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Russie Occident : l’autre guerre de 100 ans (première partie)

Daniel Arnaud est un auteur français résidant en Russie à Saint-Pétersbourg. Il nous a proposé une étude assez fouillée de la situation actuelle placée dans une perspective historique plus large.

Nous publions aujourd’hui la première partie de son texte. Publication qui sera suivie de deux autres.

Lorsque, le 24 février 2022, les forces militaires russes ont franchi la frontière de l’Ukraine, j’étais à Saint Pétersbourg. J’ai partagé la surprise, l’inquiétude des Russes. J’ai aussi partagé les mêmes difficultés que ceux d’entre eux dont les affaires dépendaient des relations entre l’UE et la Russie, et se faisaient en devises. Mais, en ce qui me concerne, passé les premiers jours de sidération, je me suis souvenu de ces nombreux matins des vingt dernières années où, découvrant, au lever, une nouvelle action hostile des États-Unis contre la Russie, je m’étais demandé : combien de temps encore ? Quand s’usera la patience russe ? Quand est-ce que l’affrontement quittera le terrain économique, et celui de l’information, pour celui du champ de bataille ? Et lorsque la pluie de sanctions s’est abattue sur la Russie, la preuve d’une préparation longue, animée par une volonté stratégique au long cours (celle des États-Unis), s’étalait enfin au grand jour. On ne réunit pas en quelques jours l’Union Européenne entière autour de mesures aussi draconiennes, et économiquement sensibles, elle à qui il faut habituellement des années pour discuter de normes telles que la taille des œufs que les poules ont le droit de pondre sur son territoire !

Quelques semaines plus tard, j’atterrissais dans la douceur du printemps Niçois. J’avais laissé les Russes dans une attitude générale d’inquiétude calme, eux dont les vies étaient bouleversées par le conflit, pour une population pour laquelle aucun enjeu vital n’était compromis, qui hier encore aurait eu du mal à situer l’Ukraine sur la carte, mais qui était au bord de l’hystérie collective. C’est là que j’ai pris conscience que ma patrie d’origine, et ma patrie d’adoption avaient dérivé au cours du temps. Cela m’imposait, pour comprendre, de replacer l’actualité brûlante dans un contexte historique suffisamment long pour y trouver du sens. Aussi ai-je tenté de regarder les évènements dans la perspective qui pourrait être celle des historiens travaillant sur notre époque dans un siècle ou deux. Et, partant de ce point de vue, m’est venu l’hypothèse que nous assistions aujourd’hui à la conclusion d’une guerre de 100 ans, qui aurait commencé en 1917.

Cela pourrait surprendre, car les périodes d’hostilités, de détente, et même d’alliance, se sont succédé durant ce siècle. Il serait faux de dire que les pays qui composent ce qu’on appelle aujourd’hui l’Occident collectif, se sont battus avec la Russie pendant 100 ans. Mais, de même, la moyenâgeuse guerre de 100 ans n’est pas faite de 100 ans d’activités militaires. Il y a des périodes de trêves, des retournements d’alliance aussi. On pense en particulier au conté de Bourgogne, qui s’allie tantôt au Roi de France, tantôt à la couronne d’Angleterre. Si donc, on l’appelle guerre de 100 ans, c’est parce que durant toute cette période, c’est la même question qui motive le conflit : la légitimité du roi d’Angleterre sur une partie des terres françaises. Et cette question ne sera effectivement tranchée qu’à la fin de cette guerre, quand la couronne d’Angleterre devra renoncer à ses prétentions sur le continent.

On note que, durant cette guerre, commence à apparaître un proto-sentiment national français. Si les Anglais avaient gagné, le monde serait différent. La notion de nation ne se serait probablement pas imposée sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Ainsi, outre les aspects dynastiques et impérialistes, elle se complique d’aspects qu’on qualifierait aujourd’hui d’idéologiques. (Gardons-nous toutefois de tout anachronisme, les termes idéologiques et impérialistes ne peuvent être appliqués au Moyen Age avec le sens exact que nous leurs donnons aujourd’hui).

De même, le conflit qui commence en 1914 est purement un problème de concurrence entre impérialismes. Mais il provoque la révolution en Russie, et il devient alors, aussi, un conflit entre deux visions de la société, dans le même temps que les enjeux impérialistes, en particulier concernant l’accès aux ressources russes, demeurent. Commence alors un vingtième siècle un peu décalé dans le temps, s’étendant de 1917 à 2022, durant lequel la question des rapports de l’Europe d’abord, puis de l’occident (après la Seconde Guerre mondiale et l’établissement de l’hégémonie étasunienne), avec la Russie, sera la question géopolitique centrale pour tout le continent européen. Je pense que cette question conditionne les politiques intérieures et extérieures des Etats européens et des EU sur toute cette période. Si la fin du conflit en Ukraine en marque la résolution, alors, l’analogie avec la guerre de 100 ans médiévale se révélera pertinente.

L’occident et la Russie depuis le début du XX° siècle : une guerre de 100 ans

L’hypothèse est donc que, dans une centaine d’année, les historiens qui étudieront l’histoire du XXIème siècle y verront, pour certains en tout cas, une nouvelle guerre de 100 ans, s’étendant de 1914 à 2022, opposant l’ensemble des puissances industrielles traditionnelles à la Russie. J’entends par « puissances industrielles traditionnelles », les puissances d’une ère occidentale au sens large : anglosphère, Europe occidentale, et Japon. Elles sont caractérisées par le fait d’avoir fait leur révolution industrielle sur la base d’une privatisation de plus en plus poussée des moyens de productions, ce que nous appelons habituellement la voie capitaliste. On les opposera aux puissances industrielles plus tardives, qui elles, ont choisi la voie de la collectivisation des moyens de production, celle du communisme. On sait, en particulier grâce aux travaux d’Emmanuel Todd, que ce choix n’est pas le fait du hasard, mais correspond aux valeurs profondes des sociétés qui le font, telles qu’elles émergent de la structure de la famille paysanne. Je cite ce fait pour rappeler que si les trajectoires historiques de pays comme la France ou l’Angleterre, et la Russie diffèrent autant, ce n’est pas un caprice du destin. On peut expliquer scientifiquement le lien qui existe entre la structure de la famille paysanne, les valeurs qui en découlent, et le chemin vers l’industrialisation de chaque nation. On conçoit que si la transformation industrielle se produit plus tard en Russie (et en Chine) c’est que ces sociétés sont structurellement plus conservatrices. Et cela se vérifie encore de nos jours, en observant la résistance des sociétés Russe et Chinoise aux « innovations sociétales » de l’Occident. On se gardera pourtant de confondre conservatisme et rejet du progrès technique. Sinon on ne comprendrait rien à la créativité technique de la Russie et la Chine. Car, en dépit de ce que nos médias peuvent en dire, il faut savoir que pour qui suit pour des raisons professionnelles les solutions techniques développées en Russie, il apparait clairement que la Russie a des longueurs d’avance dans un certains nombres de domaines, et pas seulement celui de l’armement. La ville intelligente russe (smart-city, par exemple, peut faire rougir les métropoles occidentales. Il n’en demeure pas moins que le retard historique pris sur le plan de l’industrialisation jusqu’au XXIè siècle fait que les deux pays les plus importants de la sphère communiste ont aussi été, en leur temps, l’objet de tentatives de colonisations par les puissances dominantes occidentales. Pour la Chine ce fut particulièrement brutal, les tristes épisodes des deux guerres de l’opium en font foi. Pour la Russie, on sait moins que son tardif décollage industriel de la fin du XIX° siècle, début du XX°, est essentiellement financé par des capitaux occidentaux (en particulier Français). Les capitaux s’exportent, l’outil industriel utilise des techniques occidentales, l’Empire Russe se transforme également en colonie, même si celle-ci est plus douce (sauf pour les petits bras qui, dans les usines, gagnent de toutes leurs forces les dividendes des actionnaires européens, bien sûr). Il faut aussi rappeler que, quoiqu’on en pense, ce sont bien leurs partis communistes qui rétablissent la souveraineté de ces deux pays.

