Nelson Mandela : Ignoré puis célébré

Longtemps, Nelson Mandela est resté dans l’anonymat. Dans les années 1980, la plupart des Français et des Européens ne connaissaient pas son nom. Son combat contre l’apartheid n’intéressait pas les puissants de ce monde. La Première ministre britannique de l’époque, Mme Thatcher, celle à qui les élus de la droite parisienne voulaient attribuer récemment le nom d’une rue, qualifiait Mandela de « terroriste ». Sous la présidence de François Mitterrand, le gouvernement de Michel Rocard refusait de rompre les relations économiques de la France avec le régime raciste de Pretoria. La plupart des gouvernements européens maintenaient des relations cordiales avec le pouvoir sud-africain. Au même moment, la représentante de l’ANC à Paris, Dulcie September, était assassinée près des grands boulevards par des tueurs à la solde du pouvoir raciste.

Nelson Mandela était à l’époque un personnage peu fréquentable pour les gouvernements de droite et socialiste européens. Le Parti communiste français, seule formation politique, les jeunes communistes, « l’Humanité » menaient campagne pour la libération de Nelson Mandela et la mobilisation contre l’apartheid. Manifestations devant l’ambassade sud africaine durement réprimées, fêtes de l’Huma, affiches, tracts, numéros spéciaux de « l’Humanité » avec Mandela comme drapeau. Ceux qui n’ont rien fait pour la libération de Mandela et se complaisaient dans des relations complices avec le régime raciste sud-africain ont depuis célébré à la « people » celui qui symbolise un combat qu’ils n’ont jamais partagé. Nelson Mandela ne se faisait aucune illusion sur l’hypocrisie de beaucoup des gens célèbres qui venaient jusqu’à lui. Il acceptait ce rituel indiquant discrètement : « Il faut passer par là pour le bien de notre pays. »

José Fort

COMMENTAIRES  

06/12/2013 09:55 par Safiya

J’ai lu, je n’arrive pas à me souvenir sur quel site, que les drapeaux seront en berne, si ce n’est pas un canular alors l’hypocrisie n’a pas de borne.

06/12/2013 10:56 par Dwaabala

Il faut peut-être ajouter que si le régime de l’apartheid a été défait, les problèmes sociaux et économiques n’ont pas reçu le même traitement : la grève actuelle des mineurs le rappelle. Ce qui peut expliquer la facile reconversion dans la louange de ceux qui, comme le rappelle de façon euphémique l’article, à l’époque « n’ont rien fait ».

06/12/2013 11:19 par Daniel Vanhove

...ce sont ces mêmes gouvernements et ces mêmes hypocrites qui aujourd’hui entretiennent de cordiales relations avec cet autre Etat où sévissent le racisme et l’apartheid : Israël...

06/12/2013 16:40 par Bernard Gensane

Une pensée pour Steve Biko. Lorsqu’il fut assassiné, je résidais depuis peu en Afrique de l’Ouest et je ne savais pas du tout qui il était. Un matin, des étudiants complètement surexcités viennent vers moi : "Monsieur, ils ont tué Steve Biko". Pour ne pas avoir l’air bête, je fis semblant d’être au courant et je me renseignai peu après. Ceci pour dire que de son vivant il était déjà une icône et qu’après sa mort il devint un martyr.

Le ministre de la police déclara :

"I am not glad and I am not sorry about Mr. Biko. It leaves me cold (Dit laat my koud). I can say nothing to you ... Any person who dies ... I shall also be sorry if I die."

