RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Quand un Anglais mange des lasagnes

Cela fait quarante ans que les Britanniques (les Français aussi, me direz-vous) votent de plus en plus à droite, que leurs suffrages se portent vers le parti travailliste ou vers le parti conservateur. Alors, la division internationale du travail, ça les connaît et ils en redemandent.

Au début des années soixante, pour manger des lasagnes en Angleterre, il fallait entrer dans un restaurant italien, et ça coûtait la peau des fesses. Les Anglais, comme tous les autres, ont payé au prix fort la démocratisation de l’exotisme.

Si j’ai bien compris cette histoire de lasagnes à la viande de cheval, on a donc un Anglais qui achète des lasagnes surgelées dans son Tesco préféré. Sur l’emballage, il est écrit, puisqu’elles sont à la Bolognaise (my foot !), que ces lasagnes contiennent de la viande de boeuf. Il appert qu’elles contiennent surtout de la viande de cheval. La consommation de la viande de cheval outre-Manche n’est pas interdite : elle est taboue. Comme celle des grenouilles. L’idée de manger du cheval fait gerber les Anglais, ce qui est leur droit.

Le produit est de la marque Findus (« Heureusement, il y a Findus ! »), entreprise dont le siège social est situé à Bjuv en Suède. Après avoir été une filiale de Nestlé, Findus appartient au fonds d’investissement Britannique Lion Capital (de quoi se plaignent les Grands-Bretons, ils mangent national, non ?), 4,8 milliards d’euros depuis 2004, excusez du peu.

La viande de boeuf incriminée provenait de Roumanie. Par parenthèse, il va falloir s’habituer de plus en plus à manger roumain (je ne parle pas des Roumains qui vont continuer à crever de faim, je parle de nous) : il s’installe actuellement dans ce pays ravagé une entreprise à capitaux étatsuniens qui va produire cinq millions de cochons par an. Le boeuf est alors conditionné par l’entreprise française Comigel. Non, pas française. Luxembourgeoise. La plaque de l’entreprise est située à Metz, dans le même bâtiment que le consulat du Luxembourg. La filiale locale de Comigel, Tavola, est propriétaire d’une énorme unité de production dans le canton de Capellen au Luxembourg. Comigel est née dans le Grand-Duché en 1972 et elle assure l’approvisionnement de grands distributeurs (Auchan, Cora) ou de grandes marques de la congélation (Findus, Thiriet, Picard). L’entreprise (ses 200 employés) débite chaque année 17 000 tonnes de surgelés par an, envoyés dans une quinzaine de pays. Depuis 2007, Comigel appartient au fonds d’investissement Cerea Capital, après avoir été avalé en 1991, puis cédé par le groupe britannique Perkins Food. Sur la page internet de Cerea Capital, on lit ceci : « Céréa Gestion lève et gère des fonds dédiés aux opérations de transmission ou de financement mezzanine dans l’agroalimentaire et ses secteurs connexes. L’expertise sectorielle et le professionnalisme de ses équipes permettent d’accompagner avec pertinence les managers dans leurs décisions stratégiques et d’en faciliter la mise en oeuvre. Céréa Gestion est un acteur engagé en faveur du Développement Durable dans le capital investissement ». « Développement durable » : on respire !

Comigel a annoncé le retrait de « tous les produits liés à son fournisseur », sans le nommer. En soirée, la chaîne de supermarchés Aldi (chaîne allemande, propriété de deux des cinq hommes les plus riches d’Allemagne) a annoncé que deux autres plats préparés distribués au Royaume-Uni par Comigel - des lasagnes et des spaghettis à la bolognaise - de la marque Today’s Special contenaient entre 30% et 100% de viande de cheval.

Comigel pensait (croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer) qu’il s’agissait de viande d’origine française mais elle a appris, selon les dires de son président, Erick Lehagre, qu’elle venait en fait de Roumanie. « Il y a huit jours, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un problème, après avoir été alertés par des gens sur le marché britannique. Nous avons identifié le fournisseur en cause : il s’agit de la société Spanghero », basée à Castelnaudary dans l’Aude, a-t-il poursuivi. « Elle nous a indiqué que la viande venait d’un producteur roumain. On a pu voir qu’elle venait d’abattoirs en Roumanie qui abattaient et découpaient du boeuf et du cheval ». Ah ! les frères Spanghero : la belle époque du rugby français. Trois géants petits-fils de Frioulais. Des joueurs magnifiques, une reconversion magnifique. Dans les voitures, la viande, le cassoulet. Des centaines d’employés. A noter que la société Spanghero n’appartient plus aux Spanghero (c’est compliqué, le monde de l’entreprise).

Quand je pense que tout ce beau monde se décarcasse pour que le prolo d’Huddersfield puisse manger des lasagnes à quatre shillings la barquette. More beautiful the life !

Comme l’a dit un observateur plein d’humour, " ce qui aurait été grave, c’aurait été de trouver de la viande de jockey dans ces lasagnes !".

http://bernard-gensane.over-blog.com/

URL de cet article 19288
  
Communication aux lecteurs
JULIAN ASSANGE : Le documentaire "Hacking Justice" à Paris

Le 17 novembre à 20h
au cinéma Espace St Michel
7 Pl St Michel, Paris 75005

Les Amis du Monde Diplo & Les Mutins de Pangée organisent une projection du film "Hacking Justice Julian Assange" de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo suivie d’un débat avec la réalisatrice.

https://lesmutins.org/hacking-justice

à partir du 17 novembre, le film sera suivi de débats aux séances de 20h les lundi, mercredi, Vendredi. Calendrier : https://lesmutins.org/hacking-justice?tab=projections

Même Auteur
Contre-discours de mai de François Cusset
Bernard GENSANE
François Cusset. Contre-discours de mai. Ce qu’embaumeurs et fossoyeurs de 68 ne disent pas à ses héritiers. Actes Sud, 2008. Bizarrement, on a très peu célébré le cinquantenaire de Mai 58, la chute de la Quatrième République, le coup d’État feutré de De Gaulle, l’instauration d’une nouvelle République, donc d’un nouveau partage institutionnel du pouvoir, avec un renforcement du rôle de l’État, de sa prééminence, tout ce que les " gaullistes " libéraux d’aujourd’hui vomissent. J’ai lu peu (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales.

P.Barnevick, ancien président de la multinationale ABB.

L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
122 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.