Ainsi, en zoomant en arrière pour passer du temps bref de l’information, à l’échelle des temps historiques, apparait un long vingtième siècle, structuré autour d’un conflit dont l’objet associe deux enjeux. Le premier économique et impérialiste implique l’accès aux ressources et aux terres de ce qui était l’empire russe, puis l’Union Soviétique, et enfin la Russie, et l’ensemble des pays d’Europe et Asie centrale issue de la fin de l’Union. Le second, idéologique, mais également économique, concerne la propriété des moyens de production dans le cadre du développement industriel, privée ou collective. Il est tentant d’affirmer, que le second enjeu est resté secondaire sur le plan de la motivation. La preuve étant fournie par le fait que la pression sur la Russie n’a jamais cessé après la chute de l’URSS. Mais, même si on peut le voir comme un décor masquant les appétits impérialistes, l’enjeu idéologique joue un rôle fort. D’abord il permet de « vendre » les conséquences du conflit aux populations, qui les subissent. Ensuite, l’URSS, en proposant un modèle alternatif de marche vers l’industrialisation, remettait en cause les privilèges des élites issues du capitalisme. On ne rappellera jamais assez combien l’existence de l’URSS a inspiré et renforcé les luttes sociales des classes populaires du monde occidental. Enfin il joue aujourd’hui un rôle important dans la construction d’une identité européenne. Nous reviendrons plus loin sur ce point. Et puis, la collectivisation des moyens de production entraîne effectivement l’expulsion du capital étranger, et le rétablissement de la souveraineté. Ce fait créé donc un lien causal fort entre les deux aspects du conflit.

Ce n’est pas la place ici d’un long développement historique, et je me dois de renvoyer le lecteur à des sources historiques qui seront bien plus rigoureuses que tous résumés que je pourrais en faire. Mais quelques faits suffiront, je l’espère, à montrer que ce choix historiographique, qui fait l’hypothèse d’une guerre de 100 ans, souvent hybride, mais parfois aussi « chaude », faite par l’occident à la Russie, quelle que soit la forme de l’Etat qui l’incarne, n’est pas complètement fantasmé, mais s’enracine dans la réalité historique.

Fin de la Première Guerre mondiale, l’ex-empire russe est en révolution, et la guerre civile éclate entre les Rouges et les Blancs. Cette guerre civile est fort peu civile : c’est 14 nations qui envoient des corps expéditionnaires pour participer à ce conflit. Plus intéressant encore, je propose ici une liste non exhaustive des belligérants non russes. (les manquants sont des pays colonisés qui n’ont donc pas eu le choix de se tenir à l’écart) : la France, la Pologne, l’Italie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Chine, le Japon, et bien sûr, les États-Unis, sans oublier, l’Allemagne. Je suggère de comparer cette liste à celle des pays participant aujourd’hui aux sanctions contre la Russie, et soutenant l’Ukraine par des fournitures d’armes. La continuité historique est stupéfiante. On peut constater des différences comme l’Inde par exemple. Mais si celle-ci se battait avec les puissances occidentales, c’est en tant que colonie britannique. Il est assez remarquable que l’Inde souveraine se situe plutôt du côté de la Chine et la Russie, pays avec lesquels les relations sont parfois pourtant compliquées.

Fin de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS paye la destruction de la machine de guerre nazie de 26 millions de morts, et de la dévastation du tiers le plus riche et industrialisé de son territoire. Une paille ! En échange, elle exige à Yalta la formation d’un cordon sanitaire d’États sur sa frontière ouest, et que la Pologne ne puisse plus jamais servir à l’Allemagne de tremplin pour l’attaquer. Buts de guerre extraordinairement modestes au regard du sacrifice consenti. Modestie qui doit sûrement beaucoup à la conscience précise de la faiblesse de l’URSS après la saignée qu’elle vient de subir. Les EU, eux, s’arrogent la part du lion, avec toute l’Europe occidentale, nettement plus vaste, riche, peuplée et industrialisée que la part qui échoit à l’URSS. URSS qui s’applique à respecter, dans un premier temps, les accords de Yalta, en abandonnant, par exemple, les communistes grecs entre les mains d’une brutale répression britannique. Qu’en est-il des EU ? La réponse tient dans un fait également mal connu en Europe, et souvent aussi en Russie même. Dès 1945, l’OSS puis la CIA « recyclent » les bataillons bandéristes pour animer une guérilla meurtrière à l’ouest de l’Ukraine. Cette petite guerre, entièrement financée par les EU, durera jusqu’en 1949 et fera quand même 300 000 morts, 100 000 coté soviétique, 200 000 du côté des Ukrainiens. Manière un peu « virile » de remercier l’URSS d’avoir permis aux EU d’étendre considérablement leur zone d’influence en Europe ! Et aussi, à nouveau une belle continuité, puisque l’on voit déjà les Etats-Unis s’allier à des nazis (pas encore néo) ukrainiens, pour faire la guerre à la Russie.

Mentionnons également Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski (1997), ainsi que les rapports de la Rand Corporation de 2021, véritables déclarations de guerre hybrides. Difficile de nier que l’affaiblissement et la destruction de la Russie demeure un but essentiel de la géo-politique étasunienne, et par voie de conséquence, de leurs colonies européennes. (Appelons un chat un chat).

Ainsi, à partir de la révolution Russe, on peut voir les rapports avec l’URSS comme un des facteurs les plus déterminants de la trajectoire historique de l’Europe occidentale, et des EU. C’est cette question qui est aujourd’hui en cours de résolution, et donc, à ce titre, je considère légitime de parler d’une guerre de 100 ans entre la Russie et l’Europe occidentale, en faisant, je le rappelle, le pari, de moins en moins risqué au vu de l’actualité, que cette question sera résolue à la sortie du conflit.

