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Cultures & Sociétés

Poésie et révolution (1)
Bernard GENSANE
À la fin d’Une saison en enfer, Rimbaud assénait qu’il fallait être « absolument moderne ». Son recueil était un agrégat de poèmes, de textes de contestation, de réflexion. Être moderne, c'était dire les bouleversements sans se focaliser sur les thèmes apparemment “ poétiques ”, tel l’amour, la mort. C'était même poser que le laid pouvait être beau et poétique. C'était reconnaître que le poète et son dire pouvaient être produits par le monde qui les entouraient. Les temps avaient changé et le vers classique, régulier ne pouvait plus en rendre compte. On verra Lautréamont (dans Les Chants de Maldoror) à la recherche d’une « poétique future ». Que de souffle dans cet extrait du Chant 1 : « J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, (...) Lire la suite »
 
Pour la doxa occidentale, un nouveau concept : l’islamisme modéré.
Chems Eddine CHITOUR
« Quand elle est vraiment personnelle et jaillie des origines, la prière se trouve à la limite de la pensée philosophique, elle devient philosophie dans l'instant où s'abolit toute relation intéressée avec la divinité. » Karl Jaspers Depuis quelques semaines, les médias occidentaux tentent d'imposer d'une façon résolue, le concept d'islamiste modéré. Quelle est la réalité de ce concept ? Et pourquoi l'émergence de ce concept maintenant et pas avant le « Printemps arabe » un autre concept imposé ? L'Occident lâchera-t-il, comme c'est apparemment le cas, les démocrates, les jeunes et leur espérance pour des barbus plus sûrs, capables d'imposer un « ordre » qui permettrait à l'Occident de continuer à sucer ce qui reste d'énergie de matières premières au plus grand profit du capital qui a horreur du désordre et (...) Lire la suite »
 
Des intellectuels organiques dans la salle des commandes (Il Manifesto)
Tonino BUCCI

Ils la considéraient comme morte et enterrée, reléguée au fin fond de l’album des souvenirs. Pourtant elle est parmi les plus citées – et aussi parmi les plus mal interprétées formules de Gramsci. Et bien l’intellectuel organique revient avec le vent en poupe. Ou peut être même qu’il n’est jamais parti. La classe ouvrière, ses intellectuels elle les a perdus en route. Les mutations dans le cycle d’accumulation capitaliste ont fragmenté le travail, dispersé les consciences, les techniques et les savoirs. Mais la bourgeoisie non, elle continue à produire ses intellectuels organiques dans les automatismes de la société.

La bourgeoisie n’a pas besoin de partis pour gouverner. Ses dirigeants, ses Monti et Profumo, elle les prend à l’université Bocconi et dans le management des banques. Le populisme berlusconien ne sert (plus) : peu efficace pour garantir les intérêts qui comptent, trop occupé à négocier entre les clientèles. La politique a ses propres temps, ses logiques de compromis et ne peut pas se passer (totalement) de la légitimation par le consensus populaire. Aujourd’hui se sont ces espaces de médiation, physiologiques en démocratie, qui deviennent intolérables aux yeux des pouvoirs forts. BCE et Cofindustria (équivalent du MEDEF ndt. ) veulent du solide. Les hommes politiques qui jusqu’à hier – grâce à leur populisme – en ont garanti les intérêts, ont fait leur temps. Dans la salle des commandes entrent (...) Lire la suite »
 
Le lynchage de Kadhafi : L’image du sacrifice humain et le retour à la barbarie
Jean-Claude Paye, Tülay Umay

L’exhibition des images du lynchage de Mouammar Kadhafi rend nos sociétés transparentes. Elles pétrifient et nous demandent de déposer les armes. Ce sacrifice traduit un retour vers une société matriarcale, vers un « état de nature ». En nous fixant dans une violence sacralisée, ces images nous révèlent que l’Empire étasunien constitue une régression inédite dans l’histoire de l’humanité. Elles attestent que l’objectif de cette guerre n’est pas seulement la conquête d’un objet, le pillage du pétrole ou des avoirs libyens, mais aussi, comme dans les croisades, la destruction d’un ordre symbolique, au profit d’une pure machine de jouissance, d’un capitalisme déchaîné.

A l’occasion de la diffusion des images du lynchage de Mouammar Kadhafi, nos dirigeants politiques ont manifesté une étrange jouissance. « Strange Fruit » [1], ces images font immédiatement penser à celles de la pendaison de Saddam Hussein organisée le jour de « Aïd al-Adha », la fête du sacrifice. Ces deux affaires nous inscrivent dans une structure religieuse qui, par la substitution du sacrifice humain à celui du bélier [2], restaure la figure primitive de la déesse Mère. Elle renverse l’ancien testament et annule l’acte de la parole. Cette religion sans Livre se réduit au fétiche [3]. Elle n’a plus d’Autre, ni de Loi. Elle est simple injonction de jouir du spectacle de la mort. Grâce à l’image, la volonté de puissance devient illimitée. La transgression n’est plus bornée comme dans le rite (...) Lire la suite »
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Ni rationnelles, ni féminines : la sexualisation des femmes violentes (Countercurrents)
Akanksha Mehta
Les femmes qui se livrent à des violences sont souvent l'objets de récits sexualisés dans lesquels leur conduite est décrite comme une déviation des traits féminins normaux ('pacifiques'). Ces récits sexualisés nient la capacité de violence des femmes en excluant celles qui s'y livrent du royaume de la rationalité et en les considérant comme des non-femmes. A cet égard, la couverture médiatique du procès en appel d'Amanda Knox et de sa libération de la prison de Perugia en Italie qui s'est ensuivie, a défié toute concurrence. Knox, qui a été reconnue coupable d'avoir tué sa colocataire et a été condamnée à 26 ans de prison, a été régulièrement décrite par les médias et l'accusation comme un "démon femelle" hyper-sexualisé. Dès son arrestation après le meurtre, les motivations attribués à Knox ont été mélangées à (...) Lire la suite »
 
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