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René Tavernier et Pablo Neruda

Vu récemment à la télévision une très bonne émission sur la politique culturelle de la CIA en Europe durant la guerre froide.

Cette émission montrait fort bien que la CIA n’y était pas allée avec de gros sabots, mais par une colonisation très subtile des esprits, dans le domaine littéraire, mais aussi dans le cinéma, la peinture (l’agence soutenait l’art abstrait), la sculpture etc.

Durant toutes mes études d’angliciste, j’ai lu la revue britannique Encounter, tout en sachant que la CIA la pilotait dans l’ombre. Ce mensuel politique et culturel de grande qualité, progressiste, avait été fondé en 1953 par le célèbre écrivain anglais Stephen Spender, ancien membre des Brigades internationales en Espagne, proche un temps du parti communiste britannique, mais aussi par l’intellectuel étatsunien Irvin Kristol, qui sera l’un des inspirateurs du néo-conservatisme d’outre-atlantique, après avoir été marxiste, trotskiste et socialiste. Le financement d’Encounter était assuré, bien sûr par ses valeureux abonnés, surtout par le Congrès pour la liberté de la culture, association culturelle anticommuniste fondée à Paris en 1950, financée par la CIA.

En 1966, Frank Kermode (l’un des professeur de littérature les plus influents au XXe siècle outre-Manche) succéda à Spender. Il démissionna au bout d’un an lorsque fut révélé officiellement ce que même les étudiants français subodoraient : le financement de la revue par la CIA. T.S. Eliot, dramaturge et poète anglais d’origine étatsunienne, viscéralement de droite, avait estimé qu’Encounter n’était que de la propagande américaine sous un vernis de culture britannique. Le jour de la démission de Kermode, les masques tombèrent, le cynisme éclata en pleine lumière. Thomas Braden, journaliste et ancien responsable de la CIA, publia dans un quotidien britannique un article intitulé " Je suis content que la CIA soit immorale " . Il expliquait : « Nous avons placé un agent dans une organisation d’intellectuels basée en Europe appelée Congrès pour la liberté de la culture. Un autre agent devint un directeur d’Encounter. Les agents pouvaient non seulement proposer des programmes anticommunistes aux chefs officiels de l’organisation, mais ils pouvaient également suggérer des voies pour résoudre les inévitables problèmes budgétaires. Pourquoi ne pas voir si l’argent recherché ne pourrait pas être obtenu auprès de fondations américaines. Comme les agents le savaient, les fondations financées par la CIA étaient tout à fait généreuses quand il s’agissait d’intérêt national. »

En France, la CIA finança indirectement la revue Preuves de Raymond Aron. En Allemagne, ce fut le cas de Monat, où s’exprimait Heinrich Böll. En Italie, l’écrivain Ignazio Silone, socialiste, puis communiste (il fut l’un des dirigeants du PCI clandestin au débuts des années 20), finit par frayer avec le Congrès pour la liberté de la culture. Pour certains historiens italiens, Silone aurait même exercé des activités de renseignement au profit de la police fasciste.

Quid de Tavernier et Neruda ?

En 1964, le poète chilien partait largement favori pour l’obtention du prix Nobel de littérature. Ancien proche de Federico Garcà­a Lorca, ancien prix Staline pour la paix, soutien inconditionnel d’Allende, Neruda ne pouvait qu’être dans le collimateur du Congrès pour la liberté de la culture (tout comme Alberto Moravia, soit dit en passant). L’émission expliquait que le Chilien avait été victime d’une campagne de calomnies, de basses critiques, orchestrées par le Congrès, en provenance de plusieurs pays, dont la France. Chez nous, ce fut l’intellectuel René Tavernier qui s’y serait collé. Authentique résistant, le père du cinéaste Bertrand Tavernier fut un éditeur courageux qui publia Aragon en 1942. Il aurait été sollicité afin de participer à une campagne de presse de dénigrement contre Neruda, qu’il avait d’ailleurs publié après la guerre. Le prix Nobel fut décerné à Sartre (lui-même une des cibles favorites du Congrès pour la liberté de la culture), qui le refusa.

J’ai pris l’habitude de me méfier de tout ce qui est publié, sur internet ou ailleurs. Je ne sais si ce qui est dit sur Tavernier est avéré ou non. Si c’est le cas, c’est bien triste...

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La meilleure forteresse des tyrans c’est l’inertie des peuples.

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Roberto Saviano. Gomorra. Dans l’empire de la camorra. Gallimard, 2007.
Bernard GENSANE

Il n’est pas inutile, dans le contexte de la crise du capitalisme qui affecte les peuples aujourd’hui, de revenir sur le livre de Roberto Saviano.
Napolitain lui-même, Saviano, dont on sait qu’il fait désormais l’objet d’un contrat de mort, a trouvé dans son ouvrage la bonne distance pour parler de la mafia napolitaine. Il l’observe quasiment de l’intérieur pour décrire ses méfaits (je ne reviendrai pas ici sur la violence inouïe des moeurs mafieuses, des impensables tortures corporelles, véritable (...)

Commentaires
René Tavernier et Pablo Neruda
18/05/2011 à 20:09, par Monsieur B.

Ce qui serait intéressant, ce serait de savoir l’implication actuelle de la CIA dans la vie politique en Europe. Je mettrais ma main à couper que pas mal de gens et d’institutions, dans les sphères politiques, médiatiques, intellectuelles, etc., sont financés par la CIA.

Il n’y a aucune raison de penser que les pratiques du passé ont disparues.

Cf. les livres de William Blum : http://killinghope.org/

P.S. En France, on sait que la CIA est intervenue pour aider à la création du syndicat FO, ainsi que pour donner un appui au quarteron du 21 avril 1961 (même si elle ne s’est pas trop mouillée dans ce cas précis, sentant dès le départ que l’opération n’avait que peu de chance de succès). Quel rôle a eu la CIA dans d’autres épisodes plus récents de la vie politique française ? Je pense en particulier au 23 mars 1983 à 11 heures du matin (cf. Henri Emmanuelli).

#69345 
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