Élargissement de la perspective historique

J’ai rappelé plus haut la communauté de destin historique entre la Chine et la Russie : ces deux pays ont, dans un passé récent, subi les tentatives de colonisation par l’occident triomphant. Celles-ci se sont déroulées essentiellement aux XIX° siècle, puis dans la première moitié du XX°. N’oublions surtout pas, cependant, la « piqûre de rappel » particulièrement brutale que fut l’intervention étasunienne dans la vie du pays et de la société russe durant les années 90. Celle-ci a bien toutes les caractéristiques d’une colonisation, avec ses interventions lourdes dans la vie politique, son pillage de toutes les ressources, etc.

Ainsi, si nous élargissons le champ de vision géopolitique, le paysage historique et politique qui se développe prend des teintes inquiétantes. Nous voyons un conflit opposant un bloc occidental élargi, à un bloc qu’on appellera Eurasiatique faute de mieux, regroupant d’abord la Russie et la Chine, et d’autres pays qui s’en rapprochent : Iran, Inde, les pays de l’OCS, par exemple. En dehors des pays du bloc occidental élargi, les autres ont adopté une attitude variant entre la neutralité bienveillante vis-à-vis de la Russie et un soutien discret. Ainsi, la Russie et la Chine ont en commun d’être des nations anciennes (voir la plus ancienne de toutes pour la Chine). Ce sont deux grandes civilisations qui ont joué un rôle important dans l’histoire planétaire, sur le plan géopolitique bien sûr, des arts, mais aussi des techniques. Ensuite, au moment où l’occident « entre » en révolution industrielle, leur conservatisme empêche les évolutions de l’ordre social nécessaires au développement des nouveaux modes de production, et elles prennent donc du retard. Retard qu’elle paye cher, car elles se trouvent affaiblies, en particulier sur le plan militaire, et sont donc l’objet des tentatives de colonisation décrites plus haut.

Toutes deux s’en libèrent et rattrapent leur retard en empruntant la voie d’une industrialisation à marche forcée, conduite par la collectivisation des moyens de production. Elles ont aujourd’hui rattrapé leur retard, et dépassé l’Occident dans un grand nombre de domaines. Et, elles se retrouvent aujourd’hui de nouveau dans un conflit d’impérialisme et idéologique, avec ce même occident. La raison pour laquelle il faut insister sur cette perspective historique, c’est qu’elle montre que le rapprochement sino-russe est beaucoup moins circonstanciel qu’on tend à le croire. Il est en fait enraciné dans un destin commun vis à vis de l’occident, dont les enjeux dépassent l’appartenance à des sphères de civilisation différentes. Le rapprochement stratégique entre les deux pays est solide, et le fait qu’ils représentent à eux deux, une puissance de production considérable adossée aux ressources naturelles qui lui sont nécessaires, n’augure rien de bon pour les Européens. Et ce d’autant que les humiliations passées animent une rancoeur dans les populations qui assurent un soutien patriotique aux gouvernements. Cela est particulièrement vrai pour la Chine. Pour la Russie ça l’était moins, car la colonisation n’ayant été qu’économique, le souvenir d’une occupation étrangère n’a pas marqué les esprits comme en Chine. Mais aujourd’hui, il existe une prise de conscience dans la population Russe, de ce que le traumatisme des années 90 était en effet dû à une colonisation de-facto de leur pays.

Dans cette perspective, la question du conflit dans lequel se joue l’émancipation d’un bloc Russe et Chinois des tentatives de colonisation de l’occident, structure toute l’histoire d’un vingtième siècle s’ouvrant avec la Première Guerre mondiale, et se terminant maintenant, avec le conflit en Ukraine. La question fondamentale, sur le plan idéologique, de la propriété des moyens de production d’hier, a été remplacé par celle du rôle de l’Etat dans l’économie. A la prépondérance de l’économie sur le politique de l’occident, répond le rôle de l’Etat dans l’économie de la Chine et de la Russie. On a cru la question réglée en 1991. L’humanité entrait dans les temps messianiques du triomphe du libéralisme économique, du libre-échange absolu, la guerre était vaincue, et l’Histoire connaissait sa fin. Bien sûr, il s’agissait d’un délire idéologique. On remarquera que l’idéologie néo-conservatrice a généré le même phénomène de croyance aveugle que le marxisme en son temps. Le monde loin de converger et même de communier dans l’adoration des « valeurs occidentales », a continué d’évoluer, et de nouvelles divergences, génératrices de conflits d’intérêts sont apparues. Posons-nous la question : se pourrait-il que les différences de valeurs anthropologiques qui ont conduit la Russie et la Chine à emprunter la voie de la collectivisation pour s’industrialiser, soient les mêmes qui imposent un autre équilibre entre pouvoir politique et économique, dans le cadre d’une économie de marché ? Si on accepte ce point de vue, on comprend alors qu’en Chine et en Russie, les souverainetés politique et économique se confondent. En voulant imposer, à l’ensemble du monde, des règles de gouvernance économique surclassant le pouvoir politique, l’occident nie et menace l’identité de ces pays. Son aveuglement, devrais-je dire son autisme culturel, réalise donc les conditions d’un conflit plus profond encore que celui qui nait des divergences d’intérêts géopolitiques et économiques.

Ainsi, en adoptant cette perspective élargie, on conçoit qu’un conflit où se joue la résolution de tensions séculaires ne peut qu’avoir une dimension globale. Et on observe d’ailleurs déjà que les grandes manœuvres diplomatiques autour des BRICS sont bien plus déterminantes que ce qui se passe sur le terrain de combat. Sur le plan strictement géopolitique, j’adopte la vision de John Mearsheimer. C’est donc celle d’un conflit né de la posture impériale étasunienne, motivant une politique d’extension de l’OTAN et d’affaiblissement de la Russie. Conflit voulu et préparé par les États-Unis. Leur position est, rappelons-le, pensée et définie dans de nombreux ouvrages et rapports de « think tanks ». Mieux même, la stratégie de montée en tension des dernières années est parfaitement décrite par deux rapports de la Rand Corporation datant de 2019.

Le déclenchement du conflit avec la Russie, par Ukraine interposée, est minutieusement décrit, ainsi que les risques de destruction pour l’Ukraine. La pensée géopolitique étasunienne justifie cela par la nécessité de conserver le contrôle de l’Eurasie, afin de prévenir la montée d’un concurrent, et donc de conserver leur hégémonie. Il s’agit d’une théorie géopolitique, et comme toute théorie, elle exige d’en accepter les prémisses : les Etats-Unis, puissance maritime, doivent garder le contrôle de la masse continentale Eurasienne, car qui contrôle ce continent contrôle le monde. Ne jugeons pas ici du bien-fondé de cette idée, ni de son réalisme. Notons quand même qu’elle est héritée de l’Empire Britannique, et l’a conduit à une extension qui n’était pas soutenable. En revanche, à partir du moment où ses prémisses en sont acceptées, et qu’elle forme la base de la pensée stratégique des États-Unis, leur hostilité vis à vis de la Russie est rationnelle.

