Crimes médiatiques ou les conséquences meurtrières de la désinformation

illustration : "TV kills the brain" par gianluca

Depuis la chute du mur de Berlin, l’emprise des médias atlantistes sur les opinions publiques occidentales, au lieu de décliner en raison de la disparition de la menace communiste, s’est développée au point de supprimer quasiment toutes les voix dissidentes des canaux d’information non marginaux ou alternatifs. En France, pays un peu plus rétif que ses voisins à la mainmise atlantiste, ce travaille de nettoyage médiatique a été achevé par Nicolas Sarkozy avec l’aide de personnalités néoconservatrices comme Christine Ockrent ou Philippe Val (legs sur lequel le nouveau Président très atlantiste ne reviendra évidemment pas).

Il en résulte un unanimisme de l’information dont on pourrait s’accommoder en invoquant l’imperfection des Homo Sapiens s’il n’avait pour objectif principal de cacher des crimes de masses dont les élites dirigeantes des démocraties occidentales se rendent coupables avec une impunité déconcertante.

Les crimes médiatiques sont une composante à part entière des crimes politiques plus généraux qui ensanglantent la scène internationale où nos dirigeants déchaînent leur volonté de puissance. Sans une complicité active des médias atlantistes avec les élites occidentales les guerres en Irak et en Afghanistan, le dépeçage de la Libye et la descente aux enfers de la Syrie, n’auraient pas pu être réalisés aussi facilement.

Ainsi, il y a eu crime médiatique quand l’Otan a décidé d’attaquer l’Afghanistan dans la foulée des attentats du 11-Septembre parce que les médias ont refusé sciemment d’interroger les motivations de l’administration Bush dans cette guerre et de questionner la responsabilité directe des néoconservateurs dans ces attentats.

Il y a eu crime médiatique quand les États-Unis et leurs alliés ont envahi l’Irak en 2003 parce que les médias ont relayé volontairement de fausses informations sur la présence d’armes de destruction massive.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont inventé la fable du bombardement de Benghazi par Kadhafi pour envahir la Libye, quand ils ont laissé, sans broncher, les dirigeants occidentaux, avec la caution morale de quelques intellectuels atlantistes (dont J.B. Botul), donner le pouvoir à des milices wahhabites proches d’Al-Qaeda et créer une guerre civile afin d’accomplir des objectifs géostratégiques dont les peuples d’Occident et d’Orient ne verront jamais les bénéfices (moraux ou matériels).

Il y a crime médiatique quand les médias attribuent de manière opportune la paternité des massacres en Syrie (Houla) au clan au pouvoir pour faire tomber un régime qui ne répond plus à leurs objectifs dans la région ; il y a crime médiatique quand l’Occident peut, sans que les médias ne s’en émeuvent, armer des groupes terroristes, organiser des massacres de civils et apporter la guerre civile et religieuse dans un pays en paix.

Il y a eu crime médiatique quand les médias ont choisi de taire le soutien des États-Unis à un coup d’État au Honduras en 2009 et que ce silence couvre les cris des torturés et des suppliciés.

Il y a un crime médiatique quand les médias passent sous silence les implications pour les libertés fondamentales de la loi NDAA votée par l’administration Obama en décembre 2011 qui autorise les détentions arbitraires (des citoyens américains ou étrangers) comme au temps de l’absolutisme royal en France.

Il y a crime médiatique quand aucun grand média ne cherche à expliquer les raisons et les dessous de la guerre contre le terrorisme ni l’alliance des Occidentaux avec les défenseurs du terrorisme islamique (Arabie Saoudite et Qatar).

Il y a eu crime médiatique dans tous ces exemples parce que les médias mainstream ont délibérément choisi de se faire les porte-parole d’une élite à la quelle ils appartiennent ou à laquelle ils s’identifient, élite qui commet, de manière répétée, des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité contraires aux valeurs des Lumières.

