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Ingrid Betancourt, Renaud et les Américains, par Martha Zuluaga.





Solidaire, 18 mars 2006.


Depuis quelques semaines, les médias diffusent de nombreux reportages sur l’ex-candidate à la présidence de la Colombie et à la radio, la chanson « Dans la jungle », du chanteur Renaud, progresse dans le hit-parade : Ligotée, bâillonnée / Avec ces porte-flingues / Devenus tes geôliers / Qui te citent Staline / Ou te lisent Mao / À toi qui, j’imagine, / Préférerais Rimbaud.

Vraiment touchant, mais voilà un regard quelque peu simpliste, pour une situation fort complexe. Comme suite à cette campagne, pour beaucoup de gens en Europe, le gouvernement colombien, est une `démocratie musclée’ qui doit faire face aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), organisation terroriste qui pratique le kidnapping tous azimuts. Qu’est-ce qui est vrai ou faux dans ces affirmations ?


Le conflit en Colombie

En Colombie sévit un grave conflit social, politique et militaire. L’État colombien, soutenu par les multinationales, les propriétaires fonciers, les industriels et leurs représentants politiques, mène une politique criminelle envers le peuple. Il y a plus de 40 ans que les Farc ont fait leur apparition dans les campagnes, comme un bras du mouvement paysan meurtri par la répression.

Dans le cadre de la guerre froide et en prévention d’une extension de la révolution cubaine, les États-Unis sont devenus un acteur fondamental de ce conflit. Malgré une aide militaire faramineuse, le mouvement de guérilla (constitué aussi d’autres organisations que les Farc) n’a pas été éradiqué.

Le président colombien Alvaro Uribe Vélez représente l’option de Washington, qui vise à une défaite militaire du mouvement révolutionnaire. Même avec les conseillers militaires étasuniens, les exercices militaires conjoints et des livraisons d’armes considérables, l’armée colombienne n’est pas à même de réaliser cet objectif. Il reste l’internationalisation du conflit, y compris l’intervention massive de troupes américaines. Entre-temps, l’État colombien discrédite la guérilla en la traitant de `bande terroriste’ et, bien sûr, ne souhaite pas négocier avec elle.

Qui est le véritable narcotrafiquant ? Les États-Unis considèrent l’armée populaire comme une « narco-guérilla », terme cher à Lewis Tambs, ancien ambassadeur américain en Colombie. En 1991, Lewis Tambs a été arrêté à l’aéroport de New York, alors qu’il transportait 3 kilos de cocaïne et 5 millions de dollars. [1]Le même fonctionnaire a été identifié dans l’enquête sur le financement des `contras’ au Nicaragua par l’administration Reagan. Tambs échangeait de la drogue contre des armes.
 [2]


Détention d’Ingrid Betancourt

Ingrid Betancourt est entrée en février 2002 dans une zone servant depuis une année aux négociations entre le gouvernement et la guérilla. À ce moment-là, la tension était grande puisque le gouvernement avait suspendu les négociations et s’apprêtait à bombarder la région où se trouvaient les chefs des Farc. Pour cette raison, l’armée populaire avait ordonné la fermeture de l’accès à la zone. Ingrid Betancourt, pourtant au courant de la gravité de la situation, a voulu se rendre sur place et forcer les barrages, mais elle a échoué et a fini par être prise. Son garde du corps, par la suite, a expliqué que Betancourt lui avait demandé de se déguiser en paysan, ce qu’il avait refusé. Pour quelle raison Ingrid Betancourt n’a-t-elle pas été libérée par la suite ?


Échange humanitaire

En Colombie, il y a des nombreux révolutionnaires en prison, souvent malades ou invalides de guerre. Les Farc souhaitent un échange humanitaire de prisonniers. C’est pourquoi, depuis des années, elles retiennent par la force des militaires, des policiers et des politiciens et demandent de les échanger avec leurs camarades qui sont en prison. Les prisonniers des Farc sont traités de façon humaine et partagent les conditions de vie des guérilleros ; ils ne sont donc pas `ligotés et bâillonnés’ comme l’imagine Renaud, influencé peut-être par les films anticommunistes américains. Soit.