En revanche, la position de l’Union Européenne l’est beaucoup moins. Les pays qui la composent (rappelons que la politique étrangère reste, en principe, un privilège des États membres), ont beaucoup à perdre en se fâchant avec la Russie. C’est en particulier vrai pour la France et l’Allemagne. Pourtant, Angela Merkel a avoué avoir saboté les accords de Minsk. Pourtant le chancelier Allemand ne réagit pas quand le dernier pipeline qui aurait pu sauver son économie est détruit sur ordre de Washington. Quant à la France, tellement engagée en Russie qu’elle y était, avant le conflit, le premier pays étranger pourvoyeur d’emplois, elle aussi a participé au sabotage des accords de Minsk, comme l’a reconnu François Hollande. Elle n’a pas réagi quand fut révélé que le téléphone des dirigeants français étaient écoutés par les EU. Bref, France et Allemagne, les initiateurs historiques de l’Union Européenne, les deux principales puissances économiques, se laissent faire, et suivent la ligne décidée à Washington. L’irrationalité de l’Union Européenne serait donc le fruit de sa perte de souveraineté au profit des intérêts états-uniens. C’est en effet un facteur important, mais nous verrons que d’autres facteurs sont aussi à l’œuvre, entrainant le continent dans la spirale d’un étonnant Hara-Kiri collectif.

Tâchons maintenant, à la lumière du choix historiographique précédemment exposé, d’envisager les trajectoires historiques des différents acteurs, afin d’analyser quelles sont les stratégies de sorties de conflits qui s’offrent à eux. Notons quand même que lorsque nous parlons d’acteurs, il faut en distinguer deux classes : celle des pays souverains, qui donc conservent une liberté de décision politique et stratégique, et celle des pays vassaux, dont le pouvoir de décision est très restreint. Nous rangerons dans la première les EU et la Russie, mais aussi la Chine. Celle-ci n’est pas directement impliquée, mais outre qu’elle fait cause commune avec la Russie, elle jouera un rôle déterminant dans les actions diplomatiques qui concluront le conflit. Enfin, et surtout, elle se sait juste derrière la Russie dans la liste des cibles des néocons, et par conséquent, par sa posture diplomatique, elle défend ses intérêts directs. On peut la décrire comme un acteur engagé sur le plan stratégique et diplomatique, sans l’être sur le plan militaire.

La seconde classe est évidemment composée des pays de l’Union Européenne/Otan et de l’Ukraine. Ceux-ci agissent dans le cadre étroit que veut bien leur laisser Washington, avec le relais de Bruxelles, ne pouvant s’éloigner que marginalement de la ligne définie sur les bords du Potomac.

Qu’un dirigeant tente de s’en éloigner un tant soit peu, et le voilà rappelé sèchement à l’ordre par les relais obséquieux de l’atlantisme, comme l’a montré, à nouveau, la flambée médiatique suivant les propos du président Macron à son retour de Chine.

Dans la seconde partie de cet article, nous décrirons les phases de la guerre de 100 ans russo-occidentale, et montrerons comment elles s’enchainent pour mener l’occident à « l’âge de la déraison » dans lequel il se débat aujourd’hui. Nous définirons ensuite le conflit entre les EU et la Russie, comme celui opposant les pays producteurs de biens et ceux qui les consomment, et en tirerons les conséquences.

(À suivre)

Daniel ARNAUD

20 mai 2023.

 https://www.vududroit.com/2023/05/russie-occident-lautre-guerre-de-100-ans-premiere-partie/

COMMENTAIRES  

21/05/2023 19:39 par Auguste Vannier

Ce début d’analyse historique est prometteur, comme toute "théorie interprétative" elle ne cherche pas une vérité objective (impossible en l’état actuelle de la "science" historique, et peut-être à jamais), mais une ligne de cohérence entre des éléments apparemment disparates, il s’agit de comprendre plutôt que d’expliquer, bref chercher du sens à ce qui semble absurde. Et il faut avouer qu’on peine à saisir les intérêts réalistes de l’UE à emboiter le pas des USA dans ce conflit, encore moins à saisir l’aveuglement sur la "vérité de situation" qui se résume à : l’Ukraine ne peut pas "gagner" dans le sens où cela signifierait autre chose qu’arrêter à temps la saignée de toutes ses forces vives.
J’ai donc hâte de lire la suite.

21/05/2023 20:06 par Xiao Pignouf

On conçoit que si la transformation industrielle se produit plus tard en Russie (et en Chine) c’est que ces sociétés sont structurellement plus conservatrices

En désaccord avec ce lien créé de toutes pièces entre un prétendu conservatisme et le retard à l’allumage de la Chine en matière d’industrialisation. En plus d’une comparaison hasardeuse entre hier et aujourd’hui, j’ai envie de dire "ben voyons" quand il suffit de quelques lignes pour que soient mentionnés les éternelles « innovations sociétales »... qui n’ont rien à voir ensemble.

En ce qui concerne la Chine, ce n’est pas le « conservatisme » qui a retardé la révolution industrielle, c’est une combinaison de facteurs dont les plus importants sont une dynastie en déclin et le colonialisme occidental qui ont plongé la Chine dans un siècle de régressions pile au moment où la révolution industrielle prenait son envol en Europe et en Amérique.

Quant à parler de conservatisme, souvent lié à la pratique religieuse, pour la Chine, ça me semble aussi hasardeux. Il faudrait étudier de plus près certains aspects sociétaux, par exemple le rôle des femmes, et comparer leurs évolutions avec les modèles occidentaux. Bref, c’est encore un bon moyen de placer le « sociétal » là où il n’a rien à faire...

21/05/2023 20:20 par Xiao Pignouf

Juste pour information :

En décembre 1917, soit quelques semaines après leur prise du pouvoir, les bolcheviks retirent le délit d’homosexualité du Code pénal. La persécution étatique des personnes homosexuelles cesse. En 1922 est adopté le nouveau Code pénal soviétique. La dépénalisation de l’homosexualité y est confirmée et toutes les anciennes dispositions législatives à l’encontre des personnes homosexuelles disparaissent. Disparaissent également les interdictions faites aux homosexuels d’occuper des emplois publics.

Ainsi, Gueorgui Tchitcherine, qui assume publiquement son homosexualité, devient commissaire du peuple (c’est-à-dire ministre) aux affaires étrangères dès 1918. Il conservera ce poste jusqu’en 1930. Concernant les personnes trans, notons qu’en 1926 il devient possible de faire changer librement la mention du sexe sur les passeports.

Faisant le bilan des transformations depuis octobre 1917, Grigorii Batkis, directeur de l’Institut d’Hygiène Sociale de Moscou, écrit en 1923 :

« L’actuelle législation sexuelle en Union Soviétique est le produit de la Révolution d’Octobre […] Elle déclare la non-intervention absolue de l’État et de la société dans les relations sexuelles, pourvu qu’elles ne nuisent à personne et n’empiètent sur les intérêts de quiconque… L’homosexualité, la sodomie et diverses autres formes de satisfactions sexuelles présentées dans la législation européenne comme des infractions à la moralité publique sont traitées par la législation soviétique exactement comme des relations sexuelles soi-disant “normales”  ».

Voilà pour du « conservatisme ».

21/05/2023 20:52 par Xiao Pignouf

Il n’en demeure pas moins que le retard historique pris sur le plan de l’industrialisation jusqu’au XXIè siècle fait que les deux pays les plus importants de la sphère communiste ont aussi été, en leur temps, l’objet de tentatives de colonisations par les puissances dominantes occidentales.

