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Thème : Albert Camus

Le plaidoyer pour la paix d’Albert Camus après Hiroshima le 8 août 1945

Claire VÉRILHAC

Camus a été le seul intellectuel occidental à dénoncer l'usage de la bombe atomique au lendemain du bombardement d'Hiroshima dans son célèbre éditorial de "Combat". Alors que l'ONU vient d'adopter un traité interdisant les armes nucléaires (boycotté par la France, la Corée du Nord, Israël etc ...) et alors que guerres et conflits ensanglantent la planète, son message est plus que jamais d'actualité.

Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu'il y a (...) Lire la suite »

L’autre de l’autre

Bernard GENSANE

Dans Meursault, contre enquête, Kamel Daoud donne corps au destin de « L’Arabe » assassiné par le héros de L’étranger. Soixante-dix ans après le faits, Haroun, le frère de la victime, construit une histoire à Moussa, mort sur une plage où le soleil cognait trop fort.

Construit en points et contre-points, en miroirs et en faux-semblants, ce roman à l’écriture parfaitement maîtrisée nous parle d’identité (s). A propos de son livre, Daoud dit ceci : « Sans l'avoir lu, de nombreuses personnes ont pensé que c'était une attaque de L’Étranger, mais moi je n'étais pas dans cet esprit-là. Je ne suis pas un ancien moudjahid. [...] Je me suis emparé de L’Étranger parce que Camus est un homme qui interroge le monde. J'ai voulu m'inscrire dans cette continuation. [...] J'ai surtout voulu rendre un puissant hommage à La Chute, tant j'aime ce livre. » Daoud, qui réside en Algérie, a fait l’objet d’une fatwa qui le condamne à mort parce qu’il a choisi d’écrire en français, la langue arabe étant, selon lui, « piégée par le sacré ». Le texte de la fatwa salafiste menace en ces termes : « « Il a mis le Coran en doute ainsi que l'islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l'Occident et aux sionistes. Il s'est attaqué à la langue arabe [...]. Nous appelons (...) Lire la suite »

Quand Onfray se rêve Camus...

Shanan KHAIRI

Très récemment, l’homme de médias et militant d’extrême droite Martial Bild, ancien cadre du Front National, prenant appui sur les écrits d’Onfray, s’est permis d’affirmer sur les ondes à propos de Sartre que "sa vie durant la seconde guerre mondiale donne la nausée". Cette déclaration aussi effarante que dénuée de tout fondement me permet de revenir sur un de nos nouveaux prophètes contemporains.

Après Bernard Henri Levy, Caroline Fourest et Eric Zemmour, un nouveau penseur auto-proclamé émerge du bourbier médiatique : Michel Onfray. Mais à la différence des premiers, opportunistes pantins désarticulés, Onfray se rêve un destin et tente de figurer l'Albert Camus de notre époque qu'il prétend, depuis plusieurs années, vouloir réhabiliter face à un Jean-Paul Sartre qui l'aurait exclu du champs philosophique. Cette opposition autour de laquelle Onfray se structure désormais est centrale pour appréhender le personnage et l'inconséquence de son discours. Onfray, pour mieux se définir, nous offre ainsi un conte où deux personnalités complexes sont transformées en personnages manichéens de bande-dessinées. Il nous pose un Camus issus d'un milieu pauvre, humaniste, penseur exceptionnel et résistant, face à un Sartre d'origine bourgeoise, malhonnête, manipulateur, médiocre et, pur délire, qui se serait compromis avec l'occupant nazi. Qui plus est, le second aurait passé sa vie entière à conspirer pour (...) Lire la suite »
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« Camus brûlant » et la controverse algérienne. Réponse à Benjamin Stora

Merdaci ABDELLALI, Ahmed BENSAADA

Benjamin Stora – qui devait organiser à Aix-en-Provence « l’Exposition Albert Camus » à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain pied-noir d’Algérie – vient de publier Camus brûlant [1], cosigné par son assistant Jean-Baptiste Pérétié, un ouvrage sur les conditions dans lesquelles il a été « débarqué » de cette manifestation d’hommage par la municipalité de droite de la cité méditerranéenne.

Il s’agit, à l’évidence, d’une affaire franco-française, un de ces nombreux épisodes de ce que l’historien Michel Winock appelait « la guerre intellectuelle » [2], aux rôles et aux acteurs presque convenus, qui sait entremêler les attentes de la culture et les outrances de la politique. Cependant Stora s’appesantit, au-delà des péripéties encore obscures de son éviction, sur le « moment Camus » en France et en Algérie. Observe-t-il, relativement à la séquence algérienne, l’indispensable distance de l’historien ? Il est vrai que son texte, qui est publié dans une collection intitulée « Parti pris », vaut engagement, relativement à Camus et aux querelles de mémoires qui entourent sa postérité. Cet engagement a été le nôtre dans un débat public en Algérie, au printemps 2010, sur la présence de l’auteur de L’Étranger dans la scène littéraire algérienne. Stora cite nos propos dans une construction argumentaire absurdement manichéenne, qui a vite enrégimenté partisans et adversaires de Camus dans une empoignade (...) Lire la suite »

Albert Camus : d’où procède la polémique ?

Ahmed HALFAOUI

Albert Camus est sans conteste un écrivain de talent, un monument de la littérature universelle. Il serait d’ailleurs très difficile de dénier la qualité de ses œuvres et malhonnête de ne pas lui reconnaître du génie.

Il a écrit sur l'Algérie, à partir de l'Algérie. Il a dit son Algérie à lui expurgée, son soleil et sa mer, son ciel bleu et son anisette, dans des mots et un style lumineux. Il a captivé par sa verve le plus rétif des lecteurs. Mais il soulève des polémiques, à chaque fois ou presque qu'il est mis sur le devant de la scène. Surtout ces dernières années. D'abord, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort qui devait être commémoré par une " Caravane " qui associait des institutions aussi bien françaises qu'algériennes, ensuite à celle du centenaire de sa naissance. La raison en est que le thème déborde largement le statut d'auteur de Camus et met au centre des préoccupations son algérianité supposée. Une démarche qui, pour beaucoup d'esprits au fait de la vision du personnage sur la question, s'offusquent de l'acharnement et y voient une sournoise réhabilitation de l'Algérie coloniale, qu'il porte dans toutes ses fibres, a défendue et a clamée haut et fort, de surcroît, dans un remarquable activisme militant. (...) Lire la suite »