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Jour du Travail aux États-Unis, doit-il être un jour de réjouissance ?

Le mardi 5 septembre 1882, sous la direction des syndicats telles la Confrérie des Charpentiers et des Menuisiers et la Fédération américaine du travail, 10.000 ouvriers de la ville de New-York marchèrent de l’hôtel de ville à la place des syndicats, marquant ainsi la première manifestation de la Fête du travail —Labor Day en anglais — aux États-Unis d’Amérique.

En 1884, soit deux ans après, au cours d’un grand symposium réunissant les différents représentants des classes laborieuses aux États-Unis, décision fut prise d’exiger aux patrons la réduction de la journée de travail à huit heures. Et un délai de deux ans leur fut accordé pour s’exécuter. Ainsi fut décrétée la grève générale dans tout le pays, le 1er mai 1886, qui a été largement observée. Mais ce ne fut pas sans conséquences malheureuses pour les travailleurs dans certaines villes comme ceux de Chicago, par exemple, où la grève avait duré trois jours dans plusieurs entreprises.

En effet, le troisième jour de la grève, la police intervint brutalement lors d’une manifestation et tua trois grévistes de la compagnie McCormick Harvester. Indignés, les travailleurs allaient pacifiquement gagner les rues le lendemain en signe de protestation. Alors que la manif se vidait, malheureusement, une explosion à la bombe s’ensuivit et ôta la vie à un agent de l’ordre. Et cinq syndicalistes en payèrent les frais par condamnation à la peine de mort et plusieurs autres à la prison à vie.

Le 26 juin 1894, un appel au boycott avait été lancé par l’Union américaine des chemins de fer pour protester contre des coupes de salaire et le licenciement des représentants des syndicats à Pullman Palace Car Company à Chicago. Le boycott était efficace parce qu’observé par la quasi-totalité des ouvriers des chemins de fer. Alors, enragé, le président Grover Cleveland dépêcha 12.000 soldats, le 4 juillet, pour briser la grève. Dans la foulée, deux ouvriers furent tués lors des affrontements, à Kensington. Par contre, à la suite de ces événements, la proposition du Central Labor Union de changer le premier mai en premier lundi de septembre et la résolution de consacrer cette date comme jour de repos pour honorer les travailleurs avaient trouvé des oreilles sensibles et sympathisantes à Washington. Ainsi le 10 juillet de la même année, soit six jours après les interventions brutales de l’armée, et le Congrès et le Président donnèrent satisfaction aux travailleurs. Il faut noter que les élections allaient avoir lieu la même année et le Président espérait se faire réélire.

D’aucuns pensent que la substitution de la date du 1er mai à celle du 1er lundi de septembre, aux États-Unis, par les deux syndicats les plus puissants, est une décision purement politique. Car en Europe et dans d’autres régions de la terre où les mouvements des travailleurs gagnaient du terrain et où la conscience de classe s’accentuait et s’affirmait à l’idéologie communiste, les travailleurs fêtaient le 1er mai. Donc les syndicats américains les plus puissants ne voulaient pas s’identifier à ces mouvements-là , comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui encore.

Quoi qu’il en soit, après ce petit tour d’horizon du Labor Day, nous voyons, une fois de plus, que la lutte des travailleurs n’a jamais été facile. Et beaucoup ont même payé de leur vie pour arracher des patrons quelques rares acquis en faveurs des classes laborieuses. Alors, au lieu de faire tout simplement de ce jour férié qu’est le Labor Day, un jour de réjouissance pendant que le capitalisme libéral s’affirme de plus en plus dans sa cruauté à l’égard des travailleurs, il serait mieux que des colloques, des congrès, soient organisés à travers le pays, sous un leadership national, aux orientations socialistes, pour dégager des stratégies bien définies afin d’éduquer d’abord les travailleurs, les réveiller de leur sommeil de mort, leur faire comprendre qu’ils sont les vraies forces du changement tant souhaité et les vrais artisans de leur propre fortune, leur faire saisir l’importance de l’unité entre eux sans laquelle ils ne pourront rien changer de leur sort, puisque l’une des armes favorites les plus efficaces des néo-esclavagistes c’est la division entre les travailleurs ; ensuite, afin que les classes travailleuses affrontent le système déshumanisant et meurtrier qu’est le capitalisme libéral, par tous les moyens possibles pour le remplacent par un système plus humain, qui tienne compte du bien-être non seulement d’une minorité, mais de tous.

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