Pire encore : il inverse causes et conséquences. On commence à sentir le parti pris idéologique de ce texte. Si on ne peut pas mettre le retard industriel chinois seulement sur le compte des velléités colonisatrices franco-britanniques qui ont pu profiter d’un pays déjà en crise dynastique et affaibli par des révoltes populaires, notamment celles des Taïping, il n’en reste pas moins que ces évènements s’étant déroulés dans la deuxième moitié du 19ème siècle, et donc ayant été contemporains de la deuxième révolution industrielle en Europe, l’auteur commet juste une absurdité historique.

Je pense que plutôt que de se demander pourquoi la Chine et la Russie furent en retard, il faudrait s’interroger sur le pourquoi du comment de l’avance prise par l’Europe puis les États-Unis. Généralement, ça tient en deux mots : impérialisme et traite négrière. Des mots qui donnent de l’urticaire aux gens comme Castelnau.

21/05/2023 21:04 par chb

Certains, par exemple des observateurs russes, font remonter plus loin cette ’guerre de cent ans’ en incluant le meurtrier fiasco de l’invasion napoléonienne, voire plus (mille ans ?).
Je trouvais débile l’insistance à singulariser une acrimonie ’éternelle’ dans une Histoire partout chargée en conflits divers entrecoupés d’alliances. Mais l’auteur est convaincant dans sa description : reste à croire à la fin prochaine de la guerre, souhaitable même si elle risque de coûter bonbon à beaucoup d’entre nous. Sous l’égide d’une ONU enfin rendue à son rôle idéal ?
En attendant, la partialité belliqueuse de nos médias et gouvernants est acceptée (sinon partagée) par trop d’européens !

21/05/2023 21:51 par Rachid Zani

Article d’une grande richesse, vivement la suite.

22/05/2023 04:53 par babelouest

@ Daniel Arnaud
Pour préciser certaines choses, en particulier le fait qu’il s’agit bien toujours d’ARGENT-POUVOIR, je donnerais pour départ réel de ce conflit novembre 1910, quand les Grands Banquiers ont inventé la pseudo-Réserve Fédérale dans l’île Jekyll. C’est peu de temps après sa création effective (1913) qu’a démarré la première guerre mondiale : l’Anglosaxonnerie voulait affaiblir le Continent, puisque cela a toujours été son obsession. Cette Anglosaxonnerie est l’Ennemi Public Numéro Un mondial, et là-dessus rien n’a changé. Sauf un petit facteur : désormais elle est enfin, oui, enfin, en perte de vitesse avec la dédollarisation du monde. Celle-ci va, je pense, s’accélérer avec de plus en plus de pays qui vont sauter le pas, et n’utiliseront plus la monnaie unique, mais leurs propres moyens de paiement réciproques.

Un facteur va aussi sans doute intervenir : les obsédés de Washington voulaient commencer par démembrer la Fédération de Russie, mais c’est leur propre Empire qui risque fort d’éclater en morceaux. Cela pourrait même arriver très vite, dans les deux ans qui viennent. 1910-2022 (ou 24), et l’Empire n’existera plus. Conséquence possible : l’anglais-américain, ce jargon rejeton fort lointain de la langue de Shakespeare pourrait même entrer en désuétude, comme le latin, remplacé par des dialectes, latino, et autres selon les régions. Après tout, ce n’était que le jargon de l’Argent, qui voulait substituer celui-ci à toutes les vraies valeurs (dont la Vérité).

22/05/2023 05:55 par Xiao Pignouf

@GS

Pourquoi ne publier qu’un seul des trois commentaires que j’ai faits (le deuxième) ?

Pris hors contexte, celui-ci semble incongru.

Vous m’obligez à les refaire pour m’expliquer : l’auteur commet dans son texte deux erreurs historiques (au moins, après j’ai arrêté la lecture), erreurs que je soupçonne d’être idéologiques.

D’abord, il fait le lien entre le retard industriel de la Russie et de la Chine et le fait que ce serait des sociétés conservatrices (ce qui lui donne opportunément l’occasion comme dans toute bonne analyse de l’ambiance actuelle de mentionner les « innovations sociétales » pour ne pas dire autre chose). Je ne suis pas d’accord avec cette analyse en ce qui concerne la Chine (pour la Russie, je n’en sais rien, mais je suis sceptique, ce ne peut être la seule raison). Je rappelle que le retard industriel de la Chine est principalement dû à son contexte politique dès la moitié du 19ème siècle, celui d’une dynastie Qing en déclin et du profit qu’en ont tiré les puissances occidentales (France et GB) pour pénétrer en Chine et la soumettre à leurs volonté. Cet affaiblissement et cette domination étrangère durera plus d’un siècle, se terminera par l’invasion du Japon, l’avènement du PCC et la naissance de la RPC. Il lui faudra encore 75 ans pour rattraper son retard.

Quant à dire que la Chine est une société conservatrice... au prisme de quoi ? Il faudrait des éléments concrets. En matière de droits des femmes, la Chine du 19ème siècle n’est pas plus conservatrice que la France ou l’Angleterre à la même époque. Je penserais même le contraire. D’autant plus que généralement, le conservatisme est lié à une pratique religieuse.

La deuxième erreur est concomitante à la première. Il y a cette phrase :

Il n’en demeure pas moins que le retard historique pris sur le plan de l’industrialisation jusqu’au XXIè siècle fait que les deux pays les plus importants de la sphère communiste ont aussi été, en leur temps, l’objet de tentatives de colonisations par les puissances dominantes occidentales.

Dans celle-ci, il inverse la cause et la conséquence : ce n’est pas parce que la Chine était en retard industriellement qu’elle s’est fait envahir, mais c’est parce qu’elle s’est fait envahir qu’elle a pris un siècle de retard dans sa transformation industrielle.

Je termine en disant qu’il vaudrait mieux se demander pourquoi les pays de l’Europe de l’ouest et les États-Unis ont pris de l’avance industrielle au lieu de questionner le retard de la Russie et de la Chine. Je réponds en deux mots : colonisation et traite négrière.

Vous avez « modéré » un nombre incroyable de mes commentaires récemment, sous un autre article. J’accepte la modération si elle est méritée, mais je considère que ça n’a pas toujours été le cas et que vous m’avez fait taire. Il y a un nom pour ça. Je vais donc garder une copie de celui-ci pour éviter de perdre mon temps à le réécrire.

23/05/2023 09:34 par legrandsoir

On passe bientôt autant de temps à publier vos commentaires qu’à lire les articles en attente. Si vous postez en rafale (et avec des liens à aller voir) sur des articles multiples, il est presque obligé que nous ne voyions pas l’ordre chronologique de vos commentaires.
Merci de vos contributions, mais on croule.
LGS

22/05/2023 08:22 par Georges Rodi

Combien de temps encore ? Quand s’usera la patience...? Quand est-ce que l’affrontement quittera le terrain économique, et celui de l’information, pour celui du champ de bataille ?
Tout à fait ce que je ressens en Chine.
Et ce n’est pas le dernier sommet du G7 qui puisse nous laisser espérer des jours meilleurs...

