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Auteur : Rosa LLORENS
De l’Allemagne : entre Romantisme et productivisme
Rosa LLORENS

De l’Allemagne, l’essai de Madame de Staël, écrit de 1807 à 1810, mais publié en 1813, en pleine déroute des armées napoléoniennes, fut à l’époque un véritable brûlot : il osait remettre en cause la supériorité du Classicisme et des Lumières français, et leur opposer, avec enthousiasme, la nouvelle littérature et la nouvelle philosophie romantiques.

Celles-ci, nées en Angleterre et en Allemagne, se sont étendues en France grâce à une première génération d'émigrés, représentés par Chateaubriand et Madame de Staël, avant d'être rapidement étouffées par la génération Hugo, qui en a surtout repris les oripeaux, pour en habiller l'idéologie même contre laquelle s'était dressé le Romantisme : le libéralisme ; on trouve encore dans les manuels de littérature ce contre-sens absolu, tiré de la Préface d'Hernani de Hugo : "Le romantisme n'est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature" ! L'exposition " De l'Allemagne " est symbolique et actuelle à bien des titres : l'hégémonie économique et politique de l'Allemagne dans l'Europe de l'euro justifierait un bien plus grand intérêt à l'égard de sa culture qui est à peu près inexistante en France (on (...) Lire la suite »
 
Le cinéma sud-américain, entre Hollywood et la tradition humaniste.
Rosa LLORENS
Parmi les films sud-américains qu'on peut voir en ce moment, No, du Chilien Pablo Larrain, et La Demora, de l'Uruguayen Rodrigo Pla, illustrent ces deux directions ; tout les oppose : l'un est superficiel et boursouflé, l'autre tout en retenue et intériorité ; l'un a la faveur des critiques (4 pages dans Les Cahiers du Cinéma) et est généreusement distribué, l'autre a vite été relégué aux horaires chiches des salles à programmation multiple (mais on peut encore voir La Demora le jeudi, à 12h au Nouveau Latina, à 11h40 au Reflet Médicis). No est bien un film hollywoodien, comme la présence de Gael Garcia Bernal dans le rôle principal pouvait le faire soupçonner : il cabotine toujours autant, pour aboutir à des expressions aussi vides que celles de Ben Affleck dans Argo. Il traîne avec lui, pendant tout (...) Lire la suite »
 
Les amants passagers : atterrissage raté pour Almodovar.
Rosa LLORENS

Après plusieurs années d’errances mélodramatiques, à la recherche d’un nouveau souffle, Almodovar revient à la comédie, avec un nouvel épisode de la série américaine Pan Am, version cage aux folles : l’action se centre sur deux pilotes bisexuels et surtout un trio de stewards homosexuels. Almodovar poursuit ainsi une trajectoire marquée par l’évitement des réalités socio-politiques et un réductionnisme sexuel qui, dans les années 70, pouvait sembler audacieux, mais qui, aujourd’hui, n’est plus qu’infantile voire inquiétant.

L'avion des Amants passagers, avec ses problèmes techniques qui menacent de le conduire au crash, aurait pu symboliser l'Europe actuelle, enlisée dans une crise économique, morale et intellectuelle et, plus précisément, les scandales politico-financiers qui ont discrédité le gouvernement Rajoy et provoquent, dans la presse, de multiples appels à la démission. Certes, Almodovar glisse dans son film quelques allusions à l'actualité : une directrice de bordel sado-maso raconte qu'elle a pour client le numéro un de l'Espagne ("Le Président du Conseil ? Non, plus haut !") ; la séquence finale a été tournée dans l'aéroport-fantôme de Castello, un des cas les plus scandaleux de corruption politico- financière (cela n'évoque-t-il pas une certaine Notre Dame des Landes ?) ; mais Almodovar l'appelle "l'aéroport (...) Lire la suite »
 
Argo ou Dark Tchador.
Rosa LLORENS
Argo vient une nouvelle fois illustrer la stratégie élaborée par Hollywood pour traiter l'histoire récente des Etats-Unis : certes, elle n'est pas occultée (les Etats-Unis ont plus souvent traité de la guerre du Viet-Nam que les Français de la guerre d'Algérie), mais ils la réécrivent à leur façon (selon Apocalypse now, les Américains n'ont perdu la guerre que parce qu'ils ont refusé de se montrer aussi cruels que les Viet-Namiens !). Le but, ici, était de cicatriser les blessures laissées, sous le mandat du président Carter, par la crise des otages américains de Téhéran, faits prisonniers lors de l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis : comment faire oublier cette longue humiliation de plus d'un an (de novembre 1979 à janvier 1981) ? D'une part par le choix d'un épisode bien ciblé, d'autre part en (...) Lire la suite »
 
Blanche-Neige et les 6 millions de chômeurs.
Rosa LLORENS
Vous avez trouvé The Artist insipide ? Blanca Nieves exaucera vos rêves les plus fous d'insignifiance. Voici quelques années, Pascal Fioretto avait parodié les grands noms du best-seller français (BHL, Nothomb, Marc Lévy, B. Werber, Christine Angot...) dans un petit livre appelé : Et si c'était niais ? Cette question impertinente, il faudrait la garder à l'esprit chaque fois qu'on va voir un film encensé par les medias (pour Blanca Nieves, seuls les Cahiers du Cinéma gardent leur lucidité, parlant d'un film " lisse, sans folie ni perversité. Le pastiche a ses limites"). Car enfin de qui se moque-t-on ici ? Elever au rang de chef-d'oeuvre enchanteur un salmigondis de clichés sur "l'Espagne éternelle" des toreros et des danseuses de flamenco en manière de resucée almodovarienne où, des bulles de (...) Lire la suite »
 
