RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Notre père qui êtes à l’Elysée

Comme tous les matins depuis quinze jours, je me jette au saut du lit, un café à la main, sur l’Actu en continu de Médiapart en particulier et sur Internet en général, pour me mettre au parfum des derniers développements de votre courageuse lutte contre la pandémie.

J’apprends, avec surprise, que votre ministre de la santé aurait fait livrer aux pharmaciens les quelques masques qu’il a réussi à réunir, par Géodis, une filiale privée de la SNCF, qui hélas n’avait aucune compétence dans le domaine alors qu’il aurait suffi de se reposer sur les grossistes qui connaissent bien le réseau. Et que, du coup, les livraisons ont pris de quelques jours à une semaine de retard au grand dam des professionnels non hospitaliers qui les attendaient. Je suis sure que ce sont des calomnies. Je sais que tout ce que vous faîtes, vous le faîtes pour notre bien et que c’est bien fait. Si quelqu’un a erré, ce ne peut pas être vous ni votre gouvernement. Sans doute êtes-vous, une fois de plus, la victime de votre trop grande intelligence, comme l’a si bien expliqué M. Legendre. Vos détracteurs ne comprennent tout simplement rien à vos grands desseins.

J’apprends aussi, avec soulagement, que vous avez autorisé la prescription de la Choloquine en traitement du Covid-19. Vous vous rappelez ? Le 13 janvier, un arrêté dans le Journal officiel, a classé l’hydroxychloroquine, qui était en vente libre, sur la liste II des substances vénéneuses. Un hasard malheureux dont évidemment vous n’êtes nullement responsable mais qui a donné l’impression que le couple Agnès Buzyn-Yves Lévy, alors respectivement ministre de la Santé et directeur de l’Inserm, réglait ses comptes avec le professeur Raoult sur le dos de la santé des citoyens, impression encore aggravée par le tir de barrage des chiens de garde du système contre le professeur. Vous vous rappelez comment il a été méprisé diffamé, ridiculisé à la TV ? Il a même été accusé de véhiculer des « fake news » par le Monde et votre ministère de la santé ! Le 23 mars, devant les protestations de plus en plus véhémentes des médecins sur le terrain et des malades, et après que Trump se soit extasié sur les travaux du Professeur Raoult, votre gouvernement a autorisé la prescription du médicament, mais seulement dans les cas graves, c’est-à-dire dans les cas où il ne sert plus à rien car, pour être efficace, il doit être administré assez tôt. Une demi-mesure que vous saviez évidemment contre-productive mais que vous avez autorisée sûrement par esprit de conciliation, pour maintenir la paix, sachant que ce matin vous prendriez, seul et contre tous, la décision qui s’imposait depuis le début. J’ai eu une larme de gratitude et d’admiration. C’est à ça qu’on reconnait un père, il sait se battre pour ses enfants. Quand le soir même l’arrêté était à nouveau modifié pour revenir en arrière, j’admets que je n’ai pas compris tout de suite. Je sais que tout ce que vous faîtes est bien fait, alors je me suis creusée la cervelle et je crois que j’ai trouvé. Voilà : votre doctrine du « en même temps » fait merveille à l’oral. Vous pouvez dire sans problème : « la chloroquine est en même temps autorisée et interdite », mais à l’écrit c’est plus compliqué. Alors, dans votre grande intelligence, vous avez trouvé la solution : vous l’autorisez le matin et l’interdisez le soir. C’est absolument génial. Comme cela vous faites plaisir à tout le monde et vous préservez l’unité. En temps de crise, c’est primordial. Bravo ! Je suis sure que vous serez considéré dans l’histoire comme l’égal de Salomon avec son célèbre jugement.

J’ai un aveu à vous faire, je n’ai pas voté pour vous. J’avais d’affreux préjugés. Un enfant de la banque, pense-je, ne fera jamais rien pour nous. En plus, vous avez, sous Hollande, qui servait la finance tout en la détestant (le précurseur du « en même temps » ?), détricoté le code du travail, en dépit des protestations des salariés. Mais tout a changé quand vous êtes arrivé au pouvoir. Vous vous battez désormais comme un lion pour nous défendre et nous protéger contre la France profonde et le coronavirus, avec un gouvernement, dont on ne peut qu’admirer la compétence, le souci du bien général, l’altruisme, le courage, la modestie, et j’en passe. L’histoire s’en souviendra.