Par contre, lorsque je suis revenu en France, je n’ai pas ressenti de dérive particulière entre ma patrie d’origine et ma patrie d’adoption.
Rien n’a vraiment changé au cours du temps.
Les mêmes bobards sur le Tibet, HK, Taïwan... On ne va pas changer une équipe qui gagne
Quelques nouveaux trucs sont apparus, le travail forçé, l’OMS aux mains des Chinois, les ptits Africains exploités dans les mines de cobalt à cause de voitures électriques... Nouvelle collection, même tendance...

22/05/2023 09:48 par J.J.

Je suis parfois rebuté par la longueur de certains articles malgré leur intérêt et ai quelque peine parfois à en terminer la lecture. Je viens de lire celui-ci d’une traite et vais le reprendre plus en détail, vu l’intérêt qu’il suscite. On attend la suite.

22/05/2023 17:53 par tchoo

J’avoue que je ne connaissais pas la guérilla banderiste en ukraine entre 1945 et 1949, comme beaucoup d’entre nous. Dès que ces faits sont réapparus, ils éclairent de façon plus probante les évènements actuels, mais nous alertent encore plus sur l’attitude des dirigeants européens actuels qui ne sont en fait que des traitres à leurs pays

22/05/2023 21:33 par chabian

J’estime qu’il manque une présentation générale de cet article. Voici mes recherches. L’article provient du site de Régis de Castenau, juriste, ancien communiste mais s’affirmant désormais souverainiste, proche de Michel Onfray, et ayant dit en 2022 : je voterai Le Pen. Le fait que l’auteur ait choisi ce site pour publier sa longue étude n’est pas innocent.
L’auteur est un historien connu. Selon Fayard, "Ancien élève de l’École normale supérieure, directeur d’études à l’École pratique des hautes études en retraite, Daniel Arnaud est spécialiste du Proche-Orient asiatique ancien. Il est notamment l’auteur de Nabuchodonosor II, roi de Babylone (Fayard, 2004) et d’Assurbanipal, roi d’Assyrie (Fayard, 2007)". D’autres disent qu’il est spécialiste de la réligion et des idéologies. On notera qu’il sort ici apparemment de son domaine de recherches.
Je vais maintenant poser quelques questions (ou critiques), même si je suis historien amateur. Cette idée de "guerre de 100 ans" est accrocheuse mais est-elle efficace ? On pourrait dire qu’elle occulte aussi bien (surtout par le mot de la "guerre"), un angle d’étude intéressant qui porte sur l’histoire longue de l’impérialisme. La guerre 14-18 est une guerre clairement impérialiste, certains ont dit des Empires en déclin (Russie, Hasbourg) et des empires accédants (Prusse). Mais elle ne peut être séparée d’une vue générale du colonialisme, à situer à peu près de 1800 à 1960. *Et si la guerre de 40-45 est aussi une guerre impérialiste, les empires perdants sont des nouveaux (Italie, Allemagne, Japon), confirmant l’instauration puissante de l’URSS et de la Chine. Enfin, la guerre 1945 permet la montée d’un impérialisme d’un nouveau type, les USA. Bientôt le déclin de la France est entamé (indochine). Ensuite, il faut regarder le contexte historique de la montée de l’OTAN (C’est Churchill qui annonce très tôt un "rideau de fer", lançant la guerre froide anti-communiste). Car le rassemblement de tous les anciens empires contre toute expérience communiste, avec tous les moyens les plus odieux, est une constante de 1917 à nos jours ! Finalement, nous sommes depuis 1990 dans une nouvelle phase : le maintien de l’OTAN au-delà de la chute de l’URSS montre que c’est un outil de domination du monde, dans le cadre pourtant du déclin de la puissance économique des USA. Ce "nouvel empire unilatéral" se heurte aux puissances montantes indépendantes (CHine, Inde, qui ne sont pas englobés dans le G7 pourtant), et aux autres Etats non "occidentaux". Et la Russie oligarque (capitaliste) a été sous-estimée manifestement.
Derrière tout cela, il y a une question de prédation des ressources planétaires. Et de leur raréfaction progressive (énergie...) et de leur épuisement parfois, qui devient cruciale.
Bref, il y a un découpage à faire dans l’évolution des impérialismes (et leur concentration en un seul) que le titre n’annonce pas.

23/05/2023 13:18 par patoche

@chabian
Castelnau "ancien communiste, désormais souverainiste qui a voté Le Pen en 2022.."
- Régis de Castelnau fut l’avocat du PCF particulièrement au moment de l’affaire "du foyer de maliens en 1980" (Le quotidien de Paris de Tesson titra en Une : "PCFasciste".
Blast/Usul/Médiapart a renouvelé les mêmes insultes contre Marchais récemment. Castenau a aussitôt publié une longue vidéo pour défendre la position du pcf de l’époque.
Pour situer le bonhomme aujourd’hui, il a déposé sur sa page Telegram, pour célébrer le 9 mai 2023 une photo du drapeau rouge soviétique avec pour légende : "L’antifascisme, le vrai."
https://t.me/VuDuDroit
Il a rejeté le PC de Roussel, il a donc encore toute sa tête. Souverainiste de gauche peut-être mais est-ce indigne ?
Il a voté Le Pen au second tour en 2022 pour dégager Macron et "se donner une chance de rebattre les cartes". dégager Macron une priorité ? Les faits ne sont-ils pas en train de lui donner raison ?

23/05/2023 14:29 par sixiangjiaoyu

Bonjour Chabian,

Je trouve aussi que la présentation de l’article est un peu sommaire.
Il me semble que le Daniel Arnaud, spécialiste du Proche orient asiatique ancien n’est pas le Daniel Arnaud, auteur de l’article.
Voici la photo de l’historien (https://www.babelio.com/auteur/Daniel-Arnaud/81105)
Et voici une vidéo youtube avec l’auteur de l’article en entretien chez Régis de Castelnau (https://www.youtube.com/watch?v=E819wc3sWpE).
J’ai aussi trouvé son profil Linkedin (https://ru.linkedin.com/in/daniel-arnaud-3498907/fr?trk=people-guest_people_search-card)
Son activité professionnelle a visiblement trait à l’informatique.

23/05/2023 21:52 par Jacqueline

@chabian
Que Régis de Castelnau ait voté Marine Le Pen ne me fait pas frémir d’horreur. J’ai fait le même (non) choix.
S’abstenir ? Et rejoindre la cohorte de mes concitoyens dégoûtés du cirque de la com’ électorale, avouant leur impuissance. Voter blanc ? Expression inaudible et jetée illico aux oubliettes. Alors comme il était inconcevable que je vote Macro au second tour, la mort dans l’âme j’ai voté MLP. L’épisode est oublié et je ne me sens pas plus d’extrême droite. Mais je refuse que soient collées des étiquettes simplistes qui alimentent les clivages et la méfiance. Castelnau publie des articles et des vidéos de grande qualité, prenons en connaissance et tirons nos conclusions. La propagande est partout, sachons nous en libérer...