Dans une déclaration faite le 23 février 2005, M. Delloye, ex-mari d’Ingrid Betancourt, a accusé le Président Uribe d’avoir tout fait pour ruiner les efforts des familles des prisonniers chaque fois qu’il y a eu une possibilité de négocier avec les FARC. Il a ensuite précisé : « Les FARC ne sont pas un groupuscule de terroristes, ce sont des belligérants, ce sont 20.000 hommes qui combattent depuis 40 ans, et à ce titre, selon la Convention de Genève, ils doivent négocier pour parvenir à un accord humanitaire ».

Le gouvernement colombien prône la libération par la force des prisonniers, ce qui, dans les faits, ferait de nombreuses victimes parmi eux. La mère d’Ingrid Betancourt déclare en ce début de 2006 : « Nous conjurons le Gouvernement colombien de ne pas tenter de sauvetage `à feu et à sang’ ; les séquestrés ont droit à la vie et la vie est le premier droit de toute nation. » [3]


Efforts des Farc pour parvenir à un accord

De nombreuses actions sont entreprises pour demander au gouvernement de procéder à un échange humanitaire. Dans un entretien [4], des responsables ont expliqué que le commandant des Farc, Simón Trinidad, était allé à Quito en Équateur pour entrer personnellement en contact avec les représentants de l’ONU et avec l’ex-époux d’Ingrid Betancourt, qui travaillait à l’ambassade de France dans ce pays, afin de relancer la proposition d’échange humanitaire de prisonniers. Malheureusement la CIA, avec le concours des services secrets colombiens et équatoriens, a arrêté Simon Trinidad, qui, quelques mois plus tard, a été extradé vers les États-Unis.

Ensuite, le 13 décembre 2004, le Président Uribe ordonne l’enlèvement, au Venezuela, du négociateur international des Farc, Rodrigo Granda.


Le sabotage du gouvernement colombien et ...

Astrid, la soeur de l’otage5 [5] , qui accuse le gouvernement Uribe de « jouer un double jeu », ajoute : « Il y a quelques jours, une solution négociée par l’Église avait été acceptée par les deux parties. Cet accord équilibré prévoyait même pour la première fois et de manière très concrète des garanties pour éviter que les éléments des Farc libérés en échange des otages puissent retourner au combat ».

« Le président Uribe avait donné son accord de principe, mais au moment de la rédaction du projet, il a reculé en expliquant que cet accord risquait de démoraliser les troupes engagées contre la guérilla. Une volte-face idéale pour discréditer les négociateurs de l’Église », déclare encore la soeur d’Ingrid Betancourt.

La famille de l’ancienne candidate à la présidence de la Colombie, Ingrid Betancourt, a demandé récemment à Paris [6], à la communauté internationale, de faire pression sur le Gouvernement du Président Alvaro Uribe et sur la guérilla des Farc pour forcer un accord humanitaire qui rende possible la libération des quelque 3.000 séquestrés du pays, qui se trouvent dans tous les camps.

« Nous demandons à la communauté internationale d’exercer une très forte pression pour que le président colombien, Alvaro Uribe, arrive à un accord avec les Farc afin que tous les otages soient libérés ».


Pressions des États-Unis

Dans son interview [([/www.rcn.com.co)]] , Astrid Betancourt accuse par ailleurs les États-Unis de s’opposer à un « accord humanitaire » permettant de « procéder à un échange de prisonniers de part et d’autre (.), qui peut s’appuyer sur le droit international humanitaire ou sur un accord politique ».

