RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Révoltes arabes : Comprendre n’est pas participer aux idéologies du complot

Deux ans après leur déclenchement, les différents mouvements - hâtivement baptisés « révolutions arabes » - qui ont provoqué des changements de régime en Tunisie, Égypte, Libye et au Yémen ainsi qu’une crise durable au Bahreïn et une guerre civile en Syrie nécessitent un premier bilan. C’est l’objectif que se sont fixé les vingt-trois contributeurs de huit nationalités différentes dans l’ouvrage qui vient de paraître aux Éditions Ellipses : La Face cachée des révolutions arabes (528 p., 25 euros).

Ce travail courageux et salutaire - qui rassemble des signatures aussi différentes et dissemblables que celle de Samir Amin, Alain Chouet ou Ahmed Ben Saada - s’organise autour d’une triple interrogation : d’où viennent ces mouvements ? Quels en furent les principaux acteurs ? Qu’ont-ils produit jusqu’à maintenant ? Il reproduit également les deux rapports de mission d’étude conjointement menée en Libye et en Syrie par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et le Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme (Ciret).

Son questionnement fait oeuvre d’une belle déconstruction des lectures d’une presse trop pressée et de chercheurs parfois dévorés par leurs sujets d’études. Comme Fabrice à Waterloo qui n’a vu que de la fumée et des chevaux, les premiers ont beaucoup fait la morale en décidant - à la place de leurs lecteurs - qui étaient les « bons » et les « méchants ». Les seconds, qui n’aiment pas qu’on réfléchisse sur leurs plates-bandes, ont voulu se réserver le monopole de la compréhension. Après avoir annoncé la fin de « l’islam politique », certains ont décrit - en août 2011 - des activistes jihadistes « paniqués » par une « vague démocratique » en train de submerger le monde arabe… D’autres enfin ont assimilé toute remise en cause, sinon toute critique, de leurs lectures aux idéologies du complot, voire au négationnisme du changement social et politique.

Ne leur en déplaise, La Face cachée des révolutions arabes, ouvrage de salubrité publique, dresse un triple constat transversal. D’abord, ces différentes révoltes renouaient avec de vieilles revendications sociales et politiques chargées d’une longue histoire. Cette fois-ci, la grande nouveauté est que les chancelleries et la presse occidentale les ont relayées, sinon amplifiées. Pour quelle raison ? Parce dans notre monde globalisé innervé de nouvelles technologies dévoilant l’actualité dans son immédiateté, les Ben Ali, Moubarak et autres Khadhafi ne pouvaient plus être des garants sérieux des intérêts occidentaux. Il fallait trouver autre chose, non pas - comme dans Tintin - en réunissant des comploteurs cagoulés dans une caverne pour monter un mauvais coup, mais en accompagnant et canalisant les énergies libérées. Dans un premier temps, la jeunesse, les syndicats et la société civile ont constitué des mouvements sociaux innovants, en rupture avec les ordres anciens, avant que des élections - plus ou moins correctement gérées - ne viennent reconstruire des ordres moraux et politiques conformes à la sauvegarde des intérêts occidentaux. Comme dit le Guépard de Lampedusa : « Il fallait tout changer pour que rien ne change… »

Deuxième constat : les agents de cette nouvelle glaciation sont les Frères musulmans et leurs produits dérivés salafistes. Depuis le milieu des années 1950, lorsque Nasser s’impose comme le champion du nationalisme arabe et qu’il fait le choix de l’URSS, les États-Unis n’ont de cesse d’utiliser la confrérie égyptienne comme leurs alliés objectifs les plus actifs dans le monde arabo-musulman. Nous disposons, dans nos archives, d’une photo de Saïd Ramadan - le père de Tariq (télé-coraniste bien connu) - aux côtés d’Eisenhower dans le bureau de la Maison-Blanche avec une délégation des Frères musulmans. Pourquoi les Américains les adorent-ils ? Parce que là où sont les Frères, pas de syndicats, de partis de gauche et de formations nationalistes, mais des boutiquiers partisans du néo-libéralisme économique, avec une jeunesse qui fait des allers et retours entre la mosquée et McDo.

Enfin, les grandes révolutions (française, soviétique, chinoise, cubaine et algérienne) ont ceci de commun qu’elles ont, peu ou prou, engagé réformes agraires, nationalisations des secteurs vitaux de l’économie, promotion des femmes et des droits humains. C’est-à -dire des dynamiques très différentes de l’instauration plus ou moins dure de la charia. Dresser ces constats n’est pas rejoindre les idéologies du complot, mais parier sur l’intelligence de l’avenir.

Richard Labévière

http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/60-politique/4996...

URL de cet article 19472
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Roger Faligot. La rose et l’edelweiss. Ces ados qui combattaient le nazisme, 1933-1945. Paris : La Découverte, 2009.
Bernard GENSANE
Les guerres exacerbent, révèlent. La Deuxième Guerre mondiale fut, à bien des égards, un ensemble de guerres civiles. Les guerres civiles exacerbent et révèlent atrocement. Ceux qui militent, qui défendent des causes, tombent toujours du côté où ils penchent. Ainsi, le 11 novembre 1940, des lycées parisiens font le coup de poing avec des jeunes fascistes et saccagent les locaux de leur mouvement, Jeune Front et la Garde française. Quelques mois plus tôt, les nervis de Jeune Front avaient détruit les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut jamais inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité et est née dans le pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer l’argent et, en un tour de mains, ils créeront assez d’argent pour la racheter. ôtez-leur ce pouvoir, et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique car nous aurions alors un monde meilleur et plus heureux. Mais, si vous voulez continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits.

Sir Josiah Stamp,
Directeur de la Banque d’Angleterre 1928-1941,
2ème fortune d’Angleterre.

Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
124 
Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.