06/12/2013 17:59 par Dwaabala

Pour étayer ce que je disais plus haut, j’emprunte ailleurs cette analyse :
« Nelson Mandela a été sorti de prison pour accomplir une mission.
A un certain moment, l’élite mondiale, capitaliste, a décidé que le régime politique en Afrique du Sud devait changer. L’embargo ne pouvait plus durer. Il n’était plus possible de soutenir - même en laissant croire qu’on le dénonçait - le régime de l’apartheid. Mais comment sauver le cul des riches blancs en cas de fin de l’apartheid ?
C’est là que Mandela entre en jeu. Après toutes ces années de prison, ce révolutionnaire qui a mené une bataille armée (car il n’y avait pas d’autres moyens de se battre face au régime des blancs), était usé et la proposition qui lui était faite lui a semblé un bon deal. Il fallait qu’il participe au processus de changement de régime pour canaliser les noirs et empêcher ceux-ci de prendre leur revanche sur les blancs. Il fallait aussi protéger les intérêts des riches blancs. En échange, on mettait fin à l’apartheid.
Mandela a alors accomplit à la perfection sa mission en se montrant sous un jour neuf : celui de l’homme de paix prônant la réconciliation entre les blancs et les noirs.
A l’issue du processus, Frederik de Clerk et Nelson Mandela se partagent tous deux le prix Nobel de la Paix décerné pour mission rendue au libre-échange.
A présent que Mandela est mort, attendez-vous à une semaine de récit mythologique en boucle sur tous les médias mainstream : il faut assurer la pérennité du mythe et inscrire >>l’histoire<< dans la caboche des masses. » Signé : Morpheus.
C’est la seule explication qui tienne debout.
D’ailleurs les louanges hypocrites sont dispensées d’autant plus facilement et universellement que l’ordre social (hormis le régime de l’apartheid, ce qui n’est pas rien) par ailleurs consensuel, n’a pas été touché en Afrique du Sud.

06/12/2013 21:51 par CN46400

Dawaala vous me décevez. Mandéla, fatigué par la prison, aurait négocié avec ses geoliers sa libération. Si je sais que Mandéla n’était pas un dieu, je refuse le portait que vous en faites. Il était le N°1 de l’ANC, ils ont négocié avec lui pour cela et pour rien d’autre. Comme, en d’autre lieu, d’autres ont négocié avec Arafat, ou avec Ben Bella etc... Dans ces situations c’est le rapport des forces qui commande et rien d’autre.

07/12/2013 00:20 par Dwaabala

@ CN46400
Que je vous déçoive n’a rien de grave, car ce n’est pas de moi qu’il s’agit ni de l’état de santé, ni de l’auréole, ni de la soi-disant négociation pour sortir sa petite personne de prison, de Ben Bella, de Arafat ou de Mandela, mais d’explication politique .

Nelson Mandela s’est battu toute sa vie contre l’apartheid, lutte qui, chez lui, revêtait nécessairement un caractère prioritaire.
Voyez l’analogie avec les résistants communistes pour lesquels la lutte devait passer par la victoire sur le nazisme.
Au moment où « la communauté internationale » a voulu que l’apartheid cesse (parce que la situation n’était plus tenable), elle a sommé Frederick de Clerk de préparer un changement de régime.
Et pour réaliser ce changement de régime sans que cela n’entraîne un bain de sang (celui des blancs) - il y avait eu à la fin des années 1980 un soulèvement général de la population - mais aussi pour préserver les intérêts de ces riches blancs, les forces impérialistes ont fait libérer Nelson Mandela et lui ont proposé de participer au processus de changement de régime.
Les deux partis étaient gagnant : les blancs préservaient leurs richesses et leurs vies, les noirs gagnaient des droits politiques à l’expression démocratique, droits qu’ils n’avaient jamais eu.
L’intérêt de l’analyse que j’emprunte à Morpheus est qu’elle est non seulement la seule véridique, mais aussi que je ne la retrouve nulle part ailleurs.
La propagande (sujet qui se trouvait en question ici même dans un article très récent) transforme une action politique dont les visées sont exclusivement le bénéfice du néo-libéralisme, en la faisant passer comme une victoire du bien et de la démocratie sur le mal et le pouvoir autoritaire. C’est tout simplement une falsification.
C’est une victoire du peuple d’Afrique du Sud, les masses et leurs dirigeants, qui leur a permis de se libérer du régime d’apartheid et d’accéder à une possibilité d’expression politique démocratique.
Ce n’est pas être pisse-vinaigre que d’établir une vérité historique, même si celle-ci n’a pas les mêmes moyens pour s’exprimer que les États et leurs médias, et cadre mal avec leur dope injectée à haute dose, et de laquelle qu’ils sont dépendants comme il arrive parfois aux trafiquants eux-mêmes.
Quant aux mérites de l’homme Nelson Mandela. C’est un autre débat : il suffit de tourner le bouton du poste pour les connaître.

Je suis d’ailleurs tout prêt à recevoir la critique que j’ai lue ailleurs : « Quand vous aurez accompli ne serait-ce que 1% de ce qu’a fait N. Mandela pour la libération de l’humanité, etc. »

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