« L’ambassadeur des USA en Colombie répète dans tous les dîners que son pays est contre un accord humanitaire. Il a d’ailleurs osé l’exprimer en privé à ma mère en janvier. Comment voulez-vous dans ces conditions que le gouvernement colombien, qui est complètement tenu économiquement par les États-Unis, puisse véritablement s’engager dans cette voie ? », interroge Astrid Betancourt.

Choisir le chemin de la paix

Il est très important que les citoyens européens ne se laissent pas influencer par la désinformation et la manipulation de certains médias. Soutenir l’échange humanitaire des prisonniers est la meilleure façon de contribuer à la paix en Colombie. Faire le contraire ne reviendrait-il pas à soutenir la politique de Bush et du gouvernement colombien et donc, la poursuite de la guerre ?

Martha Zuluaga, citoyenne belgo-colombienne.


- Source : Solidaire www.ptb.be/solidaire.html




Réaction à l’article sur Ingrig Betancourt dans le N°1 de l’écorégion, par J.C.Cartagena.


La Colombie d’Ingrid Betancourt, par Maurice Lemoine.

Les véritables raisons de l’intervention nord-américaine en Colombie, par Doug Stokes.






[1] (www.rebelion.org/noticia.php?id=9100)

[2] (www.eldiplo.info/mostrar_articulo.php?id=127&numero=36)

[3] (www.ingridbetancourt-idf.com/base/article.php3?id_article=74)

[4] Revue Voz, Bogota, Colombie, décembre 2004.

[5] (www.educweb.org/webnews/Ingrid/NewsFev04.htm)

[6] (www.rcn.com.co)


URL de cet article 3448
http://www.legrandsoir.info/Ingrid-Betancourt-Renaud-et-les-Americains-par-Martha-Zuluaga.html
 
En finir avec l’eurolibéralisme - Bernard Cassen (dir.) - Mille et Une Nuits, 2008.
Bernard GENSANE
Il s’agit là d’un court ouvrage collectif, très dense, publié suite à un colloque organisé par Mémoire des luttes et la revue Utopie critique à l’université Paris 8 en juin 2008, sous la direction de Bernard Cassen, fondateur et ancien président d’ATTAC, à qui, on s’en souvient, le "non" au référendum de 2005 doit beaucoup. La thèse centrale de cet ouvrage est que l’« Europe » est, et a toujours été, une machine à libéraliser, au-dessus des peuples, contre les peuples. Dans "La fracture démocratique", (...) Lire la suite »
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SUITE A LEUR CENSURE CONTRE WIKILEAKS
> Ingrid Betancourt, Renaud et les Américains, par Martha Zuluaga.
23/03/2006 à 06:43, par hans-peter renk

"Société, société, tu m’auras pas".

(chanson de Renaud)
La société l’a eu, hélas.

Le résultat est regrettable.

#4985 
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Jolie-môme

"De toutes les ironies exprimées par la politique étrangère américaine, notre position vis-à-vis de Cuba est la plus paradoxale. Une forte dégradation de la situation économique a provoqué une poussée du nombre de Cubains entrant illégalement aux Etats-Unis.

Nous faisons tout ce que nous pouvons pour détériorer la situation économique et ainsi accroître le flux. Nous encourageons également cet exode en accordant aux Cubains, qui arrivent illégalement ou qui s’approchent par voie de mer, un statut de résident et une assistance pour s’installer.

Dans le même temps, nous n’avons pas respecté les quotas de visas pour les Cubains désireux d’immigrer aux Etats-Unis [...] quand Castro tente d’empêcher des cubains malheureux de quitter leur pays infortuné, nous l’accusons de violer des droits de l’homme. Mais quand il menace d’ouvrir grand les portes si nous continuons à accueillir sans limites des cubains sans visas - y compris ceux qui ont commis des actes de violence pour aboutir à leurs fins - nous brandissons des menaces imprécises mais aux conséquences terribles. "

Jay Taylor, responsable de la section des intérêts américains à Cuba entre 1987 et 1990, in "Playing into Castro’s hands", the Guardian, Londres, 9 août 1994.

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