23/05/2023 22:55 par Georges Rodi

> Xiao

Un avantage industriel -et militaire- peut tenir à peu de choses.
Les ouvrages de Joseph Needham prouvent à l’envi que la Chine était une puissance scientifique de premier plan, très en avance sur l’occident dans beaucoup de domaines : mathématique, physique, biologie, médecine, chimie, hydraulogie, technologie...
C’est uniquement l’histoire réécrite par "les vainqueurs" qui nous fait croire que la machine à vapeur a été inventée par Watt pour citer un exemple parmi d’autres.

Cependant, en matière de sidérurgie, la Chine n’était pas au niveau.
Or, ce sont les caractérisques des alliages qui permettent aux fusils et aux canons de tirer plus loin, aux machines d’être plus puissantes... Et au final, aux armées d’être invincibles...
(les Français n’ont pas été battus à Trafalgar à cause de manoeuvres ratées ou de bateaux inférieurs, mais parce qu’ils se faisaient tirer comme des lapins par des anglais qui restaient hors de portée :)

Alors oui, le coton cultivé par des esclaves, puis livré aux usines mécanisées de Manchester où la classe ouvrière, abrutie par l’opium (l’Angleterre en consommait autant que la Chine) était exploitée à mort ; les mines de charbon où travailaient femmes et enfants... tout cela a effectivement donné un avantage économique massif aux industries britanniques.
Tout cela était permis par la sidérurgie qui assurait en outre une domination militaire sans égale, et ce faisant, la domination coloniale,.

Ce sont peut-être dans les travaux des alchimistes qu’il faille aller chercher ce qui s’est avéré être un avantage déterminant.
Cela, plus des religions adorant un Dieu jaloux...

Aujourd’hui encore, la sidérurgie jour un rôle de premier plan dans les rapports de force.
Il faut bien comprendre cela : même en récupérant un débris de missile supersonique, et en l’analysant avec les moyens les plus modernes, on peut savoir quels sont les matériaux qui composent l’alliage, mais on ne peut pas savoir à quel moment, à quelle température, sous quelles conditions ils ont été incorporés dans la coulée.
C’est le savoir-faire qui protège les secrets de fabrication.
Et en ce moment de l’histoire, les Russes dominent cette spécialité.

23/05/2023 23:04 par Georges Rodi

> Patoche

Je plussoie.
J’ai moi aussi, sur ce site et sans regrets, appelé à voter Le Pen au second tour en 2022 pour dégager Macron, et... en finir avec les faux espoirs et la légende du "on n’a pas encore essayé les nationalistes" qui polluent le débat depuis trop d’années.,,

24/05/2023 10:01 par tchoo

Dans le cas de Castelnau, ce qui est important ce n’est pas son vote au 2 nd tour (même si c’est très révélateur) mais ce qu’il a voté au 1er

24/05/2023 13:21 par sixiangjiaoyu

Bonjour Geb,
Je ne crois pas en effet que cela ait de l’importance.
Chabian a émis l’hypothèse que l’auteur de cet article était l’historien de la Mésopotamie Daniel Arnaud.
En réalité, il s’agit vraisemblablement de la personne dont j’ai partagé le profil LinkedIn (https://ru.linkedin.com/in/daniel-arnaud-3498907/fr?trk=people-guest_people_search-card)
Je me fonde pour l’affirmer sur la vidéo de Régis de Castelnau où l’auteur de l’article intervient (https://www.youtube.com/watch?v=E819wc3sWpE)
C’est la même personne.
Par contre, je ne suis pas parvenu à trouver de quoi il était l’auteur (à part de cet article)
Il a visiblement développé ou contribué au développement d’ applications iPhone pour des entreprises comme Kraftfood ou l’AFP.
Cela ne préjuge en rien de la qualité de sa contribution.

24/05/2023 13:54 par patoche

@Georges Rodi

"J’ai moi aussi, sur ce site et sans regrets, appelé à voter Le Pen au second tour en 2022 pour dégager Macron, et... en finir avec les faux espoirs et la légende du "on n’a pas encore essayé les nationalistes qui polluent le débat depuis trop d’années.,,"

Le risque de menace fasciste en France en 2002 c’était du théâtre (sic Jospin), 20 ans plus tard c’est devenu le marronnier tragi-comique de chaque fin de quinquennat.

Pour Aldous Huxley, "La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude."

On n’est pas loin d’avoir atteint cette perfection. Le tyran est l’UE dirigée par une frappadingue elle-même totalement soumise à un autre empire...

On a l’exemple italien, Meloni se positionna comme la digne héritière de Mussolini, puis une fois élue se métamorphosa en caniche d’Ursula...

Le discours de Marine Le Pen n’est pas plus à droite que celui de LR. Wauqiez est adoubé par Le Point (récente Une), un hebdo au moins aussi ordurier que VA. Alors dans 4 ans les castors vont-ils récidiver pour prendre 10 ans de Wauqiez ou d’un de ses clones.

24/05/2023 14:35 par bostephbesac

Idem . J’ ai voté MLP pour éviter "Micron 2" (raté), mais me doutant bien que - si succès il y avait eu - c’ était sans doute éviter le choléra et avoir la peste . La soumission de Méloni confirme ça, hélas.

Reste "le cas Orban", qui semble irriter les otanistes et, bien entendu, les uknazes.

24/05/2023 15:02 par Auguste Vannier

Voter Le Pen pour évacuer Macron...C’est un pari très risqué.Il suffit d’observer comment l’arrivée de ce parti dans les institutions autorise et encourage les dérives de certain militants peu embarrassés par des nuances du débat démocratique.
Pour évacuer Macron, on sait qu’il eut suffit de voter stratégiquement dès le 1er tour, et il s’en est fallu de peu pour qu’on ait un autre choix au Sd tour. Quelque soit la sympathie qu’il est légitime d’éprouver pour le PC, la candidature de Roussel restera à jamais incompréhensible.
Pour ma part je me suis abstenu au Sd tour, habitué du dépouillement en bureau de vote, j’ai vu combien les blancs et les nuls n’ont aucun impact, alors que le chiffre de l’abstention est repris et commenté. Il est un bon indicateur de la légitimité du résultat. Et cette question de la légitimité qui a émergé ces derniers temps aurait pu être fortement posée dès le lendemain du vote.
Mais bien sûr, l’ennemi c’était déjà LFI, et ça le reste...Alors qu’on me présente donc une alternative crédible ! A coup sûr, pas le RN.
J’ai même pas envie d’essayer pour voir...c’est tout vu.