L’incompétence n’est pas une excuse suffisante pour écarter la responsabilité directe des médias dans les crimes que nous avons mentionnés (d’autant que les médias alternatifs ont offert ou offrent des analyses précises et pertinentes sur l’ensemble de ces événements). L’incompétence ne peut pas être, en effet, à ce point partagée, voire unanime, tandis que la soumission volontaire à la parole officielle peut l’être en raison du commun dénominateur qui caractérise l’ensemble des médias qui comptent pour forger l’opinion des bourgeois cultivés : l’idéologie atlantiste. En effet, sans une idéologie commune et puissante capable de souder ensemble les intelligences humaines les plus diverses, autant d’erreurs et d’approximations dans l’information ne pourraient pas être commises de manière répétée et à propos de la plupart des événements cruciaux.

Nul besoin ici de mentionner tous les crimes médiatiques commis par les médias atlantistes tant la liste est longue et presque sans fin. Nous voulions juste rappeler l’évidence suivante au moment où le traitement médiatique du drame syrien semble atteindre en Occident un degré d’abjection rarement égalé : la désinformation tue des innocents.

Aux citoyens de rendre leurs journalistes comptables de celle-ci lorsque cette désinformation est manifestement volontaire, à défaut d’en accepter la part d’ombre pour soi-même et de démobiliser sa conscience face à la brutalité du monde. Aux citoyens de s’organiser pour faire tomber les tyrannies médiatiques qui dominent les opinions publiques occidentales. Pour que cessent les crimes des mass media.

Guillaume de Rouville

http://lidiotduvillage.org/2012/06/13/crimes-mediatiques-ou-les-consequences-meurtrieres-de-la-desinformation/

COMMENTAIRES  

15/06/2012 08:46 par Passacaille

Certes, mais qui va lire cet article ?
En majorité des personnes déjà convaincues ou réceptives, c’est à dire prêtes à s’interroger, à chercher à vérifier les versions officielles.
Comment transmettre le message, l’alerte aux 99% qui n’auront pas la curiosité, le temps... de fermer la télé, lire une autre "presse" ?

15/06/2012 10:02 par Jean-Luc Guilmot

Tristement excellent.

Lueur d’espoir : écart grandissant à la vitesse v-v’ entre le bla-bla-propagande des dépêches AFP et les réactions désormais d’une majorité de lecteurs, y compris et surtout dans des journaux bon teints. Pas encore sur tous les sujets - faut pas pousser bobonne, et les réactions de base restent très égotiques - mais les manipulations sur la Syrie en font partie.

15/06/2012 11:54 par manant

En novlangue on pourrait appeler cette information criminelle : information grOTANesque.

15/06/2012 15:57 par Anonyme

"Nul besoin ici de mentionner tous les crimes médiatiques commis par les médias atlantistes tant la liste est longue et presque sans fin."
S’il n’est nul besoin, en effet, de les mentionner tous, il en est un néanmoins que je souhaiterais ajouter à cette triste liste : le siège de la Bande de Gaza et son traitement dans la propa... pardon, la presse occidentale. Cet exemple est d’autant plus important, qu’il montre du doigt la manière dont cette presse a abdiqué sans résistance son indépendance devant le terrorisme informationnel de certains... Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre l’assassinat en masse des palestiniens à Gaza et l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et les événements en Syrie ?
Excellent article !

15/06/2012 17:27 par manant

@ anonyme
Merci de rappeler cet épisode. Depuis ces jours-là , j’ai supprimé la TV et je me suis mis au net. Il fallait attendre la fin du JT, après l’épaisseur de la couche de neige tombée sur les routes de France, pour avoir, quelques secondes d’information biaisée et euphémisée sur le bain de sang gazaoui ! Mettez-vous à la place des Maghrébins qui regardent les chaines françaises de l’autre côté de la Méditerranée et vous aurez une idée sur les raisons qui les prédisposent à céder aux sirènes intégristes et à leur anti-occidentalisme. Un grand historien britannique, Toynbee, disait que, en période de déclin, les Empires (il avait en tête l’Empire romain) renoncent à la séduction pour recourir à la force brute. La propagande est bel et bien, comme le montre cet article excellent de sobriété, une forme de violence qui confine au crime contre l’humanité.

22/06/2012 21:11 par siphonné

en ce que me concerne, j ai banni la télé je vais payer 120 euros pour recevoir des mensonges et les journaux aussi, c’est dommage j’ai perdu quelques années a croire au mediamensonge, mais c’est pas grave ! un grand merci pour l’article.

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