RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibeseBuzz
10 

Être de gauche aujourd’hui

Qu’est-ce que ça veut dire « être de gauche, aujourd’hui ? »

Aujourd’hui, et plus fondamentalement, je pense que être de gauche c’est une perception du monde ; je pense déjà que c’est de refuser l’ordre des choses, l’ordre du monde, le monde tel qu’il va et tel qu’il ne va pas. Je pense que, déjà, être de gauche, c’est refuser d’accepter ce que la droite, elle, considère comme une forme d’évidence ; une « naturalisation » de ce qui en réalité est vraiment profondément aliénant et antisocial.

Cela veut dire refuser, mais cela veut dire construire, évidemment, des horizons, des projets…

Et donc, ce qui en découle, c’est être du côté de celles et ceux qui subissent cet ordre du monde, cet ordre dominant, cet ordre régnant.

Ceux qui subissent toutes les formes de dépossession, toutes les formes de domination et on en fait partie nous, évidemment, aussi.

Vous êtes de gauche ?

Oui, je suis de gauche.

Et vous le revendiquez ? Ça devient un peu ringard, maintenant… Quand on est jeune comme vous, ça devient ringard…

Alors ce qui va vous paraître encore plus étrange, c’est que, à mes yeux, la définition même de la gauche – et le critère qui en est le fondement – c’est le rapport au capital.

C’est peut-être un très grand mot, c’est peut-être un mot tabou, un mot un peu monstrueux. Mais justement c’est l’idée, c’est fondamental, c’est de faire en sorte que la gauche se réapproprie cette critique là. Le capital c’est vraiment un rapport au monde.

Attention ! Karl est de retour alors ?

Disons qu’il n’a jamais été tout à fait absent ; je pense qu’on a voulu pour partie le mettre dans un placard et le transformer en cadavre mais beaucoup l’ont toujours imaginé vivant. Mais de toute façon, ce n’est pas une question de Karl ou d’autre… C’est vraiment une question que nous, aujourd’hui. Le monde s’organise autour du profit, autour de la compétition, de la concurrence, de la notion d’entreprise. Il faut être « entrepreneur de soi » !

Il faut se transformer en capital humain, en capital compétent et c’est une façon de briser beaucoup de choses. C’est une façon de briser un certain rapport au monde ; un certain rapport à l’environnement, un certain rapport aux autres dans cette compétition exacerbée où on est, en permanence, dans l’opposition aussi aux autres dans cette concurrence là.

Donc oui, je pense que la notion de capital doit être réinterrogée à cette aune parce qu’elle est toujours éminemment présente.

Ce n’est pas parce que on a décrété dans les années 80 que le capitalisme était une sorte d’horizon indépassable qu’on n’est pas en droit de continuer à l’interroger et à le critiquer et à pointer un horizon qui soit post capitaliste.

Parce que, au fond, le capitalisme, c’est une séquence historique, il ne s’impose pas comme une évidence naturelle…

Vous croyez en des lendemains qui chantent ?

Je crois en une gauche qui donne envie d’espérer, qui donne envie de sortir d’une société marchande où justement le profit et l’argent sont les critères fondamentaux de nos existences et qui sapent et qui minent nos existences au quotidien.

Qu’on soit parmi celles et ceux qui sont écrasés par le chômage et la précarité ou le travail dans ses formes les plus aliénantes, mais qu’on soit aussi trader, grand capitaliste, parce qu’on est aussi écrasé, étouffé par cette course au temps qui ne serait que de l’argent.

Donc c’est pour retrouver un autre temps, un autre rapport au temps, un autre rapport au monde, et à nos vies, tout simplement.

Il y a vraiment deux dimensions qui sont fondamentales.

La première chose c’est la conception du politique, de ce qu’est la politique/le politique.

La politique ce n’est pas que le rapport au pouvoir et, en fait, on a vraiment tendance à avoir un rapport très étriqué de la chose politique. La politique, c’est le commun. La politique, c’est penser ensemble nos vies, notre rapport au travail, au temps, à nos loisirs, notre culture. Penser ensemble, véritablement. Et que chacun se sente en mesure d’être dans le politique. Ce qui fait du dissensus d’ailleurs. La politique, c’est fondamentalement du dissensus, c’est-à-dire du débat et de la critique, encore une fois, (critique) de l’évidence.

Et puis il y a une deuxième dimension.

C’est que si le politique ne se réduit pas au pouvoir, et du coup à une vision complètement par le haut qui est cette vision qu’on appellerait la « police », c’est-à-dire la politique ce serait « circulez, il n’y a rien à voir »/on s’occupe de la gestion des populations pour vous bonnes gens/restez chez vous et ne vous intéressez que très modérément et par la surface des choses/par la personnalisation des choses comme malheureusement trop souvent dans nombre d’émissions « politiques » on en est réduit ; c’est-à-dire à savoir qu’elle est la petite différence entre Juppé et Fillion, ou entre Moscovici et Dray…

Donc, ce n’est pas ça la politique ! La politique, c’est bien plus grand et bien plus fondamental, ça nous concerne vraiment toutes et tous !...

par Ludivine Bantigny, maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l’université de Rouen, dans l’émission de Laure Adler, « Permis de penser », France-Inter, samedi 30 janvier à 13H20.

URL de cet article 29923
Même Thème
Michel Boujut : Le jour où Gary Cooper est mort.
Bernard GENSANE
Le jour de la mort de Gary Cooper, Michel Boujut est entré en insoumission comme il est entré dans les films, en devenant un cinéphile authentique, juste avant que naisse sa vocation de critique de cinéma. Chez qui d’autre que lui ces deux états ont-ils pu à ce point s’interpénétrer, se modeler de concert ? Cinéma et dissidence furent, dès lors, à jamais inséparables pour lui. Il s’abreuva d’images « libératrices », alors qu’on sait bien qu’aujourd’hui les images auraient plutôt tendance à nous « cerner ». (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Quand les Etats-Unis sont venus chercher Cuba, nous n’avons rien dit, nous n’étions pas Cubains.

Viktor Dedaj

La vérité éclate : un accès de franchise de la Banque d’Angleterre démolit les bases théoriques de l’austérité. (The Guardian)
On dit que dans les années 1930, Henry Ford aurait fait remarquer que c’était une bonne chose que la plupart des Américains ne savent pas comment fonctionne réellement le système bancaire, parce que s’ils le savaient, « il y aurait une révolution avant demain matin ». La semaine dernière, il s’est passé quelque chose de remarquable. La Banque d’Angleterre a vendu la mèche. Dans un document intitulé « La création de l’argent dans l’économie moderne », co-écrit par trois économistes de la Direction de (...)
21 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
17 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
47 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.