25/05/2023 20:15 par Carlos Ducasse

Le texte semble une bonne recopilation historique du conflit ... pour l’instant il n’y a rien d’innovant dans l’analyse... la comparaison avec la guerre de 100 ans parait judicieuse dans la mesure ou el vise un public Francais et pourrait suciter empathie, meme si en realité toute l’histoire européenne est l’histoire de son expansion vers l’est... cela dès Rome ou même depuis la Grèce... ce qui nous permet de parler d’innovation tecnlogique et de revolution industrielle (qui a bien eu lieu en Angleterre) de même que l’empire romain est la realisation de l’ideal Grec, la revolution industrielle est la realisation de la revolution sociale francaise... faut il pour autant voir le retard du proces d’industrialisation comme quelquechose de negatif (a mon pote pignouf) ? Je ne le crois pas... d’abord parceque tout ce qui est plus complexe prend plus de temps... ensuite parceque personne ne conteste a la Chine sa place de première puissance industrielle mondiale... mais c’est aussi un fait que son proces d’industrialisation est une conséquence de sa colonisation européenne... enfin et surtout il eut fallu percevoir ces procès industriels comme les voyait Allan Poe... comme des cancers en metastases... y a t il une orientation ideologique dans le texte de Mr Arnaud ? Oui dans la

25/05/2023 20:19 par Xiao Pignouf

À regarder absolument, pour ceux qui croient que le vote Le Pen est un vote sans risques.

https://www.youtube.com/watch?v=B9ai9WuSeXs&t=1124s

26/05/2023 05:52 par Xiao Pignouf

faut il pour autant voir le retard du proces d’industrialisation comme quelquechose de negatif (a mon pote pignouf) ?

Là n’est pas la question dans mon intervention. Juste rappeler qu’on ne peut pas travestir (aïe) les faits historiques à sa guise pour qu’ils correspondent à sa vision du monde.

Quant à la théorie de l’auteur sur la guerre de 100 ans contre la Russie, c’est une analyse que je ne suis pas sûr de partager et qui n’est pas certaine d’être partagée par les vrais historiens. Selon moi, mais je peux me tromper, la guerre idéologique de l’occident collectif contre la Russie bolchévique puis post-soviétique a commencé à Stalingrad. Avant cela, les nations occidentales ont été perpétuellement en guerre les unes contre les autres selon les velléités impérialistes des unes et des autres, créant des alliances de circonstances et avec l’assentiment des industriels américains (la guerre perpétuelle conditionne l’avance technologique des Amerloques), et dans les intermittences pacifiques, en guerre contre des nations affaiblies ou des territoires vierges pour y piller les ressources.

Cela étant dit, je trouve la deuxième partie plus intéressante car plus factuelle que la première.

26/05/2023 07:57 par babelouest

@ Xiao Pignouf ?
Le vote Le Pen n’est pas sans risque.
Le vote Macron est mille fois pire.
C’est tout.

28/05/2023 14:39 par Cesar

Regis de Castelnau utilise son droit d’expression sur Internet (comme tout le monde ici) et le fait bien, régulièrement, sur des sujets qui chiffonnent la gauche propre sur elle.

Comme la gauche propre sur elle n’a pas vraiment d’arguments valables, on va chercher des poux sur le parcours de ce monsieur. Une tactique largement utilisée ici ou ailleurs sur les forum dits de gauche, extrême gauche. Accusasion ad Hominem. Cette gauche délicate qui a besoin du repoussoir des d’autres pour se trouver une identité, une raison d’être.

"Le bloc élitaire français et sa presse système démontrent depuis le début de la guerre en Ukraine qu’ils sont mûs par un atlantisme sans faille. Le conflit a servi de révélateur, les élites françaises, à commencer par nos gouvernants, affichant vis-à-vis des États-Unis une servilité sans complexe. Tous ceux qui avaient quelques réserves et avaient manifesté parfois quelques sympathies pour la Russie se sont complètement alignés comme le montrent par exemple les interventions publiques des têtes d’affiche du Rassemblement national ou du mouvement d’Éric Zemmour. Sans parler bien sûr des insultes proférées par Fabien Roussel à l’égard de Vladimir Poutine, ou du bellicisme militant des verts. Le NPA de Poutou demande qu’on envoie des armes aux héritiers des néonazis ukrainiens, et les Mélenchonistes quant à eux évitent de trop se mouiller. Les paroles isolées de Thierry Mariani ou François Asselineau résonnent dans le désert et plus personne n’écoute le pauvre François Fillon. Les médias claquent la porte au nez de ceux des « experts » qui ne sont pas alignés au millimètre sur la Doxa."

https://reseauinternational.net/medias-francais-atlantisme-selectif-et-mensonges-par-omission/

28/05/2023 17:43 par Xiao Pignouf

Tous ceux qui avaient quelques réserves et avaient manifesté parfois quelques sympathies pour la Russie se sont complètement alignés

Tiens, tiens... les lepénistes ont retourné leur veste ? Je sais pas pourquoi, je suis pas surpris... et on voudrait nous faire voter pour ces gens-là.

28/05/2023 19:22 par Assimbonanga

@Cesar, j’adore ton "le pauvre François Fillon". Il va tout nu, sans costards cadeaux, sans revenus d’emploi fictif, sans ménages pour son entreprise russe (pas de bol d’avoir opté pour son petit job complémentaire en Russie, ce mec est vraiment un malchanceux). Comment s’en sort-il avec sa maigre retraite de parlementaire et premier ministre ? Moi, ça me fend la cœur. On peut supposer que l’administration lui a échelonné ses amendes. On espère, le pauvre ! Faudrait pas qu’il soit obligé de vendre le manoir.

29/05/2023 09:39 par Daniel Arnaud

@chabian
Vous vous trompez complètement. Mon nom est assez commun, vous savez. Je ne suis pas cet historien que vous désignez comme auteur. S’il vous plait, n’émettez pas d’affirmations de ce genre sans avoir vérifié. Vous auriez dû contacter cette personne pour vous assurer de l’exactitude de l’information que vous alliez publier. Cette erreur me laisse assez indifférent, mais la personne que vous citez pourrait en prendre ombrage. Après tout, elle est peut-être complètement en opposition avec mes opinions.

29/05/2023 09:45 par Daniel Arnaud

@ sixiangjiaoyu

Merci d’avoir rectifié cette erreur de chabian. Je ne l’ai vu que tardivement, le 29 mai, vous avez vérifié l’info dés le 23. Ca m’embête surtout pour le Daniel Arnaud cité par erreur. Il ne partage pas forcément mes opinions, et il doit être très désagréable de se voir attribué des propos qui ne sont pas les siens.

29/05/2023 11:19 par Xiao Pignouf

@Daniel Arnaud

S’il vous plait, n’émettez pas d’affirmations de ce genre sans avoir vérifié

Vous ne pouvez pas blâmer Chabian, pas plus que nous pouvons vous blâmer de ne pas savoir que vous avez un homonyme historien.

À sa décharge, votre texte traite d’histoire, il est donc naturel qu’il y ait confusion.

01/06/2023 11:15 par Daniel Arnaud

@ Xiao Pignouf

J’ai relu mon commentaire, vous avez raison. La confusion était assez naturelle, donc j’aurais pu m’abstenir du jugement sévère que vous soulignez. Mes excuses, donc, à @chabian.

01/06/2023 16:52 par Bostephbesac

La citation du jour, de Georges S. BOUTWELL (ci-bas) : il avait tout prévu, et ce bien avant la première guerre mondiale ! D’ actualité en juin 2023 !

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