, puis il a sciemment aggravé le bilan humain en faisant bombarder tant les otages que les attaquants. Il a aussi repoussé toute tentative de négociation pour libérer les otages...
Le "droit de se défendre" de l’État d’Apartheid s’est ainsi mué en droit d’épuration + génocide.
Réaction de nos médias à la confirmation de ce qu’on appelait théorie du complot ? Ils ont répété que le Hamas terroriste a tué 1200 israéliens.
Coucou, le 9/11, et bon 25 ème anniversaire à l’instrumentalisation par l’empire du terrorisme islamiste etc.

(Commentaires désactivés)