Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes


Un protégé de l’OTAN à la tête de l’Etat Islamique en Libye

A la demande du procureur général d’Égypte, Interpol a diffusé, dans le courant de février 2015, une note accusant le Libyen Abdelhakim Belhadj d’être le chef de la filiale maghrébine l’État islamique (Daesh), organisation qui tente de profiter du chaos en Libye pour conquérir de nouveaux territoires.

Belhadj est loin d’être un inconnu des services secrets occidentaux et de leur bras armé, l’OTAN. Sa carrière pose de nombreuses questions sur les liens troubles qui ont uni, et probablement, unissent toujours ces derniers aux milieux islamistes les plus violents et autres djihadistes.

Dans les années ’80, Belhadj combat les Soviétiques en Afghanistan, probablement recruté par le réseau de Ben Laden, soutenu par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la CIA. Revenu en Libye, il participer à la fondation du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), dont il deviendra un de ses « émirs », et tente, à quatre reprises entre 1995 et 1998, d’assassiner Mouammar Kadhafi, pour le compte du MI6 britannique, le service extérieur de sa Gracieuse Majesté. Il se réfugie ensuite auprès de Ben Laden, en Afghanistan, jusqu’à ce que les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis, revendiqués par Al-Qaida, le forcent à fuir à travers divers pays. Il est arrêté en mars 2004 en Malaisie, transféré et torturé dans une prison secrète de la CIA en Thaïlande, puis rapatrié de force en Libye, où il est à nouveau torturé, mais sous la supervision de ses anciens amis du MI6 cette fois. Selon le Premier ministre espagnol, Aznar, il aurait été impliqué dans les attentats de Madrid, survenus quelques jours après son arrestation.

Sous la promesse de renoncer à la lutte armée, Belhadj quitte en mars 2010 les geôles libyennes, en compagnie de près de 200 autres islamistes, et prend le chemin du Qatar. Une année plus tard, il est de retour pour participer à l’insurrection qui secoue son pays. Après la chute de Tripoli, il est nommé gouverneur militaire de la capitale, sur proposition de l’OTAN, qui n’a pas encore cessé de pilonner le pays. Accordant de nombreuses interviews à la presse occidentale, qui le décrit souvent comme un « ancien djihadiste » devenu « combattant de la liberté », parfois même comme un « modéré », il fait l’éloge de la France, mais porte plainte contre la Grande-Bretagne à laquelle il ne pardonne pas le traitement que lui a infligé le MI6.

La même année, il se rend en Syrie, pour combattre au sein de l’Armée syrienne libre, la faction choyée par le camp occidental pour déstabiliser le pays. De retour en Libye, il tente de se lancer dans la politique en créant son parti, le Hizb al-Watan. Mais, si le soutien financier, d’origine qatarie, est abondant, le soutien populaire fait défaut, et Abdelhakim n’est pas élu aux élections constituantes de juillet 2012. Malgré cet échec, il consolide son pouvoir à Tripoli et demeure, aux yeux des Occidentaux au moins, un partenaire-clé, puisqu’il est reçu au Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères, quelques semaines avant les élections législatives de juin 2014.

Après ces élections, il se joint à la coalition de milices islamistes et tribales, Fajr Libya, qui n’en reconnait pas les résultats et s’empare de l’ouest du pays. Depuis, de violents combats opposent Fajr Libya aux forces dites « loyales » du gouvernement issu des dernières élections et siégeant à Tobrouk, à l’extrême-est de la Libye.

La situation devient encore plus chaotique au début 2015 lorsqu’une faction, se réclamant de l’Etat islamique, fait scission de Fajr Libya et se met à combattre ses anciens alliés, notamment à Syrte. Elle se fait connaître du grand public en décapitant 21 Egyptiens, coupables d’être de rite copte, et espère manifestement engranger financement, armes et combattants en capitalisant sur la sinistre renommée du « commandement central », qui contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak. C’est donc cette nouvelle faction que dirigerait, selon la justice égyptienne, Abdelhakim Belhadj.

La barbarie de l’Etat islamique et les attentats qu’il perpètre en Occident risquent-ils de mettre fin à cette alliance ? A en croire les allégations d’élus, de l’armée et des services secrets irakiens, cela ne semble pas à l’ordre du jour. En effet, depuis plusieurs mois, il est question de parachutages d’armes par des avions britanniques et étatsuniens à destination de l’Etat islamique. A une reprise, près de Kobane, en Syrie, les Etats-Unis ont reconnu un tel parachutage, mais qu’ils auraient commis « par erreur ».

Quoi qu’il en soit, la carrière d’Abdelhakim Belhadj, de l’Afghanistan à la Libye, avec un crochet par la Syrie, est l’illustration vivante de l’alliance tumultueuse entre les tenants de l’« ingérence humanitaire » occidentale et les djihadistes, nouée il y a plus de trente ans. Il n’y a guère qu’en Bosnie-Herzégovine, où l’OTAN et les Etats-Unis avaient facilité l’envoi de milliers de moudjahidines, dont des membres d’Al-Qaida, pendant la guerre civile, où Belhadj ne semble n’avoir jamais mis les pieds. La Bosnie qui est devenue aujourd’hui le principal contributeur européen, relativement à sa population, en mercenaires combattant au sein de l’Etat islamique...

Georges Berghezan

Article publié simultanément dans Alerte OTAN ! n° 56, bulletin du Comité de surveillance OTAN

»» http://www.michelcollon.info/Un-protege-de-l-OTAN-a-la-tete-de.html++cs_INTERRO++lang=fr
URL de cet article 28350
   
AGENDA
mercredi 22 novembre 2017
mercredi 22 novembre 2017
jeudi 23 novembre 2017
vendredi 24 novembre 2017
vendredi 24 novembre 2017
samedi 25 novembre 2017
mardi 28 novembre 2017
jeudi 30 novembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
samedi 2 décembre 2017
vendredi 15 décembre 2017
Même Thème
Libye, OTAN et médiamensonges
Michel COLLON
Les « armes de destruction massive », ça n’a pas suffi ? Le martyre de l’Irak, frappé d’abord par les médiamensonges et ensuite par les bombes, on n’en a pas tiré les leçons ? Non, on n’en a pas tiré les leçons. On sait que les Etats-Unis ont menti sur le Vietnam, l’Irak, la Yougoslavie, l’Afghanistan et Gaza, mais on croit que cette fois-ci, sur la Libye, ils disent la vérité. Etrange. La majorité de nos concitoyens croient encore ce que l’Otan a raconté sur la Libye. Y compris les Arabes car cette fois, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

C’est très dur d’être libre lorsqu’on est acheté et vendu sur le marché. Bien sûr, ne leur dites jamais qu’ils ne sont pas libres, parce qu’alors ils vont se mettre à tuer et estropier pour prouver qu’ils le sont. Pour sûr, ils vont vous parler, et parler, et parler encore de droits individuels. Mais lorsqu’ils voient un individu libre, ça leur fout les jetons.

Jack Nicholson, dans le film "Easy Rider"


Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où il s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
40 
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
115 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.