C’est pour ça que je ne comprends vraiment pas ce qui m’arrive. Je pensais être complètement immunisée contre le doute, mais ces temps-ci, je ne sais pas pourquoi, il me passe par la tête des choses bizarres. Ce matin même, en lisant les nouvelles, je me suis surprise à penser sans réfléchir : Ce n’est pas possible d’être aussi bêtes, ils doivent le faire exprès ! Inquiète, j’ai regardé autour de moi - heureusement j’étais toute seule enfermée chez moi -, et je me suis sévèrement réprimandée : Mais vraiment c’est n’importe quoi ! Comme si nos dirigeants pouvaient être bêtes une seule seconde ! Et pire encore, comme s’ils pouvaient faire, exprès, quoi que ce soit qui nuise à l’intérêt général ! Je débloque, ça doit être les premiers effets de l’emprisonnement, pardon, du confinement. Heureusement je connais l’antidote à ces pensées malsaines et je me suis dépêchée d’allumer la TV pour me remettre les idées en place. Au bout de quinze minutes, j’étais rassérénée. Nous avions toujours un chef de l’état, chef de guerre et père de la nation, en pleine possession de ses moyens. Par un hasard extraordinaire, il se trouvait dans notre tout nouvel hôpital militaire. Il arborait un masque flambant neuf, sans doute pour montrer ce qu’est un masque aux professionnels qui n’en ont pas besoin d’après notre pétillante porte-parole. Et il prenait une posture martiale pour haranguer les troupes bien rangées devant des lits... vides, sûrement par sécurité. Notre président est malin, ce n’est pas comme cet idiot de Poutine qui se précipite en ridicule combinaison d’internaute aux chevets des malades ! Notre chef de guerre, toujours à l’écoute de son peuple, a profité de la présence aussi fortuite que rare des médias de ses amis milliardaires pour nous rassurer. J’ai tout bien en main, nous a-t-il affirmé en substance, et tout ira bien à condition que vous fassiez tout ce que je vous dis, sans poser de questions, sans discuter et sans vous plaindre. Je suis né pour penser et donc vous n’avez pas besoins de le faire, moi je m’en charge ».

Quel bonheur, me suis-je dit. Déjà, je n’avais presque plus rien à faire et maintenant, je n’ai même plus besoin de penser ! Toute à ma joie, je suis retournée regarder des vidéos distrayantes sur internet. Et là, je tombe par hasard sur une vidéo d’une équipe de médecins de Cuba accueillie avec tous les honneurs en...Italie. Je me frotte les yeux. C’est un montage, je me dis. Je fonce sur le Décodex du Monde pour en avoir le cœur net. Rien ! Je consulte les médias officiels. Aucun démenti ! Cuba, le diable, le démon, la dictature que les Etats-Unis contiennent, endiguent à grand peine à coups de blocus, de CIA, de sanctions, d’assassinats, et j’en passe, pour l’empêcher d’envahir tout l’occident, Cuba donc, est accueilli en sauveur en Italie. Et pas seulement Cuba, mais la Russie et la Chine... C’est le monde à l’envers ! Je regarde ça, interloquée, et je me dis : « Faut-il que les Italiens se sentent abandonnés de Dieu et de l’UE pour en arriver là. » Puis je me reprends. Comment puis-je penser une chose pareille ? Voyons, l’Union Européenne nous protège. Sans elle nous serions depuis longtemps colonisés par la méchante Chine au lieu de l’être par les gentils Etats-Unis, nous serions culturellement dominés par les méchants Russes, au lieu de l’être par les gentils Etasuniens, et nous serions soignés par les méchants Cubains au lieu de n’avoir bientôt plus du tout accès aux soins comme la plupart des Etasuniens. Ça vaut largement tout l’argent que nous donnons à l’UE et aux USA...

Tout de même, je suis sur une mauvaise pente. Il est clair qu’à force d’être seule, sans grand-chose à faire, mon cerveau tend à se croire tout permis. J’ai beau faire, il me vient de plus en plus de pensées incongrues. Je comprends mieux pourquoi, dans sa grande sagesse, notre Père Macron nous a recommandé de ne pas penser. Il a compris, lui qui sait tout, que la pensée était le plus grand ennemi de la nation. Pas les attentats, pas les grèves, pas le coronavirus, non la pensée. Car si le peuple se met à réfléchir à ce qu’il voit, s’il s’aperçoit que tout le système est bâti sur le mensonge et l’exploitation, s’il se rend compte qu’il n’a aucune issue, il sera malheureux. Et notre Père, qui est à l’Elysée et qui nous donne notre pain quotidien pour que nous puissions aller travailler pour sauver l’Economie et les banques, notre Père, qui nous aime plus que tout, n’a qu’un seul désir : que nous soyons heureux.

URL de cet article 35870
  
Communication aux lecteurs
JULIAN ASSANGE : Le documentaire "Hacking Justice" à Paris

Le 17 novembre à 20h
au cinéma Espace St Michel
7 Pl St Michel, Paris 75005

Les Amis du Monde Diplo & Les Mutins de Pangée organisent une projection du film "Hacking Justice Julian Assange" de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo suivie d’un débat avec la réalisatrice.

https://lesmutins.org/hacking-justice

à partir du 17 novembre, le film sera suivi de débats aux séances de 20h les lundi, mercredi, Vendredi. Calendrier : https://lesmutins.org/hacking-justice?tab=projections

Manifeste du Parti Communiste
Karl MARX
Présentation de l’éditeur " On ne peut prétendre que quelques belles pages peuvent à elles seules changer la face du monde. L’oeuvre de Dante tout entière n’a pas suffi à rendre un saint empereur romain aux Communes italiennes. Toutefois, lorsque l’on parle de ce texte que fut le Manifeste du parti communiste publié par Marx et Engels en 1848 et qui a, indéniablement, exercé une influence considérable sur deux siècles d’histoire, je pense qu’il faut le relire du point de vue de sa qualité littéraire ou, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Nous possédons 50% des richesses de la planète, mais seulement 6% de sa population. Dans cette situation, nous ne pouvons éviter d’être l’objet d’envies et de jalousies. Notre véritable tâche dans la période à venir sera de créer un tissu de relations qui nous permettra de faire perdurer cette inégalité.

Département d’Etat Etats-Unien - Planning Study #23, 1948

Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.