Comme un lion : quand les lions du Sénégal rencontrent le lion de Peugeot.
Rosa LLORENS
Coïncidence ou symptôme, en même temps que l'actualité militaire, l'actualité culturelle tourne notre attention vers l'Afrique et les diverses exploitations dont elle fait l'objet. Sombras, d'Oriol Canals, donnait un visage aux immigrés africains venus récolter les fruits en Catalogne ; Paradis : amour attire l'attention sur l'exploitation des beach boys kenyans par des Européennes d'âge mûr en mal d'amour ; et, en même temps qu'Aujourd'hui nous guide dans Dakar, Comme un lion, de Samuel Collardey, traite encore d'un autre genre d'exploitation, au Sénégal et ailleurs : le trafic des jeunes Africains qui rêvent de devenir footballeurs professionnels. Il s'agit donc d'un film réaliste, mais sans rien de pédagogique ni de misérabiliste : nous voyons vivre les villageois de Pout, avec ses femmes aux (...) Lire la suite »
 
Paradis amour ou : les ex-soixante-huitardes font du tourisme sexuel.
Rosa LLORENS
L'hédonisme, devenu depuis mai 68 l'idéologie officielle de notre société, mène-t-il au bonheur ? la "tolérance" face à toutes les conduites sexuelles ne serait-elle que du nihilisme ? Ulrich Seidl a son avis là -dessus, et Paradis : amour en apporte une démonstration percutante. La presse a souvent stigmatisé le film, son voyeurisme, son cynisme, son goût pour l'abjection (tandis qu'elle s'extasiait volontiers sur le talent de Haneke et d'Emmanuelle Riva, octogénaire filmée sous la douche !). Et, de fait, on ne se sent pas fier (et pas seulement : pas fière) à la sortie du film . Les 4 sugar mamas qui se rencontrent, au Kenya, dans un hôtel de Mombasa, persuadées que la jouissance de corps mâles noirs est incluse dans le prix du séjour (sea, sex and sun), sont grotesques et hideuses, encore plus (...) Lire la suite »
 
Royal Affair, un film en costumes, reflet fidèle de l'Europe du XXIe siècle.
Rosa LLORENS
Royal Affair s'intègre bien dans l'atmosphère actuelle d'auto-satisfaction européenne : notre oligarchie, en manque de prouesses contemporaines, veut s'auto-célébrer en se référant au mythe des Lumières, - qu'il serait temps de ramener à sa réalité prosaïque, une campagne médiatique internationale, orchestrée par des publicistes comme Voltaire ou Grimm, pour imposer partout en Europe une révolution libérale, des moeurs comme de l'économie. Le scénario du film (récompensé au Festival de Berlin) est on ne peut plus pédagogique (ou sommaire) : en 1768, le Danemark gît sous l'oppression de l'aristocratie, appuyée sur le clergé. Un médecin allemand, adepte des Philosophes, Struensee, est engagé pour s'occuper du jeune roi Christian VII et de ses problèmes mentaux ; devenu son favori, il conduit le Danemark sur la (...) Lire la suite »
 
La meilleure et la pire Italie.
Rosa LLORENS
Deux grands films italiens sont actuellement sur les écrans, l'un, César doit mourir, traduisant un optimisme humaniste, l'autre, Piazza Fontana, dévoilant impitoyablement les cloaques de la raison d'Etat, la lâcheté et la haine de ses serviteurs et ses instruments. L'Italie retrouve ainsi la place centrale qui était la sienne dans le cinéma des années 60-70, dans la tradition de l'engagement citoyen (plus que de la création formelle, certes). Les frères Taviani, à 80 ans, sont plus aiguisés que jamais (contrairement à d'autres réalisateurs dont on mettait récemment l'âge en avant pour faire passer leurs radotages) : Cesare deve morire est une épure qui fait penser à Straub et Huillet, mais sans rien de glacé. Un documentaire espagnol d'il y a quelques années racontait les préparatifs d'un concours de (...) Lire la suite »
 
Elections catalanes et indépendantisme.
Rosa LLORENS
Au lendemain des élections catalanes (le 26 novembre), El Periodico (journal basé à Barcelone et paraissant en double édition, espagnole et catalane, mais de tendance "socialiste") titrait : "Le coup de massue", présentant un Artur Mas sonné par la défaite : c'est une analyse pour le moins sommaire. Tout se passe comme si on voulait punir Mas pour l'audace de son projet indépendantiste ; la punition, du reste, avait commencé avant les élections, avec la campagne de discrédit lancée depuis Madrid accusant Mas et son parti, CIU, de magouilles financières (tous les partis qui alternent au pouvoir trempent dans ce genre de délits, mais les medias chiens de garde ne les dénoncent que lorsqu'on les lance sur la piste d'un gêneur). Il faut donc regarder de plus près les résultats et distinguer deux enjeux (...) Lire la suite »
 
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